Dimitri Bouchène (en , ), né le Matt et Andrej Koymasky, Dimiti Bouchène in The living room, biographies à Saint-Pétersbourg et mort le à Paris Relevé des fichiers de l'Insee, est un peintre russe naturalisé français en 1947. Notamment créateur de décors et de costumes pour le théâtre, le ballet et l'opéra, designer pour la haute couture, il fut également peintre (aquarelle, gouache et pastel) de paysages, de scènes de cirque et de natures mortes.

Biographie Dimitri Bouchène descend d'une famille d'origine aristocratique française protestante (convertie ensuite à l'orthodoxie) : c'est la révocation de l'édit de Nantes en 1685 qui contraint son aïeul Nicolas à émigrer en Russie. Le grand-père Dmitri Khristianovitch (1826-1871) était officier formé au Corps des Pages de Saint-Pétersbourg sous le tsar Alexandre II ; son père Dmitri Dmitrievitch a été gouverneur de Varsovie et major-général administrateur de la ville de Bakou (vice-roi du Caucase) sous Alexandre III. Sa sœur aînée, Alexandra Dmitrievna (1892-1992), sera pianiste et historienne de la musique Jeanne Vronskava, Nécrologie: Dimitri Bouchène, in Independent, 11 mars 1993. Son grand-oncle, Alexandre Ivanovitch Nelidov, a été ambassadeur à Paris de 1907 à 1910. La langue maternelle de Dimitri est le français.

Orphelin de mère à l'âge de deux ans (1895), Dimitri est élevé à Saint-Pétersbourg par deux de ses tantes de la famille Kouzmine-Karavaïev (l'une d'elles, Ekatherina Kouzmina-Karavaïeva, est née Bouchène), partageant de la sorte l'éducation de ses nombreux cousins et cousines, dont son cousin et ami (1886-1959) dont on sait que, séduit dans un premier temps par le bolchévisme, il s'engagea ensuite dans le christianisme orthodoxe, à l'instar de son épouse Élisabeth qui, nous restant connue sous le nom de Marie SkobtsovaXenia Krivocheine, La beauté salvatrice - Mère Marie Skobtsov, Collection Orthodoxie, Les Éditions du cerf, 2012 Sur Dimitri Bouchène, voir note 26., gazée en 1945 au camp de Ravensbrück, sera canonisée en 2004.

Jusqu'en 1912, Dimitri Bouchène, tout en suivant des cours du soir de peinture, est élève du Deuxième gymnasium de Saint-Pétersbourg. À l'Université, il se lie passionnément au condisciple qui restera le compagnon de toute sa vie, le futur historien d'art - il laissera des monographies de Nicolas Roerich, Alexandre Benois et Konstantin Somov - Serge Rostislavovitch Ernst (1894-1980). C'est en 1912 que, bénéficiant d'une recommandation personnelle de Nicolas Roerich auprès de Maurice Denis, Dimitri se rend à Paris où il fréquente l'atelier de ce dernier à l'Académie Ranson et où l'une de ses grandes rencontres est celle de Matisse de qui il apprend à peindre non ce qu'il voit, mais ce qu'il ressent.

Dimitri est de retour à Saint-Pétersbourg en 1913 pour y suivre des études universitaires d'histoire et de philologie, puis, de 1915 à 1917, les cours de dessin de la Société impériale d'encouragement des beaux-arts. Présenté à Serge Diaghilev et Alexandre Benois par Nicolas Roerich, Dimitri, dont la peinture de chevalet suggère alors l'influence des maîtres italiens du (notamment Canaletto et Francesco Guardi), rejoint en 1917 le mouvement Mir Iskousstva () aux expositions duquel il va participer. Pendant la révolution russe, il est accueilli alors un temps dans l'appartement du peintre Alexandre Benois - tout en étant nommé grâce à ce dernier au musée de l'Ermitage comme conservateur du département des objets précieux (argenterie, bijoux et porcelaine russe notamment). Il conservera cette dernière fonction jusqu'en 1925. Compte tenu du harcèlement des autorités soviétiques, il demande à bénéficier d'un congé pour reprendre en France avec Serge Ernst des études d'histoire de l'art, pour trois mois. Ils quittent tous deux l'Union Soviétique en passant par la ville estonienne de Tallinn ; l'un et l'autre n'y reviendront jamais.

