Les combats de Sainte-Croix-en-Plaine ont eu lieu du 24 au au cours de la Campagne de France.
Prélude Napoléon espérait une trêve hivernale, mais fin décembre, la grande armée alliée fait un mouvement sur sa gauche pour se concentrer vers la forêt Noire, menaçant — malgré la neutralité de la Suisse — de passer le pont de Bâle.
Le de cavalerie du général Milhaud fut envoyé pour renforcer le d’infanterie du maréchal Victor, duc de Bellune, seul à couvrir l'étendue de Bâle à Strasbourg. Ce corps d'infanterie comptait à cette époque environ Auguste Pétiet, Journal historique de la division de cavalerie légère du de cavalerie pendant la campagne en 1814, page 4., et le Auguste Pétiet, Journal historique de la division de cavalerie légère du de cavalerie pendant la campagne en 1814 : Ordre de bataille en date du 21 décembre 2013.. Le maréchal Victor devait prendre sur cette force des détachements pour compléter les garnisons de Strasbourg, Schlestadt, Brisach et Huningue. La cavalerie légère quitta Westhoffen le 16, et arriva le 21 à Strasbourg.
L'armée de Bohême passe le Rhin par la Suisse De son quartier général de Lörrach, le feld-maréchal Schwarzenberg fit partir, le , les ordres de mouvement pour les différentes colonnes de l'armée de Bohême.
Le , au matin, les troupes du prince de Schwarzenberg passèrent le Rhin sur le pont de Bâle. Le corps volant du colonel autrichien Scheibler, fort de 640 cavaliersWeil, La Campagne de 1814, d'après les documents des Archives impériales et royales de la guerre à Vienne, page 17., s'avança le même jour jusqu'à Habsheim et Rixheim aux portes de Mulhouse.
gauche|vignette|Cosaque du Don en 1813.
Le 22, la , formée des Austro-Bavarois du général de Wrede, passait le Rhin à Bâle. Il fit bloquer le jour même Huningue par la brigade Zollern de la division , dirigea la division sur Belfort et la division La Motte sur Porrentruy. Les Autrichiens de Frimont formaient sa réserve et le corps volant de Scheibler couvrait sa droite.
Ce dernier s’avance sur la route de Colmar au-delà d’Ensisheim et sur la route d’Épinal, sur Cernay et Thann.
Milhaud marche sur Colmar Le même jour, le maréchal Victor, apprenant que l'ennemi passait le pont de Bâle, prit le parti de détacher tout le de cavalerie sur Colmar, en le faisant appuyer par quelques bataillons d'infanterieLe maréchal Victor au major général. Strasbourg, 24. décembre 1813. 3 heures après midi. Une colonne d'infanterie est sortie ce matin de Strasbourg pour aller soutenir le général Milhaud. Elle est composée de du . J'en ferai sortir une de même force demain avec de l'artillerie. C'est tout ce que j'ai de disponible pour le moment. » (Archives du dépôt de la guerre.). Ce mouvement s'exécuta sans délai, la gauche en tête, la cavalerie légère, par la division nombreuse de ses détachements sur le Rhin, ayant besoin de quelques heures pour se réunir. Le de cavalerie de Milhaud se mît en marche le 23 et passa la nuit à Sélestat.
Mouvements du corps volant de Scheibler Le 23, est à Ensisheim ; dans l'après-midi il charge le capitaine baron Schell, du régiment de hussards de Hesse-Hombourg, de pousser jusque dans Colmar et d’y réquisitionner des vivres avec un escadron, 100 cosaques et un peloton de chevau-légers. Il y parvint et poussa même au-delà un détachement, enlevant en route un convoi de douze caissons de munitions.
Entre-temps, avec cet accent hautain et gros de menaces, il fixait l'heure, a laquelle les vivres devaient être livrés, à la porte de Bâle. L'heure vint, les vivres étaient prête ; les soldats ne l'étaient pas moins à s'en saisir.
Tout à coup, entrent au galop, par la porte de Brisach, des dragons français qui se répandent dans les rues, cherchant l'ennemi. Quand ils arrivèrent à la porte de Bâle, ces derniers avaient disparu comme par enchantement en direction de Sainte-CroixAngel Ingold, Ephémérides alsaciennes, page 48..
