vignette|En raison de sa capacité à dessiner des paysages en détail après les avoir vus très peu de temps, Stephen Wiltshire est souvent qualifié d'autiste savant.|alt=Stephen Witshire recevant sa médaille de l' Lautisme savant est une notion médiatiquement et socialement construite, sur la base d'une compréhension de l'intelligence autiste par le prisme de l'observation de capacités dites chez un nombre restreint de personnes diagnostiquées comme autistes. Sans être un terme médicalement reconnu, il est décrit comme une association entre des troubles du spectre de l'autisme (TSA) et le syndrome du savant ou le surdouement, se traduisant par des compétences d'une excellence inhabituelle par rapport à la norme dans un ou plusieurs domaines, et des difficultés significatives dans d'autres, en particulier dans les relations sociales. Les estimations des chercheurs sont très variables : le savantisme concernerait de 1 à des personnes avec TSA, en grande majorité des hommes avec une synesthésie, une hyperlexie et/ou une oreille absolue.
À la fin du , Édouard Séguin et John Langdon-Down décrivent des « idiots savants », personnes combinant de sévères difficultés et des capacités intellectuelles hors de la norme, en particulier en mémorisation. L'« autisme savant » est surtout étudié au par le psychiatre américain Darold Treffert. L'intelligence autiste reste presque inconnue du grand public jusqu'à la sortie du film Rain Man, en 1988, qui met en scène un personnage « autiste savant ». Ce même qualificatif est attribué à des personnes comme les jumeaux George et Charles Finn, et à Daniel Tammet, Josef Schovanec et Stephen Wiltshire, en raison de leurs compétences dans le calcul calendaire, la mémorisation d'images et de chiffres, l'art, ou encore l'apprentissage des langues. Les facultés d'apprentissage et la mémoire très sélective des personnes qualifiées d'autistes savants reposent sur la décomposition et la comparaison de structures analogues, grâce notamment à une excellente perception visuelle et à une tendance à voir les détails avant l'ensemble. Ces compétences sont restreintes à un ou quelques centres d'intérêt précis. Les recherches s'orientent sur une particularité de la structure cérébrale due à une mutation génétique dans la région du chromosome 1 humain, contribuant à une prédisposition pour ce style cognitif particulier combinant de nombreuses difficultés, y compris l'absence potentielle de langage, à une relative force intellectuelle. Cependant, aucun travail de recherche n'a pu déterminer que la pensée des personnes autistes serait différente par nature de celle des personnes non autistes, et le profil neuropsychologique des individus décrits comme « autistes savants » n'a pu être différencié de celui des autres personnes avec TSA. Le rôle joué par l’environnement familial dans le développement de ces capacités reste peu connu, de même que leur faible représentation perçue chez les femmes, et leur nature innée ou acquise, les deux cas ayant été rapportés.
La notion d'« autisme savant » fait l'objet de critiques en raison des fantasmes qu'elle suscite, et de médiatisations peu éthiques. Sa sur-représentation médiatique influence la définition de l'autisme vers une association avec le « génie ». L'intelligence autiste reste difficile à définir, et source de nombreuses confusions, car les « capacités hors normes » sont décrites comme telles en raison de leur côté inhabituel ou spectaculaire par écart à la norme établie. Cette notion d'autisme savant est vraisemblablement une construction des médias et de la société, les personnes concernées ne se différenciant pas intrinsèquement des autres personnes autistes, si ce n'est par les occasions qui leur ont été offertes pour travailler et développer leurs compétences.
Description et fonctionnement
est un terme non reconnu médicalement, mais qui est employé dans les médias, certains films, et dans la littérature scientifique, pour décrire des personnes ayant des troubles du spectre de l'autisme (TSA) et des capacités extraordinaires ou inhabituelles par rapport à la majorité des personnes concernées par les .... Le psychiatre américain Darold Treffert décrit l'« autiste savant » comme une personne autiste avec le syndrome du savant., dotée d'un ou plusieurs domaines de compétence, de capacité ou d'excellence, qui sont en contraste avec ses limitations d'ensemble.., en particulier en matière de langage et de communication.. Il emploie à cet égard l'expression d' (îlots de génie), pour mieux évoquer l'image d'un océan de problèmes et de difficultés, au sein duquel émerge un îlot de compétences hors normes. Le Trevor Clark, chercheur australien, définit plutôt l'« autisme savant » comme une association entre l'autisme et le surdouementVoir tout l'ouvrage de .. Treffert distingue les deux, dans la mesure où d'après lui, contrairement aux surdoués non autistes, qui excellent dans de très nombreux domaines, les autistes savants développent des compétences hors-normes dans un nombre restreint de domaines, et en dépit des difficultés qu'ils rencontrent par ailleurs... Il existe peu de recherches pour déterminer la nature exacte du lien entre l'autisme, le syndrome du savant et le surdouement. Selon Allan Snyrder, chercheur australien, et Laurent Mottron, chercheur cognitiviste d'origine française exerçant au Canada, la pensée autistique savante n'est pas différente par nature de la pensée des personnes non autistes, notamment parce qu'elle ne se rapproche nullement du fonctionnement d'un « super-ordinateur », contrairement à la vision médiatique qui en a été donnée. Par contre, pour Peter Vermeulen, .. De manière générale, les personnes autistes qui montrent des compétences considérées comme exceptionnelles ont un ou plusieurs centres d'intérêt spécifiques, auxquels elles consacrent l'essentiel de leur temps. Elles montrent aussi une obsession pour les classifications et la création de systèmes.
