thumb|250px|Vitraux de la et de l'abside. Les vitraux de la Sainte-Chapelle sont créés à la demande de saint Louis, roi de France, pour décorer sa nouvelle Sainte-Chapelle.

La Sainte-Chapelle est la chapelle du palais du roi. Elle a remplacé la chapelle romane Saint-Nicolas. Sa construction a été entreprise par Louis IX pour recevoir les reliques très précieuses provenant du palais de Boucoléon de Constantinople cédées par l'empereur Baudouin II : la Couronne d'Épines du Christ arrive à Paris en , un grand morceau de la Vraie Croix et des reliques importantes en 1241. La Sainte-Chapelle a été construite à partir de 1243 et la consécration solennelle a eu lieu le . Les vitraux ont dû être réalisés en même temps car les chartes de 1246 et 1248 prévoient les dispositions pour leur entretien. Les deux tiers seulement des vitraux sont aujourd'hui d'origine.. La Sainte-Chapelle était la chapelle du palais, avec une chapelle basse pour le service paroissial pour le personnel du palais, une chapelle haute pour le roi, sa famille et ses familiers<ref>Les familiers sont les personnes qui vivent sous la protection et dans l'entourage du roi dont ils sont aussi les confidents, ils constituent sa familia regis ou mesnie (maisonnée) royale (Dictionnaire du Moyen Âge, , PUF (collection Quadrige), Paris, 2002 ).</ref>, mais cette dernière était aussi un reliquaire monumental, et une collégiale avec un collège de chanoines fondé par saint Louis pour la garde des reliques.

Historique des vitraux Réalisation des vitraux du Saint Louis a tenu aux vitraux de la Sainte-Chapelle, et sa seconde charte de fondation précise que les maîtres-chapelains doivent assurer l'entretien des vitraux et des luminaires, en prélevant les sommes engagées sur leur traitement.

On ignore qui a conçu le programme iconographique des vitraux. L'iconographie est peut-être tirée de la Bible moralisée de Tolède, très richement illustrée, et un peu antérieure à la Sainte-Chapelle.

Comme presque toujours au Moyen Âge, le nom des artisans, qui ne sont pas encore considérés comme des artistes, sont anonymes. On ne sait pas de quels ateliers ils sortent, ni à plus forte raison qui sont les peintres sur verre qui les ont confectionnés et combien d'artistes ont participé pour permettre leur réalisation en moins de quatre ans. Les historiens d'art ne sont pas unanimes sur la question si les vitraux ont été fournis par plusieurs ateliers différents.

En faisant abstraction de légères différences stylistiques, l'on peut en tout cas définir un style propre à la Sainte-Chapelle, qui est commun à tous ses vitraux du . Il se caractérise par des personnages masculins de proportions élancées, avec une tête plutôt ronde sans menton prononcé, enveloppés dans un manteau qui souligne la silhouette sans l'amplifier, aux plis souples mais traité d'une façon stéréotypée, et retenu par une main d'un geste toujours semblable. Parmi les accessoires, figure fréquemment un arbre aux feuilles d'artichaut. Basé sur cette analyse, des affinités avec des vitraux à Clermont-Ferrand, au Mans, à Saint-Julien-du-Sault et du déambulatoire de la cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Soissons ont été découvertes, ce qui donne à penser que ces villes ont été approvisionnées par les mêmes ateliers parisiens.

À partir de l'analyse stylistique, Louis Grodecki a distingué trois ateliers qui ont travaillé en même temps à la réalisation des vitraux : l'atelier principal : il aurait réalisé les verrières du côté nord de la nef et de l'abside, sauf celles d'Ézéchiel et de Daniel, l'atelier du Maître d'Ézéchiel : il aurait réalisé les vitraux des baies consacrées aux livres d'Ézéchiel, de Daniel et des Rois, l'atelier du Maître de Judith et d'Esther auquel il attribue les verrières de Judith, de Job et du livre d'Esther, La verrière l'histoire des reliques de la Passion aurait été réalisée par une collaboration entre l'atelier principal et celui du Maître d'Ézéchiel.

