Thérèse Pereyra, connue également sous le nom de Thérèse Blum après son mariage avec Léon Blum, née le à Saint-Germain-en-Laye et morte le à Paris, est une militante socialiste française.

Énergique et décidée, musicienne et sportive, elle mène une vie libre, conduit sa voiture, fréquente les cercles aisés et cultivés, où elle se lie plus intimement avec le critique littéraire et dramatique Léon Blum à partir de 1911.. Militante socialiste, elle est surnommée la « citoyenne Blum »..

Biographie

Famille et jeunesse Héléna Thérèse Pereyra naît dans une famille de la bourgeoisie intellectuelle juiveLa mère du père de Thérèse s'appelle Léa-Elena. Selon Missika, il a sans doute voulu prénommer sa fille du nom de sa propre mère.. Ses parents sont Hermance Mayer et Abraham Daniel Pereyra, banquier. Par sa sœur Suzanne, elle est la belle-sœur du compositeur Paul Dukas. Sa sœur ainée Marie-Louise est musicologue. Le révolutionnaire Jacob Pereira fait partie de sa familleLe révolutionnaire aurait pour nom Jacob Aristide Lopès-Pereyra selon Missika.. Son arrière grand-père Aristide Lopès-Pereyra était directeur de la Compagnie impériale d'assurance, son fils Daniel Alphonse lui succède. Le père de Thérèse décide de s'installer à Paris vers 1875 et épouse Hermance le .

Thérèse semble avoir été élevée par des gouvernantes et des préceptrices à domicileDans une lettre à Thérèse, Léon Blum lui demande si « sa » Miss Clarke lui a fait lire Le Conte d'hiver de Shakespeare.. Elle a peut-être fréquenté un cours privé du Trocadéro ou le cours Hattemer, rue de Londres. Elle parle anglais et italien, comme ses sœurs, ce qui est peu courant à l'époque.

Mariage et rencontre avec Léon Blum alt=|vignette|Château des Vives-Eaux.|gauche

Le , ses fiançailles avec l'agent de change Edmond Mayrargues, fils d'Alfred Mayrargues, sont annoncées dans le carnet mondain du Figaro. La famille de son fiancé possède une grande propriété à Ville-d'Avray, chemin DesvallièresPlusieurs sources comportent des erreurs et nomment cette voie « Chemin des Vallières ». Le , le conseil municipal de Ville-d'Avray décide de renommer le « Chemin neuf de la Ronce » en « Chemin Desvallières » pour rendre hommage à Pierre-Sulpice Lefèbvre-Desvallières (1790-1863), maire de 1836 à 1860..

A l'été 1906, elle est invitée au château des Vives-Eaux où elle rencontre pour la première fois Léon Blum avec lequel elle partage des connaissancesThérèse et Léon se seraient rencontrés une première fois à Biarritz selon Missika. : Albert Mayer, son oncle maternel, est marié à Laure Mayer, une amie de Lise Bloch, l'épouse de BlumThérèse connaît Lise au moins depuis l'été 1905 comme le montre une carte postale que Thérèse lui envoie d'Alcántara..

A l'été 1907, la bande d'amis loue le domaine du Val-Changis à Avon, non loin du précédent château, auprès d'Édouard Dujardin, propriétaire du domaine.

La famille Pereyra vit dans l'immeuble du 2 rue Greuze à Paris : il s'agit d'un immeuble en pierre de taille de cinq étages.

Après plusieurs refus et tergiversations, la date du mariage est fixée le par les deux familles. Cette date se situe le lendemain de Roch Hachana (nouvel an juif) et 7 jours avant Yom Kippour. Thérèse se marie avec Edmond Mayrargues à la mairie du 16e arrondissement de Paris, après avoir établi un contrat de mariage la veille devant maître René Maciet, notaire à Paris. Thérèse prend pour témoins de mariage Paul Grunebaum-Ballin ainsi que son cousin Emmanuel Léonino. Le , la cérémonie religieuse est célébrée à la grande synagogue de Paris par le rabbin Israël Lévi. Cependant, en dehors des grandes fêtes, ni Thérèse ni Edmond ne sont pratiquants.

