Anne Dambricourt est une paléoanthropologue française, née en 1959. Depuis les années 1980, elle mène des recherches au Muséum national d'histoire naturelle sur les origines embryonnaires de la bipédie des hominiens. Elle s'est fait connaitre du grand public et des médias en 1995 puis 1996, en intervenant sur France Culture, au Cercle de minuit, au Collège de France, puis en 2005 à travers un documentaire de Thomas Johnson diffusé sur Arte. Depuis 2012, elle dirige un programme de recherches pluridisciplinaires sur le site de Masol, en Inde, après avoir découvert en 2009 des vestiges archéologiques datés de plus de d'années.
Biographie Carrière académique Entrée en 1990 au CNRS, Anne Dambricourt est attachée au département Homme et environnement du Muséum (UMR 7194), dont le siège est l'Institut de paléontologie humaine, une fondation scientifique de droit français initialement financée par le prince Albert de Monaco et gérée paritairement par la Fondation Albert I et le Muséum national d'histoire naturelle.. Elle obtient le premier titre de docteur du Muséum national d'histoire naturelle en paléontologie humaine en 1987 sous la direction du paléoanthropologue Jean-Louis Heim (1937-2018). En 2011, l'Université de technologie de Compiègne lui décerne l'habilitation à diriger des recherches, qui permet de diriger des thèses de doctorats.
Organismes et associations De 1990 à 2006, elle a été secrétaire générale de la Fondation Teilhard de Chardin., hébergée au Muséum national d'histoire naturelle et dédiée aux travaux du paléontologue Pierre Teilhard de Chardin, consacrés à la complexité croissante du système nerveux et au développement de la conscience réfléchie.
Anne Dambricourt est vice-présidente de l'association Plasticités Sciences Arts qui édite la revue Plastir, dont Edgar Morin est un des membres du conseil scientifique ainsi que Jean-Pierre Luminet. Elle est également vice-présidente fondatrice de l'association FREHOPS, Fédération des Recherches sur l'Évolution Humaine, l'Ostéopathie et la Posture au service de la Santé, dont le président d'honneur était Yves Coppens..
Origines embryonnaires de la bipédie Ses recherches principales concernent la découverte des origines embryonnaires du redressement du système nerveux dans la lignée des primates, dont la bipédie permanente est une des nombreuses conséquences. Les premières présentations et publications de cette découverte dans des congrès internationaux datent de 1989 et 1992.
Anne Dambricourt Malassé a codirigé des thèses en paléontologie humaine qui comparent les fossiles d'hominines à de nombreuses données métriques et anatomiques des espèces actuelles de grands singes : Chimpanzés, Gorilles et Orang-outans, recherchant des corrélations angulaires entre le degré de flexion de la base du crâne, son raccourcissement antéropostérieur et les changements de position des os dans le plan transversal. Selon les résultats de sa thèse de Doctorat (1987), l'histoire évolutive de la lignée humaine correspond à l'évolution de ces corrélations angulaires (cette succession est celle des hominidés fossiles, des Australopithèques, du genre Homo et de la dernière espèce apparue : Homo sapiens).
L'évolution qui va des prosimiens à l'homme moderne montre, selon les travaux de nombreuses générations de spécialistes, une amplification progressive de la flexion de la base, déjà constatée par Louis Jean-Marie Daubenton. Anne Dambricourt Malassé présente dans son Habilitation à Diriger des Recherches (2011) une confirmation depuis sa thèse de Doctorat, que c'est l'embryogenèse du système nerveux central qui a redressé le squelette axial (tête-sacrum) et facial. Sur l'observation des stades embryonnaires, elle montre que l'origine de la flexion est l'enroulement antéropostérieur du cerveau embryonnaire (le tube neural) et que la flexion provoque la contraction de la face au cours de son développement embryonnaire, chez l'homme et les autres simiens actuels, c'est-à-dire une relation morphogénétique entre la mandibule et la base avec laquelle elle s'articule. C'est donc l'augmentation de la rotation du système nerveux embryonnaire qui aurait entraîné l'augmentation de la flexion et la réduction de la face au cours de l'évolution, concomitant du redressement du squelette axial. La complexité croissante du système nerveux au cours de son embryogenèse est, selon ses observations, le moteur de ces transformations morphologiques. La verticalisation axiale embryonnaire a entrainé l'équilibre locomoteur bipède permanent. Elle conclut que l'évolution de l'information génétique codant l'ontogenèse a été contrainte par des informations génétiques déjà présentes, et non causée par des erreurs de copies génétiques.
C'est pourquoi, dès 1988, le paléontologue Jean Piveteau proposa sa candidature comme secrétaire général de la Fondation Teilhard de Chardin et soutint une demande de bourse auprès de la Fondation Fyssen en 1989. Ses travaux ont été réalisés en collaboration avec les paléontologues Jean Chaline et Didier Marchand, co-signés par des auteurs comme Bruno David, actuel directeur du Muséum national d'Histoire naturelle.
