Le prieuré Saint-Victor de Genève (en latin ) est un ancien couvent, aujourd'hui disparu, qui se trouvait à Genève, appartenant alors située dans le comté homonyme. D'abord église funéraire, elle devient conventuelle vers l'an mille, en étant rattachée à l'abbaye de Cluny. Sa destruction est décidée par la ville en 1534. L'église est dédiée à .

Géographie Le prieuré Saint-Victor, son cimetière et son faubourg étaient installés hors des murs de Genève. (Acte publié entre 1078 et 1120 (REG 0/0/1/237).), au sud-est de la ville, sur le plateau dit des Tranchées. L'église se trouvait sous l'emplacement de l'église russe de la ville, édifiée à partir de 1863..

Histoire Origine Une première église funéraire semble avoir été édifiée, dans le faubourg de Genève, à la fin du (vers 480.) par la volonté d'une princesse burgonde, Sédéleube (Sedeleuba ou Sideleuba), fille du roi Chilpéric II ou Hilpéric II. et sœur de Clotilde. La chronique de Frédégaire (vers 660), raconte que la reine Sédéleube est à l'origine de la construction afin d'y placer les reliques de .., probablement dans une boîte en argent. Victor aurait appartenu à la légion thébaine, qui a été massacrée à Agaune (aujourd'hui Saint-Maurice, en Suisse), au milieu du , et dont il fut l'un des rares survivants. Par la suite, la reine prend le voile sous le nom de Chrona.

En 602, les reliques sont retrouvées, selon la légende, par Frédegaire, les évêques Aeconius de Maurienne, Rusticus / Patricius, évêque de Genève, en compagnie du roi de Bourgogne Théodoric ou Thierry IIActe publié entre 593 et 613 (REG 0/0/1/74).. Un acte (non daté) relate cette légende où il est stipulé que le roi Thierry II confirme les donations faites par le maire du Palais Warnachaire II. Les reliques du saint se trouvait auparavant à Soleure. L'église abrite également la sépulture des premiers évêques de Genève.

L'impératrice du Saint-Empire, Adélaïde de Bourgogne, femme de Otton , aurait visité l'église en 999REG 0/0/1/141 ; Epitaphium Adeleidis , Vie d'Adélaïde, par Odilon, abbé de Cluny, mentionne cette visite..

Aux alentours de l'an mille, elle devient une église conventuelle placée sous l'ordre clunisien, par l'évêque de Genève, HuguesActe publié entre 999 et 1110 (REG 0/0/1/150).. Il apparaît ainsi comme le fondateur du couvent.. L'évêque considérant que le prieuré « n'a pas assez de possessions pour qu'on lui donne un abbé, la cède à Odilon, abbé de Cluny ». Une bulle pontificale de 1100 confirme les droits de l'abbaye de Cluny sur trente-cinq couvents, dont celui de Saint-Victor, et stipule qu'aucun d'entre-eux ne pourra devenir une abbaye sans l'autorisation de l'abbéBulle papale du (REG 0/0/1/239)..

Un acte de 1099 met fin à un conflit opposant le prieuré au chapitre de la cathédrale de GenèveActe de l'année 1099 (REG 0/0/1/230)..

Les comtes de Genève apparaissent comme les avoués et protecteurs () du prieuré. Par exemple, on retrouve en 1137, le comte Amédée confirmant ses différents devoirs auprès du couventActe du (REG 0/0/1/290).. Hugues, premier membre de la famille de Ternier mentionné, semble posséder l'avouerie au début du >.

Le comte de Genève Humbert, ainsi que son frère Guillaume, autorisent en 1220 le prieur Guichard de Clermont de construire un château à Epeisses afin de permettre la défense de la région appelée Champagne (mestralie de la Champagne), appartenant au couventActe de 1220 (REG 0/0/1/582)...

En 1291, en raison de torts causés par le chapitre, l'évêque de Genève, Guillaume de Conflans, « accorde aux dits religieux le droit d'obtenir gratuitement le sceau de la cour de l'Official pour les actes qui les concernent »Acte du (REG 0/0/1/1352).. Dans une lettre de 1292, l'évêque rappelle que le bourg de Saint-Victor a été en partie incendié, l'année précédente, par le comte Amédée IILettre du (REG 0/0/1/1367)..

Disparition du couvent La ville de Genève souhaite démolir le faubourg de Saint-Victor qui constitue une faille pour la défense de la ville, notamment lors des conflits avec la maison de Savoie. Une partie est détruite en 1531, la totalité en 1534.

Lorsque la cité passe à la Réforme en 1536, la paroisse de Saint-Victor disparaît. La ville fait construire des remparts. Une partie des moines du prieuré s'enfuient en Savoie voisine où ils s'installent à Reigner. Les différents revenus sont alors donnés en 1573 à l'une des commanderies de l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare, puis en 1759, s'ajoute le bénéfice.

En 1749, le traité de Paris procède à un échange de droits et de territoires entre Genève et la France.

En 1754, le traité de Turin règle en partie la question de « l'enchevêtrement des droits sur les "terres de Saint-Victor et Chapitre" ». entre Genève et la Savoie.

Prieuré Organisation et possessions Il s'agit d'un petit couvent réunissant une dizaine de moines. En 1304, on en compte 12 mais ce chiffre descend par la suite à 7..