Le couple s'installe ensuite dans le même immeuble que les Grunebaum-Ballin au 21 boulevard de Beauséjour à la demande de Thérèse. Cet immeuble de 7 étages abritent également la famille Mayrargues et Henry Simon.

C'est en cette année 1911 que sa liaison adultérine commence avec Léon Blum. A l'été 1911, pendant la canicule ressentie en Europe, le groupe d'amis loue une spacieuse villa à Saint-Jean-de-Luz : la villa Gozoena. Mais Thérèse quitte rapidement le groupe après la réception d'un télégramme : en effet, son père vient de faire une apoplexie et est mal-en-point. Son père décède et le lendemain de l'enterrement, la famille découvre qu'il menait une double vie et avait eu deux autres enfants, ce qui réduit la fortune familiale à néant. La famille désargentée, Marie-Louise devient professeure de piano et Thérèse rend à sa mère l'argent de sa dot. Cette situation complique les choses pour Thérèse puisqu'elle ne peut compter divorcer et espérer vivre de ses rentes, pourtant, elle reste déterminée à annoncer sa liaison au grand jour.

Première Guerre mondiale alt=|vignette|Hôpital auxiliaire de la rue Armand-Moisant dans lequel Thérèse a travaillé en tant qu'aide infirmière (école Novancia de 2011 à 2019). En 1914, à la suite de la mobilisation générale, Edmond rejoint le escadron du train des équipages militaires. Son régiment gère le réseau et les gares affectées au transport des hommes au front. Du fait de sa myopie, Léon Blum n'est pas mobilisé. En , Léon est nommé chef de cabinet de Marcel Sembat, son engagement en politique est soutenu par Thérèse. La guerre éloigne les deux amants, notamment lors de l'exil du gouvernement à Bordeaux de septembre à . Désirant être utile, Thérèse s'engage en tant que bénévole pour devenir aide-infirmière sous l'égide de l'Union des Femmes de France. Après une formation de 8 jours, elle est affectée à « l'hôpital temporaire 106 », situé au 3 rue Armand-MoisantL'hôpital auxiliaire de la rue Armand-Moisant s'installe dans les locaux de l’École commerciale de la Chambre de Commerce et d'industrie de Paris Rive Gauche, construits en 1908. Il ouvre ses portes le et possède 185 lits. Les salles de cours ont été transformées en dortoir et les bureaux ont été transformés en pharmacie ou pièces de stérilisation pour pansements.. Le , elle reçoit la médaille de bronze des épidémies.

Elle travaille ensuite dans l'hôtel particulier du 16 avenue Raphaël transformé en hôpital, notamment avec le chirurgien Jean Paul Lamare (1886-1961)L'hôpital auxiliaire du 16 avenue Raphaël a ouvert en et disposait de 60 lits. Il a fermé le . Le bâtiment est aujourd'hui détruit..

Lise Blum apprendra que Léon entretient une liaison avec Thérèse. Celui-ci exige de maintenir les deux relations et annonce à sa femme que si elle ne l'accepte pas, alors il restera avec Thérèse. Thérèse divorce le . Elle doit donc quitter à contre-cœur son appartement boulevard de Beauséjour et s'installe au 7 rue Vineuse dans un appartement de moyen standing au rez-de-chaussée.

