Le Manuel de discipline ou Règle de la communauté est essentiellement la constitution ou la charte d'un mouvement juif qui se désigne par différents noms et en particulier sous celui de Yahad (unité, alliance), souvent identifié aux Esséniens ou à l'une de leurs quatre tendances, c'est-à-dire soit la Quatrième philosophie, soit les Zélotes. Le nom de Règle de la communauté est le plus souvent employé, toutefois cette désignation est source de confusion, raison pour laquelle une part importante des critiques lui préfèrent des désignations comme Manuel de discipline ou Charte d'un groupement sectaire juif. C'est un texte qui a été retrouvé dans les grottes situées près des ruines de Qumrân, souvent sous la forme de fragments appartenant à treize copies différentes. Toutefois, l'une des versions de ce texte (1QS) est quasi complète, alors que toutes les autres versions sont très lacunaires, voire ne comportent que quelques mots.

Cette version 1QS de la « Charte » a d'emblée revêtu une importance considérable dans l'étude des manuscrits de la mer Morte à la fois en raison de son contenu, mais aussi parce qu'elle était un des sept premiers manuscrits trouvés en 1947 et vendus par des Bédouins avant même que les grottes contenant les manuscrits soient découvertes par les archéologues. Elle a été publiée dès 1951.

Désignation Le « Manuel de discipline » ou « Charte d'un groupement sectaire juif » est le plus souvent appelé « Règle de la Communauté », toutefois certains chercheurs estiment que dans cette désignation le mot « Communauté » pose problème. En effet, pour le « modèle standard » une communauté d’ascètes, centre du mouvement essénien aurait vécu pendant deux siècles à Qumrân et cette « Charte » serait la règle qui régissait son fonctionnement. Or une bonne partie de la critique historique estime que cette « Règle » s'appliquait à un grand nombre de groupes ou chapitres disséminés dans toute la Palestine. Il est même possible qu'aucune « Communauté » régie par ce « Manuel » n'ait existé à Qumrân.

Le « modèle standard » élaboré dès le début des années 1950 a pu être largement popularisé sans contradiction pendant car la quasi-totalité des spécialistes n'ont pu avoir accès aux manuscrits ou même à des clichés de ceux-ci que dans les années 1990, après un mouvement appelé « Mouvement pour la libération des manuscrits ». Le nom « Règle de la Communauté » est donc susceptible d'induire de fausses représentations dans l'esprit des lecteurs qui souvent ne savent pas que le modèle standard est contesté. C'est pourquoi un nombre important de critiques privilégient d'autres appellations.

Communauté ou groupement Selon le « modèle standard » élaboré dès le début des années 1950 et largement popularisé sans contradiction pendant , ce manuel, cette charte ou cette règle Les ruines, encore apparentes aujourd'hui, auraient été, il y a près de , le lieu d'exil du maître de Justice, fondateur des esséniens et le centre où cette communauté se serait retirée à partir de la première moitié du et où elle aurait vécu pacifiquement pendant deux siècles, jusqu'à ce que les armées romaines ne la délogent lors de la Grande révolte juive (66-70). « L'établissement de Qumrân » aurait abrité une "communauté" d'ascètes qui s'adonnaient à des bains rituels fréquents, à la prière et aux repas en commun, à l'étude des livres saints et à l'écriture.. Ce sont eux qui auraient écrit les manuscrits dans un scriptorium., nom qui a été donné à une des salles des ruines de Qumrân. Ce même modèle fait des membres de cette communauté retirée du monde, à l'image d'une communauté monacale, référence des membres de l'École biblique de Jérusalem les auteurs des dont au moins un fragment a été retrouvé dans onze grottes à proximité des ruines. Après avoir pu étudier les manuscrits à partir des années 1990, un grand nombre de chercheurs constatent que loin de ce schéma, leurs auteurs ont pris Pour Christian-Georges Schwentzel, il paraît aujourd'hui clair que ce groupement

Toutefois, l'étude même de la Charte montre que ce schéma est au moins partiellement faux. Quel que soit par ailleurs le lien entre le site de Qumrân et les manuscrits,

Lien avec le site de Qumrân Un nombre important de chercheurs remettent en question ce modèle et estiment notamment que les n'ont pas pu être écrits, ni même copiés, à Qumrân et qu'entre autres les plus de différentes, impliquant que plus de ont défilé sur le site pour ne copier qu'un seul manuscrit, rendent caduc cet élément du « modèle standard »..

