Les relations entre les Communautés européennes et le Royaume-Uni ont commencé dès la mise en place de la Communauté européenne du charbon et de l'acier et se sont perpétuées jusqu'à l'adhésion du pays aux trois communautés en 1973. À cette date, la nature des relations entre le pays et les Communautés se sont modifiées, passant de relations horizontales (deux entités tierces l'une pour l'autre) à verticales (entre une organisation supranationale et l'un de ses États membres).
Historique Premier mandat de Winston Churchill : prémices de l'intégration européenne (1940-1945)
Lors de son discours sur l'unité européenne durant la conférence de Zurich du , Winston Churchill prône la création des États-Unis d'Europe mais est clair sur le fait que le Royaume-Uni n'a pas vocation à y participer. En effet, le Royaume-Uni considérait qu'il n'avait pas de raison de rejoindre une Europe « ravagée par d'anciens ennemis ».
Sous le mandat de Clement Attlee : création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (1945-1951)
La position britannique vis-à-vis de l'Europe et des initiatives d'intégration européenne d'alors peuvent être résumée par la déclaration faite par un comité gouvernemental en 1949. Celui estimait alors :
Le , la déclaration Schuman est faite visant à mettre en place la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Le Royaume-Uni est, à cette date, le premier producteur européen de charbon et d'acier mais reste opposé aux unions douanières et à la supranationalité. Tenu à l'écart de la déclaration, le Royaume-Uni, par la voie de son secrétaire aux Affaires étrangères Ernest Bevin, exprime son opposition à la France, craignant notamment l'affaiblissement de ses relations avec le Commonwealth.
En dépit de cette opposition, Clement Attlee soutient le projet afin de relancer les relations entre l'Allemagne et la France le devant la Chambre des communes. Il s'oppose toutefois à la participation de son pays. Un comité interministériel sur l'Autorité franco-allemande, incluant les syndicats patronaux et d'employés, fut établi afin d'étudier l'impact du projet sur l'économie britannique. Les commentaires initiaux, pourtant favorables, n'ont pas empêché l'apparition de crainte vis-à-vis d'une autorité supranationale capable d'intervenir dans la politique économique du pays dans ce secteur, alors même que le gouvernement travailliste du Royaume-Uni venait de nationaliser sa production de charbon et d'acier.
Robert Schuman et Jean Monnet souhaitaient toutefois lever cette opposition, quitte à avancer sans le Royaume-Uni, sans toutefois remettre en cause la nature supranationale de la Haute Autorité. En dépit des efforts et discussions, chacun maintint sa position. Le , une invitation fut envoyée par le gouvernement français au gouvernement britannique au sujet de leur participation au projet, dès lors que ceux-ci acceptait les principes de base contenus dans la déclaration Schuman. La réponse initiale du Royaume-Uni, avant même la réception de cette invitation et d'un document détaillé concernant le projet, fut d'attendre le début des discussions entre l'Allemagne et la France afin d'obtenir plus d'information sur son contenu. Ayant reçu l'ensemble des informations, le gouvernement britannique émit une seconde réponse, le , dans laquelle il déclara ne pas vouloir participer à des discussions qui porteraient sur le partage des ressources en charbon et en acier et sur l'établissement d'une Haute Autorité souveraine sans en connaître les modalités pratiques. En dépit des efforts français, la réponse fut confirmée de nouveau le , bien que le Royaume-Uni ait indiqué vouloir obtenir des garanties et une position spéciale dans les négociations.
Jean Monnet informa immédiatement son opposition au statut spécial qui, selon lui, aurait affaibli la dimension supranationale de la CECA. Le , le ministère des Affaires étrangères français demanda l'accord des gouvernements intéressés pour émettre un communiqué demandant à l'établissement d'un traité, qui serait soumis aux parlements nationaux, et dont l'objectif serait la mise en commun du charbon et de l'acier et l'établissement d'une Haute Autorité. Le gouvernement fit un pas vers le Royaume-Uni en assurant qu'il serait informé des discussions et qu'il pourrait demander l'adhésion à l'avenir. Le lendemain, le gouvernement britannique proposa de nouveau une conférence ministérielle des pays intéressées. Cette proposition fut rejetée par la France. Le communiqué du fut confirmé le par ceux qui deviendront les six États fondateurs. À son tour, le Royaume-Uni confirma sa position initiale.
Le , le manifeste « European Unity » du parti travailliste indiquait la position britannique sur le plan Schuman : les Travaillistes ne souhaitaient pas envisager une Europe qui n'était pas socialiste, le Commonwealth et les relations avec les États-Unis restaient primordiales, l'organisation internationale ne pourrait être qu'intergouvernementale et n'inclure que des gouvernements souverains.
Les 26 et , l'opposition conservatrice émit une proposition, signée par Winston Churchill, Anthony Eden et Harold Macmillan, demandant la participation du Royaume-Uni aux négociations. Un amendement fut introduit selon lequel la proposition rappelait l'impossibilité du gouvernement d'entrer en négociation dans la situation actuelle tout en soulignant sa volonté de jouer un rôle constructif dans les négociations en cours. C'est cette dernière proposition qui fut adoptée.
