Le vignoble du Médoc est une subdivision du vignoble de Bordeaux, sur la rive gauche. Le vaste vignoble du Médoc (approximativement ) est délimité de la Jalle de Blanquefort (au nord de l'agglomération bordelaise) jusqu'à la pointe de Grave, et de l'estuaire de la Gironde à la forêt des Landes.
Cet ensemble homogène produit presque exclusivement des vins rouges et regroupe un grand nombre de crus classés prestigieux, ainsi que de crus bourgeois et crus artisans plus abordables pour le consommateur, pour une production annuelle moyenne de , soit un rendement moyen de .
Historique Étymologie Les Romains baptisèrent cette zone in medio aquæ, « au milieu des eaux », entre l'océan Atlantique et l'estuaire de la Gironde. Le nom a évolué en « Médoc »..
De l'Antiquité au Moyen Âge Durant toute l'Antiquité, le Médoc est une zone peu favorable car marécageuse, dont les landes parsemées de bois et de friches sont surtout consacrées à l'élevage. Les implantations humaines se concentrent alors sur les quelques reliefs, comme le vicus romain de Brion (à Saint-Germain-d'Esteuil) sur une butte dominant l'ancien marais tourbeux.
Au Moyen Âge, la région reste assez isolée par manque de routes, les échanges commerciaux se faisaient par de petits ports le long de la Gironde (à Macau, Issan, Cussac, Saint-Julien, Pauillac, Saint-Estéphe, Cadourne, Lamena et Castillon). Les palus le long de l'estuaire et des jalles ne sont pas drainés et sont régulièrement inondés. Selon l'historien Hugh Johnson, le vignoble bordelais médiéval était essentiellement localisé sur les appellations actuelles graves et premières-côtes-de-bordeaux, avec quelques vignes éparses dans l'Entre-deux-Mers et le Blayais.. En 1401, le duc de Guyenne (et roi d'Angleterre) Henri IV interdit l'exportation des vins en aval du port de Bordeaux..
Période moderne En 1572, on cultive principalement du blé au domaine de Lafite, alors confié à une soixantaine de fermiers. En 1599, Henri IV ordonne de faire venir des techniciens des Pays-Bas pour drainer la région, dans le but d'accroître la surface agricole (le même travail, à la même époque est entrepris à plus grande échelle dans le marais poitevin). Au , l'assèchement des terres crée une agriculture vivrière d'abord, mais rapidement, les parlementaires et négociants bordelais y achètent des terrains ressemblant aux graves plus au sud où se produit le « vin de Bordeaux » de l'époque. Arnaud III de Pontac est alors le propriétaire du château Haut-Brion, mais aussi au Taillan, à Saint-Estèphe (domaine de Pez) et dans le Bas-Médoc, dont il vendait les vins notamment à Londres sous le nom de « Pontac ». La constitution de domaine va bon train : Pierre de Lestonnac réuni des parcelles autour de Lamothe-Margaux (emplacement du château Margaux), Arnaud de Mullet devient propriétaire en 1595 du domaine de la Tour de Saint-Mambert (l'actuel château Latour) ; la vigne progresse lentement. John Locke mentionne le vin de Médoc en 1677 lors de son voyage.
Début , le Bordelais fut frappé d'une (selon l'intendant Boucher en 1724), les notables bordelais créant la majorité des domaines qui furent ensuite classés. C'est le cas notamment du marquis de Ségur (président du Parlement de Bordeaux et homme de cours, surnommé le « prince des vignes » par Louis XV), alors propriétaire de Latour, Lafite, Mouton, Calon-Ségur et d'autres propriétés dans le Médoc et les Graves. Le financement de la suite des travaux d'assèchement est assuré par les plus fortunés des marchands de vin, certains venant même d'Angleterre ou d'Irlande. Le vignoble du Médoc compte toujours de nombreux châteaux dont les noms rappellent l'origine britannique de leurs créateurs : Boyd-Cantenac, Cantenac Brown, Clarke, Dillon, Kirwan, Langoa Barton, Léoville Barton, Lynch-Bages, Lynch-Moussas, , Palmer…
À cette époque apparait le cabernet sauvignon. Ce cépage commence à être planté de façon marginale au cours du : il est formellement identifié en tant que tel en 1783 à PauillacFiche du cabernet sauvignon N sur le site eccevino.com, consulté le 22 janvier 2010.. Des tests génétiques menés par l'équipe de Carole Meredith de l'université de Californie à Davis ont trouvé un métissage datant de moins de 600 ans entre le cabernet franc et le sauvignon blanc Une courte histoire du cabernet sauvignon N sur le site uncork.biz, consulté le 20 janvier 2010.. Le métissage a vraisemblablement eut lieu en Médoc où ses qualités ont encouragé les viticulteurs à le planter. Cependant, ce n'est qu'avec la replantation après l'anéantissement du vignoble par le phylloxéra que le cabernet sauvignon devient important. Dès le , il y a un classement de fait des différents vins, en fonction du prix, mais réservé aux négociants. Thomas Jefferson, alors ambassadeur des États-Unis en France, visite quelques propriétés du Médoc et des Graves en , conseillé par le courtier Lawton.