De plus, malgré les efforts déployés dans ce but, aucun lien n'a pu être établi entre Khirbet Qumrân et les écrits retrouvés dans les grottes. Aucun des manuscrits ne fait référence à Qumrân, ni à d'autres endroits proches tels qu'Engaddi ou Massada.. Pas un seul fragment de manuscrits n'a été retrouvé dans les ruines, alors que dans celles de Massada, où pourtant personne n'a imaginé que des dizaines, voire des centaines, de scribes aient opéré, on en a retrouvé dix-sept... Qumrân et Massada sont pourtant des sites soumis aux mêmes conditions climatiques. Les documents trouvés à Massada ont le même type de profil que ceux trouvés à Qumrân : Parmi eux, le Chant du sacrifice du Sabbat figure en neuf copies intégrales dans les manuscrits retrouvés à Qumrân. Une caractéristique notable de cet écrit est son adhésion au calendrier solaire de 364 jours tellement typique du « modèle standard » qu'il est appelé « calendrier essénien » par nombre de critiques. Une appellation qui est fortement contestée par nombre d'historiens.

Presque tous les textes retrouvés à Qumrân sont des copies d’œuvres littéraires.. Aucun supposée avoir vécu sur place, n'a été retrouvé. Par exemple, la Règle de la communauté , mais aucun fragment pouvant être rattaché à ce type de document n'a été retrouvé. En cela, ces écrits sont totalement différents des documents de la période de la révolte de Bar Kokhba (132-135) retrouvés dans des grottes du Nahal Hever et de Murabba'at situées elles aussi le long de la mer Morte, à peine à quelques kilomètres au sud des ruines de Qumrân. Ces écrits attestent Est-il vraisemblable, alors que l'on a retrouvé des restes de 870 manuscrits qui auraient été écrits par les scribes de la « secte » supposée avoir vécu sur place pendant des décennies, qu'aucun fragment de lettre reçue ou envoyée, ni le moindre fragment de comptabilité, recensement ou inventaire n'ait été retrouvé et que le groupe sur place n'ait pas cherché à préserver ses archives sur plusieurs siècles, alors qu'il a fait les efforts nécessaires pour cacher des centaines de manuscrits littéraires ?

Un fortin hasmonéen De plus selon l'archéologie, l'analyse des restes bâtis du bâtiment central de Khirbet Qumrân construit dans les dernières décennies du , révèle qu'il s'agissait bien de constructions fortifiées avec une tourVoir à ce sujet ; ; ; Jean-Baptiste Humbert, Khirbet Qumrân un site énigmatique, in Aux origines du christianisme, Pierre Geoltrain (Dir.), Paris, Gallimard et Le Monde de la Bible, 2000, .</ref>. Il s'agit donc d'un bâtiment militaire hasmonéen, alors que selon le « modèle standard » les hasmonéens étaient les pires ennemis des esséniens ayant écrit les manuscrits.. Il est donc peu probable que le Maître de Justice fondateur des Esséniens ait pu s'y réfugier avec les membres de son groupe pour y vivre « monacalement » pendant une longue période et y copier des centaines de manuscrits. Les archéologues et Yitzak Magen Ce bâtiment militaire ayant été construit sur un site stratégique. dominant la côte, sur un promontoire dont la valeur militaire est évidente., , là où Sur ce même site avait été construite une forteresse datant de l'âge de fer ()<ref>Jean-Baptiste Humbert, Khirbet Qumrân un site énigmatique, in Aux origines du christianisme, Pierre Geoltrain (Dir.), Paris, Gallimard et Le Monde de la Bible, 2000, ., dont les infrastructures ont été utilisées pour construire le fortin hasmonéen. Pour plusieurs critiquesNotamment Norman Golb, André Paul, Michael Wise, Martin Abegg, Edward Cook., cet élément s'ajoutant à de nombreux autres rendent très peu probable la thèse du « modèle standard ».

