Jean Laplanche, né le à Paris et mort le à BeauneRelevé des fichiers de l'Insee, philosophe de formation, est un psychanalyste français.
À la suite du « retour à Freud » de Jacques Lacan, dans les années 1950, les travaux de Jean Laplanche commencent par une confrontation avec le Lacan « structuraliste » de la « Métaphore du Nom-du-Père » et de « l'inconscient structuré comme un langage », vis-à-vis duquel Laplanche adopte une position critique dès 1960, au colloque de Bonneval sur « L'inconscient ».
Dans l'histoire de la psychanalyse, l'apport théorique principal de cet auteur consiste dans la théorie de la séduction généralisée (Nouveaux fondements pour la psychanalyse, 1987).
Le Vocabulaire de la psychanalyse, édité en 1967 par Jean Laplanche et J.-B. Pontalis, reste l'un des principaux ouvrages de référence en psychanalyse.
Jean Laplanche s'est consacré à l'enseignement de la psychanalyse à l'université, en l'amenant, en tant que professeur à l'université Paris-Diderot, au niveau de la recherche. Ses cours sont rassemblés dans les sept ouvrages des Problématiques.
Outre ses activités éditoriales aux Presses universitaires de France et son engagement dans l'institution psychanalytique française et internationale, Jean Laplanche fut le traducteur au long cours de nombreux textes de Freud, ainsi que le directeur scientifique de la traduction française des Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse (OCF.P) aux PUF.
Biographie Jean Laplanche, né le , est d'ascendance vigneronne (la Bourgogne du côté paternel, et la Champagne du côté maternel).
Études vignette|gauche|ENS Ulm, Paris. Après ses études primaires et secondaires accomplies au collège Monge à Beaune (Côte-d'Or) et une formation scientifique, il s'oriente vers la philosophie et prépare son admission à l'École normale supérieure au lycée Henri-IV à Paris. Jean-Bertrand Pontalis témoigne : « J’ai connu Jean Laplanche en 1941. À cette époque, le jeune Laplanche venait de finir ses études au lycée de Beaune et se lançait à la conquête de Normale Sup », confie-t-il. « Je me souviens qu’il n’avait pas étudié le grec pendant le secondaire. Il a rattrapé le niveau en à peine trois mois »..
Admis à l'ENS en 1944-1945, il y suit les cours de Jean Hyppolite, Gaston Bachelard ou encore Maurice Merleau-Ponty. Pendant l'année 1946-1947, il étudie à l'université Harvard et rencontre Rudolph Loewenstein. En 1950, il obtient l'agrégation de philosophieLauréats du concours 1950, dans le répertoire des agrégés d'André Chervel. et se marie avec Nadine Guillot. Il est docteur d'État ès lettres et sciences humaines en 1970.
Premiers engagements vignette|Numéros de la revue Socialisme ou barbarie. Engagé dès l'adolescence dans l'Action catholique, il participe activement à la Résistance, à Paris et en Bourgogne (1943-1944). Voir aussi , portrait de Jean Laplanche : .
Depuis la Libération, il est actif dans le mouvement d'extrême-gauche antistalinien. Il est l'un des fondateurs, avec Cornelius Castoriadis et Claude Lefort, du groupe et de la revue Socialisme ou barbarie (1948). vignette|gauche|Château de Pommard et clos château de Pommard.
Viticulture En 1966, il prend la direction avec sa femme Nadine du domaine familial du château de Pommard. Jusqu'en 2003, année où il cède le domaine, il exploite ses vingt hectares de vignes, vinifiant lui-même son vin. Il partage alors son existence entre la Bourgogne et Paris, passant régulièrement une partie de l'été en Grèce à SamosPage 10 de son , Dominique Scarfone relève ce détail biographique lié à la « métaphore astronomique » qu'il observe dans l'œuvre du psychanalyste [selon un balancement entre le pôle « copernicien » (l'inconscient) et le pôle « ptoléméiste » (le recentrement narcissique de l'humain)], « ce qui ne manque pas de saveur quand on sait », dit-il, que Samos est « l'île même d'Aristarque, grand astronome de l'Antiquité grecque et premier à postuler l'héliocentrisme ».
En 2000, il apparaît dans le film Les glaneurs et la glaneuse d'Agnès Varda. Celle-ci l'a rencontré pour l'interroger sur la question du glanage. En 2002, elle retourne le voir et approfondit l'entretien pour son film Les glaneurs et la glaneuse... deux ans après.
Psychanalyse Formation du psychanalyste Il a commencé en 1947 une cure psychanalytique avec Jacques Lacan. Sur le conseil de ce dernier, il entreprend alors une formation médicale comme préalable à la formation analytique. Il est interne des Hôpitaux psychiatriques et soutient sa thèse de médecine en 1959, thèse qui sera publiée en 1961 sous le titre : Hölderlin et la question du père.
Années 1960 À l'automne 1960 a lieu le colloque de Bonneval où il présente avec Serge Leclaire le rapport : L'inconscient, une étude psychanalytiqueJ. Laplanche a écrit les sections I, II et IV de "L'inconscient, une étude psychanalytique" (dans: J. Laplanche, Problématiques IV L'inconscient et le ça, ). Le premier paragraphe de la section I, « a) Sens et lettre. Examen de la critique de Politzer », situe le « contexte » polémique du débat qu'engage J. Laplanche avec "l'inconscient structuré comme un langage" de Lacan dans l'histoire de la psychanalyse en France : la polémique s'exerce par rapport à « la position que nous dirions aujourd'hui "narrativiste" du philosophe Georges Politzer », relève D. Scarfone . J. Laplanche écrit ( dans P. IV L'inconscient et le ça) : « L'inconscient est-il un sens ou une lettre? À cette question Politzer répond de façon exemplaire, par un radicalisme du sens qui veut reprendre à son compte l'ensemble de la découverte freudienne tout en éliminant le réalisme de l'inconscient »..