Ordres de bataille
+ État de situation des effectifs français mi-décembre 1813Auguste Pétiet, Journal historique de la division de cavalerie légère du de cavalerie pendant la campagne en 1814, page 2. Unité Effectif Notes GdD Milhaud - Corps de cavalerie Adj-Cmd Chasseriau - Chef d'état-major Cpt Valles - Officier d'ordonnance Cpt Dhane Slienuyse - Officier d’ordonnancen GdD Pire - Div. de cavalerie légère Adj-Cmd Petiet - Chef d'état-major Cpt Roucy - Aide de camp Cpt Thierry - Aide de camp GdB Subervie - Brigade de cavalerie Rég. de cavalerie - Hussards - Cpt Barthelemi 278 Escadron Escadron Escadron Rég. de cavalerie - Chasseurs à cheval - Col Müller 207 Escadron Escadron Escadron GdB Dermoncourt - Brigade de cavalerie. Détaché le 28 décembre a Algolsheim Rég. de cavalerie - Chasseurs à cheval - ChEsc Arnaudet 234 Escadron Escadron Escadron Rég. de cavalerie - Chasseurs à cheval - Maj Muteau 231 Détaché le 28 décembre a Algolsheim Escadron Escadron Escadron Escadron GdD Briche - Div. de cavalerie lourde Briche remplace provisoirement Beaumont malade Adj-Cmd Contamine - Chef d'état-major Cpt Lafaye - Aide de camp GdB Montelegier - Brigade de cavalerie Rég. de cavalerie - Dragons - Col Hoffmayer 349 X escadrons Rég. de cavalerie - Dragons - Col Musnier 321 X escadrons Rég. de cavalerie - Dragons - Col Thevenet 382 X escadrons GdB Collaert - Brigade de Cav. 1 escadron à Guemar Rég. de cavalerie - Dragons - Maj de Ligniville 220 X escadrons Rég. de cavalerie - Dragons - Col Boudinot 336 X escadrons GdD L'Heritier - Div. de cavalerie lourde Adj-Cmd Soubeiran - Chef d'état-major Cpt L'Heritier - Aide de camp Cpt De Bulach - Aide de camp Lt L'Heritier - Aide de camp GdB Lamothe - Brigade de cavalerie Rég. de cavalerie - Dragons - Col Dard 218 X escadrons Reg de cav. - Dragons - Col Mermet 246 X escadrons Reg de cav. - Dragons - Col Desargus 154 X escadrons GdB Ludot - Brigade de cavalerie Rég. de cavalerie - Dragons - ChEsc Adam 283 X escadrons Rég. de cavalerie - Dragons - ChEsc Casener 263 X escadrons
Légende GEC = général en chef GdD = général de division ; GdB = général de brigade ; MjG = major général ; LtG = lieutenant général ; Col = colonel ; LtC = lieutenant-colonel ; Cbat = chef de bataillon ; ChEsc = chef d'escadron Cpt = capitaine
+ État de situation des effectifs alliés début décembre 1813Karl Engel, Colmar im Feldzuge von 1813-14, et 41. Unité Effectif Notes Col Scheibler - Corps volants Troupes engagées le 24 à Sainte-Croix Rég. de cavalerie - Hussards de Szekler 1 escadron 100 Rég. de cavalerie - Hussards de Hesse-Hombourg - von Schell 1/2 escadron - von Arnstein 50 Rég. de cavalerie - Chevauleger - LtC comte Hirschberg 1 escadron - Lt von Aretin 90 Rég. de cavalerie - Cosaques du Col Elmorsin 2 pulks 279 Rég. de cav. - Cosaques du Col Korin 2 pulks 353 FML von Hardegg - Division autrichienne Troupes engagées le 31 à Sainte-Croix Col von Mengen - Brigade Rég. de cavalerie - Uhlan de Schwartzenburg 4 escadrons 442 Rég. de cavalerie - Hussards archiduc Joseph 6 escadrons 758 Rég. d'infanterie - chasseurs 2 compagnies du de chasseurs 250
Légende FML = Feldmarschall ; Col = colonel ; LtC = lieutenant-colonel
Engagement du 24 décembre Le 23, informé de l'approche de la cavalerie de Milhaud, le colonel Scheibler, après avoir rallié son avant-garde, décide de se rapprocher de Sainte-Croix.
Sainte-Croix est un gros bourg à cheval sur la grande route de Bâle à Colmar, à en avant de cette dernière ville ; de forme circulaire, il est entouré d'un large fossé marécageux, qu'on traverse sur un pont vers l'entrée du côté de Colmar. Il est situé dans une plaine découverte qui se prolonge jusqu'à Ensisheim.