Période contemporaine En 1816, Jullien décrit les vignobles du Médoc comme fournissant , présentés avant ceux des Graves et du Libournais, .. Les cépages principaux dans le Médoc étaient alors le carmenet (cabernet franc), la carmenère, le malbek (malbec) et le verdot, complétés par le tarnex, le mancin et la pétouille. L'auteur présente un classement des rouges, mettant en tête surtout des producteurs du haut Médoc : , le Lafite, le Latour, le Château-Margaux et le Haut-Brion ; , le Rozan, le Gorce, le Léoville, le Larose, le Mouton, le Pichon-Longueville et le Calon ; , des vins de Pauillac, Margaux, Saint-Estèphe, Saint-Julien, Castelnau-de-Médoc, , Pessac, Mérignac et Canon ; , des vins du haut Médoc (Labarde, Cussac, Blanquefort, Macau et Saint-Surin-de-Cadourne), de Saint-Émilion, de Laujac (en bas Médoc), de certains palus (Queyries, Montferrant et Bassens) ; , des vins du bas Médoc, des palus et des côtes (Letourne, Langoiran, Bourg et Saint-Macaire) ; les , de l'île Saint-Georges, des petits palus sur la Dordogne, de Libourne, d'Arveyres, de Blaye, de Fronsac, etc.
En 1824, Wilhelm Franck fait publier une liste par commune de 408 domaines viticoles du Médoc, ., avec des tableaux des prix pratiqués de 1782 à 1824 ; ces informations sont reprises en 1828 par le Britannique Paguierre (même s'il recommande de fortifier le vin avec de l'eau-de-vie).. En 1846, c'est Charles Cocks qui fait éditer en anglais un classement des vins de Bordeaux., ensuite largement réimprimé et traduit à partir de 1850, .. En 1855, à l'occasion de l'exposition universelle, le Syndicat des courtiers de commerce de Bordeaux rédige la classification officielle des vins de Bordeaux de 1855, comprenant 79 domaines. C'est sous le Second Empire que les premiers châteaux sont construits dans le Médoc (en commençant par Pichon-Lalande) : jusque-là, les domaines sont appelés des crus, ou parfois des clos. Le est aussi le siècle de l'arrivée à Bordeaux de l'oïdium (en 1857), du phylloxéra (dès 1866, mais surtout de 1875 à 1892) et du mildiou (en 1878), qui ravagent le vignoble. C'est à Bordeaux qu'on invente la fameuse « bouillie bordelaise » qui permet de lutter contre le mildiou : c'est un mélange d'eau, de sulfate de cuivre et de chaux qui stoppe les ravages de cette moisissure. On doit cette invention à Alexis Millardet et Ulysse Gayon..
En 1901 est fondée l'Union syndicale des propriétaires des crus classés du Médoc, regroupant les représentants des négociants, des grands domaines comme des petits producteurs, dans le but de contrôler l'origine du vin pour lutter contre les fraudes. 1935 voit la création du Comité national des appellations d'origine sur proposition du député de Gironde Joseph CapusDécret-loi du 30 juillet 1935 portant défense du marché des vins et du régime économique de l'alcool, publié au JORF du 31 juillet 1935 page 8314. ; dès 1936, les premières appellations d'origine contrôlée sont définies : le haut-médoc, le médoc, le saint-estèphe, le saint-julien, le pauillac (décrets du ), le moulis-en-médoc (), le margaux () et le listrac-médoc ().
