vignette|upright=1.3|En automne, une haie vive poussant en bordure de chemin à Öhringen, Allemagne. vignette|upright=1.3|En hiver, une double haie taillée encadrant un sentier de Tchéquie. vignette|Au printemps, une toute jeune haie reconstruite de saules et incorporant des fascines en fagots, ceci pour stabiliser des terrains soumis au ruissellement dans le Pas-de-Calais, France.|alt=Au printemps|233x233px vignette|upright=1.3|En été, des haies naturelles séparant des parcelles agraires et formant un paysage de bocage à North York Moors, Angleterre.
Une haie est une structure végétale linéaire associant arbres, arbustes et arbrisseaux (fruticée), sous-arbrisseaux et autres plantes indigènes qui poussent librement, ou sont entretenus pour former une clôture entourant une unité foncière, ou pour constituer un abri à une faune locale et une flore spécifique formant un biotope particulier.
La haie est moins répandue dans les régions aux sols pauvres et acides ou fortement soumises aux embruns et vents littoraux, là où toute plante ligneuse élevée a du mal à se développer. Elle est alors remplacée par des murets de pierres sèches plus ou moins végétalisés (haies murées), des techniques de treillage (treille), de plessage (haies plessées de bois vif) ou même de palissage (palissade de bois mort).
Les traits de caractères Le volume Le volume des haies est maîtrisable en arboriculture par la taille (émondage, coupe sélective, élagage, etc.) sous l'action des cisailles, de la tronçonneuse ou du taille-haie du jardinier ou de l'arboriste. La technique de haie taillée, destinée à guider la croissance des plantes, est poussée à ses limites avec l'art topiaire appliqué sur les haies des jardins à la française. Née à l'époque de la Rome antique, cette méthode consiste à tailler les arbres et arbustes dans un but décoratif pour former des haies, des massifs ou des sujets de formes très variées (géométriques, personnages, animaux, etc.). Des plantes sempervirentes, à petites feuilles et à port compact, se prêtent à cet usage : l'if et le buis (très utilisé car compact et de pousse lente), le laurier-cerise, le cyprès, et même le lierre.
L'épaisseur L'épaisseur limitée de la haie, en général d'un à cinq mètres de large, en fait un écosystème particulier associant une face ombrée (située au nord dans l'hémisphère nord), un cœur stable et dense, et enfin une face ensoleillée (orientée au sud). Les haies sont usuellement disposées en limites de parcelle pour assurer la séparation des propriétés ou la protection contre l'intrusion. Mais certaines haies sont placées en intérieur de parcelle pour séparer des cultures (cas dans les joualles) ou pour attirer une faune utile à l'écosystème en présence, aux agriculteurs biologiques et durables, aux sylviculteurs, aux permaculteurs, aux maraichers ou aux jardiniers éclairés.
Description et typologie
Le paysage rural de bocage est composé de pâtures, de polycultures de type joualle ou même de jachères, toutes encloses de haies qui assurent diverses fonctions : de frontières ou limites de propriété • de sources d'oxygène et d'azote • d'infiltration - épuration - rétention - réinjection des eaux de ruissellement • de sources de bois-énergie (ou de construction) • de productions de plantes comestibles, baies, fruits, plantes médicinales, etc. • de protections microclimatique contre les chaleurs excessives (pour des haies larges) ou contre les vents (pour des haies brise-vent), etc.
De plus, les scientifiques écologues modernes ont démontré concernant la haie, son fort rôle d'abri et de lieux de nidification pour la faune utile et de nombreux organismes auxiliaires de l'agriculteur ou du jardinier (par exemple des essaims sauvages ou des ruchers d'abeilles pollinisatrices ou bien des oiseaux insectivores) qui offrent de nombreux services écosystémiques. Pour les groupements de haies, les écologues ont mis en évidence leurs influences positives sur le cycle du carbone, ainsi que leurs capacités à former un bio-corridor (une zone de transition écologique permettant le passage de la faune entre deux écosystèmes semblables) ou à créer un écotone, une zone de transit entre deux écosystèmes dissemblables (par exemple, une série continue de haies permettant le passage entre un sommet montagneux et un marais de littoral ).