À Paris en 1926, Dimitri Bouchène conçoit les costumes d'Anna Pavlova avant de travailler pour les maisons de haute couture (Lucien Lelong, Jean Patou, Nina RicciAnnick Augu, Nina Ricci, une histoire romantique, Collections autour du parfum, Lanvin) et de décoration d'intérieur (Maison Jansen). Des œuvres sur papier situées à Saint-Tropez et Toulon et datées de 1927 et 1928 énoncent un retour vers la région où il est né, avant sa grande implication dans les décors et les costumes de scène qui commence en 1930, année où des aquarelles datées indiquent également un séjour à Florence. <ref> Claude Robert, Dimitri Bouchène, in catalogue de la vente de l'atelier Dimitri Bouchène, mars 1981, page 2.</ref>. On sait que durant la Seconde Guerre mondiale son compagnon Serge Ernst et lui prennent activement part à la Résistance intérieure française, dans une vigilante discrétion que Dimitri recommandera à la Maria Skobtsova d'imiter mais à laquelle celle-ci renoncera pour être conduite à sa fin martyre.

C'est le que Dimitri quitte ce monde, à un peu plus de deux mois de son centième anniversaire. témoignent ses proches Témoignage d'amis de Dimitri Bouchène, in Catalogue de la vente de l'atelier Dimitri Bouchène, Claude Robert, Paris, février 1982, page 41.. Dans la sépulture , allée , du cimetière du Montparnasse, Dimitri s'en va alors rejoindre pour toujours son compagnon Serge Ernst, disparu treize années avant lui. Sur la tombe surmontée d'une croix orthodoxe, on peut lire ces mots gravés: ()Ipernity, La tombe Ernst-Bouchène au cimetière du Montparnasse. Ce sont les paroles que prononçait Serge Ernst à l'hôpital quand Dimitri venait le voir.

Les traits de Dimitri nous restent fixés par un portrait qu'en fit en 1922 son amie Zinaïda Serebriakova Site "Ping-ping I love you", Dimitri Bouchène, biographie et illustrations incluant le portrait signé Zinaïda Serebriakova. Son fonds d'archives est conservé à la Fondation Custodia installée à l'Hôtel Turgot, rue de Lille à Paris, par son ami le collectionneur Frits Lugt.

Œuvre Œuvres pour la scène Dimitri Bouchène, in revue Art et industrie, , mai 1949.

Costumes pour Anna Pavlova, 1926. Costumes pour Alanova, 1931. Costumes pour Ida Rubinstein dans les ballets Diane de Poitiers de Jacques Ibert et La valse de Maurice Ravel, Opéra de Paris, 1934. Costumes pour Tessa, la nymphe au cœur fidèle de Jean Giraudoux, mise-en-scène de Louis Jouvet, Théâtre de l'Athénée, 1934. Costumes pour Électre de Jean Giraudoux, mise en scène de Louis Jouvet, Théâtre de l'Athénée, 1937Régie théâtrale, Électre de Jean Giraudoux, programme original, Théâtre de l'Athénée, 1937 contient une notice biographique et critique Dimitri Bouchène par Jean-Louis Vaudoyer.. Décor et costumes pour Les éléments, musique de Jean-Sébastien Bach, ballets de Monte-Carlo de René Blum, chorégraphie de Michel Fokine, 1937. Costumes pour Chronica, musique de Jean-Sébastien Bach, ballets Kurt Joos, Londres, 1938. Costumes pour Le Fils prodigue, ballets Kurt Joos, Londres, 1939. Décor et costumes pour Coppélia de Léo Delibes, ballets Roland Petit, Théâtre des Champs-Élysées, Paris, 1946. Rideau de scène, décor et costumes pour Divertissement, chorégraphie de Marius Petipa et Serge Lifar d'après La Belle au bois dormant de Piotr Ilitch Tchaïkovsky, Opéra de Paris, 1948. Décor et costumes pour Endymion, Opéra de Paris, 1949. Décor et costumes pour Blanche-Neige, ballet de Maurice Yvain, Opéra de Paris, 1951. Décor pour Pelléas et Mélisande de Claude Debussy, mise-en-scène de Pierre Bertin, Scala de Milan, 1953. Costumes pour Les Dryades de Frédéric Chopin, chorégraphie de Léonide Massine, Opéra de Rome, 1953. Décor et costumes pour Cyrano de Bergerac, opéra en quatre actes de Franco Alfano, livret de Henri Cain d'après Edmond Rostand, mise en scène de Fernand Ledoux, Scala de Milan, 1954. Décor et costumes pour La Maison des morts, Opéra d'Amsterdam, 1954. Costumes pour Le Rêve de Véronique, Opéra d'Amsterdam, 1954. Costumes pour Le Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi, Scala de Milan, 1954. Décor et costumes pour Eugène Onéguine de Piotr Ilitch Tchaïkovsky, Opéra d'Amsterdam, 1955. Décor et costumes pour Faust de Charles Gounod, Opéra d'Amsterdam, 1955. Décor et costumes pour Claire, Festival de la danse d'Aix-les-Bains, 1955. Décor et costumes pour Le Lac des cygnes de Piotr Ilitch Tchaïkovsky, Opéra d'Amsterdam, 1956. Décor et costumes pour La Belle au bois dormant de Piotr Ilitch Tchaïkovsky, Scala de Milan, 1956. Décor et costumes pour Un Bal masqué de Giuseppe Verdi, Opéra d'Amsterdam, 1958. Décor et costumes pour La Symphonie , Opéra de Paris, 1959. Décor et costumes pour Le Lac des cygnes de Piotr Ilitch Tchaïkovsky, chorégraphie de Vladimir Bourmeister, Opéra de Paris, 1960. Costumes pour Ballet néerlandais - Théâtre des Nations, chorégraphie de George Balanchine, serge Lifar et Léonide Massine, Théâtre Sarah-Bernhardt, Paris, 1960. Décor et costumes pour Roméo et Juliette de Serguei Prokofiev, Opéra de Paris, 1963. Rideau de scène, décor et costumes pour Divertissement, chorégraphie de Marius Petipa et Serge Lifar, théâtre de Göteborg, 1967. Décor pour L'Oiseau de feu d'Igor Stravinsky, chorégraphie de Serge Lifar, Festival Gulbenkian, Lisbonne, 1969.

