vignette|Anneau présumé de Jeanne d'Arc. Photographie publiée dans un catalogue britannique en 1917.. Les anneaux de Jeanne d'Arc sont des bijoux ayant appartenu à l'héroïne française de la guerre de Cent Ans.
D'après les sources médiévales, elle détient au moins trois anneaux durant ses campagnes militaires en faveur du roi .
En , elle fait don d'un petit bijou en or à Jeanne de Laval, veuve du connétable Bertrand du Guesclin et aïeule de la maison de Laval, en considération de l'engagement proverbial de cette famille dans la lutte contre les Anglais.
Les informations concernant les deux autres anneaux proviennent des minutes latines du procès de condamnation de la Pucelle (mars-). Soupçonnant cette dernière d'user de sortilèges, notamment par l'emploi d'objets consacrés à des démons familiers, ses juges la questionnent au sujet de ses bijoux. Selon les déclarations de la prisonnière, son deuxième anneau, cadeau de son frère, est détenu par l'évêque Pierre Cauchon lors du procès tenu à Rouen en 1431.
Le troisième anneau de Jeanne d'Arc, cadeau de son père ou de sa mère, tombe au préalable entre les mains des Bourguignons, alliés des Anglais, vraisemblablement à l'occasion de la capture de la Pucelle le , lors du siège de Compiègne. Cet anneau est le seul dont l'apparence soit connue, grâce à la description fournie par l'héroïne elle-même durant son procès.
Lors d’une vente aux enchères organisée à Londres en , l'homme politique Philippe de Villiers et son fils Nicolas, respectivement fondateur et président du Puy du Fou, acquièrent au profit de ce parc de loisirs un anneau présenté comme un bien de Jeanne d'Arc. Le bijou, qui correspond à la description de l'anneau offert à Jeanne par ses parents, est ensuite rapporté en France et présenté en grande pompe comme une relique de l'héroïne.
L'authenticité de l'objet est mise en doute, notamment par les historiens médiévistes Colette Beaune, Olivier Bouzy et Philippe Contamine, en raison d'incertitudes relatives à son origine et au suivi de sa transmission depuis le .
L'annelet d'or donné à Jeanne de Laval 200 px|vignette|gauche|Représentation héraldique des comtes de Laval.Enluminure sur parchemin, , Armorial de Gilles Le Bouvier, dit Berry, héraut d'armes du roi Charles VII (), ms. 4985, Paris, BnF..
En , un mois après la levée du siège d'Orléans, Jeanne d'Arc transmet un à Jeanne de Laval, veuve du connétable Bertrand du Guesclin et aïeule de la maison de Laval, pour rendre hommage aux combats menés par sa famille contre les Anglais. La Pucelle regrette toutefois de ne pouvoir lui manifester son estime autrement que par ce modeste présent..
Peu de temps après, les seigneurs de Laval et André de Lohéac, petits-fils de Jeanne de Laval, rejoignent l'armée royale qui se rassemble dans le Berry en vue de partir à la reconquête des places fortes de la Loire. Ces mêmes troupes doivent ensuite escorter jusqu'à Reims afin que le souverain Valois y soit sacré roi de France..
accueille chaleureusement les deux frères Laval à Sainct-Agnan, puis les accompagne à Selles où l'armée se réunit. Présente à Selles, Jeanne d'Arc s'en vient au devant des Laval. Elle leur offre du vin puis promet qu'elle leur en fera boire du meilleur à Paris, prédisant ainsi la prise prochaine de cette ville..
Ces détails sont connus grâce à la copie d'une lettre rédigée par les deux frères Laval en date du mais il ne subsiste aucun autre renseignement relatif à l'aspect et au sort de cet annelet d'or« Lettre de Gui et André de Laval aux dames de Laval, leurs mère et aïeule », dans , ... Du reste, il n'est pas certain que Jeanne d'Arc l'ait elle-même porté avant de l'offrir à Jeanne de Laval.
Par la suite, après la cérémonie du sacre de à Reims le dimanche , Jeanne d'Arc est célébrée en sortant de la cathédrale. À cette occasion, des gens tentent superstitieusement de mettre en contact leurs propres anneaux avec celui de la Pucelle. Le médiéviste Xavier Hélary relève que Xavier Hélary, « Le temps des victoires : la campagne de Patay et le sacre de Reims (mai-juillet 1429) », dans ..
