L'islam est une religion apparue au sous l'impulsion de son prophète, Mahomet. Une certaine unité est conservée jusqu'au califat abbasside qui voit se morceler l'empire. Cette période peut prendre le nom de « début du monde musulman. »Thierry Bianquis, Pierre Guichard et Mathieu Tillier (éds.), Les Débuts du monde musulman (). De Muhammad aux dynasties autonomes, éd. Nouvelle Clio/Presses universitaires de France, Paris, 2012 Durant ses premiers siècles, l'islam, en tant que religion, se structure, se développe et met en place certains de ses traits doctrinaux, cultuels et culturels caractéristiquesLa mise en place de l'islam durant cette période est présentée dans l'article genèse de l'islam.

Les penseurs musulmans font la distinction entre deux principes, sources d'évolutions religieuses et doctrinales. L’islâh est un regard vers un « islam des origines » et le tajdîd est un renouveau de la foi à l'origine de réformesS. Mervin, Un réformisme shi’ite. cUlamâ’ et lettrés du Jabal cÂmil, de la fin de l’Empire ottoman à l’indépendance du Liban, Karthala-CERMOC-IFEAD, Paris, 2000, p. 109..

Les caractéristiques de l'islam ne se sont pas toutes figées et ont continué à évoluer dans le temps. Cet article a pour but de présenter ces évolutions et la mise en place de l'islam vers sa forme actuelle après sa mise en place durant ses trois premiers siècles.

Un islam, des islams Multiplication des courants religieux gauche|vignette|Arbre des courants de l'Islam Dès le , l'islam se divisent en courants. Deux autres périodes de séparation sont le et le . Ainsi, naissent au les trois courants : sunnisme, chiisme et kharidjismeSabrina Mervin, Histoire de l'islam, Flammarion, 2000, et suiv.. La branche sunnite (de sunna, « tradition ») est numériquement la plus importante.

Le chiisme est un courant peu présent dans les pouvoirs politiques avant le , hormis le cas du califat ismaélien des Fatimides entre le et celui des Bouyides entre 932 et 1055. En revanche, en Iran, Ismail et la dynastie des séfévides font du chiisme la religion d'état en 1502 en opposition au reste du monde arade (mamelouk et ottomans). De nombreux courants sont nés au cours de l'histoire du chiisme : ismaélisme, alouaisme, druze....

Les sont l'époque de division entre différents courants du sunnisme : le mutazilisme (vision plus rationaliste, rejeté par la population), le hanbalisme (lecture plus rigoriste, conservatrice), et l'acharisme (rejet du rationalisme du mutazilisme). Ces divisions d'interprétation des sources religieuses. n'ont pas mené à une rupture complèteOn ne peut donc parler de schisme dans cette division. et sont davantage perçu comme des écoles juridiques différentes.

La tentation du mysticisme vignette|Guerriers derviches, guerre des mahdistes au Soudan (1881-1899). Gravure de la fin du . En islam, la notion de mysticisme est une manière, en appliquant la volonté d'Allah, de créer une rencontre avec lui dès la vie terrestre.

Si plusieurs mystiques ont existé avant, c'est au que le mysticisme se structure en ce qui prend le noms de soufisme. Dès les premiers temps de l'islam, des hommes vivent une vie ascétique s'inspirant probablement dans leurs pratiques du monachisme chrétien mais défendant leur orthodoxieAnne-Marie Delcambre, l'islam des interdits, .Massignon, L., Radtke, B., Chittick, W.C., Jong, F. de, Lewisohn, L., Zarcone, Th., Ernst, C., Aubin, Françoise and J. O. Hunwick, “Taṣawwuf”, dans Encyclopédie de l’Islam. Néanmoins, « la mystique n’est pas originelle en islam » et selon Anne-Marie Delcambre, le mysticisme de l'islam vient du zoroastrismeAnne-Marie Delcambre, l'islam des interdits, .. C'est principalement à partir du que le soufisme se structure selon le principe des confréries.

