Le Salève ou mont Salève, culminant à , est une montagne isolée entre le massif du Jura et les Préalpes située dans le département de la Haute-Savoie, en France. On l'appelle aussi parfois le « balcon de Genève »Balade hivernale au Salève, Passe-moi les jumelles sur la Radio télévision suisse, 8 mars 2013. ou « montagne des Genevois » car bien que situé intégralement en France, il est voisin de l'agglomération transfrontalière de Genève située au nord-ouest, la frontière passant au pied des falaises de l'extrémité nord de la montagne. Il offre l'un des points de vue les plus appréciés sur le canton de Genève et le Léman, étant facilement accessible par la route et par son téléphérique. Bien qu'appartenant d'un point de vue géologique au massif du Jura, ce crêt de calcaire plissé est parfois rattaché aux Préalpes.
Toponymie « Salève » est un oronyme dérivant des mots latins et signifiant « sauter », « sortir », « jaillir » et désignant un saillant, une hauteur formant saillie, un promontoire rocheux.. Selon Paul Guichonnet, la racine indo-européenne *sal désigne une pente à éboulis..
La montagne est mentionnée dès le avec , puis au avec . C'est au siècle suivant qu'il semble prendre sa forme actuelle avec ., puis au avec .
La forme montre qu'il s'agit d'un toponyme d'origine gauloise. Dans la langue celtique continentale, le suffixe est une dérivation qui forme un nom de lieu. Les Gaulois vénéraient une déesse Sulevia dont le nom est un composé avec « bon » et « conductrice » ou « gouvernante ». pourrait donc être le domaine de . « Collines et montagnes sont souvent, chez les peuples traditionnels, la demeure des dieux. » Il existe une autre possibilité : pourrait être une dérivation en du mot gaulois désignant le troupeau, . Dans ce cas serait « le lieu où il y a le troupeau », « le pâturage ».
Géographie Situation
vignette|gauche|Le Salève (au centre) avec à l'horizon le massif du Jura vus depuis le Parmelan au sud. vignette|droite|Vue du mont Blanc depuis le plateau du Salève.
Le Salève se répartit entre les communautés de communes Annemasse - Les Voirons Agglomération, Arve et Salève, du Pays de Cruseilles et du Genevois. Il est aussi limitrophe de l'agglomération suisse de Genève et est entouré par les autoroutes A40, A41 et A410.
Du fait de sa position, le Salève offre un panorama étendu sur l'agglomération genevoise, le Léman, le versant sud du massif du Jura, les Préalpes, le lac d'Annecy et le mont Blanc.
Le Salève est un relief jurassien isolé, situé à l'extrémité sud-ouest du Plateau suisse. Il délimite aussi la bordure septentrionale du plateau des Bornes. La montagne se prolonge vers le sud-ouest par l'intermédiaire de la montagne de la Mandallaz et la montagne d'Âge. Elle est aussi voisine du massif du Chablais (est), du massif des Bornes (sud) et du Jura (nord-ouest) auquel il est lié du point de vue géologique.
Topographie vignette|La tour Bastian au Grand Piton, point culminant du Salève ().
Le Salève s'étend sur de longueur entre Étrembières au nord et le pont de la Caille au sud. Il est régulièrement orienté du nord-est au sud-ouest, et il est constitué de trois parties d'inégales longueurs, séparées par deux dépressions : le Petit Salève qui culmine à d'altitude au Camp des Allobroges, le Grand Salève qui culmine à d'altitude et le massif Pitons-PlanRandonnées au Salève, publication de la section genevoise du Club alpin suisse, Carouge 1984. parfois appelé Salève des Pitons ou simplement Les PitonsJean-Jacques Boimond, Le Salève. Images et anecdotes., Société de développement de la connaissance des Alpes à Genève, impr. Mont-sur-Lausanne, 1987.. Ce dernier massif culmine au Grand Piton () et comporte trois autres sommets nommés : la pointe de la Piollière (), le Petit Piton () au nord et la pointe du Plan au sud (). Entre le Petit et le Grand Salève, le vallon de Monnetier a une altitude de et entre le Grand Salève et le massif des Pitons, le col de la Croisette s'élève à et est franchi par la route départementale 45.