En 1961, écrit Alain de Mijolla dans La France et Freud : 1954 - 1964 (2012), .
À partir de 1962, Laplanche enseigne à la Sorbonne à l'invitation de Daniel Lagache.
Il rompt bientôt avec Lacan et devient en 1964 l'un des membres fondateurs de l'Association psychanalytique de France.
En 1967, il publie avec J.-B. Pontalis, sous la direction de Daniel Lagache, le Vocabulaire de la psychanalyse, ouvrage de référence, dont la diffusion est internationale (« traduit en plus de quinze langues », relève Dominique Scarfone en 1997).
Enseignement, recherche, traduction Il est professeur titulaire à l'université Paris VII de 1970 à 1993, où il introduit un enseignement de la psychanalyse au niveau de la recherche (DEA et doctorat de psychanalyse créés en 1976 et 1980).
Laplanche dirige aux Puf, la « Bibliothèque de psychanalyse » (1973), la collection « Voix nouvelles en psychanalyse » (1979) qui rassemble des premiers travaux de chercheurs d'origine universitaire, et la revue Psychanalyse à l'université (1975-1994). vignette|gauche|Équipe éditoriale des OCF.P, chez Jean Laplanche.
À partir de 1983, il réunit une équipe de traduction, dont il est le directeur scientifique, composée d'André Bourguignon, Pierre Cotet, François Robert, Alain Rauzy et Janine Altounian, dans la perspective de publier dans cette même maison d'édition, les Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse (OCF.P). Le premier volume, numéroté XIII paraît en 1989. Après la parution en 2014 du volume VII 1905 Le trait d'esprit et sa relation à l'inconscient, restaient à paraître : le volume I. 1886-1893 Premiers textes et le volume XXI Glossaire et index. Également paru en 1989, l'ouvrage collectif de Jean Laplanche, André Bourguignon et Pierre Cotet, intitulé Traduire FreudTraduire Freud, présentation sur le site des PUF. explicite les orientations scientifiques et techniques de l'équipe de traduction. Dans la même optique, Janine Altounian a publié en 2003 L'écriture de FreudL'Écriture de Freud, présentation sur le site des PUF.. Le vingtième et dernier volume de textes, numéroté I, paraîtra en , la publication d'un volume d'index (XXI) étant prévue à une date ultérieure. La cérémonie d'achèvement de la traduction des OCF.P a eu lieu à Paris le Cérémonie d'achèvement de la traduction des OCF/P, Paris, 4 novembre 2015, 69 min, avec Christophe Dejours, Monique Labrune, Alain Rauzy, Pierre Cotet, Janine Altounian notamment..
Jean Laplanche, professeur émérite de l'université Université Paris-Diderot, est également docteur honoris causa des universités de Lausanne, Buenos-Aires et Athènes. Il est chevalier des Arts et des Lettres (1990), ainsi que lauréat du Mary S. Sigourney Award (1995).
Colloques internationaux Après plusieurs colloques internationaux « Jean Laplanche » des années 1990, ont lieu en groupe plus restreint les « Journées Jean Laplanche » des années 2000. On peut y entendre résonner « l'exigence« L'exigence » est un mot de Jean Laplanche qui revient souvent sous sa plume, notamment dans l' « Avertissement » des Problématiques, ainsi dans les avant-dernières Problématiques VI - L'après-coup, parues 16 ans après leur prononcé en 1990 à l'université, en 2006, cf. J. Laplanche, Problématiques VI L'après-coup, Paris, PUF/Quadrige, 2006, . » de la pensée de Jean Laplanche, par exemple lors d'un entretien à Lanzarote en 2006, où Laplanche réclame plus de « scientificité » face à une « mollesse de la pensée psychanalytique en général », « mollesse » qui donne trop facilement prise à la « critique » de la psychanalyse et des psychanalystes par les milieux intellectuels et scientifiquesExtraits d’un entretien avec Jean Laplanche, publié dans le quotidien Il Manifesto (Roma) qui s'est déroulé à l'issue des Journées Internationales Jean Laplanche, version mise au point par Alberto Luchetti, Vincent Magos et Francis Martens et revue par Jean Laplanche entretien:
Pommard, 2010-2012 Le , son épouse, Nadine Laplanche, meurt à 85 ans. À partir de cette date, Jean Laplanche se retire à Pommard pour travailler et diriger l'achèvement de la traduction des Œuvres complètes de Freud, qu'il continue de superviser avec son équipe. Il réside dans le château datant de 1802, près d'un autre qu'il a vendu, il y a six ans, « renonçant du même coup à la viticulture »Frédérique Roussel, « Jean Laplanche, les mots pour le traduire », Libération, n° 8908, 2 et 3 janvier 2010, .
Jean Laplanche meurt à l’hôpital de Beaune, des suites d’une fibrose pulmonaire, le Robert Maggiori, « Laplanche, en signes de deuil », Libération, 8 mai 2012, « Décès: Le psychanalyste Jean Laplanche est mort » La Croix, , mardi 8 mai 2102, . Il meurt le jour anniversaire de la naissance de Freud »Élisabeth Roudinesco, « Psychanalyste, universitaire, vigneron Jean Laplanche », Le Monde, 9 mai 2012 ..
Lors des obsèques en l'église de Pommard le samedi , après que Hubert de Montille, « sous sa casquette de viticulteur », eut brossé le portrait du « vigneron hors pair » que fut Jean Laplanche, J.-B. Pontalis, son ami de jeunesse et coauteur du Vocabulaire de la psychanalyse, rend hommage au disparu.
La fondation Jean Laplanche vignette|Frontispice de l'Institut de France.