Appellations Hiérarchisation des AOC vignette|redresse=1.4|Carte des vignobles du Médoc (au nord) et des Graves (au sud) de part et d'autre de l'agglomération bordelaise, montrant les différentes aires d'appellation. Toutes les appellations spécifiques au Médoc sont des vins rouges ; un vin blanc produit sur le Médoc se fait sous l'appellation générique bordeaux blanc.
Le vignoble du Médoc correspond à une appellation régionale, le médoc. Dans cette zone, une zone limitée à la partie sud produit une AOC plus restrictive, le haut-médoc.
La hiérarchisation comprend ensuite six AOC communales ou locales, ici du sud vers le nord : le margaux ; le moulis (ou moulis-en-médoc) ; le listrac-médoc ; le saint-julien ; le pauillac ; le saint-estèphe.
Classements Trois classements officiels existent pour les vins du Médoc : d'abord le classement historique établi en 1855, qui regroupe les vins rouges et les moelleux de Sauternes et Barsac ; ensuite un classement plus récent, datant initialement de 1932 mais révisé ponctuellement (les dernière fois en 2020 et 2025), des crus bourgeois du Médoc consacré aux vins rouges uniquement ; enfin le classement des crus artisans, dont le premier date de 2006 (revu tous les cinq ans).
Géographie Le vignoble du Médoc couvre une superficie de pour une production moyenne de , soit un rendement moyen de ..
Situation Le vignoble de Médoc est planté sur une bande de terre entre la Jalle de Blanquefort (au nord de l'agglomération bordelaise) jusqu'à la Pointe de Grave, et de l'estuaire de la Gironde à la forêt des Landes. Il couvre une zone de du nord au sud et de dans sa plus grande largeur.
Géologie et orographie
vignette|Vignes à Moulis sur graves caillouteuses typiques du Médoc. Le vignoble du Médoc est planté sur des alluvions détritiques du Quaternaire amenés par la Garonne. Déposés au cours des millénaires sur le même substrat sableux que la forêt des Landes, cette roche détritique a complètement changé la nature du sol. Il s'agit de couches plus ou moins épaisses (supérieures à dix mètresVin de l'AOC médoc sur le site 1jour1vin.com, consulté le 14 janvier 2010.) de sables et graviers mêlés d'un peu d'argile appelées « graves » (ce qui a donné son nom à l'AOC graves), amenés des reliefs pyrénéens et auvergnat. Les zones les plus épaisses sont situées sur les communes ayant donné lieu aux AOC communales (margaux, moulis-en-médoc, listrac-médoc, saint-julien, pauillac et saint-estèphe) Au nord, sur l'AOC médoc, les dépôts sont moins épais et de plus faible granulométrie.
Ces alluvions forment des collines localement appelées « croupes de graves » séparées par des ruisseaux de drainage, les « jalles ». Ces ruisseaux évacuent l'eau excédentaire. Ainsi, une croupe contient peu d'eau, est peu fertile et oblige les racines de la vigne à descendre dans les profondeur chercher l'eau. Ce terroir est très qualitatif, ne craignant ni excès d'eau, ni sècheresse, une fois que les vignes sont assez vieilles pour avoir colonisé leur espace racinaire. Comme la zone est vaste, on peut aussi consulter les notices BRGM « Saint-Laurent-et-Benon » et « Blaye » sur infoterre.brgm.fr/..
Climatologie Le Médoc a un climat tempéré de type océanique, qualifié de . La notion est reprise dans beaucoup de publications, tel que ; ou (sa thèse de 1978 à Bordeaux III).. La pluviométrie est répartie de manière assez homogène tout au long de l'année avec des automnes plutôt pluvieux. L'arrivée plus précoce des perturbations entraine une année difficile. Au contraire, les années à belle arrière-saison assurent de bons millésimes. Les températures donnent des hivers doux et des étés chauds sans sècheresse. Le bon ensoleillement assure une bonne maturité au raisin.
La station météorologique de Pauillac (d'abord route du lavoir, , à d'altitude, puis depuis 2004 à Loubeyres-Sud, à d'altitude : ). fourni des relevés depuis 1962.
Encépagement Cépages principaux