Géologie
Configuration structurale vignette|gauche|upright=2|Coupe géologique du Salève. Anté-P = Anté-permien, P-C = Permo-carbonifère, T = Trias, J = Jurassique, Jinf = Jurassique inférieur, Jmoy = Jurassique moyen, Jsup = Jurassique supérieur, Cr = Crétacé, Cé = Molasse du Plateau (Cénozoïque), Cé-Ch = Molasse subalpine (Cénozoïque). Les traits épais correspondent aux principaux plans de charriage.
Le Salève correspond à un pli anticlinal déjeté vers le nord-ouest et chevauchant au milieu du bassin d'avant-pays nord alpin.... Mais l'identification d'un réseau de failles longitudinales le long du flanc sud-est notamment permet de considérer que le soulèvement du Salève résulte de l'action de failles de type « pop-up ».. Le Salève sépare au nord le bassin molassique franco-genevois (affilié au bassin molassique suisse) et le plateau molassique des Bornes (affilié au bassin savoyard) au sud.
À l'image du massif du Jura, il résulte du décollement puis du charriage des couvertures sédimentaire du domaine jurassien vers le nord à la suite du chevauchement des massifs cristallins externes sur le socle du Jura au Miocène... Le décollement s'est effectué le long d'une faille normale enracinée dans les couches triasiques qui a joué en sens inverse au cours de la collision alpine. Le raccourcissement de la couverture sédimentaire est estimé entre ..
Les couches du flanc oriental du Salève forme une pente structurale qui plonge sous la molasse du plateau des Bornes mais leur prolongation vers le sud-est est contrarié par des accidents longitudinaux, forçant les calcaires urgoniens de la formation de Vallorbe à former des plis coffrés ou kinks.. Le long du versant occidental, elles forment un pli déjeté et faillé en grande partie démantelé. La moitié supérieure constituent des falaises où les bandes de végétation définissent des intervalles à dominante marneuse qui délimitent des alternances entre des couches calcaires. Sur la moitié inférieure, les couches sont subverticales à renversées et plongent sous le bassin molassique franco-genevois en constituant le flanc renversé du pli.
Enfin des failles décrochantes senestres orientées sud-est - nord-ouest découpent le pli du Salève en plusieurs compartiments qui constituent à l'ouest les chainons latéraux de la montagne de la Mandallaz et de la montagne d'Âge jusqu'à la faille du Vuache. L'une des plus importantes au Salève est le décrochement du Coin qui se caractérise par un déplacement horizontal de vers le nord-ouest et un rejet vertical de . Son activité est à l'origine de la formation d'un important miroir de faille qui surplombe le hameau du Coin (Collonges-sous-Salève) tandis que le plan de faille se poursuit vers le sud-est, à l'est de la Croisette. Ces failles, qui s'enracinent dans la couverture sédimentaire, absorbent les différences de raccourcissement du Jura entre ses extrémités et le centre et contribuent à sa morphologie arquée..
Stratigraphie vignette|droite|Succession du Crétacé inférieur au Grand Salève. Ces formations sont identiques à celles observées dans le massif du Jura à l'arrière-plan. Ces deux reliefs sont séparés par le bassin molassique suisse comblé par le dépôt de la molasse oligocène à miocène.
