Le site archéologique du Vernay (parfois orthographié Vernai) est un vaste site de fouilles archéologiques situé sur la commune de Saint-Romain-de-Jalionas, dans le département de l'Isère en France. Il s'étend sur une période allant de la Tène gauloise au Moyen Âge tardif, sa pièce majeure étant un palais rural gallo-romain.
Présentation du site
Localisation Le site archéologique est situé au lieu-dit le Vernay, dans une zone agricole humide, à l'écart des habitations. Il est bordé par le ruisseau du Girondan., qui se jette dans le Rhône à plus au nord. Le site englobe l'église et le cimetière communal, qui sont étroitement liés à l'histoire du site. Le site est situé à l'ouest du plateau de l'Isle-Crémieu, dans une région qui abrite de nombreux autres sites gallo-romains.
Le Vernay (ou Vernai) est un terme d'origine gauloise assez commun qui désigne une aulnaie.
Généralités La villa gallo-romaine du Vernay est le monument le plus important de Saint-Romain-de-Jalionas, inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du 18 juin 1984. thumb|Une partie des fouilles archéologiques.
La villa du Bas-Empire est de très grande taille, les bâtiments d'habitations couvrant, seuls, plus de . On y trouve un réseau complexe d'égouts, un moulin hydraulique (très rare pour la période), une piscine de sur ainsi qu'un complexe de thermes avec système de chauffage par hypocauste.
La villa ainsi que ses dépendances sont encadrées par un mur d'enceinte cloîtrant un espace d'une vingtaine d'hectares, traversé par une voie d'accès en galets et par un petit ruisseau sur lequel se raccorde le système d'égout.
Sur le domaine, les fouilles ont également mis au jour plusieurs aires de rouissage du chanvre.
Histoire et organisation des fouilles
Fouilles informelles et préventives Au , le curé signale la découverte d'éléments de statues et de mosaïques dans le cimetière qui jouxte l'église paroissiale. Alerté, Hippolyte Müller, fondateur du musée dauphinois, se rend sur place sans pour autant localiser l'épicentre de ce site qualifié de gallo-romain.
En 1967, des travaux d'adduction d'eau mettent au jour un fragment de mur et une amphore dans laquelle on dégagera le squelette d'un enfant. Un historien amateur et peintre reconnu, Roger Pinet, commence alors à fouiller les environs et dégage d'innombrables vestiges... Les fouilles sont reprises dans le courant des années 1970 par Aloys Dufourg, étudiant en histoire. Faute de moyens, il doit remblayer les fouilles en 1979.
En 1985, l'agrandissement du cimetière impose une campagne de sauvetage menée par des scientifiques. Au total sont fouillés au sud de l'église par Robert Royet, conservateur régional d'archéologie de la direction régionale des Affaires culturelles.
Fouilles programmées Ce n'est qu'à partir de 1995 que démarrent des fouilles programmées régulières. Robert Royet sonde le site dans sa globalité, grâce à des financements du conseil général de l'Isère.
De nos jours, les fouilles y ont lieu annuellement, généralement au cours du mois d'août. Elles sont effectuées par des bénévoles de l'Association pour l'Histoire et l'Archéologie à Saint-Romain-de-Jalionas, sous la direction scientifique de Robert Royet.. Tout au long de l'année, les membres mènent également des prospections dans les terrains alentour et traitent le mobilier archéologique récolté (nettoyage, indexation, photographie…)..
Chronologie synthétique des fouilles 1967 : découverte d'un fragment de mur et d'une amphore, fouilles amateurs par Roger Pinet ; mi-1970s : reprise des fouilles par Aloys Dufourg jusqu'en 1979 ; 1985 : premières fouilles de sauvetage par Robert Royet (DRAC), préalables à l'agrandissement du cimetière ; 1995 : début des fouilles programmées.
En avril 2025, le site est l'objet d'une fouille sauvage, le pillage se caractérisant par des trous de pelle probablement ciblés par détection de métaux..
Histoire du site Sur le site, Robert Royet a découvert des foyers de l'âge du bronze et des éléments de la vie quotidienne des Gaulois, attestant l'existence d'une grande ferme, probablement propriété d'aristocrates gaulois.
