Vespasien (en latin : Vespasianus), de son nom de naissance Titus Flavius Vespasianus, né le près de Reate (actuelle Rieti, dans le Latium) et mort le à Aquae Cutiliae (actuelle province de Rieti), est un empereur romain, officiellement appelé Imperator Caesar Vespasianus Augustus., fondateur de la dynastie des Flaviens, qui règne sur l'empire de 69 à 79. Ses successeurs sont ses deux fils, Titus, jusqu'en 81, puis Domitien.
Vespasien est le premier empereur romain issu d'une famille appartenant à l'ordre équestre, et non pas à l'ordre sénatorial. C'est sa carrière militaire qui est à l'origine de son succès : il est notamment légat de légion lors de la conquête de l'île de Bretagne en 43, sous le règne de Claude, et commandant des légions de Judée à partir de 67, durant la première rébellion juive, sous le règne de Néron.
Alors que Vespasien assiège Jérusalem, l'empereur se suicide, ce qui plonge l'empire dans une nouvelle guerre civile entre prétendants au trône. Les légions romaines d'Égypte et de Judée proclament Vespasien empereur le 1 juillet 69. En décembre, les armées de Vespasien triomphent de celles de Vitellius, qui est assassiné par la foule romaine ; le Sénat reconnaît Vespasien comme empereur légitime, accordant aussi à ses fils le titre de César. Vespasien ne rentre cependant à Rome qu'en septembre 70, après avoir vaincu les insurgés juifs.
Le règne de Vespasien est marqué par une série de réformes financières, mais aussi par des constructions ambitieuses. C'est sous son règne qu'est construit le Colisée, amphithéâtre d'une taille jamais surpassée. Vespasien poursuit également la conquête de la Bretagne, par l'entremise de son légat Agricola.
Après sa mort en 79, son fils aîné Titus lui succède sans difficulté : Vespasien est ainsi le premier empereur romain à être remplacé par son fils naturel.
Sources antiques Les principales sources littéraires sur la vie et le règne de Vespasien sont : Tacite (58-vers 120), Histoires ; Suétone (vers 70-vers 140), livre VIII de la Vie des douze Césars ; Dion Cassius (163-235), livres LXV et LXVI de son Histoire romaine. Ces trois auteurs ont une opinion plutôt favorable de Vespasien, même s'ils mettent en évidence son despotisme et son avarice : dans l'ensemble, Vespasien est présenté comme un bon prince, malgré quelques défauts.
De son côté, Flavius Josèphe, officier juif (Yossef ben Matityahou HaCohen) devenu citoyen romain (Titus Flavius Josephus) sous le patronage de l'empereur, dont il reçoit le prénom et le nom, donne une version hagiographique de la prise de pouvoir de Vespasien. Son témoignage permet cependant de cerner la propagande mise en place par les Flaviens pour légitimer leur pouvoir.
Biographie Vespasien vit sous le règne des empereurs Auguste (mort en 14), Tibère (mort en 37), Caligula (mort en 41), Claude (mort en 54) et Néron (mort en 68). Durant l'année des quatre empereurs, règnent avant lui : Galba (mort le 15 janvier 69), Othon (mort le ) et Vitellius (mort le ).
Origines familiales Vespasien est issu de deux familles de la province italienne plébéiennes : sa famille paternelle est implantée en Sabine (au nord de Rome), sa famille maternelle, en Campanie (région de Naples). Sa famille maternelle est d'un rang social plus élevé : l'oncle maternel de Vespasien est déjà sénateur.
Vespasien nait le ; certains auteurs donnent le 9 novembre, cf. ., aux environs de la ville de Reate en Sabine.
Son grand-père paternel Titus Flavius Petro, citoyen du municipe de Reate, centurion ou soldat d’élite, a combattu dans les légions de Pompée pendant la guerre civile qui a opposé celui-ci à César de -49 à -45, et qui fut remportée par César. .
Son père, Titus Flavius Sabinus (vers -20/+9), fait une courte carrière militaire, puis est nommé percepteur dans la province d'Asie, s'occupant notamment de . Sa probité y est appréciée. Il meurt jeune en laissant une veuve et deux enfants.
Sa mère, Vespasia Polla, vient d’une famille de petite noblesse de Campanie.