En 1951, lors d'un débat à la Chambre des communes, Attlee a déclaré que le parti travailliste « n'était pas prêt à accepter le principe selon lequel la principale force économique du pays devait être confiée à une autorité qui est complètement non-démocratique et responsable devant personne ».
Second mandat de Winston Churchill (1951-1955)
Le second mandat de Winston Churchill fut l'occasion de proposer le plan Eden, du nom du secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères Anthony Eden. Ce plan fut exposé une première fois lors de la du Comité des ministres du Conseil de l'Europe le . La position britannique est, alors, d'éviter un dédoublement et une compétition entre les communautés (créées ou en projet, comme la Communauté européenne de défense) et le Conseil de l'Europe.
Ainsi, le plan demande que les institutions du Conseil de l'Europe soient utilisées pour les institutions résultant du plan Schuman, la Communauté européenne de défense et toute future organisation de ce type. Le projet précise, par ailleurs, que le Conseil de l'Europe resterait intergouvernemental. Cette proposition vise donc à réintroduire l'intergouvernementalisme au sein des institutions supranationales créées ou en projet. Selon ce même plan, le Conseil de l'Europe connaîtrait cinq modifications : il deviendrait une part intégrale des Communautés européennes, il aurait des fonctions importantes, la duplication des organes européennes seraient évitées, le plan Schuman et la CED utiliserait la « machinerie » (c'est-à-dire les institutions) déjà existante, il sera possible pour les États le souhaitant de déterminer leur niveau de participation au sein des institutions parlementaires et exécutives.
L'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe s'est prononcé le sur la proposition, l'accueillant favorablement. L'Assemblée considère en effet qu'elle permettra une meilleure coopération du Royaume-Uni et des autres États membres du Conseil de l'Europe avec ces Communautés. L'institution ajoute d'ailleurs que le seul effet institutionnel serait l'intégration des institutions de ces communautés dans le cadre institutionnel du Conseil de l'Europe. Selon l'Assemblée, cet arrangement favoriserait le soutien pour les Communautés dans les parlements nationaux mais également dans l'opinion publique.
Le , l'Assemblée consultative adopte une seconde résolution comprenant plusieurs principes dans le cas où la proposition britannique était retenue (ne pas empêcher le développement des Communautés, lien entre ces communautés et le Conseil de l'Europe, possibilité de contribuer à certaines mesures, etc.).
Faisant suite à cette seconde résolution, Guy Mollet, un article publié dans Notre Europe en 1952, remarque le regain d'intérêt du Royaume-Uni pour les questions européenne. Il reconnait également que la possibilité, pour le Royaume-Uni mais également les autres États du Conseil de l'Europe non membre des communautés spécialisées, doit s'accompagner d'obligations égales de la part du Royaume-Uni (Mollet cite alors des exemples tels que des informations sur ses industries du charbon et l'acier, etc.). Selon lui, le Royaume-Uni était même prêt à s'associer activement à l'aspect politique de la CED.
Le , une délégation du Royaume-Uni auprès de la Haute Autorité est créée. Basée à Luxembourg, la délégation est menée par Cecil Weir.
La proposition fut ensuite défendue par Eden devant l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe le . À la suite de son intervention, un rapport fut publié le afin de permettre sa mise en œuvre pour la seule CECA. Cependant, en dépit du soutien britannique et de celui des États scandinaves, le projet resta lettre morte car il était considéré comme une tentative de saboter les tentatives de rapprochement des Communautés.
Sous le mandat de Anthony Eden (1955-1957)
Peu de temps après son arrivée au pouvoir, en , il remplace Cecil Weir par William Meiklereid à la tête de la délégation du Royaume-Uni auprès de la Haute Autorité.
Le mandat d'Anthony Eden est principalement marqué par la crise de Suez en 1956, qui vont entacher les relations du Royaume-Uni avec les États-Unis, ce qui amènera le pays à reconsidérer ses relations avec l'Europe. À la suite de la crise de Suez, Guy Mollet, alors président du Conseil en France propose à Eden une union franco-britannique. Eden aurait refusé et indiqué préférer une entrée de la France dans le Commonwealth, qui n'eut pas lieu.
Sous le mandat de Harold Macmillan : première demande d'adhésion (1957-1963)
La Communauté économique européenne (CEE) et la Communauté européenne de l'énergie atomique (Euratom) furent créées en 1957 par le traité de Rome. À cette date, le pays ne souhaite pas participer à celles-ci.
Le , Harold Macmillan remplace William Meiklereid par Arthur Tandy à la tête de la délégation du Royaume-Uni auprès de la Haute Autorité.
Rapidement, le pays constate que sa non-participation l'isole. Cet isolement résulte d'un contexte géopolitique difficile pour le Royaume-Uni : la crise de Suez de 1956 a tendu les relations avec les États-Unis. l'empire colonial britannique disparaît et le Commonwealth, organisant les relations avec les anciennes colonies britanniques, ne permet pas de maintenir un lien politique suffisamment fort. Économiquement, les relations s'affaiblissent également. l'Association européenne de libre-échange, créée en 1960, n'a pas compensé la faiblesse grandissante de l'économie britannique dont les performances étaient surpassées par les États au sein des Communautés, d'autant que ses échanges, à l'origine orienté vers les États du Commonwealth, avaient augmenté avec l'Europe occidentale.