Sarah Orne Jewett est une nouvelliste, romancière, poète, essayiste, diariste et épistolière américaine, née le à South Berwick dans l'État du Maine et morte dans la même ville le .
Sarah Orne Jewett est la figure principale du style réaliste américain et celui du régionalisme, dit « couleur locale » de ses œuvres qui ont pour cadre la côte Est des États-Unis, plus spécialement l'État du Maine.
Avec la publication de ses poèmes et de sa correspondance, Sarah Orne Jewett est une des précurseures de la littérature lesbienne américaine du .
Ses œuvres les plus connues sont sa nouvelle publiée en 1886 et son roman paru en 1896 régulièrement réédités en différentes langues.
Biographie
Jeunesse et formation
Généralités Theodora Sarah Orne Jewett naît le à South Berwick dans l'État du Maine. Ses parents sont Caroline Frances Perry Jewett et Theodore Herman Jewett, un médecin obstétricien. Elle est la seconde de leurs trois filles. Elle a pour prénoms Theodora et Sarah en hommage à ses grands-parents Theodore Furber Jewett et Sarah Orne Jewett, mais n'a apparemment, jamais utilisé son prénom de Theodora.
Une famille de l'aristocratie de la Nouvelle Angleterre
Famille maternelle gauche|vignette|upright|Portait de Nicholas Gilman. Du côté de sa mère, Sarah Orne Jewett, descend de la famille Gilmans qui en 1638 a rejoint la Nouvelle-Angleterre après avoir quitté la ville de Hingham dans le Norfolk pour fuir les persécutions exercées contre les puritains. Environ neuf ans plus tard, autour de 1647, les Gilmans s'installent à Exeter dans l'actuel New Hampshire. La famille Gilmans a rejoint les patriotes lors de la guerre d'indépendance des États-Unis ce qui a favorisé le respect de la population d'Exeter envers elle. Nicholas Gilman fait partie des Pères fondateurs des États-Unis et le colonel Nathaniel Gilman fut un membre du sénat des États-Unis. Abigail, la seconde fille de Nathaniel Gilman, épouse William Perry en 1818, ils ont cinq enfants dont Caroline Frances Perry la mère de Theodora Sarah Orne Jewett.
Famille paternelle Du côté de son père, la famille de Sarah Orne Jewett, fait partie des plus vieilles familles de la Nouvelle-Angleterre, Elle remonte à 1638, année où Maximilien Jewett quitte le Yorkshire pour émigrer à la Nouvelle-Angleterre. En 1638 ou 1639, il est un des fondateurs de la ville de Rowley dans l'actuel État du Massachusetts.
Son grand-père paternel Theodore Furber Jewett fut un capitaine de la marine marchande américaine qui s'est enrichi par le commerce avec les Caraïbes. En 1839, il s'établit avec sa famille à South Berwick où il achète une maison de maître cossue de style géorgien. Quand il décède, il lègue à son fils Theodore Herman Jewett une fortune qui le met à l'abri du besoin. Contrairement à son père, Theodore Herman Jewett ne s'intéresse nullement aux activités maritimes et entre au Bowdoin College pour suivre des études de médecine. Une fois diplômé, il travaille dans divers hôpitaux, pour finalement exercer à Exeter dans le New Hampshire, non loin de South Berwick. Il travaille sous la direction d'un médecin et chirurgien réputé le docteur William Perry dont il épouse la fille Caroline Frances Perry en 1842. Le couple donne naissance à leur fille aînée Mary Rice Jewett en 1847 puis à Theodora Sarah Orne Jewett en 1849.
gauche|vignette|La résidence de Sarah Orne Jewett de South Berwick.
Nostalgie de l'enfance La jeune Sarah Orne Jewett grandit et évolue dans deux maisons attenantes, celle de ses parents construite par Theodore Furber Jewett dans le style Greek Revival, comme on en trouve dans de nombreux villes et villages de la Nouvelle-Angleterre. C'est dans cette maison que Theodore Herman Jewett ouvre son cabinet de médecin pourvu d'une salle d'attente.