Une particularité de leur mémorisation est que les éléments soient retenus sans aspects émotionnels ou autre interprétation susceptible d'en modifier le sens.. La perception visuelle est significativement plus performante que la moyenne. Cela peut se traduire, d'après Mottron, par une « surcapacité à détecter et à manipuler des formes ».... Temple Grandin a témoigné de sa « pensée en images ».. Les personnes autistes perçoivent les détails avant l'ensemble, ont une hypersensibilité sensorielle et montrent une acuité supérieure pour repérer des systèmes. Il est suggéré (notamment par Simon Baron-Cohen) que ces particularités soient à l'origine de la plupart de leurs talents... On retrouve dans l'autisme savant toutes les comorbidités des troubles du spectre de l'autisme (des troubles connexes associés à l'autisme), en particulier l'épilepsie..
Centres d'intérêt spécifiques vignette|gauche|Un intérêt hors norme pour un domaine d'étude particulier (ici la structure moléculaire) est représentatif de l'autisme savant.|alt=enfant jouant avec une structure moléculaire Les autistes savants développent des centres d'intérêt spécifiques auxquels ils consacrent l'essentiel de leur temps libre, souvent de manière obsessionnelle : d'après des parents interrogés à ce sujet par Trevor Clark dans le cadre de son étude (2016), les enfants autistes y consacrent souvent plus de quatre heures par jour, à observer et travailler dans une .. Les domaines d'intérêts spécifiques des autistes savants sont généralement très structurés. Ces centres d'intérêt peuvent être perçus à tort comme de simples « passions », mais il s'agit souvent de modes d'expression. Leslie Lemke s'exprime uniquement par la musique, et Alonzo Clemons par la sculpture.. De même, Daniel Tammet assimile les chiffres à un langage, précisant : . Le travail sur un centre d'intérêt spécifique en est d'autant facilité que les personnes autistes sont souvent isolées socialement, ce qui débouche sur un auto-apprentissage très poussé.
D'après Treffert, cinq domaines sont particulièrement représentés parmi les personnes concernées par le syndrome du savant, par ordre de fréquence : le calcul calendaire, la musique, l'art, les mathématiques (tout particulièrement le calcul mental rapide), enfin les capacités de visualisation mécanique et spatiale.. Plus rarement, il s'agit de l'apprentissage des langues (hyperpolyglottes), de sports de précision, de l'appréciation du temps (faculté à deviner l'heure sans avoir de montre ou d'horloge), d'intérêts issus de l'hypersensibilité d'un sens (vue, odorat, toucher...), d'un domaine de connaissances très poussé, ou même de capacités relevant du paranormal et des perceptions extrasensorielles... L'hyperlexie, qui se traduit par un grand besoin de lecture, est également fréquente.. Le plus souvent, les autistes savants n'ont qu'une capacité d'excellence, mais il arrive qu'ils en développent plusieurs : c'est le cas de Matt Savage, doué à la fois en musique et dans les mathématiques., et de Daniel Tammet, qui mémorise des suites de chiffres et apprend très rapidement de nouvelles langues. Une même personne peut développer une compétence extrême dans un domaine, puis en changer. Elle peut aussi perdre son talent ou son intérêt pour un domaine.. Treffert distingue des degrés de compétences allant du « brillant » (par exemple la mémorisation de dates, de morceaux de musiques ou d'horaires de train) au « prodigieux ».. Citant plusieurs cas, Laurent Mottron rappelle que les personnes autistes médiatisées sont surtout connues pour des capacités de mémorisation. L'usage de la parole n'est pas nécessaire, certains autistes non-verbaux pouvant faire appel à des calculs. ou à des talents artistiques très complexes. Darold Treffert cite l'exemple de Nadia Chomyn, enfant autiste non-verbale capable de dessiner en intégrant les lois de la perspective, de la proportion et du mouvement dès l'âge de 3 ans..
Des études publiées dans les années 1960 à 1980 ont suggéré que le travail sur les centres d'intérêt spécifiques puisse être à l'origine de l'autisme savant. D'après Trevor Clark, il semble plutôt que ces centres d'intérêt obsessionnels fassent partie intégrante de l'autisme savant. L'origine de la motivation des personnes concernées a été peu discutée dans la littérature, et reste donc mal comprise.
Stratégies de décomposition et d'association thumb|La synesthésie permet d'associer des chiffres et des lettres à des couleurs ou des formes, permettant une mémorisation plus performante.|alt=lettres et chiffres en couleur La mémorisation des « autistes savants » repose très généralement sur la comparaison de structures analogues. Une étude a été menée aux États-Unis sur 18 enfants autistes avec un haut niveau de compétences, comparés à 18 enfants de même âge non autistes, lors d'exercices de mathématiques. Les résultats tendent à démontrer que les autistes font plus souvent appel aux stratégies de décomposition des chiffres et des opérations que les non autistes, qui se reposent davantage sur leur seule mémoire. Cela permet de meilleures performances globales dans ces exercices de mathématiques, expliquant l'existence des « génies des mathématiques » avec autisme. L'IRM a révélé une suractivation du cortex occipital ventral temporal, une région du cerveau dédiée au traitement des informations visuelles, suggérant que le cerveau de ces personnes autistes se réorganise pour permettre l'émergence de capacités cognitives « exceptionnelles »... L'étude de cas d'un jeune calculateur mental a permis de tirer les mêmes conclusions..