La chartreuse Notre-Dame de Pomier, plus communément appelée chartreuse de Pomier (latin ), est un ancien monastère de l'ordre des chartreux, dans le Genevois à Présilly, correspondant au département de la Haute-Savoie, en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Fondé dans la seconde moitié du , par le comte de Genève Amédée , le monastère est considéré avec celui de Sainte-Catherine du Mont, près d'Annecy, comme une nécropole de la maison de Genève. Le bâtiment principal encore en état a été transformé successivement en exploitation agricole, en hôtellerie puis, depuis l'an 2000, en espace de réception.
Nom Le nom de la chartreuse est Pomier, du latin , Henry Suteur précise « probablement par attraction paronymique avec le latin pomerium ».. Le mot latin ne désigne pas à proprement parler une enceinte mais « un espace libre d'édifices et qu'on laissait, après l'avoir consacré par les cérémonies augurules, entre le rempart et les maisons de la ville »Comte de Clarac, Manuel de l'Histoire de l'Art chez les Anciens. Description des musées de sculpture antique et moderne du Louvre, Renouard, 1847, (Lire en ligne). ou encore , traduit par « en dehors des murs »..
La chartreuse est mentionnée en latin sous la forme de , voire parfois .. On trouve les formes suivantes Pomerium, Pomarium ou encore Pomeries au , notamment dans le Régeste genevois (1866). L'historien Pierre Duparc, dans son ouvrage Le comté de Genève, () (1955), l'écrit sous la forme Pommier. Cet usage provient de l'évolution du nom de la chartreuse notamment la forme , du latin , désignant un lieu où se trouve sans doute un verger voire une pommeraie.
Géographie La chartreuse de Pomier est édifiée sur le territoire de la paroisse de Présilly (Présiliacus, Pesylii)., aujourd'hui une commune du département de la Haute-Savoie. Elle était située dans le décanat de Vuillonnex du diocèse de Genève, correspondant aujourd'hui à la paroisse Saints-Pierre-et-Paul en Genevois dans le diocèse d'Annecy.
Le monastère est installé sur le versant occidental du mont Salève, à quatre lieues au sud de la ville de Genève et à deux lieues à l'Est du Rhône.. Il se situe à proximité des axes de communication importants pour le comté de Genève, dont la route reliant Annecy à Genève, via Saint-Julien-en-Genevois et arrivant du col du Mont Sion., et connectée à celle plus importante entre Genève et Seyssel, qui permettait de poursuivre sur la vallée du Rhône..
Histoire Acte de fondation Selon un document du conservés aux archives de la Grande Chartreuse, le monastère de Pomier aurait été édifié vers 1170 ou peut être avant, sous le règne du pape Alexandre III. La chartreuse se serait établie sous le règne du comte de Genève, Amédée , qui l'aurait ainsi dotée... Son fils, le comte Guillaume , et son petit-fils, Humbert, auraient à leur tour augmenté les donations, en raison du soutien des chartreux dans ses actions, notamment sa lutte contre un vassal belliqueux en 1179..Acte de l'année 1179 (REG 0/0/1/415).. Ainsi le comte de Genève offre « tous les droits qu'ils possède ou que d'autres tiennent de lui dans les limites de ladite chartreuse ». L'acte est réalisé en présence de Robert de La Tour du Pin, archevêque de Vienne, l'évêque de Genève Ardutius de Faucigny, ainsi que le seigneur Pierre de Ternier.
Cette dernière donation est parfois aussi considérée comme l'acte de fondation du monastère selon le Régeste genevois (1866), qui reprend l'analyse des historiens plus anciens que sont le généalogiste Samuel Guichenon (1607-1664) ou encore l'abbé Joseph-Antoine Besson (1717-17..?). Un acte du comte Guillaume II de 1252 présente son père comme le « fondateur de la maison de Pomier ».Acte de l'année 1252 (REG 0/0/1/846).. Le pape Alexandre III confirme les droits obtenus par les évêques de Genève Ardutius de Faucigny, puis Nantelme ainsi que du comte de Genève. Le chanoine savoyard Jean-Louis Grillet (1756-1812), puis la plupart des autres historiens se retrouvent pour affirmer que l'acte de Guillaume de Genève reste une augmentation de la donation faite à la chartreuse..
L'évêque Ardutius donne également à la chartreuse l'église de Présilly et les droits attachés.. La donation fut, par la suite contestée, par le doyen de Vullionnex, auquel appartenait l'église et surtout ses droits.