Consécutivement à l'échec du siège de Paris et à la dissolution de l'armée en , Jeanne d'Arc poursuit la guerre contre les Anglais et leurs alliés bourguignons. Ces derniers finissent par capturer la Pucelle lors du siège de Compiègne le , puis la vendent aux Anglais en .
Les deux anneaux mentionnés au cours du procès de condamnation Le jeudi , lors de la cinquième séance du procès de condamnation à Rouen, les juges demandent à Jeanne d'Arc si les saints et les saintes qu'elle déclare avoir vu portaient des anneaux. Ils l'interrogent ensuite au sujet de ses propres anneaux.
S'adressant à Pierre Cauchon, la Pucelle rétorque que l'évêque en détient un qui lui appartient ; elle demande que cet objet lui soit rendu, avant de charger son juge d'en faire don à l'Église.
En outre, la prisonnière déclare qu'un autre de ses anneaux a été gardé par les Bourguignons. Elle décrit ce second bien, cadeau de son père ou sa mère, comme portant l'inscription « Jésus Marie » (), sans aucune pierre précieuse. Jeanne d'Arc affirme n'avoir jamais utilisé ses anneaux pour guérir quelqu'un. vignette|Jeanne d'Arc présentée à son juge rouennais, l'évêque Pierre Cauchon, entouré de ses assesseurs.Lettrine U ornée, , Paris, BnF, département des Manuscrits, ms. Latin 5969, 1. Interrogata an in capitibus predictis cum coronis erant anuli in auribus vel alibi : Respondit : Ego nichil scio de hoc. Interrogata an ipsamet Iohanna haberet aliquos anulos : Respondit, loquendo nobis espicopo predicto : Vos habetis a me unum ; reddite michi. Item dicit quod Burgundi habent alium anulum ; et petivit a nobis quod, si haberemus predictum anulum, ostenderemus ei. Interrogata quis dedit sibi anulum quem habent Burgundi : Respondit quod pater eius vel mater ; et videtur ei quod ibi erant scripta hec nomina IHESUS | MARIA ; nescit quis fecit scribi, nec ibi erat aliquis lapis, ut ei videtur ; fuitque sibi datus idem anulus apud villam de Dompremi Item dicit quod frater suus dedit sibi alium anulum quem habebamus, et quod nos onerabat de dando ipsum ecclesie. Item dicit quod nunquam sanavit quamcumque personam de aliquo anulorum suorum.Interrogée si les têtes susdites [des saints Gabriel et Michel ainsi que des saintes Catherine et Marguerite] avec les couronnes portaient des anneaux aux oreilles ou ailleurs : Elle répondit « Je n'en sais rien ». Interrogée si elle-même avait quelques anneaux : Elle répondit, en parlant à nous, évêque susdit : « Vous en avez un à moi ; rendez-le moi ». Item elle dit que les Bourguignons ont un autre anneau. Et elle nous demanda que, si nous avions l'anneau susdit, nous le lui montrions. Interrogée qui lui a donné l'anneau qu'ont les Bourguignons : Elle répondit que c'était son père ou sa mère et il lui semble qu'y étaient ces noms JÉSUS MARIE ; elle ne sait qui les fit écrire et il n'y avait pas de pierre, à ce qu'il lui semble. Et cet anneau lui fut donné à Domremy. Item elle dit que son frère lui donna l'autre anneau que nous avions et qu'elle nous chargeait de le donner à l'église. Item elle dit que jamais elle ne guérit qui que ce fût, par l'un de ses anneaux.
L'après-midi du samedi , les juges s'intéressent derechef à l'anneau gardé par les Bourguignons, questionnant Jeanne d'Arc au sujet de sa matière. La Pucelle répond de manière imprécise, ne sachant pas si l'objet est en or ( dans ce cas, précise-t-elle) ou en laiton. Outre les noms « Jésus Marie », elle précise que l'anneau porte également trois croix et pas d'autre signe.