Entretiens et restaurations avant la Révolution. La rose occidentale de la fin du thumb|left|220px|Vitrail de Job - diable faisant fuir les troupeaux de Job. Panneau du comportant des éléments anciens, déposé au musée de Cluny. La première restauration a lieu dès la fin du , et d'autres suivent aux . Il est intéressant de constater que jusqu'au , les restaurateurs ne tiennent pas compte du style de l'œuvre, et travaillent dans leur propre style, qui est influencé par leur époque. Au , quand l'art du vitrail s'est considérablement éloigné du style du , les restaurateurs prennent soin d'imiter soigneusement le style d'origine. Une fenêtre située au nord a disparu au moment de la construction du Trésor des Chartes. thumb|270px|Rosace occidentale de la fin du : l'Apocalypse. La rose occidentale du devait déjà être consacrée à la représentation de l'Apocalypse comme semble le montrer un fragment conservé. Elle a été remplacée sous le règne de Charles VIII. Les travaux ont dû être commencés après les travaux ordonnés par le roi le et avant 1498, date de sa mort, car on voit le chiffre royal K.

La rose occidentale dont le style rappelle l'art du peintre Henri de Vulcop peut être rapprochée de celui de l'atelier parisien dit « atelier du Maître de la vie de Saint-Jean-Baptiste »..

En 1493, un buffet d'orgue est placé dans la première travée de la chapelle supérieure. Il est refait en 1583 puis en 1752. Il occupe alors toute la largeur de la nef et s'appuie contre les verrières. thumb|left|Vue de la Saint-Chapelle après l'incendie de 1630 Curieusement, on n'a détecté aucune restauration au cours du , quand l'art du vitrail est à son apogée. On ignore si l'incendie de 1630 qui a détruit la flèche a eu des conséquences sur les vitraux. En 1690, une grande inondation entraîne la disparition des vitraux de la chapelle basse qui n'ont été restitués qu'au .

L'art du vitrail disparaît au , et il n'y a bientôt plus de peintres sur verre, la fabrication du verre coloré cesse, et les méthodes sont oubliées. Pourtant il y a besoin de procéder à des réparations, des restaurations à proprement parler n'étant plus possibles. Beaucoup d'églises sont privés de leurs vitraux, qui ne sont guère appréciés à la période du Classicisme. Les maîtres-vitriers récupèrent les panneaux en bon état et les stockent. Quand ils sont sollicités pour une réparation, ils tirent de leur collection des pièces appropriées, ou rassemblent des panneaux pour se rapprocher des motifs d'origine. Une telle réparation a lieu en 1765, et grâce à elle, les vitraux de la chapelle haute ne sont pas arrachés. En 1783, l'architecte Guillaume-Martin Couture suggère leur suppression, mais son projet est rejeté.. thumb|upright|Crucifixion. Bouche-trou étranger à la Sainte-Chapelle, monté sans doute au et déposé au musée de Cluny.

Les vitraux pendant la Révolution jusqu'en 1837

La Sainte-Chapelle a servi d'entrepôt à farines, puis elle a été transformée en dépôt d'archives de 1803 à 1838. Les fenêtres sont alors murées jusqu'à de hauteur au-dessus de l'allège. Les panneaux concernés des vitraux sont détruits ou démontés et vendus au peintre-vitrier Oran qui demeurait alors rue Sainte-Anne-du-Palais qui les a revendus à divers particuliersNicolas-Michel Troche, La Sainte-Chapelle de Paris : notice historique, archéologique et descriptive sur ce célèbre oratoire de saint Louis, (lire en ligne). Ils sont en grande partie rachetés par des collectionneurs anglais, car outre-Manche, le mouvement pour la préservation du patrimoine naît dès le tout début du . Des vitraux de la Sainte-Chapelle se retrouvent ainsi dans des musées anglais, dans les églises de Twycross et Wilton, et même à la cathédrale de Canterbury. Des éléments se trouvent aussi à Rouen et au musée de Cluny.