À l'occupation gauloise du site, autour de l'actuelle église, succède une longue période d'occupation romaine (jusqu'aux ) où se développe, en plusieurs étapes successives de construction, une villa aux dimensions importantes, dotée d'un grand complexe thermal (aujourd'hui en partie dégagé et mis en valeur par les fouilles). Si aujourd'hui le site paraît relativement isolé, il était pendant l'Antiquité proche de voies importantes menant à Vienne et à Lyon.
Vers 40 , cette exploitation est transformée en villa selon les canons romains de construction : bâtiments en pierres maçonnées, toits en tuiles, sols en mortier. La vaisselle trouvée est gauloise, indiquant que les maîtres sont plutôt des Allobroges romanisés que des colons installés. Le domaine est restructuré et des fossés sont aménagés pour assécher les marais et irriguer les cultures (blé et orge).
À partir de 15 , la villa laisse place à un palais dont le seul bâtiment d'habitation couvre . D'après Robert Royet « c'est véritablement hors normes, surtout en milieu rural et hostile ». Les villae font généralement de superficie et se sont surtout établies dans des lieux secs et fertiles et non à proximité d'un marais de . La propriété dispose du chauffage central, d'une piscine et d'un complexe thermal, « un luxe qui n'est pas en rapport avec les revenus du domaine » poursuit Robert Royet. Alors à qui appartient-il ? L'hypothèse la plus vraisemblable est qu'un marchand ou politicien fortuné établi à Vienne ou Lyon, aurait fait bâtir ce palais pour y mener grand train, on ignore cependant son identité. Traversant sans dommages les invasions « barbares » et le déclin de l'Empire romain, le domaine va prospérer jusqu'à son démantèlement vers 450.
Régulièrement réorganisé, il intègre de nouvelles productions comme la vigne, l'arboriculture et la noix. Plus singulier, une chapelle chrétienne est bâtie en son sein au . Elle sera à l'origine de l'église actuelle. Durant le haut Moyen Âge, une exploitation beaucoup plus réduite se substitue à la villa tandis que la chapelle, devenue église paroissiale est ceinte d'un cimetière. Des paysans s'installent à proximité et y sont enterrés.
À la fin du , un château delphinal, démantelé en 1430, est adossé à l'église. Des fortifications imposantes sont entourées de douves.
À l'abandon dès le , le château tombe en ruine. Seule l'église est préservée de la démolition, et, malgré sa localisation en bordure de marécage, à l'écart de tout habitat, elle demeure le principal lieu de culte à Saint-Romain-de-Jalionas.
Chronologie 150 : attestation d'une ferme gauloise ; 40 : construction d'une première villa gallo-romaine ; 15 : la villa laisse place à un palais (création d'un grand domaine agricole de 13 hectares) ; : édification d'une chapelle à l'intérieur de la villa ; 450 : démantèlement du palais ; : construction d'un château delphinal à l'emplacement de l'actuel cimetière ; 1430 : démantèlement du château pendant la guerre delphino-savoyarde ; : découverte d'éléments de statues et de mosaïques dans le cimetière.
Animations et visites
Jardin antique expérimental Depuis 2018, l'association gère un jardin antique (romain) expérimental. Le but est de tester la culture des variétés d'époque (ou s'en rapprochant au maximum) en employant également les outils et les techniques associées (creusement d'un puits...). Depuis le printemps 2025, le jardin accueille également un rucher antique expérimental, avec trois ruches : une ruche tronc et une ruche tressée en paille, de modèles antiques, ainsi qu'une ruche Dadant pédagogique servant de témoin.
Le travail du jardin s'appuie plusieurs auteurs latins, qui fournissent des directives précises en botanique, agronomie et économie agricole : Caton (De agri cultura), Columelle (De re rustica), Pline l'Ancien (La Botanique)...
Visites Le site se visite en autonomie toute l'année grâce au parcours équipé de panneaux pédagogiques. En complément, l'association AHASRJ organise des visites guidées associée à des ateliers pratiques au moins deux fois par an, pour les Journées de l'archéologie en juin, pour les Journées du patrimoine en septembre, et depuis 2021 pour les Rendez-vous aux jardins début juin...
Notes et références
Publications
Notes
Références Tiré de Isère Magazine de juin 2009
Voir aussi Articles connexes Saint-Romain-de-Jalionas Isère (département) Liens externes Site de l'association AHASRJ
Vernay Vernay Vernay Vernay Catégorie:Monument historique en Isère Catégorie:Monument historique inscrit en 1984