L'établissement semble être placé dès son origine sous les auspices de Notre Dame.. Un sceau de la chartreuse du représente la gravure d'une « Vierge couronnée et assise, tenant l'Enfant Jésus sur ses genoux », accompagnée d'une légende permettant d'attribuer le nom à la mère de Jésus.
Une seigneurie monastique Dans la confirmation de 1206 de donation d'Ardutius aux chartreux, l'évêque de Genève Nantelme réaffirme que l'église de Présilly est leur possession. Ils possèdent également des bois et des prairies sur le mont Salève, situés sur la seigneurie de Beaumont, tenue par la famille de Menthon..
La protection du monastère est donnée par le comte de Genève Guillaume II à la famille de Viry. En 1252, le comte signe un document, avec l'ensemble de sa famille, où il confirme les donations faites par son père Guillaume en 1179.. Il profite de cet acte pour les renouveler et les déclarer perpétuels. Les chartreux obtiennent également un droit de pâturage dans l'ensemble du « comté de Genève ».
Un conflit oppose les chartreux aux habitants du village de l'Eluiset de 1259 à 1386.Transaction passée entre la chartreuse de Pomier et Guillaume de Viry en octobre 1259 (REG 0/0/1/916).. Le seigneur de l'Eluiset, Guillaume de Viry, propose un pacte qui ne sera que provisoire à propos de l'usage de bois et de la grange de Thouvay situé sur le sommet du même mont Sion.
À la fin du , le dernier membre de la famille de Genève, Robert, disparaît et le comté passe à la famille de Thoire et Villars, avant d'être vendu à la maison de Savoie en 1402.. Le comté de Genève disparaît. Les comtes de Savoie ne modifient pas la politique appliquée au monastère en confirmant les différents droits.. Les moines bénéficient cependant de droits de passage et d'exemption de péages. À partir du début des années 1430, le comte de Savoie redonne une forme d'autonomie à l'ancien comté de Genève en l'érigeant en apanage le nouveau « comté du Genevois » pour son fils cadet. Cette création aura des « conséquences les plus heureuses pour la chartreuse » au siècle suivant, en la préservant des turpitudes liées à la Réforme.
Située au-dessus de la route reliant Genève à Annecy, via Cruseilles par le col du Mont Sion, « pénible à franchir dans la mauvaise saison avec ses d'altitude », la chartreuse est une halte pour les voyageurs, mettant à disposition un gîte et sa chapelle.
La chartreuse face à la Réforme Au , la cité de Genève, passée au protestantisme, se sent menacée par les comtes de Savoie. Berne intervient pour aider la cité de Calvin. Le haut-genevois, tout comme le Chablais voisin, est occupé entre 1536 et 1557 et les lieux de cultes sont ravagés. La chartreuse de Pomier est épargnée puisqu'elle se situe non sur les terres du duché de Savoie, mais au sein de l'apanage appartenant aux Genevois-Nemours, qui ne participent pas au conflit. Les moines poursuivent leurs activités, moyennant une taxe aux protestants. À la Contre-Réforme, une maison conventuelle est réaménagée et accueille désormais une dizaine de chartreux avec leur personnel.
Face à la politique du duc de Savoie, les Genevois envahissent la partie nord du duché en 1588. Les moines se réfugient dans la chartreuse du Reposoir, un article inspiré de .. Ils ne reviennent dans leur couvent qu'en 1592.
Fin du monastère et occupation des bâtiments En , le duché de Savoie est occupé puis annexé par les troupes révolutionnaires françaises. Les possessions des chartreux sont vendues comme biens nationaux. Sur ordre du conseil général du département du Mont-Blanc, les terriers et les divers documents en lien avec les droits féodaux de la chartreuse sont brûlés le ..
Les cloches sont transportées à Carouge, dont l'une est installée en l'église Sainte-Croix.
Tour à tour, les bâtiments accueillent une manufacture d'indiennes, puis de faïences et enfin une brasserie..
À partir de 1831, la famille de Viry transforme les lieux en ferme.. L'ensemble passe à de Drée, issue de la famille de Viry. En 1894, la famille Girod, originaire de Beaumont, entrepreneur dans la fromagerie, acquiert le lieu auprès du baron de Drée. À cette époque, la maison conventuelle et l'église ont disparu. Jérémie Girod aménage le bâtiment principal en hôtel-restaurant, l'« hôtel pension de l'Abbaye de Pomier », avec une quarantaine de chambres. Ce dernier ferme ses portes en 1991.
Claude Girod, petit-fils de Jérémie Girod, mandate l'architecte Kevin Gaughran, pour réaménager et transformer les bâtiments au début des années 2000. Le site accueille désormais des séminaires ou des événements festifs.
