Marie Fortunée Capelle, connue sous son nom d'épouse Marie Lafarge, née à Paris le . et morte à Ussat dans le département de l'Ariège le Registre d'état civil de Ussat : acte de décès - cote du document : 1NUM/4E4091 - vue 95 sur 151. Consulter : ., est une femme française soupçonnée, puis reconnue coupable par la justice de l'époque d'avoir empoisonné son époux, Charles Pouch-Lafarge, dit Charles Lafarge. L'affaire Lafarge et son procès font l'objet de nombreux commentaires et ouvrages, ainsi que bien plus tard, l'objet de quelques films au cinéma et à la télévision.
Marie Lafarge est condamnée en 1840 aux travaux forcés à perpétuité par la cour d'assises de Tulle et à l'exposition sur la place publique de cette ville, préfecture de la Corrèze. Certaines sources, évoquées dès l'époque du procès, font d'elle la supposée arrière-petite-fille de Philippe Égalité, et de Félicité de Genlis.
Marie Lafarge bénéficie de la grâce présidentielle du prince-président Louis-Napoléon Bonaparte, peu de temps avant sa mort, survenue en 1852. Sa tombe est située dans le cimetière d'Ornolac-Ussat-les-Bains.
Biographie
Portrait
Marie Lafarge est décrite en ces termes dans un recueil publié très peu de temps après son procèsNouvelle histoire et révélation complètes de la vie, des mémoires, amours et procès criminel de Mme Lafarge... Recueilli et publié par un rat du Glandier, éditeur Terry, Paris 1840, page 6. :Madame Lafarge est d'une taille ordinaire mais dessinée avec délicatesse et pleine de grâce; sa figure, un peu taillée à la grecque, n'est pas d'une régularité parfaite; mais son front élevé, ses grands yeux noirs et sa physionomie pleine d'expression donnent à peine le temps de s'apercevoir de cette irrégularité et charment involontairement les yeux.
Jeunesse vignette|Château de Villers-Hélon où vécut Marie Lafarge durant sa jeunesse. Marie-Fortunée Capelle est née au rue de Courcelles dans l'ancien de Paris (aujourd'hui, le arrondissement), le Archives de Paris : État civil - Acte de naissance reconstitué du ancien de Paris sous le nom de Cappelle. Cote du document : V3E / N388, page 5/33. Archives de Paris, boulevard Sérurier 75019 Paris..
Elle est la fille du baron Antoine Laurent Capelle (ou Cappelle), lieutenant-colonel au corps royal d'artillerie, et de Caroline Fortunée Collard (fille de Jacques Collard de Montjouy, député de l'Aisne) qui, devenue veuve, se remariera ensuite avec le député bonapartiste Eugène Louis de Coëhorn. La petite Marie a une sœur, prénommée Antonine (future épouse de Félix Deviolaine, inspecteur des domaines de la Couronne et cousin d'Alexandre DumasGoogle Livre Dictionnaire passionnel de Marie Lafarge, Éd. Mon Petit Éditeur, 10 février 2016, 590 pages (p. 285).) et une demi-sœur utérine, Élisabeth de Coëhorn.