Début de sa carrière professionnelle Elle travaille par la suite pendant quelques années chez Jeanne Proust, une antiquaire de la rue de la Tour, avant de se mettre à son compte. En , sur les encouragements de ses proches, elle ouvre une boutique de décoration et d'ameublement au 3 rue de Miromesnil. Colette installera son institut de beauté en face de la boutique de Thérèse en 1932. Avec son associée-gérante Blanche Klotz, elle déclare la création d'une société en commandite simple le sous le nom « BJ Klotz et Cie » au capital de 200 000 francs et domiciliée chez Blanche au 62 rue La BoétieBlanche Jeanne Renée Dreyfus, veuve de Jean Paul Klotz, est née en 1897.. Le capital est détenu par 7 actionnaires dont la plupart sont des amis de Léon Blum et de Cécile Grunebaum-Ballin, comme Georges Boris. Les autres actionnaires sont les trois industriels Georges Sciama, Henri Hesse, Henry L. Blum, et les trois banquiers André Wormser, Jean Rheims, Alphonse Morhange. Blanche crée des meubles pour un designer à la mode, Jean-Michel Frank, et elle reçoit un diplôme d'honneur pour sa participation à l'Exposition internationale des arts décoratifs modernes de au sein du pavillon de l'ambassade française. En 1927, Thérèse et Blanche procèdent à une augmentation de capital répartie entre les 7 actionnaires. En 1931, elles participent à l'Exposition coloniale internationale (hors concours). Blanche et Thérèse se partagent le travail : Blanche dessine le mobilier et Thérèse le réalise. Elles ont pour clients Georges de Rothschild, Paul Landowski, Henry Torrès, ainsi que les Galeries Lafayette. Elles réalisent également la devanture d'André Baumann, un fleuriste alors en vogue. Le , elle adresse une lettre aux actionnaires pour leur annoncer qu'elle quitte la société six mois plus tard. Blanche ferme la société six ans plus tard.

Investissement dans le militantisme socialiste alt=|vignette|25 quai de Bourbon.|gaucheThérèse est une habituée du théâtre des Champs-Élysées, on y joue Saint-Saëns, Debussy, Dukas ou encore d'Indy (professeur de sa sœur Marie-Louise). Le , elle y voit le concert donné par Wilhelm Furtwängler et la Philharmonie de Berlin. Ses moyens ne lui permettent cependant pas d'y aller aussi souvent qu'elle le voudrait.

En 1924, Thérèse s'inscrit à la section de la Fédération de la Seine de la SFIO. Elle y côtoie Jules Moch, Louis Lévy et son épouse Marthe, Léon-Maurice Nordmann, Claude Lévi-Strauss et Maurice Schumann. Elle n'hésite pas à signaler à Léon les militants les plus doués. Après la mort de Lise Blum, la première épouse de Léon, en 1931., elle se marie avec lui le , après avoir rédigé un contrat de mariage chez Robert Revel deux jours plus tôtLe contrat de mariage stipule que Léon garde les meubles, les tableaux et les objets de l'appartement.. Elle prend pour témoin de mariage sa sœur Suzanne (dont elle avait été le témoin pour son mariage avec Paul Dukas) et Léon prend son frère Lucien. Sa bague est une création de la maison René Boivin : il s'agit d'une Thérèse lègue la bague à sa nièce dans son testament, celle-ci est assurée pour 25 000 francs au Lloyd's of London.. Ils s'installent au premier étage du 25 quai de Bourbon en 1932. Après leur mariage, ils séjournent un temps à HossegorLe couple Grunebaum-Ballin possède une maison à Hossegor. Thérèse et Léon y ont peut-être séjourné en 1932 lorsqu'ils sont allés à Hossegor.. En 1932, Thérèse achète un cabriolet Citroën C4 qu'elle change en pour une Citroën en coach, estimée 26 000 francs par l'assurance.

Thérèse participe régulièrement aux réunions des Faucons rouges dont s'occupe Germaine Picard-Moch, l'épouse de Jules Moch. Thérèse accompagne très régulièrement Léon dans ses déplacements à partir de 1933, le conduisant notamment en voiture dans sa circonscription, au palais Bourbon, au siège de la SFIO. Elle est élue au Comité national des femmes socialistes en 1933. Au début de l'année 1934, la SFIO lance une tournée de masse au niveau national et Thérèse accompagne Léon durant la tournée. Au cours de la campagne électorale de 1935, La Voix du peuple attaque le couple avec une caricature, les montrant comme de grands bourgeois. Thérèse est très active en politique, comme en témoigne le nombre d'inscrites particulièrement important dans la circonscription de Léon : 104 femmes cotisent au parti socialiste.

A l'été 1935, Thérèse tombe malade et on ignore quel mal l'afflige, il est question d'une opération. Le , au congrès national extraordinaire de la SFIO à Limoges, Albert Rivière propose l'envoi d'un télégramme de soutien à Thérèse dans sa maladie, les militants adoptent la proposition.