Interrogata de qua materia erat unus anulorum suorum, in quo erant scripta hec nomina IHESUS MARIA : Respondit quod hoc proprie nescit ; et si erat de auro, non erat de puro auro ; nec scit utrum erat de auro vel de electro ; et estimat quod in eo erant tres cruces et non aliud signum, quod ipsa sciat, exceptis hiis nominibus IHESUS MARIA. Interrogata cur libenter respiciebat in illum anulum, quando ibat ad aliquod factum guerre : Respondit quod hod erat per complacenciam et propter honorem patris et matris ; et ipsa, illo anulo exsistente in sua manu et in suo digito, tetigit cum sancta Katherina sibi visibiliter apparente. Interrogata in qua parte ipsius sancte Katherina tetigit eam : Respondit : Vos de hoc non habebitis aliud.Interrogée de quelle matière était l'un de ses anneaux sur lequel était écrit ces noms JÉSUS MARIE ? Elle répondit qu'elle ne le sait proprement pas, et s'il était d'or, il n'était pas d'or fin ; et elle ne sait si était d'or ou de laiton ; et elle pense qu'il y avait sur lui trois croix et pas d'autre signe qu'elle sache, excepté ces noms JÉSUS MARIE. Interrogée : pourquoi regardait-elle volontiers ledit anneau quand elle allait à quelque fait de guerre ? Elle répondit que c'était par plaisance et pour l'honneur de ses père et mère ; et elle, ayant l'anneau à sa main et à son doigt, toucha sainte Catherine lui apparaissant sous forme visible. Interrogée en quelle partie de sainte Catherine la toucha-t-elle : Elle répondit : .
Le mardi 27 et le mercredi , le promoteur (autrement dit le procureur) Jean d'Estivet expose en français à Jeanne d'Arc les soixante-dix articles composant le réquisitoire à son encontrePhilippe Contamine, « Le premier procès : Jeanne livrée à Cauchon », dans .Philippe Contamine, « ESTIVET Jean d', dit Benedicite († 1438) », dans .. Le vingtième chef d'accusation affirme que la Pucelle a ensorcelé son anneau ainsi que son étendard et « l'épée de Sainte-Catherine ».Philippe Contamine, « Le premier procès : Jeanne livrée à Cauchon », dans .. Le promoteur emploie ainsi tous les moyens pour incriminer Jeanne d'Arc. Celle-ci rétorque en réfutant l'accusation relative à l'anneau. ainsi que d'autres charges fantasques et infondées de ce genre, observe le médiéviste Philippe ContaminePhilippe Contamine, « Le premier procès : Jeanne livrée à Cauchon », dans .. Lors du procès de réhabilitation en 1455-1456, Jean d'Estivet sera ultérieurement dépeint par plusieurs témoins comme un , véhément, obtus et inféodé aux Anglais.
Les 2, 3 et , Pierre Cauchon, Jean Lemaître et d'autres juges le procès en reprenant et reformulant seulement douze assertions sur soixante-dix, qui sont lues à la prisonnière le , sans lui laisser cette fois la possibilité d'y répondrePhilippe Contamine, « Le premier procès : Jeanne livrée à Cauchon », dans .. Qu'il s'agisse d'une forme de désaveu de Jean d'Estivet ou plutôt d'une procédure juridique habituelle du temps, le délestage considérable du catalogue du promoteur entraîne l'abandon de plusieurs accusations, dont celle concernant le soi-disant sortilège mis par la Pucelle dans son anneau pour protéger ses gens d'armesPhilippe Contamine, « Le premier procès : Jeanne livrée à Cauchon », dans ..
Polémiques concernant l'anneau vendu à Londres Historique de l'anneau mis en vente par la société TimeLine Auctions
Le , une vente aux enchères est organisée à Londres par la société TimeLine Auction, incluant un lot composé d'un anneau en argent doré (), portant quatre inscriptions, deux sur les épaules, « I » ou une croix (pour « Iesus (Jésus) » ) et « M » (pour « Maria »), et deux sur le chaton, « IHS » et « MAR » (pour « Iesus (Jésus) » et « Maria »), d'un coffret en bois, ainsi que de documents relatifs à ce bijou présenté comme un objet associé à Jeanne d’Arc. vignette|gauche|Le peintre britannique Augustus John.