Directement placé sous l'autorité de l'abbaye de Cluny et du pape, le couvent contrôle directement les prieurés de Russin, Vaulx, Draillant, Sainte-Hélène (val d’Aoste) et Bonneguête. L'essentiel des droits et terres du prieuré sont situés dans le comté de Genève ..

L'évêque de Genève, Guy de Faucigny est l'auteur de pas moins de quatorze donations au couvent..

Exemples de donations : 1093 : l'évêque de Genève, Guy de Faucigny donne l'église de Saint-Martin située à Essertet (aujourd'hui Viry), avec l'ensemble des droits attentantsActe de 1093 (REG 0/0/1/225). ; 1093 : l'évêque de Genève, Guy, donne église de Saint-Martin, située à Gisirac (probablement Chéserex)Acte de 1093 (REG 0/0/1/226). ; entre 1078 et 1220 : obtention de la moitié des revenus des églises de Saint-Paul à Ciriel (aujourd'hui Saint-Paul-en-Chablais), Sainte-Marie à Maxilly, Saint-Ours à Bernex et Saint-Oyen à LullinActe publié entre 1078 et 1120 (REG 0/0/1/231). ; entre 1078 et 1220 : obtention de l'église de Bonneguête, avec l'ensemble des droits attentantsActe publié entre 1078 et 1120 (REG 0/0/1/233). ; entre 1078 et 1220 : obtention des églises de Saint-Jean de Gonville, avec l'ensemble des droits attentants, de DardagnyActe publié entre 1078 et 1120 (REG 0/0/1/234). ; entre 1078 et 1220 : obtention de l'église de Russin, avec l'ensemble des droits attentantsActe publié entre 1078 et 1120 (REG 0/0/1/235). ; entre 1078 et 1220 : obtention de l'église d'Aiserey (Aisery), avec l'ensemble des droits attentants, une manse et un serfActe publié entre 1078 et 1120 (REG 0/0/1/236). ; entre 1078 et 1220 : l'évêque de Genève, Guy, donne l'église d'Aiserey (Aisery), donne les églises avec les droits de Dardagny, Saint-Jean à Gonville, Sainte-Marie à Allemogne (Thoiry), Saint-Lazare à Feigère, Saint-Laurent à Russin, Saint-Paul à Ciriel, Sainte-Marie à Maxilly, Saint-Ours à Bernex, Saint-Oyen à Lullin, Sainte-Marie à Bonneguête et l'église d'Aisery (reprise de l'ensemble des pièces précédentes) ; entre 1078 et 1220 : la femme du seigneur de Viry donne l'ensemble de ses droits sur Essertet (aujourd'hui Viry)Acte publié entre 1078 et 1120 (REG 0/0/1/238). ; 1119 : l'évêque de Genève, Guy, donne l'église de Frangy avec toutes celles qui en dépendent, avec l'ensemble des droits attentantsBulle pontificale du (REG 0/0/1/257). ; entre 1135 et 1153 : cession à Clairvaux de l'église et la villa de ChéserexActe entre 1135 et 1153 (REG 0/0/1/288BIS). ; 1165 : cession à l'abbaye de Bonmont des droits sur CharaioBulle pontificale du (REG 0/0/1/376). ; 1198 : église de ChillySentence de 1198 (REG 0/0/1/470). ; 1225 : le comte Guillaume II donne en les droits qu'il possède sur Laconnex en réparation des « torts et injustices »Acte du (REG 0/0/1/614). ; 1227 : biens de la « villa de Gy et au-delà de la Saime, excepté le prieuré de Draillens »Acte d'acensement de (REG 0/0/1/635). ; 1257 : obtention des droits sur Colovrex et Valavrans (Bellevue)Acte de mai 1257 (REG 0/0/1/889). ; 1258 : obtention à la suite d'un accord avec Simon de Joinville, seigneur de Gex, de la moitié du fief Avouson (Croset)Acte de mars 1258 (REG 0/0/1/899). ; 1302 : une transaction avec le comte Amédée II répertorie l'ensemble des possessions du prieuré : « les villages et paroisses de Chancy, Epeisse, Avully, Feigères, Passeiry, Avusy, Saint-Didier (?), Attenaz, Songy, Sezegnin, Malagny, La Tour (?), Cartigny, La Grave, Chabloux, Laconnex, Troinex, Landecy, et généralement sur tous les villages situés entre le Mont de Sion et le village d'Etrembières inclusivement, et dès le sommet du Mont-Salève jusqu'au Rhône, à l'exception du village de Confignon »Transaction du (REG 0/0/1/1504)..

Composition La destruction de la totalité du couvent en 1534 par la ville ne permet pas de connaître l'aménagement des bâtiments. IIl semble cependant que l'église Saint-Victor avait la particularité d'être de forme ronde..

Prieurs de Saint-Victor de Genève Le prieuré est soumis à l'autorité d'un prieur, bien souvent administrateur ou commendataire, le spirituel relevant d'un prieur claustral.

Notes et références Régeste genevois Actes publiés dans le Régeste genevois (1866), que l'on peut consulter en ligne dans le Répertoire chronologique des sources sur le site digi-archives.org de la Fondation des Archives historiques de l'Abbaye de Saint-Maurice (Suisse) :

Autres références

Voir aussi Bibliographie . .

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Articles connexes Diocèse de Genève Comté de Genève Histoire de Genève Histoire de la Savoie au Moyen Âge

Liens externes

( Carte des terres de Saint-Victor)

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