Même si les mystiques présentent des sources scripturaires à cette notion, (S. 24 v. 35) (S. 18 v.17-18), le mysticisme est condamné par le sunnisme en raison d'une opposition à l'idée sunnite de loi. Ce courant est critiqué comme étant hétérodoxe par le sunnisme entre autres en raison de l'influence du christianisme sur celui-ci. Néanmoins, cette critique d’innovation n'est pas tant dans une hétérodoxie mais dans un choix de lecture du Coran et de la Sunna, contraire à la lecture sunnite, et dans une vision plus globalisante de l'islam. Le soufisme a ainsi une vision très littérale du CoranDominique et Marie-Thérése Urvoy, "Essai de critique littéraire dans le nouveau monde arabo-musulman", chap. 5..

Dès les premiers siècles de l'islam, certains soufis ont été persécutés et mis à mort comme Ibn Mansour al Halladj, A'd od-Din Mahmoud Chabestari, ou Abdeslam Ben Mchich Alami.

« La mystique, confrérique ou non, a laissé une trace très profonde dans la culture musulmane ». Celle-ci était très présente dans la pensée des peuples musulmans et de leurs élites. Elle a participé ainsi à l'islamisation, parfois violentes de certaines régions. Elle ne diminue qu'à partir du , l’occidentalisation de ces pays et l'évolution « rationnalisante » de l'islam. Le soufisme garde tout de même une importance dans certains pays musulmans mais aussi en Europe.

L'islam face à la philosophie grecque Né dans un contexte hellénisé, l'islam a reçu dès ses origines des influences hellénistiquesJohn Wansbrough, Quranic Studies : Sources and Methods of Scriptural Interpretation, Londres, Oxford University Press, 1977 : The Sectarian Milieu: Content and Composition of Islamic Salvation History, Londres, Oxford University Press, 1978.. C'est le cas de la philosophie dont le terme arabisé forme faylasûf (philosophe), au pluriel falâsifaCf. Dominique Urvoy, « Falsafa : ses aspects humanistes », Encyclopédie de l'humanisme méditerranéen, printemps 2014.. Ce terme reste alors attaché à la philosophie antique à la différence du terme « sagesse » (hikma).

Encouragée par le califat abbasside d'Al Ma'mun à partir du par la création de la bayt al hikma « Maison de la Sagesse », son développement s'accompagne de traductions d'ouvrages grecs par les chrétiens syriaques et nestoriens. La philosophie islamique n'est pas que la philosophie des Musulmans mais aussi d'autres religions, comme les Chrétiens et les JuifsAlain de Libera, La philosophie médiévale, Paris, PUF, 1993, ..

De grands noms de philosophes sont connus : Al-Kindi, d'Al-Fârâbî, d'Ibn Sina (Avicenne), et d'Ibn Rushd (Averroès). Même si ces derniers étaient critiqués par les juristes musulmans. Ainsi, Averroès a vu ses livres brûlés et il a été accusé d'hérésie* ... L'interdit du doute religieux en islam a limité le développement de la philosophe au détriment des sciences non-théoriques

Ce développement s'est accompagné de modifications de la langue arabe afin de pouvoir exprimer les idées philosophiques.

À partir du , la pensée philosophique musulmane va se disperser dans des mouvements souvent empreints de beaucoup de mysticisme et de moins en moins d'esprit critique rationnel. Par ailleurs, l'analyse et l’exégèse des textes sont désormais figées par la « majorité » ou « le pouvoir politique en place ».

Quelques évolutions doctrinales Djihad Le DjihadSur l'histoire du Djihad, lire "Le Gihâd dans l'Islam médiéval : Le « combat sacré » des origines au " par Alfred Morabia, trouvant son origine dans les origines de l'islam, voit sa doctrine guerrière codifiée au . Ce concept a évolué tout au long de l'histoire musulmane.

Au , les Hamdanides développe, aux frontières de l'empire byzantin, une vision du djihad différente de celles conceptualisées en Espagne ou en Afrique du NordChr. Picard, « Regards croisés sur l’élaboration du jihâd entre Occident et Orient musulman () : perspectives et réflexion sur une origine commune », dans D. Baloup et Ph. Josserand (éd.), Regards croisés sur la Guerre Sainte. Guerre, religion et idéologie dans l’espace méditerranéen latin (), Méridiennes, Toulouse, 2006, pp. 33-6. Pourtant, les lieux du Jihad restent les zones frontières et la mer Méditerranée. Cette forte prégnance de la notion de djihad en Méditerranée en fera un lieu particulier.