Les prieurs de Pomier La chartreuse est soumise à l'autorité d'un prieur. La liste des prieurs de la fondation au a été publiée par le chanoine Marie Rannaud.. Elle est extraite d'une Chronique de Dom Le Couteulx, qui reprend le catalogue réalisé par Dom Claude Marc de Requeleine, prieur de Pomier de 1600 à 1607..
— 1180 : Dom Pierre (« ») en 1179 ; 1180 — 1185 : D. Hugues ; 1185 — 1200 : D. Pierre (peut être le même que le précédent ?) ; 1120 — 1225 : D. Hugues Du Bois (De Bosco). ; 1225 — 1233 : v Pierre.. ; 1233 — 1235 : D. Jordan (Jourdain, Jordanus) ; 1236 — 1247 : D. Hugues. ; 1247 — 1253 : D. Bernard de La Tour. ; 1253 — 1264 : D. Etienne. ; 1264 — 1268 : D. Jean. ; 1268 — 1274 : D. Bernard (le même que le précédent). ; 1274 — 1286 : D. Hugues.. ; 1286 — 1288 : D. Pierre de Cruseilles. ; 1288 — 1297 : D. Pierre de Mollis (des Mouilles) ; 1297 — 1299 : D. Hugues. ; 1299 — 1301 : D. Aymon de Pernins ; 1301 — 1311 : D. Jean de Mollis. ; 1311 — 1312 : D. Pierre de Feigères. ; 1312 — 1319 : D. Pierre de La Mura ; 1319 — 1322 : D. Pierre de Chatagnet.. ; 1322 — 1330 : D. Pierre Du Fay (ou du Faug) ; 1330 — 1332 : D. Jean de Versonay. ; 1332 — 1335 : D. Pierre de la Byolle ; 1335 — 1339 : D. Pierre Du Fay (ou du Faug) ; 1339 — 1342 : D. Jacques de Vevey. ; 1342 — 1343 : D. Jacques de Porte. ; 1343 — 1347 : D. Odon de Chavanne ; 1347 — 1350 : D. Pierre de Chatagnet. ; 1350 — 1352 : D. Amandric ; 1352 : D. Hugues Alamand. ; 1352-1364 : D. Pierre de Chatagnet ; … 1370 — 1374 : D. Jean Clienco. ; 1374 — 1384 : D. Pierre Hamelin. ; 1384 — 1388 : D. Pierre de (la) Balme.. ; 1388 — 1391 : D. Ponce de Lonwy. ; 1391 — 1395 : D. Barthelemi. ; 1395 — 1396 : D. Jean de Narbonne ; 1396 — 1409 : D. Jean du Nant ; 1409 — 1420 : D. Jean Compatris. ; 1420 — 1426 : D. Christin de Sales, ancien profès de la Grande Chartreuse, prieur d'Oujon (1410-1420), convisiteur (1420-1426), puis prieur de Meyriat (1426-1428).. ; 1426 — 1428 : D. Aymard Tissot.. ; 1428 — 1433 D. Christin de Sales, seconde fois, convisiteur (1428-1433), puis prieur du Reposoir. ; 1433 : Dom Charles Grienthen. ; 1433 — 1434 : D. … (peut être Aymon de Sonay ?) ; 1434 — 1437 : D. Christin de Sales, troisième fois. ; 1437 — 1446 : D. Pierre Brun (de Brunii), prieur de Pierre-Châtel (1466) et Reposoir (…). ; 1446 — 1456 : D. Jean de Noyer. ; 1456 — 1474 : D. Jacques Guérin. ; 1474 — 1495 : D. Hugues Rolier. ; 1495 — 1497 : D. Pierre Blanc. ; 1497 — 1502 : D. Jean Testu. ; ... 1547 — 1566 : D. Jean Ricod, ancien prieur de la Part-Dieu (v.1535), d'Aillon (1541-1547)Abbé . ; 1566 — 1570 : D. Humbert Tournier, ancien prieur d'Aillon (1540) la Part-Dieu (1545-1548), du Reposoir (1548 — 1566), puis de Vallon (1588). ; … 1582 — 1584 : D. Jean Machon, ancien prieur d'Aillon (1563-1578) ; … 1588 — -1590 : D. Pierre Bernard, prieur d'Aillon (1590-1591), puis de la Part-Dieu (1592) ; 1592 — 1600 : D. Jean Boette, ancien prieur de Saint-Hugon (1581-1585), d'Aillon (1587-1590) et probablement de Saint-Hugon (1592-1600) ;