Son grand-père maternel, Vespasius Pollion, a aussi été dans l'armée, comme officier supérieur : il a été trois fois tribun militaire et préfet de campCIL, IX, 8447.
Le frère de Vespasia Polla est devenu sénateur, de rang prétorienSuétone, Vie des douze Césars, traduction Désiré Nisard, 1855., c'est-à-dire que dans le cursus honorum, il n'a pas été élu consul après avoir été préteur.
Vespasien a un frère, appelé comme leur père Titus Flavius Sabinus (vers 5-décembre 69), et une sœur, appelée Flavia Vespasia. Il est le troisième enfant du couple. Son frère parcourt le cursus honorum en entier : il est élu consul en 47 et devient préfet de Rome sous le règne de Néron.
Suétone rapporte que Vespasien est élevé par sa grand-mère paternelle, Tertulla, dans ses domaines de Cosa en Étrurie (actuelle Ansedonia, commune d'Orbetello en Toscane). Par la suite, le souvenir de son aïeule est si cher à Vespasien que, lors des fêtes et des solennités, il continue de boire dans sa petite coupe d’argent.
Premiers offices Après avoir pris la toge virile, il commence sa carrière par un cursus militaire. Il semble qu’il n'ait commencé à que sous la pression et les railleries de sa mère.
Carrière militaire, cursus honorum et intrigues de cour (jusqu'en 41) , puis parcourt les étapes du cursus honorum : questure (magistrature financière), édilité (magistrature municipale de Rome), préture (magistrature judiciaire, donnant accès au Sénat).
Élu questeur, il obtient par le sort la province de Crète et Cyrénaïque. Il n'est élu édile qu'après avoir subi plusieurs échecs et en sixième place. En revanche, il est élu préteur dès sa première candidature et , sous le règne de Caligula (37-41).
Il est vraisemblable qu’il ait alors pu fréquenter le palais impérial grâce à une de ses conquêtes, Cénis, secrétaire particulière d’Antonia la Jeune (-36/+37), fille de Marc Antoine, il restera attaché sa vie durant. Il peut ainsi entrer dans les bonnes grâces des empereurs successifs.
Durant sa préture, il fait tout pour s’attirer les faveurs de Caligula, . Vespasien demande que des jeux extraordinaires aient lieu pour célébrer . Il propose de refuser la sépulture aux condamnés pour conspiration et réclame un alourdissement des peines infligées aux deux sœurs de l'empereur, Agrippine la Jeune (15-59), la mère de Néron (37-68), et Julia Livilla (18-41), après la découverte de leur conspiration en 39 (elles sont exilées dans l'île de Pandataria).
Il épouse à cette époque une parente, elle aussi de Reate, nommée Flavia Domitilla, fille d'un employé de questure, Flavius Liberalis. Elle lui donne trois enfants : Titus (né en 39), Domitilla (née vers 45) et Domitien (né en 51). Son épouse et sa fille meurent avant son avènement, mais aucun auteur ne précise quand.
Légat de légion en Germanie puis en Bretagne (41-47) sous le règne de Claude Dès le début du règne de Claude (41-54), avec l'appui de l'affranchi impérial Narcisse, il est envoyé sur le limes rhénan comme légat de légion, un poste prestigieux consécutif à la préture et précédant le consulat. Il reçoit le commandement de la Legio II Augusta, dont le camp de base est à Mayence (Mogontiacum) (alors encore dans la province de Gaule belgique).
À partir de 43, il participe sous le commandement d'Aulus Plautius (-5/47) à l'expédition dans l'île de BretagneDion Cassius, Histoire romaine. (actuelle Grande-Bretagne). Il y reste quatre ans et remporte de nombreuses victoires sur les indigènes bretons.
À son retour à Rome en 47, il bénéficie d’un triomphe, honneur de plus en plus rare pour les militaires n’appartenant pas à la famille impériale.