Une haie sera plus ou moins « sauvage » en fonction de l'intervention humaine (ou de la non-intervention) sur ses constituants.
vignette|upright=1.1|Un exemple de bocage d'un grand intérêt paysager et écologique, mêlant des haies naturelles, vives (à pousse libre) et basses (taillées), des champs cultivés et des prairies qui forment un véritable corridor biologique entre la partie montagneuse (en fond) et la vallée.Photographie prise dans la région de Eildon, en Écosse qui serait l'ultime demeure du roi Arthur, un des héros les plus célèbres de la tradition européenne.
La haie naturelle La haie naturelle (à pousse libre avec des essences sauvages locales) est une haie haute et large qui protège les cultures et la flore autochtone de sa bordure, de l'action des intempéries (pluies, inondations, vents, gel, etc.). Gage de forte biodiversité, elle est constituée d'espèces et essences autochtones et variées qui attirent une faune riche et utile. Et ceci par opposition, aux « haies plus artificielles » que sont les haies taillées ou végétalisées.
La haie vive La haie vive (à pousse libre, mais avec des essences d'origines diverses et parfois exotiques) est une haie large et touffue abritant des arbres et arbustes qui ne sont pas ou peu taillés. Ces arbres et arbustes grandissent sans contrainte et abritent un écosystème particulier et riche ; et ceci contrairement aux « haies à pousse contrôlée » que sont les haies taillées ou végétalisées.
La haie taillée La haie taillée est à pousse contrainte par des interventions humaines faites à intervalles réguliers. La taille aura trois objectifs différents, selon le type de haie et surtout selon la volonté de son propriétaire : réduire les épaisseur et hauteur par élagage, afin d'en limiter l'expansion sur la parcelle ou sur le voisinage. produire du bois (hiver) ou du fourrage à bétail (été) par émondage, une technique traditionnelle de taille des haies. À cet effet, certaines haies sont constituées spécialement d'arbres têtards ébranchés de manière répétée (tous les sept ans par exemple) pour "en sortir" fourrage, bois de chauffe, pieux, piquets, perches, etc. À la suite de cet élagage drastique et répété dans le temps, des troncs verticaux massifs et solides se forment peu à peu. Ils permettront la réalisation de poutres solides et planches épaisses de qualité. Il y a moins d'un siècle, cette technique en survivance était très usitée dans les bocages breton, normand ou gâtinais. réaliser un décor de haie taillée mise en forme forcée, à coups de cisailles. Généralement constituée d'une seule espèce persistante à pousse lente (if, buis ou lierre), cette haie taillée basse sera de faible valeur écologique ; comme l'est aussi la plus haute haie végétalisée.
La haie-mur végétalisée La haie-mur végétalisée (haie monospécifique ou béton vert) est à pousse très contrainte pour former une sorte de mur végétal géométrique. Généralement urbaine, cette haie-clôture haute (plus ou moins deux mètres) en forme de mur est constituée d'une plantation uniforme de cyprès, de lauriers, troènes ou de thuyas ; tous à pousse rapide. Ces arbres persistants qui dépassent habituellement les dix mètres, sont avec le temps affaiblis par d'innombrables tailles réalisées au cordeau et au taille-haie. Ce type de haies est ainsi plus sensible aux sécheresses et aux maladies (jaunissement, puis mort). Il est aussi déserté par la faune ; et ceci contrairement aux haies naturelles ou vives très bio-diversifiées qui évoluent librement.