Le renouveau sunnite de la contre-croisade est aussi l'occasion pour des souverains de se lier aux « érudits en armes ». À partir de l'époque médiévale, celle de Saladin, cette forme de guerre, si victorieuse, possède un aspect legitimateur du pouvoir. À partir du , on voit apparaître la séparation du monde entre le dar’ul islam (la maison de l’islam) et le dar’ul harb (la maison de la guerre). Cette séparation n'a pas une origine coraniqueB. Tibi, « War and Peace in Islam », in S.H. Hashmi, Islamic Political Ethics. Civil society, Pluralism, and Conflict, Princeton & Oxford, Princeton University Press, 2002, p. 177.. Pour des raisons d'impossibilité à déclarer une guerre générale et garantir la survie du monde musulman, un entre-deux a alors été inventé, le dar’ul sulh (maison de paix)D. Sourdel, J. Sourdel-Thomine, Vocabulaire de l’islam, Paris, PUF, 2002, p. 28.. Cet entre-deux est refusé par de nombreux juristesAhmed Mohsen Al-Dawoody, war in islamic law ; justifications and regulations, .. Alors obligation individuelle et collective, le djihad offensif évolue vers un djihad intérieur vers les minorités et vers son sens d'effort sur soi-même.

Ce djihad aux frontières acquiert une dimension intra-musulmane avec l'arrivée des Mongols. Ainsi, Ibn Taymiyya (m. 1328) dédouble le djihad entre l'extérieur des territoires musulmans et l'intérieur, ceux convertis en apparence.

La vision d'un djihad conçu comme une guerre défensive est une vision mise en avant à la fin du . Selon Ahmed al-Dawoody, elle remonte à l'antiquitéAhmed al-Dawoody, The Islamic Law of War, .. La plupart des luttes du (guerres d'indépendance) ne sont pas religieuses.

De manière contemporaine se retrouve l'exaltation d'un djihad offensif par les milieux plus fondamentalistes, qu'il soit vers l'intérieur ou l'extérieur. À la fin du , le djihad, redevient dans les courants fondamentalistes, « une obligation permanente, purificatrice et expiatoire, incombant aux Musulmans » même au mépris de principes comme le respect de l'État devenant ainsi une force révolutionnaire. Les évolutions du djihadisme d'Al-Qaida montre une vision eschatologique, rappel du « châtiment divin », du martyre et non plus une simple vision politique. À l'inverse, l'état islamique cherche l'instauration d'une unité politique, le califat.

À l'inverse, d'autres courants de l'islam cherchent à se séparer de cette vision politique du djihad et condamne la violence djihadisteCheikh Muhammad ibn Hussayn, Que disent les savants de l'islam sur le Terrorisme ?, éditions Anas, 2004.

Charia Selon le juriste Yadh Ben Achourancien Doyen de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, il est inexact de penser que la charia est inerte et immuable. Ce dernier explique qu'elle évolue en fonction des changements de conjonctures diplomatiques et sociologiques, et n'est pas à envisager comme un système contraint à la stagnation, citant de nombreux exemples d'adaptations de la chariaYadh Ben Achour, Le rôle des civilisations dans le système international, Droit et relations internationales., Bruylant, et éditions de l’université de Bruxelles, 2003..

À la fin du et au , les rationalistes qui ont développé le mutazilisme opposent la raison à la tradition (charia). Ils ont donc considéré que la théologie et les principes moraux pouvaient être questionnés par la raison humaine. Cette opposition a conduit l’orthodoxie musulmane à rejeter explicitement la raison humaine selon l'interprétation de Rahman Fazlur Rahman, Islam, Anchor Book, 1968, chap. 6, - 137 lire en ligne. Le mouvement asharite, qui émerge au , tente de faire la synthèse de ces deux positions. Une distinction faite va permettre de distinguer la théologie, qui sera dorénavant appelée « principes de la religion » (usul al-din), et les principes moraux et légaux, désormais connus sous le nom de charia.