Sa grand-mère maternelle Herminie Compton serait née d'une liaison entre la comtesse Félicité de Genlis et le duc d’Orléans Philippe Égalité. Cette ascendance supposée aura une influence considérable lors de son procès, qui a lieu durant la monarchie de Juillet et le règne de Louis-Philippe, fils légitime de Philippe Égalité. La presse, que le pouvoir avait muselée par les lois de septembre 1835, allait s’empresser de dénoncer cette , et cela aurait pu faire vaciller le trône. Cette filiation royale est notamment représentée par un aristocrate britannique, Charles Strickland Standish (1790-1863), Lord of the Manor of Standish, gendre de Rose Henriette Péronne de Sercey (1770-1849), la nièce de Félicité de GenlisL'historienne Anne Martin-Fugier reprend la correspondance du comte Rodolphe Apponyi (attaché de l'ambassade d'Autriche à Paris de 1826 à 1850) publiée dans son Journal et commet la même erreur d'alliance concernant les familles Standish et Sercey. Charles Strickland Standish (1790-1863), Lord of the Manor of Standish, est le gendre de Rose Henriette Péronne de Sercey (1770-1849), et non son époux. Charles Standish se marie avec la première fille d'Henriette de Sercey, Émilie (dite Emma par la comtesse de Genlis) Conradine Matthiessen, à Carlepont le . Rose Henriette Péronne de Sercey, nièce de la comtesse de Genlis, épouse en premières noces le banquier Johann Conrad Matthiessen (1751-1822), divorce en 1801 et épouse en secondes noces, le baron suisse Gaspard-Henri de Finguerlin de Bischingen (1776-1856). Ce dernier est également directeur de Dépôt d’Étalons au Service des Haras de Louis-Philippe. Sa fille aînée, la baronne Mathilde de Finguerlin de Bischingen est dame lectrice au Palais des Tuileries et elle est au service de la Maison de son Altesse Royale, la duchesse de Nemours. Enfin la dernière fille d'Henriette de Sercey, Gasparine Ursule Ida de Finguerlin de Bischingen est l'épouse en premières noces du frère cadet de Charles Standish, Thomas Strickland Standish of Sizergh (1792-1835) et deviendra après la mort de celui-ci, l'épouse en secondes noces du comte Roger Aimery de Montesquiou-Fezensac (1809-1864).. Charles Standish de par son alliance, est un intime de la famille d'Orléans.. et il est l'hôte de la famille de Marie Lafarge à Villers-Hélon.. Il décide de se rendre à la prison de Montpellier où est détenue Marie Lafarge mais le préfet lui refuse le droit de visite.
Marie Capelle est élevée au château familial de Villers-Hélon situé dans le département de l'Aisne. Elle y reçoit une excellente éducation. Alors qu'elle a douze ans, son père, ancien colonel d'artillerie de la garde impériale. et officier de la Légion d'honneurAntoine Laurent Capelle (8 août 1777 - 10 novembre 1828) - dossier de la Légion d'Honneur : ., meurt accidentellement à la chasse le . Sa mère, remariée, meurt sept ans plus tard.
Selon l'écrivain et historien Marc Glotz, membre de la société d’histoire du Sundgau, auteur d'un livre sur la noblesse alsacienne au , Marie Capelle a vécu dans le sud de l'Alsace une grande partie de son enfance, au sein de la famille de son beau-père, baron de Coëhorn, et elle a côtoyé le milieu de la noblesse alsacienne entre 1827 et 1835.. Entre ses dix-huit et ses dix-neuf ans, Marie est adoptée par sa tante maternelle, Louise Madeleine Félicie Collard, épouse du baron Paul Garat, qui l'inscrit dans une école pour jeunes filles de la haute société.
Mariage avec Charles Lafarge Recherchant l'amour romantique, elle décline toutes les propositions de mariage. Elle avait pourtant envisagé de se fiancer avec le comte Charles Charpentier, fils du général Henri François Marie Charpentier, lequel habite un château voisin à Oigny-en-Valois, mais le comte ne semble pas prendre ce mariage au sérieux.
Selon Les grandes affaires criminelles, publié par les éditions Courtille, Marie fait ensuite connaissance du jeune Denis Guyot, dont elle apprécie la prestance et l'élégance, et avec qui elle entretient une liaison purement épistolaire. Le jeune bourgeois ne semblant pas pressé de se marier, l'oncle Garat demande qu'il soit mis fin à cette relation, ce qui est fait. Lorsqu'il apprendra l'arrestation et la condamnation de la jeune femme, Denis Guyot mettra fin à ses joursGoogle livre, présentation du livre "Les grandes affairescriminelles", consulté le 22 juillet 2019.
À vingt-trois ans, par l'entremise de son oncle le baron Garat, gouverneur de la Banque de France, qui a contacté une agence matrimoniale, Marie Fortunée Capelle fait la connaissance d'un entrepreneur originaire de Corrèze en voyage d'affaires à Paris, Charles Pouch-Lafarge, dit Charles Lafarge, de cinq ans son aîné. Maître de forges au Glandier, dans la commune de Beyssac, il est également le maire de cette commune. Lors de l'entrevue, Charles et Marie font état de leurs garanties et de leurs bonnes mœurs puis, non sans précipitation, le mariage est célébré le en l'église Notre-Dame-des-Victoires.