La restauration des vitraux à partir de 1849 La restauration des vitraux en France ne commence qu'au cours des années 1830 ; toutes les méthodes sont a redécouvrir, et les artisans d'art à former. Le premier vitrail neuf dans le style du Moyen Âge est installé en 1839 dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois.

La restauration de la Sainte-Chapelle est décidée en 1837 par Louis-Philippe Ier et lancée en 1845, confiée successivement à Félix Duban, aidé par Eugène Viollet-le-Duc, puis par Jean-Baptiste-Antoine Lassus. Les restaurateurs des vitraux sont recrutés par concours en 1849. Le lauréat, Henri Gérente , meurt prématurément en 1849Henri François Thomas Gérente (1814-1849) a travaillé avec Viollet-le-Duc sur les vitraux de l'abbatiale de Saint-Denis à partir de 1847. Il a commencé par restaurer le vitrail de lArbre de Jessé. Cette restauration était terminée le 4 juillet 1848 (Louis Grodecki, Les vitraux de Saint-Denis, tome I, L'œuvre de Viollet-le-Duc (1847-1879), , Arts et Métiers graphiques (Corpus Vitrearum Medii Aevi, série Études, volume I), Paris, 1976 ). Après sa mort, son atelier est repris par son frère, Alfred Gérente (1821-1868) qui a d'abord été sculpteur.. On confie l'organisation de l'iconographie au baron Ferdinand de Guilhermy, les cartons à Auguste Steinheil, et la réalisation à Antoine Lusson qui était arrivé deuxième au concours de 1849. Il n'y a pas seulement des manques à déplorer, mais de nombreux panneaux sont en désordre ou installés dans de mauvaises fenêtres. Un démontage total de l'ensemble des vitraux et un classement de toutes les scènes se serait imposé, démarche qui paraît toutefois trop risqué et trop difficile à mettre en œuvre matériellement. Ainsi, les vitraux sont démontés puis restaurés l'un après l'autre, en commençant par la Genèse. Le but est de tout restituer dans son état en 1248. On élimine donc les scènes restaurées aux , ainsi que les bouche-trou insérés aux , mais chaque élément déposé bénéficie d'un relevé sous la forme d'une aquarelle extrêmement détaillé. La plupart des éléments déposés sont donnés au musée de Cluny. Puis les scènes manquantes sont repeintes, en prenant comme modèle des personnages dans des postures analogues sur d'autres vitraux, et en s'inspirant également de la Bible moralisée. Les panneaux anciens sont nettoyés, et les plomberies refaits. Puis l'ensemble est monté. Si des panneaux anciens considérés comme manquants sont retrouvés ultérieurement sur une autre fenêtre, ils sont souvent montés à la place de panneaux neufs, dont la confection aura donc été vaine. Les erreurs sont rares ; on peut citer plusieurs panneaux anciens du vitrail des Juges qui étaient placés dans le vitrail de la Genèse, et qu'on a omis de réutiliser..

Globalement la restauration du milieu du est exemplaire et extrêmement respectueuse de la préservation de l'authenticité ; elle force encore l'admiration des experts. Seule la maxime du rétablissement de l'état primitif ne prévaut plus, et l'on ne déposerait plus les scènes ayant connu des restaurations anciennes.

En 1918 et 1939, les vitraux ont été entièrement démontés en raison des Guerres mondiales, mais ils ont été remontés en l'état.

Il n'y a pas eu de restauration jusqu'au nettoyage et redressement des armatures métalliques à partir des années 1970. La pollution ambiante et l'oxydation avaient obscurci les vitraux, ce qui a contribué à forger l'opinion que les églises gothiques étaient sombres.. La dernière tranche du programme commence en 2008 et se clôt en 2014 avec la restauration de la rosace de l'Apocalypse par les Ateliers Vitrail France digne successeurs manceaux d'Antoine Lusson. Les statues extérieures sont également restaurées et un double vitrage (extérieur) n'altérant pas le passage de la lumière est installéPedro Lima, « La Sainte-Chapelle retrouve son éclat divin », in Le Figaro Magazine, semaine du 27 décembre 2013, p. 62-66..

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