Et d'autre part la résidence de son grand-père, une maison de maître dont les pièces sont décorées par des meubles de Thomas Chippendale, des porcelaines et faïences de Josiah Wedgwood, dégageant une atmosphère propre à l'époque georgienne. Ce style marque Sarah Orne Jewett, son attachement au passé et ses traditions, ses valeurs conservatrices ainsi que sa nostalgie de l'enfance. Au sujet de cette nostalgie, lors de son quarante huitième anniversaire elle déclare .
Influences de son père et ses grands-pères Trois hommes de sa famille ont exercé une influence certaine sur son développement intellectuel. En premier lieu, son grand-père paternel Theodore Furber Jewett et ses aventures de marin, dès que la jeune Sarah Orne Jewett entend le mot de capitaine, immédiatement il lui évoque son grand-père paternel. En second lieu, son grand-père maternel le docteur William Perry qui lui a donné le gout de la lecture et dont elle admire la sagesse. En troisième lieu vient son père Theodore Herman Jewett, qui a eu la plus forte influence sur sa vie parmi les hommes de sa famille et auquel elle voue une vénération sans pareille. C'est son père qui lui a donné les premiers conseils d'écriture , c'est lui qui lui a appris l’observation fine de son environnement, notamment l'acuité nécessaire à la distinction des fleurs et herbes diverses qu'il utilise pour ses soins.
Des deuils successifs gauche|vignette|upright|Peinture des sœurs Brontë. vignette|upright|Daguerréotype d'Emily Dickinson. En 1854, alors que Sarah Orne Jewett a cinq ans, sa grand-mère Mary Rice Jewett meurt, ce qui la laisse dans un climat de crainte, de peur, voire de terreur, de délaissement quand à un moment elle se trouve seule avec le corps de sa grand-mère sur son lit de mort. En , sa tante Augusta décède à l'âge de . Disparition suivie par les morts de son arrière-grand-mère maternelle Dorothy Gilman en 1859, de sa grand-mère maternelle Abigail Perry et de son grand-père William Perry en 1860. Parents tous aimés par la jeune Sarah Orne Jewett. Expérience de la mort, de la déréliction qu'ont subie d'autres écrivains lors de leur jeunesse comme elle : les sœurs Brontë, la poète Emily Dickinson, ou l'écrivain Ralph Waldo Emerson.
L'éveil précoce à la beauté de la nature Dès son enfance, quand elle n'étudie pas à la maison l'histoire, la géographie, la botanique, Sarah Orne Jewett s'échappe pour parcourir le domaine familial et son paysage alentour. Celui-ci est caractérisé par l'estuaire de la rivière Piscataqua, le , les forêts et falaises environnantes et les lieux de pêche des tribus amérindiennes locales. Le paysage comme la présence des Amérindiens stimulent son imagination d'enfant.
Avant même que Sarah Orne Jewett connaisse leur nom, elle respire avec un certain envoûtement les fragrances des fleurs, notamment celles des lilas, jonquilles, delphiniums, campanules. Paysages, parfums développent chez elle un fort sentiment de proximité d'avec la nature qui aboutit à une personnification des divers éléments de cette nature.
Formation gauche|vignette|Photographie de la Berwick Academy. vignette|upright|Portrait de George Eliot peint par François d'Albert Durade.
L'autodidacte La première formation qu'acquiert Sarah Orne Jewett est celle faite par la lecture de la bibliothèque de ses parents et grands-parents. Lectures qui la font voyager à travers le monde. Elle lit les romanciers et poètes classiques des , et des traités d'histoire, philosophie, théologie et de sciences. Elle lit également les journaux et magazines spécialisés traitant d'horticulture, médecine, religion comme The Atlantic Monthly, Little's Living Age, Punch et autres périodiques. Parmi ses lectures préférées, il y a le roman Adam Bede de George Eliot qui décrit la vie des habitants de la campagne de l'Angleterre, dont les coutumes sont proches des mœurs des habitants de South Berwick.