Croulant sous les difficultés financières, Charles Lafarge sait qu'en l'épousant, il recevra une dot de francs-or qui lui permettra d'éviter la faillite. Souvent présenté comme un « brave homme, mais un peu bourru », il est selon d'autres échos un personnage vil et corrompu, rongé par la violence, par ailleurs sujet à des crises d'épilepsie..
Emma Pontier, cousine germaine de Charles Pouch-Lafarge, rapporte que la situation financière de ce dernier était connue de tout le pays : « Il devait essayer un nouvel emprunt, trouver un mariage d'argent à faire ou ne plus revenir. »idem, "Crimes et criminels" de Christine Mattei, page 418.
Le Glandier vignette|Le Glandier en 1840. Le lendemain de la cérémonie de mariage, les jeunes époux quittent Paris pour rejoindre le département de la Corrèze et arrivent à Beyssac le . Pour Marie Lafarge, c'est la déception. Lorsqu'elle contemple sa nouvelle demeure et ses environs, elle constate un changement radical avec son mode de vie au château de BusagnyActuel collège Saint-Stanislas à Osny. En fait, son mari lui avait laissé croire qu'il était le propriétaire du château de Pompadour à Arnac-Pompadour et elle découvre que sa nouvelle demeure du Glandier est une vieille masure délabrée, infestée de rats, et que certains paysans des alentours déclarent hantée.
Le Glandier est une ancienne chartreuse, fondée en 1219, à la suite d'une donation d'Archambaud VI de Comborn, pour le salut de son âme et de celles de ses ancêtresCyprien-Marie Boutrais, La Chartreuse de Glandier en Limousin, 2008, Le livre d'Histoire, p. 12 (réédition de : La Chartreuse de Glandier en Limousin, par un religieux de la maison, dom Cyprien-Marie Boutrais, 1886, éd. Neuville-sous-Montreuil)., peut-être en expiation d'un crimeSite distantreading.github.io, page "Archambaud de Comborn par Horace deViel-Castel (1802-1864).. Le monastère fut soutenu au cours des siècles par de nombreux bienfaiteurs. Confisquée et saccagée lors de la Révolution, la propriété est acquise en 1817 par la famille Lafarge qui, en 1834, installe une forge industrielle en aval de la petite rivière qui la borde.
Quelque temps après le procès, en 1860, les Chartreux rachèteront la propriété à la famille Lafarge et rebâtiront le monastère. Acquis par la ville de Paris en 1920, en vue d'y soigner des tuberculeux, elle abrite depuis la fin des années 1960 un centre de soins et d'hébergement accueillant des personnes handicapées mentales.
Une mort suspecte vignette|L'ancienne chartreuse semblait être infestée de rats (gravure du ). vignette|Poudre d'arsenic (dite aussi fleur d'arsenic), que l'on peut trouver dans certains poisons tels que la mort aux rats. Désespérée, Marie Lafarge se retranche dans sa chambre et écrit une lettre à son époux, dans laquelle elle le supplie de la laisser partir, quitte à ce qu'il conserve la dot, et menace même de mettre fin à ses jours. Devant le refus de Charles Lafarge, elle fait dans un premier temps contre mauvaise fortune bon cœur et prend la maison en main, tandis que Lafarge cherche par tous les moyens à se procurer de l'argent. Revenue à de meilleurs sentiments envers son mari, elle lui adresse même des lettres d'amour enflammées. Ce dernier, touché par ce geste ou calculateur, fait un testament en sa faveur, lui léguant tous ses biens. Marie fait acte de réciprocité, sans se douter que son mari a refait dans la foulée un testament en faveur de sa mère et de sa sœur.
En , Charles part de nouveau pour Paris en voyage d'affaires afin de tenter de régler ses problèmes financiers en déposant un brevet d'invention d'un procédé qu'il a mis au point et qui permet de diminuer les frais de chauffage dans la fabrication du fer. Il s'installe à l'hôtel de l'Univers, situé au 79, rue Sainte-Anne, pour un séjour qui doit être long..