Étymologie vignette|upright=1.1|Au , les haies encadraient et protégeaient les cultures comme sur cette enluminure sur vélin ;Livre d'heures nommé « Les Très Riches Heures du duc de Berry » et réalisé entre 1412 et 1416. Le terme haie a pu désigner originellement autre chose qu'une rangée d'arbres, puisqu'on le trouve dans le sens de « lisière de forêt » sous la forme ancienne haye en toponymie (cf. La Haye-Aubrée), voire par extension des massifs forestiers eux-mêmes. Cependant, le sens actuel est clairement attesté dans le Psautier de Cambridge au : « clôture faite d'arbres d'arbustes servant à protéger un champ ou un jardin ».
Le mot haie est issu du germanique *hagja qui a déjà le même sensAlbert Dauzat, J. Dubois et H. Mitterand, Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Larousse 1971. reconstitué d'après le moyen néerlandais hegge, haie, clôture. On le trouve en latin médiéval sous la forme haja dès le . Le même étymon indo-européen *khag- « entouré de » a aussi donné le celtique *kagio- qu'on trouve sous les formes caïo, cagio, cagium en bas latinHÜFFEL, 1933., à l'origine des termes (forme normano-picarde) et (forme du français central)Pierre-Yves Lambert, la langue gauloise, éditions errance 1994.Étymologie sans rapport avec cage, issu du latin cavea, dérivé de cavus qui a donné cave..
De nombreux toponymes forestiers utilisent ce terme, où il désigne bien la forêt.
En France, la plus célèbre est la forêt de Haye, qui couronne Nancy. Moins connue, la forêt de Front de Haye (en Meurthe-et-Moselle : Fey-en-Haye, Thiaucourt-Regniéville), où se déroulèrent des combats au cours du premier conflit mondial. Au nord d'Avesnes-sur-Helpe, une forêt linéaire formant un arc de cercle (autrefois un cercle complet, avec une extension vers l'est) est la « Haie d'Avesnes ». Toute la Thiérache était constellée de haies, dont certaines existent encore : la haie de Fourmies, qui est de forme massive et non linéaire (ce mot désigne donc bien une forêt) ; les haies de Cartignies, d’Aubenton et Rumigny, de Bohain et Beaurevoir ou de Gommegnies. Une structure comparable a existé en Champagne, la haie de Nangis. Ces forêts linéaires, selon certains auteurs, auraient eu un rôle défensif, à l'instar des « zassieka » qui protégeaient l'État de Moscou des attaques de cavalerie notamment entre les .
Ce mot étant caractéristique des régions du nord de la France où l'influence germanique a été sensible, ailleurs en France, on rencontre d'autres termes, par exemple : dans le Charolais, les haies qui délimitent les champs et prés sont appelées des trasses ; le terme de bouchure est utilisé dans l'Allier et en Saône-et-Loire.
Origines lointaines vignette|upright=1.1|Les haies du bocage traditionnel (ici du Cotentin, en France, vers 1945) offraient un compromis intéressant entre protection et exploitation des sols et des écosystèmes. Souvent associé à la culture de fruitiers et à l'élevage laitier, il permettait des systèmes polyculture-élevages autonomes et résilients, fonctionnant en boucle fermée, c’est-à-dire sans intrants, et sans déchets. Les haies ont été plantées en Europe et en France dès l'Antiquité : Jules César, dans la Guerre des Gaules, parle des haies défensives utilisées par les Nerviens. Au Moyen Âge, elles ont permis aux paysans d'avoir accès au bois, alors que les seigneurs détenaient l'accès à certaines forêts (Silva Forestis), notamment pour la chasse, et qui étaient interdites de défrichement. Les haies fournissaient le bois de chauffage, indispensable à la cuisine, ainsi qu'un complément appréciable d'alimentation grâce aux fruits et aux petits animaux qu'elles abritaient.
On les retrouve plus fréquemment à partir du et du , accompagnant un processus d'appropriation des sols par une bourgeoisie urbaine. On les utilisait alors pour clore son terrain et délimiter sa propriété mais également pour empêcher les autres paysans de venir faire paître leurs troupeaux. Des modes de taille et d'entretien comme le plessage renforçaient leur caractère infranchissableIssu des techniques de haies défensives gauloise. Cf La guerre des Gaules..