Bibliophilie Léandre Vaillat, Olga Spessistzeva, ballerine en marge des Ballets russes et ballets de l'Opéra de Paris, gravures sur bois de Gilbert Poilliot d'après les gouaches de Dimitri Bouchène, Éditions de la Compagnie française des arts graphiques, 1944. Léandre Vaillat, La Danse à l'Opéra de Paris, couverture illustrée par Dimitri Bouchène, Éditions Amiot-Dumont, 1951. Anna Akhmatova, Le Poème sans héros, illustrations de Dimitri Bouchène, Éditions Librairie des cinq continents, 1977.

Aquarelles, pastels, gouaches Peinture de paysages (gouaches et pastels): France (Paris - Le Parc Monceau - et ses environs - Journée d'été à Nogent-sur-Marne - Savoie, Aunis, Ile de Ré et Saintonge, Saint-Tropez en 1927 et 1928, Toulon en 1928 et 1930, Agay, Cannes en 1930; Italie (Région des Lacs, Rome, Florence, Positano, Naples, Venise en 1969). Aquarelles et gouaches pour la campagne publicitaire de L'Air du Temps de Nina RicciJean Watin-Augouard, Nina Ricci ou comment embellir les femmes, in La revue des marques, , janvier 2003, page 41Elisabeth de Feydeau'news, "L'air du Temps" de Nina Ricci, 1948]</ref>. Bouquets de fleurs, certains reproduits en cartes de vœux.

Expositions Expositions personnelles Galerie Fabre, Paris, 1928. Galerie Eugène Druet, Paris, 1929 François Fosca, « Chroniques - Dimitri Bouchène, Galerie Druet », L'Amour de l'art,, n°6, juin 1929, ., 1931Yvonne Mareschal, « À travers musées, galeries, ateliers - Dimitri Bouchène, Galerie Druet », La Semaine à Paris, 27 février 1931, , 1933. Galerie Drouot, Paris, 1929, 1933, 1936, 1938. Pastels and paintings by Dimitri Bouchène, , . Galerie Proscenium, Paris, 1971. Claude Robert, commissaire-priseur, Ventes de l'atelier Dimitri Bouchène, Hôtel Drouot, Paris, , Gérald Schurr, « Dimitri Bouchène », La Gazette de l'Hôtel Drouot, n°7, 12 février 1982, page 15. et . Rétrospective Dimitri Bouchène, Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg, 1991Art Investment, Dimitri Bouchène, biographie.

Expositions collectives Mir Iskousstva ("Мир Искусства" - Le Monde de l'art), Palais Anitchkov, Saint-Pétersbourg, , 1918, 1922, 1924. Galerie Bernheim-Jeune, Paris, 1927. Galerie S. Lesnik, Paris, 1928. Galerie V. Girchman, Paris, 1929, 1930. Art russe, Palais des beaux-arts de Bruxelles, 1930. Exposition d'art russe - Peintures, dessins, sculptures, tissus artistiques (entre autres de Dimitri Bouchène, Nathalie Gontcharova, Alexandre Iacovleff, Michel Kikoïne, Pinchus Krémègne, André Lanskoy, Alexandre Orloff, Chana Orloff, Jean Pougny, Zinaida Serebryakova), Galerie d'Alignan, Paris, juin-. Galerie La Renaissance Paris, 1932. Dimitri Bouchène et Zinaïda Serebryakova, galerie Brescottes, Anvers et Galerie Georges Petit, Bruxelles, 1932 RusArtNet, Zinaida Serebryakova, biographie.