Un vosne-romanée (, « vône-romané »). est un vin rouge français d'appellation d'origine contrôlée produit sur une partie des communes de Vosne-Romanée et de Flagey-Echézeaux en Côte-d'Or. Il s'agit d'une des appellations communales du vignoble de la côte de Nuits, située entre l'aire de production du vougeot au nord-est et du nuits-saint-georges au sud.
L'appellation vosne-romanée comprend 14 climats classés comme premiers crus, qui produisent 36 % du volume de la production de l'appellation (en 2023). Son aire d'appellation comprend par ailleurs les climats de huit grands crus, dont la Romanée-Conti.
Histoire Naissance du vignoble Le début de la culture de la vigne le long de la côte d'Or est difficile à dater, faute de preuves. Selon les auteurs, cela remonterait à la période romaine (la thèse la plus tardive mentionne le de notre ère). ou à celle des Gaulois (au avant notre ère., voire dès le .). Les seules certitudes concernent d'une part la consommation de vin par l'élite celte (de grandes quantités de débris d'amphores ayant été retrouvés) et d'autre part l'existence de la viticulture à partir de la fin du (fouilles de Gevrey-Chambertin en 2008-2009, en plaine)..
En 639, le lieu se nommait « Vaona »Hubert Duyker (édition "Fernand Nathan") : Grands vins de Bourgogne (Page 76 : Vosne-Romanée). Durant le Moyen Âge, le christianisme favorise l'extension de la vigne par la création de domaines viticoles par les institutions ecclésiastiques.. Ce qui va devenir plus tard la Romanée-Conti est créée en 1232 par les moines cisterciens de l'abbaye de Cîteaux.. La Romanée-Saint-Vivant rappelle le souvenir des bénédictins de l'abbaye Saint-Vivant de Vergy (une dépendance de l'abbaye de Cluny).
Vers 1349, lorsque l’on découvre le gamay, nouveau cépage, les réactions de mécontentement se multiplient : le nouveau plant, très productif, risque en effet de compromettre la qualité des vins de Bourgogne.. En 1395, le duc de Bourgogne Philippe le Hardi décida d’améliorer la qualité des vins et interdit la culture du gamay au profit du pinot noir dans ses terres. Cet ordre, renouvelé plusieurs fois ce qui fait douter de son efficacité, n'empêche pas le gamay et d'autres cépages d'être massivement cultivés, notamment en-dehors des meilleures parcelles du coteau, produisant des vins de consommation courante. Au , l'actuelle Romanée-Conti est reprise par les moines de Saint-Vivant. En 1422, d'après les archives, les vendanges eurent lieu en côte de Nuits au mois d'août.. À la mort de Charles le Téméraire, le vignoble de Bourgogne fut rattaché au royaume de France, sous le règne de Louis XI.
Période moderne À la fin du et au , la façon de faire le vin rouge évolue vers des cuvaisons plus longues, des vins plus colorés et corpulents, les élevages s'allongent, d'où des mises en vente qui se décalent de novembre jusqu'à février. En 1700, l'intendant Ferrand rédigea un Mémoire de la Bourgogne pour l'instruction du dauphin Louis (qui avait le titre de duc de Bourgogne ; c'est le petit-fils de Louis XIV et le père de Louis XV), indiquant que dans le duché les vins les meilleurs provenaient des , et . Six exemplaires sont conservés à la bibliothèque municipale de Dijon, sous les cotes ms 724, 725, 726, 792, 1051 et 1064 ; il a été réédité et analysé : ..
La feuille de Dole-Auxonne (publiée en 1762) de la carte de Cassini indique que le vignoble de Vosne couvre alors le coteau, du sommet jusqu'à la route de Beaune à Dijon, de la dépression où coule le ruisseau de la Bornue (aujourd'hui canalisé) jusqu'à celle de la Vouge et le clos de Vougeot, sans s'étaler dans la plaine vers Flagey et Gilly, ni sur les pelouses sèches de l'arrière-côte. En 1760, Louis-François de Bourbon-Conti, , achète le climat de la Romanée (la future Romanée-Conti).
En 1778, Claude Courtépée et Edme Beguillet font l'éloge des vins de : , (tome III)..
Période contemporaine Durant la Révolution française, les différentes propriétés aristocratiques et ecclésiastiques furent déclarées biens nationaux, saisies et progressivement vendues au profit de l'État.