La Berwick Academy En 1861, Sarah Orne Jewett rejoint sa sœur Mary Caroline Augusta, dite pour suivre sa scolarité secondaire à la établie sur la crête des collines proches de et qui a ouvert ses portes en 1791. Quand les sœurs Jewett y entrent, l'établissement est dirigé par mademoiselle Olive Raynes. Souvent, Sarah Orne Jewett préfère s'absenter des cours pour vagabonder dans les prairies fleuries et les bois environnants. Cela dit, avec sa sœur, elle se joint à ses camarades de classe pour participer aux multiples activités extra-scolaires dispensées par la Berwick Academy, comme le patin à glace durant l'hiver, les cours de bricolage, de confiserie, de musique et de danse. Sarah Orne Jewett en sort diplômée en 1865.
Un handicap Dès son enfance, Sarah Orne Jewett souffre d'un handicap , elle souffre de ce qu'on appelle aujourd'hui de polyarthrite rhumatoïde, maladie invalidante. Régulièrement, les articulations de ses membres sont douloureuses, notamment lors de temps pluvieux et durant le début du printemps. Sa maladie est prise en compte par ses parents qui justifient ses absences scolaires. Avec la complicité de son père, Sarah Orne Jewett profite de ses absences scolaires pour l'accompagner lors de ses tournées pour rendre visite à ses patients.
Le père de Sarah Orne Jewett accepte son handicap, mais ne souhaite pas qu'il devienne un poids sur sa vie, aussi lui conseille-t-il de pratiquer des exercices comme des randonnées à travers la campagne. Mais elle préfère musarder à travers champs avec un livre à la main, dénicher des fleurs et herbes rares et rendre visite à ses bois et bosquets préférés comme s'il s'agissait de vieux amis. Parallèlement, elle est une cavalière et un rameuse chevronnée et pratique la natation, le patin à glace et la voile. Au sujet de son enfance, Sarah Orne Jewett la caractérise comme comme si elle était une nymphe des bois.
Un garçon manqué Sarah Orne Jewett accepte son côté garçon manqué, contrairement à d'autres auteures comme Louisa May Alcott ou Willa Cather, elle ne s'est jamais révoltée contre les restrictions imposées aux femmes par les normes de l'époque. Elle apprécie la liberté que lui procurent ses activités sportives dont les performances la rendent semblable à celle des hommes. Quand elle atteint l'âge adulte, Sarah Orne Jewett rejette le confinement imposé aux femmes par la valorisation des rôles sociaux de l'époque, rejet qui s'exprime par le refus du mariage et de la sexualité hétérosexuelle qui lui est liée.
La guerre de Sécession La guerre de Sécession se déroule pendant la scolarité de Sarah Orne Jewett à la Berwick Academy. La ville de South Berwick a envoyé , dont beaucoup ne reviendront pas. La famille Jewett ne perd aucun de ses membres et sa fortune est épargnée. Apparemment le conflit n'a pas touché Sarah Orne Jewett. En revanche la paix transforme le Maine et le New Hampshire, les villes s'agrandissent, la surface des parcs diminue, le train arrive, les forêts sont exploitées. Avec ces transformations, c'est le monde de l'enfance de Sarah Orne Jewett qui disparaît, elle écrit à ce sujet . Effacement d'un passé renforcé par les amis disparus pendant la guerre.
Carrière
Premières publications gauche|vignette|upright|Photographie de William Dean Howells prise vers 1870. Personne ne sait exactement à partir de quand Sarah Orne Jewett s'est mise à écrire, elle commence par rédiger des poèmes c'est peu à peu qu'elle se met à la prose. Dès ses , ses premiers poèmes et récits sont publiés dans la presse locale. C'est quand elle a qu'est publiée sa nouvelle Jenny Garrow's Lovers au sein de l'hebdomadaire sous le nom de plume de A. C. Eliot sans que l'on sache si sa rédaction est très antérieure à sa date de publication. Sarah Orne Jewett sort du relatif anonymat de la presse locale, lorsqu'en , l'Atlantic Monthly publie sa nouvelle Mr. Bruce pour laquelle elle reçoit une rémunération de . Publication suivie par celles de poèmes et de nouvelles au sein de diverses revues. Le premier chapitre de ce qui sera son roman Deephaven est publié par lAtlantic Monthly en sous forme de courts récits. C'est par cette dernière publication que Sarah Orne Jewett se distingue des autres écrivains notamment par la recension du Nation.