Consulat (51) et proconsulat en Afrique Son succès en tant que légat de légion lui vaut en 51 une nomination de consul de la part de Claude. Il s’efforce de donner une éducation soignée à son fils Titus et parvient avec l’aide de Cénis à placer celui-ci dans l’entourage de Britannicus (41-55), fils de Claude et de sa première épouse, Messaline (vers 20-48).
thumb|300px|Sesterce, frappé en 71 pour célébrer la victoire de la première guerre judéo-romaine. Avers : IMP. CAES. VESPASIAN AVG. P. M., TR. P., P.P., COS. III. La légende au revers dit : IVDEA CAPTA, « Judée conquise » – S. C.
Vespasien devient ensuite proconsul de la province d'Afrique, . Selon SuétoneVespasien, 4, Vespasien aurait gouverné cette province avec une parfaite intégrité et y aurait obtenu une grande considération. Mais selon TaciteII, 97, son gouvernement aurait été « infâme et odieux ».
Son crédit politique en souffre, et il rentre appauvri à Rome. Pour faire face à ses difficultés financières, il hypothèque ses biens à son frère et se lance dans l'élevage et le commerce des mules. Cette activité lui permet de relancer sa fortune, mais lui vaut le surnom de mulio (« muletier »).
Sous le règne de Néron (54-68) Néron, fils d'Agrippine, devient empereur en octobre 54 au détriment de Britannicus, qui est assassiné en février 55.
Débuts du règne
Période de disgrâce (selon Suétone) Vespasien accompagne l'empereur lors de son voyage en Grèce en 66-67. Mais, appréciant peu les arts et les artistes, il se serait, selon Suétone, et serait tombé en disgrâce. Exclu, non seulement de la cour, mais encore des réceptions publiques, et craignant pour sa vie, il se serait retiré à la campagneSuétone, Vespasien, 4..
Cette disgrâce est considérée par les historiens contemporains comme une affabulation des Flaviens pour faire oublier l'amitié qu'ils avaient eue avec Néron, un mensonge qui leur a permis de passer eux aussi pour des victimes de la tyrannie de l'empereur.
En réalité, Vespasien et son frère Sabinus ont connu une ascension fulgurante sous Néron, .
Légat en Judée (à partir de 67) Le meilleur exemple de la confiance de Néron envers Vespasien est la nomination de celui-ci à la tête des légions de Syrie chargées de mater la révolte des juifs de la province de Judée, commencée en 66 en raison d'une fiscalité trop lourde et visant à la fin de la présence romaine (c'est la première des trois révoltes de la Judée). Le gouverneur de Syrie, Cestius Gallus, ayant subi un échec à Jérusalem, puis une défaite grave dans les montagnes de Beth Horon, Néron décide d'envoyer Vespasien en Judée.
Légat de l'empereur, Vespasien est à la tête de trois légions. Il est accompagné de son fils Titus, nommé légat de la Legio XV Apollinaris. Il rétablit la discipline militaire et retisse des liens diplomatiques avec les rois vassaux de la région, notamment la reine Bérénice.
Suétone fait état des croyances messianiques en vigueur à cette époque, qui attribuent à un empereur « venu de Judée » un rôle de maître du mondeVoir Christ pantocrator..
En juillet 67, l'officier de la révolte responsable en Galilée, Yossef ben Matityahou HaCohen (par la suite citoyen romain sous le nom de Titus Flavius Josephus, aujourd'hui connu comme Flavius Josèphe), est fait prisonnier par Vespasien. Selon Suétone, il aurait prédit dès ce moment à celui-ci qu'il deviendrait empereur.
Vespasien reprend le contrôle du nord de la Judée, de la Pérée et de la Samarie. C'est alors qu'il apprend la mort de Néron survenue le 9 juin 68. Il poursuit cependant les opérations dans le but de mettre le siège devant Jérusalem. Proclamé empereur par ses légions le , il laisse à Titus la charge de mettre fin à la révolte.
Accession au pouvoir impérial (69) vignette|Arc de triomphe de Titus (Rome). Prisonniers juifs portant la Menorah et les trompettes du temple de Jérusalem.
Le renversement de Néron par Galba et ses suites (mars 68-juin 69) En mars 68, les gouverneurs de Gaule lyonnaise, de Tarraconaise et de Lusitanie, Vindex, Galba et Othon, lancent une rébellion contre Néron. Le , la garde prétorienne se rallie à Galba, qui est reconnu par le Sénat le lendemain. Néron se suicide quelques heures plus tard.