En 1816, André Jullien met dans sa la Romanée-Conti, le Richebourg, la et la Tâche ; les autres vins de la commune de Vosne figurent en : , .. En 1831, il est indiqué que compte un total de et plantés de noiriens (le pinot noir), mais aussi et de gamays (produisant du vin ordinaire, à l'est de la route) ; de même pour Flagey-lez-Gilly avec d'une part et de noiriens, d'autre part et de gamays, .. Dans les décennies 1830 et 1840, la pyrale se multiplie et ses chenilles dévorent les feuilles de la vigne. Elle est suivie à partir de 1850 d'une maladie cryptogamique, l'oïdium., un champignon qui se développe sur les feuilles : les viticulteurs luttent contre lui depuis 1854 en aspergeant les vignes de soufre utilisé contre fongicide (soufrage).
En 1855, Jules Lavalle, Émile Delarue et Joseph Garnier proposent un classement plus précis, mentionnant que : sur Flagey-lez-Gilly : en : les Grands-Eschezeaux (9 ha et 14,45 a) ; en : En Orveau (9 ha et 92,1 a), les Poulaillères (6 ha et 80 a), les Murs-du-Clos, les Eschezeaux-du-Dessus (3 ha et 55,3 a), les Achausses (3 ha et 43,82 a), les Cruots (3 ha et 28,95 a), les Champs-Traversins (3 ha et 58 a), les Rouges-du-Bas (3 ha) et les Beaux-Monts-Bas (5 ha et 69,75 a) ; en : clos Saint-Denis (un ha et 80,25 a), les treux (4 ha et 89,3 a), les Quartiers-de-Nuits (2 ha et 58,4 a) et les Violettes (un ha et 36,25 a) ; en : les Portefeuilles (un ha et 36,7 a) ; sur Vosne : en : Romanée-Conti (un ha et 83,5 a), les Richebourg (4 ha et 93,45 a), la Tache (un ha et 40,5 a) et la Romanée (83,45 a) ; en : Romanée-Saint-Vivant (9 ha et 54,3 a), les Gaudichots (5 ha et 79,65 a), les Malconsorts (5 ha et 94,65 a), la Grande-Rue (un ha et 32,95 a), les Varoilles-sous-Richebourg (3 ha et 6 a), les Beaux-Monts (2 ha et 42,3 a), Combe-Brulée (un ha et 62,25 a), Aux Brulées (3 ha et 88 a) et les Suchots (16 ha et 12,1 a) ; en : Aux Chaumes (7 ha et 32,25 a), les Reignots (un ha et 66,95 a), les Hautes et Basses-Maizières (5 ha et 5,35 a), Clos-Réas (2 ha et 16,15 a) et Aux Réas (9 ha et 68,8 a) ; en : Aux Raviottes, Au-dessus de la Rivière, les Jacquines, Parantoix, Aux Petits-Monts, Bossières, Aux Champs-Perdrix, Aux Genevrières, Aux Communes, Champ-Goudin, Vigneux, Aux Ormes et Aux Jachées ; en : Aux Saules, la Folie, Près-de-la-Folie, la Croix-Blanche, etc...
vignette|centre|redresse=2.5|Carte du vignoble de Vosne-Romanée (au centre) et de Flagey (à droite) en 1861 : la première classe de vins est en rose, la deuxième classe en jaune, la troisième classe en vert. En 1861, le Comité d'agriculture de l'arrondissement de Beaune, préparant l'Exposition universelle de 1862, refait le classement, en trois catégories : à Vosne : : Aux Brulées (3 hectares et 87,7 ares), les Beaux-Monts (2 ha et 43,3 a), hauts des Suchots (6 ha), Romanée-St-Vivant (9 ha et 54,3 a), le bas des Petits-Monts, les Verroilles ou Richebourg (3 ha et 5,95 a), les Richebourg (4 ha et 93,45 a), la Romanée-Conti (un ha et 80,5 a), la Romanée (83,45 a), le bas d'Aux Reignots, les Gaudichots (5 ha et 79,65 a), la Grande Rue (un ha et 32,95 a), la Tâche (un ha et 40,05 a), aux Malconsorts (5 ha et 94,65 a) ; : Hauts-Beaux-Monts (3 ha et 80,5 a), la Combe-Brulée (4 ha et 62,25 a), bas des Suchots (7 ha), Hautes-Maizières (2 ha et 64,3 a), Derrière le Four (un ha et 0,65 a), la Croix-Rameau (63,35 a), la majorité des Petits-Monts (3 ha et 70,75 a), Cros Parantoux (un ha et 0,15 a), le haut d'Aux Reignots (un ha et 67,95 a), le haut des Damaudes, Au-dessus des Malconsorts (un ha et 7,5 a), les Chaumes (7 ha et 25,3 a), clos des Réas (2 ha et 15,75 a), aux Réas (9 ha et 78,55 a), une partie des Jacquines, le haut des Raviolles ; : Vigneux (3 ha et 58,9 a), Basses-Maizières (2 ha et 39,35 a), les Chalandins (4 ha et 59,75 a), aux Ormes (4 ha