Parti d'Ensisheim le 24, vers sept heures du matin, Scheibler arrivait à dix heures à Sainte-Croix où il fut rejoint par un détachement sous les ordres du capitaine Eberle, qu’il avait envoyé, la veille, battre le pays dans la direction de Neuf-Brisach.
droite|vignette|Karl Wilhelm von Scheibler.
À onze heures du matin, il faisait filer sur la droite de Colmar le capitaine Schell qui, avec 50 hussards et 50 cosaques, vint donner, à un quart de lieue de la ville, contre un avant-poste de 25 hommes commandé par un officier du flanc droit de la cavalerie de Milhaud, composée des dragons de la brigade Montélégier.
Informé de ce fait, le colonel Scheibler se porta aussitôt en avant avec l'escadron de hussards de Szekler et les cosaques d'Elmorsin, et allait écraser ces cavaliers de sa masse quand soudain arrivèrent, haletants, les dragons de Milhaud. Le choc fut terrible : Scheibler parvint à arrêter, puis à repousser les 2, 6 et , commandés par les colonels Hoffmayer, Musnier et Thevenez, de la brigade Montélégier.
Ce succès aurait peut-être permis au colonel Scheibler d'effectuer sa retraite sans trop de peine si, à ce moment même, le colonel Korin, qu'il avait laissé en réserve à Sainte-Croix avec son régiment de cosaques et avec les chevau-légers bavarois, n'avait pas cru devoir quitter sans ordre sa position pour prendre part à l'action, alors que deux escadrons de la brigade Collaert débouchaient en arrière de Sainte-Croix et que les , et fournissaient une charge vigoureuse qui décida l'ennemi à se replier sur le village.
Pris ainsi de front et à revers, la plus grande partie des cosaques ne songea qu'à chercher son salut dans la fuiteAngel Ingold, Ephémérides alsaciennes, page 49.. Sur la route de Meyenheim furent repris les dix-huit fourgons de poudre que l'ennemi s'était annexés la veille. Enfin, près du pont de ce village, le clairon sonna le retour, et les dragons de Milhaud reprirent le chemin de Colmar, confiant la garda de Sainte-Croix à quelques-uns de leurs frères d'armes.
Le colonel Scheibler rejoint Ensisheim avec les débris du corps volant auquel cette affaire avait coûté neuf officiers, la moitié de l'escadron bavarois (dont 21 succomberont), pour un total de 200 hommes dont soixante prisonniers presque tous blessés. Le colonel Elmorsin, grièvement blessé, fut fait prisonnier et succomba le soir même, le colonel Traugwitz du pulk de cosaques mourut de ses blessures à Colmar le lendemainLes rapports des Alliés ne parlent que de 67 hommes tués ou blessés. De son côté Milhaud dans son rapport de Colmar, 24 décembre, 9 heures du soir, exagère les pertes de Scheibler qu'il prétend être de 100 tués, 300 blessés, 150 prisonniers (Archives de la guerre).
Le 24 au soir, Milhaud établissait ses cavaliers de la manière suivante : la division de dragons Lhéritier et une des brigades d’infanterie de la division Duhesme occupèrent, en seconde ligne, Colmar et environs, tandis que les brigades de dragons Montélégier et Collaert, qui avaient lutté durant la journée, s’installaient à Horbourg.
La division de cavalerie légère de Piré, exception faite du de chasseurs à cheval détaché au village de Sundhoffen, était logée dans Sainte-Croix et se retrouvait ainsi enfermée comme dans un piège ; car en cas de besoin, elle ne pouvait quitter le village que par les deux entrées possible. Piré, insatisfait de cette disposition, avait sollicité auprès de Milhaud de faire bivouaquer la division au nord du village. Sa demande n’eut pas le succès qu'il en espérait, et Milhaud invoquant le froid excessif qu'il faisait alors, demanda de faire tenir les chevaux dans des écuries. Les trois régiments de la division s'enfermaient dans le bourg dont on avait barricadé l'entrée sud. Piré, prudent, postait aussi loin que possible du côté de l'ennemi, sur la route de Bâle, un détachement d'avant-garde pour être averti à temps en cas d'alerte. De plus, les régiments reçurent l'ordre de monter à cheval une heure avant le jour, chaque matin, de se former en bataille en arrière du village, et d’attendre dans cet ordre, le retour des reconnaissances, avant de regagner leurs logements.