Au , après un événement qui a ébranlé son mur d'enceinte et laissé les traces d'un grand incendie, la destination du site pourrait avoir changé. Cet événement est soit l'attaque d'une armée ennemie, soit selon Roland de Vaux le tremblement de terre de -31 dont parle Flavius Josèphe. Une période où il est inoccupé suit ces destructions. Dans une période que Roland de Vaux situe après la mort d'Hérode le Grand (-4), le site connaît une extension à l'extérieur du quasi carré que formait l'enceinte centrale fortifiée. Des bassins pour le stockage de l'eau, déjà nombreux, sont ajoutés et un système hydraulique complexe, comportant un aqueduc, est construit.. L'alimentation en eau dépendait aussi d'un tunnel creusé dans le rocMichael Baigent, Richard Leigh, The Dead Sea Scrolls Deception, Arrow Books, 2006, .. Les archéologues Drori et Magen estiment que cet Il est toutefois possible que Qumrân ne soit plus Les archéologues ont notamment mis au jour plusieurs équipements, comme , un atelier de potier produisant un grand nombre d'objets.. Il y a aussi pouvant avoir servi au , notamment récoltés à Aïn Feshka, situé à et relié par un mur au site de Qumrân.

Manuscrit 1QS

Le plus important manuscrit survivant du livre (1QS) a été trouvé et vendu par des Bédouins en 1947 et publié en 1951, avant même que les grottes contenant les manuscrits ne soient découvertes.. Après la découverte des premières grottes et une tentative de reconstitution, il a été estimé qu'il provenait de la , d'où son nom où le « 1 » représente la et le « Q » signifie Qumrân, nom des ruines situées à proximité des grottes où les manuscrits ont été découverts. Dans cette appellation (1QS), le « S » final est l'initiale de Serek ha-Yahad, translittération du titre qui lui a été donné en hébreu סרך היחד (Règle de l'Alliance), car dans ce document comme dans une trentaine d'autres écrits, le mouvement se désigne souvent sous le nom de Yahad (unité, Alliance). 1QS signifie donc : grotte 1 / Qumrân / "Serekh" = 'règle'. Il est bien conservé et quelques mots seulement sont perdus au début du document et à la fin de certaines colonnes. Un total de onze colonnes de texte sont disponibles. Ainsi, le manuscrit 1QS sert de base pour les travaux de recherche. Il est également attesté par des fragments de douze autres manuscrits qui représentent une ou des versions antérieures du texte, ce dont il est très difficile de juger car ils sont extrêmement lacunaires. Des fragments d'un total de dix manuscrits différents ont été trouvés dans la (4Q255, 4Q256, 4Q257, 4Q258, 4Q259, 4Q260, 4Q261, 4Q262, 4Q263, 4Q264) et deux petits fragments dans la (5Q11).

Deux manuscrits vraisemblablement copiés par le même scribe que celui qui a écrit 1QS ont été retrouvés dans la censée être celle où se trouvait 1QS. Pour cette raison, ils sont souvent présentés comme des annexes de la Charte, alors qu'il s'agit bien de rouleaux indépendants et qu'il est peu probable qu'ils aient été associés à la Charte dans les versions antérieures. Il s'agit de la Charte pour Israël durant les derniers jours (1QSa) et des Bénédictions sacerdotales pour les derniers jours (1QSb).