et 82,35 a), Bossières (2 ha et 8,7 a), aux Jachères (un ha et 58,75 a), aux Saules (2 ha et 24,15 a), Pré-de-la-Folie (3 ha et 96,8 a), Champs-Gondins (2 ha et 34,6 a), la Colombière (4 ha et 30,65 a), aux Communes (7 ha et 34,55 a), aux Genaivrières (2 ha et 91,4 a), Village de Vosne (3 ha et 17,3 a), les Barreaux (4 ha et 68,75 a), Champs-de-Perdrix (4 ha et 13,25 a), le bas des Damaudes (2 ha et 47,45 a), une partie d'Aux Réas, l'autre partie des Jacquines (3 ha et 52,35 a), le bas des Raviolles (5 ha et 98,3 a), la Croix-Blanche (3 ha et 75,45 a), le Dessus de la Rivière (4 ha et 40,15 a) et la Fontaine de Vosne (2 ha et 77,75 a) : à Flagey-les-Gilly : : haut d'En Orveaux, les Grands-Echezeaux (9 ha et 14,45 a), nord des Treux (4 ha et 89,3 a), clos Saint-Denis (un ha et 80,25 a), les Cruots ou Vignes Blanches (3 ha et 28,95 a), partie des Beaux Monts-Bas (5 ha et 49,75 a), les Rouges-du-Bas (3 ha et 99,55 a), Champs-Traversins (3 ha et 58 a), les Poulaillières (5 ha et 21,2 a), Echezeaux du Dessus (3 ha et 55,3 a), les Loachausses (3 ha et 75,45 a) ; : les Rouges de Dessus (2 ha et 50,95 a), bas d'En Orveaux (9 ha et 72,1 a), sud des Treux, partie des Beaux Monts-Bas, Beaux Monts-Hauts (un ha et 57,5 a), une parcelle des Rouges-du-Bas, Maizières-Hautes (un ha et 43,15 a), les Quartiers-de-Nuits (2 ha et 58,4 a) ; : les Violettes (un ha et 36,25 a), les Portefeuilles ou Murailles-du-Clos (un ha et 87,7 a), les Chalandins (3 ha et 17,5 a) et Maizières-Basses (2 ha et 49,65 a), .. En 1866, la commune de Vosne obtient le droit de rajouter le nom de son cru le plus réputé pour devenir Vosne-Romanée. En 1886, Flagey-les-Gilly fait de même avec le sien, devenant Flagey-Echézeaux.
Le millésime 1865 a donné des vins aux teneurs naturelles en sucres très élevées et des vendanges assez précoces. En 1866, la commune de Vosne obtient l'autorisation de rajouter à son nom celui d'un de ses crus, devenant Vosne-RomanéeDécret impérial du , publié au JORF du , .. En 1869, la Romanée-Conti est reprise par un négociant, Jacques-Marie Duvault-Blochet, ancêtre du propriétaire actuel, Aubert de Villaine. Durant la guerre franco-allemande de 1870, le village est incendié le en marge de la bataille de Nuits, ne laissant debout que le château du et une maison du .. Puis arrive le phylloxéra, un puceron venu d'Amérique du Nord, qui touche la Côte-d'Or à partir de 1878 (repéré à Meursault, puis la même année au jardin botanique de Dijon et à Norges-la-Ville), se répandant ensuite, entraînant à terme la mort de la totalité des vignes. La seule parade trouvée fut de replanter avec greffage sur des pieds américains, autorisé en Bourgogne à partir de 1887.. En 1878, une nouvelle maladie cryptogamique, le mildiou, est identifiée dans le Bordelais, venant elle-aussi d'Amérique du Nord et contaminant rapidement tous les vignobles européens ; le traitement avec du sulfate de cuivre (la bouillie bordelaise) est proposé en 1885. Enfin, en 1886, c'est au tour du black rot (la pourriture noire) d'arriver ( de la Société française de phytopathologie, « Les Vendanges du Savoir » le 20 mai 2025 à Talence)., traité au fongicide. La crise phylloxérique transforme le vignoble : le provignage est abandonné, les plantations sont faites en rangs avec désormais un palissage sur fils de fer, et non plus en foule sur piquets., d'où une densité plus faible, et la possibilité d'y faire passer un cheval (pour traiter et labourer).
En 1909, la « Coopérative de production et de vente de Vosne-Romanée » est fondée., ce qui va initier d'autres créations en Côte-d'Or (Chambolle puis Morey-Saint-Denis et Brochon ouvrent les leurs en 1911, Gevrey et Nuits en 1912, Pommard en 1920, Marsannay-la-Côte en 1929 et Orches en 1957).. Le mildiou provoqua un désastre considérable en 1910.