Le Salève ainsi que les chaînons latéraux appartiennent au domaine jurassien. Ils se caractérisent par des séries calcaires de plateformes d'âge mésozoïque.. Contrairement au massif des Bornes appartenant au domaine helvétique, le domaine jurassien comporte des faciès marins peu profonds à littoraux... Les épaisses séries calcaires constituent des falaises tandis que les calcaires marneux et les intervalles marneux forment des rentrants dans le paysage. Au Salève, les séries affleurantes se répartissent entre la formation du Coin (ancienne base de la formation des calcaires de Tabalcon) du Tithonien (Jurassique supérieur) et la formation de la Perte-du-Rhône de l'Aptien - Albien (Crétacé inférieur).. À la suite de la mise en place du bassin d'avant-pays nord-alpin et le passage du bourrelet frontal, le sommet de la série stratigraphique a émergé et a été transformé en karst entre le Crétacé tardif et le Paléogène. Les karsts ont ensuite été comblés par le grès sidérolithique à l'Éocène. Cette unité correspond à des dépôts fluviatiles à dominante quartzeuse (quartzite) et présentant localement une forte concentration en fer (d'où le terme sidérolithique) qui leur confère une teinte rougeâtre.... Ces grès ont été par ailleurs exploités à partir du aux rochers de Faverges pour la production de métal à partir de l'extraction du fer.. Des dépôts alluvionnaires et lacustres ont ensuite rempli au Rupélien des dépressions lacustres que l'on rencontre uniquement sur le flanc sud-est, au mont Gosse (poudingues de Mornex).. Enfin le substratum calcaire karstifié, les grès sidérolithiques et les dépôts lacustres sont recouverts par la molasse dont seule subsiste la molasse rouge auct (aussi dénommée « Marnes et Grès bariolés ») qui daterait du Chattien. (Oligocène).
Quaternaire Au cours des glaciations quaternaires, le Salève se situe à la convergence des glaciers du Rhône (est) et de l'Arve (sud), s'écoulant de part et d'autre du relief qui est recouvert par les glaces lors des phases paroxysmales (la surface du glacier est évaluée à d'altitude dans le Genevois).. Le retrait qui suit la glaciation de Riss s'accompagne de l'abandon de nombreux blocs erratiques sur le plateau sommital du Salève. et le Petit Salève.. Plus de furent répertoriés sur le massif dont 400 subsistent sur le Petit Salève. Les plus grands atteignent . Ce sont surtout des granites du massif du Mont-Blanc (glaciers de l'Arve et du Rhône) et des gneiss provenant de la nappe de Siviez-Mischabel dans le Valais (glacier du Rhône). La glaciation suivante du Würm n'entraine pas l'ennoiement du Salève sous la glace (surface à d'altitude) mais son retrait est marqué par une influence plus forte des apports du glacier de l'Arve ce qui conduit à une importante accumulation de blocs erratiques sur le Petit Salève. Malheureusement, une grande partie de ces blocs sont exploités pour la construction et notamment satisfaire les besoins pour le développement des chemins de fer dont celui du Salève.. Horace Bénédict de Saussure est le premier à les décrire. et à s'inquiéter de leur exploitation et plusieurs géologues dont Alphonse Favre tentent par la suite de les préserver mais sans succès.
vignette|droite|La grotte d'Orjobet est creusée dans la partie sommitale du membre de Vouglans, anciennement tidalites de Vouglans, (Tithonien). Ce sont des dépôts carbonatés fins déposés dans un environnement d'estran..
À l'image du massif du Jura, le Salève comporte plusieurs grottes et autres cavités associées au développement du réseau karstique (Tanne à Damon, grotte d'Orjobet, grotte des faux-monnayeurs, Trou de la Tine), voire résultant de l'effondrement de blocs au pied du flanc occidental (grotte de Sous-Balme). Ce karst draine un important volume d'eau qui est acheminé jusqu'aux nombreuses résurgences distribués à la base du relief et dont le transit s'effectue en 1 à 2 jours.. Cette ressource en eau est aujourd'hui captée sur trois sources (Eaux Belles à Étrembières, Douai dans la cluse des Usses et au Pas de l'Échelle) qui alimentent en eau les communes limitrophes. Elle fournit notamment 30 % des besoins de l'agglomération d'Annemasse - Les Voirons.
La montagne est aussi entaillée de plusieurs gorges étroites et profondes, dont la Petite et la Grande Gorge. Parmi ces dernières, la Grande Varappe a donné son nom, à la fin du , à ce terme relatif à la pratique de l'escalade. Une intense activité se développe sur ce flanc abrupt à l'époque où cette discipline n'en est qu'à ses balbutiements. Ces gorges traduisent la présence des nombreuses failles décrochantes qui traversent le Salève.