Domaines d'application et théorique Ses travaux occupent une certaine importance dans les problèmes actuels d'occlusion et de posture. La découverte de la contraction cranio-faciale est prise en compte en orthodontie : un colloque organisé en 1999 par le Laboratoire départemental d'archéologie du Val-de-Marne avec le soutien du conseil général, a réuni des spécialistes des différentes disciplines concernées. Les actesÉditions ARTCOM, éditeurs D. Hadjouis, Ph. Andrieux, A. Dambricourt Malassé, 2000. ont été primés par l'Académie nationale de chirurgie dentaire. De même, elle synthétise dans son HDR les études en orthopédie dento-maxillo-faciale démontrant par le succès des traitements orthodontiques, l'existence de relations dynamiques entre la base et la face, selon une trajectoire dite de « contraction cranio-faciale ».
Ses recherches sur les processus de l'évolution morphologique s'inscrivent dans les sciences de l'auto-organisation distinctes de la théorie synthétique de l'évolution ou néo-darwinisme. En 2001, Edgar Morin intègre ses nouvelles observations dynamiques, et inférences mathématiques en termes d'attracteurs, dans le Tome 5 de La Méthode "L'Humanité de l'humanité, l'identité humaine". En 2017 il l'invite à la Chaire Edgar Morin de la complexité de l'ESSEC. pour un dialogue animé par le réalisateur Thomas Johnson : "L'hominisation passée et présente"..
Critique du néo-darwinisme Débat scientifique Tout modèle d'évolution tente d'expliquer l'apparition, la diffusion de nouveaux caractères, et la disparition d'autres. Parmi ces modèles, le néo-darwinisme formulé en 1947 et enrichi depuis, postule que tout changement provient d'erreurs de copie génétique aléatoires lors de la duplication de l'ADN (mutations ponctuelles, réarrangements chromosomiques, recombinaisons ou brassages génétiques). Dans la communauté des biologistes évolutionnistes, les modèles qui présentent une contrainte non aléatoire pour les mutations génétiques sont majoritairement rejetés. L'évolution du vivant est considérée comme un processus sans finalité ni intentionnalité, ayant pour source les erreurs de copie, éliminées ou transmises par la sélection naturelle et la sélection sexuelle. Elle est, selon l'expression fameuse de Richard Dawkins, un « horloger aveugle ».
Anne Dambricourt Malassé observe que le hasard des mutations génétiques n'est pas le moteur de l'évolution du redressement axial, et propose une explication des origines de l'homme fondée à l'inverse sur des processus génétiques contraints et d'auto-mémorisation, caractéristiques des systèmes dynamiques. Elle constate, à la place des accidents génétiques, des mécanismes biochimiques issus des lois de la thermodynamique qualifiés d'auto-organisation. L'hominisation aurait été causée par des mécanismes génétiques complexes modélisables par des attracteurs étranges, qui expliqueraient la régularité du redressement neural au cours de l'évolution et une certaine convergence avec la synthèse scientifique de Pierre Teilhard de ChardinNouvelles Clés - Entretien : Anne Dambricourt - La logique de l’évolution , ou courbe de complexité/conscience croissante. Cette déduction est citée par Edgar Morin en 2001 dans le livre de La Méthode, L'Humanité de l'humanité.
Première polémique Une conférence d'Anne Dambricourt Malassé, invitée en par Yves Coppens, titulaire de la chaire de Paléoanthropologie et de Préhistoire du Collège de France, à présenter la convergence entre ses travaux et la courbe de complexité neurale croissante de Pierre Teilhard de Chardin, fut suivie de critiques dans la presse quelques mois plus tard. Après des réactions médiatiques déclenchées par cette conférence et par un article publié dans la revue La Recherche en , Anne Dambricourt Malassé accepta de rédiger la préface de l'édition française, « Darwinisme, sciences ou métaphysique » (Darwin on Trial) de Phillip E. Johnson, avocat évolutionniste et chrétien qui décrit la mise à l'écart d'observations non darwiniennes aux États-Unis, et qui deviendra plus tard un pilier du mouvement du dessein intelligenthttp://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosevol/decouv/articles/chap1/lecointre5.html.
En , elle fut invitée par Christiane Roederer., présidente de l’Académie des Arts, des Sciences et des Lettres d'Alsace et directrice de la collection Objectif Demain aux Éditions de la Nuée Bleue, à publier un ouvrage intitulé La Légende maudite du vingtième siècle (sous-titré L'erreur darwinienne par l'éditeur Nuée bleue). et préfacé par René Lenoir (1927-2017), ancien Secrétaire d’État auprès du Ministre de la Santé.
Les critiques médiatiques se succédèrent jusqu'à l'annonce en du programme d'un colloque de l'Union rationaliste « Intrusions spiritualistes et impostures intellectuelles en sciences » avec une intervention de Michel Kerszberg titrée « Anne Dambricourt, ou le jargon scientifique comme outil de propagande ». La Légende maudite du vingtième siècle est paru en , en prévision de ce colloque dont le programme était connu avec l'annonce de l'intervention de Michel Kerszberg. Dans ce livre, elle décrit le caractère non-scientifique des critiques de sa découverte des origines embryonnaires du redressement corporel et de sa modélisation, qui reposent, comme elle l'a redémontré plus tard dans son HDR (2011), sur une méconnaissance des concepts mathématiques qu'elle applique à l'évolution des trajectoires dynamiques de la morphogenèse.
Au cours du colloque de l'association La Libre-pensée, « Intrusions spiritualistes et impostures intellectuelles en sciences » tenu le , Marc Silberstein dénonce le courant irrationnel spiritualiste dans . Dans son livre, Anne Dambricourt Malassé rappelle la définition du matérialisme de Guillaume Lecointre présentée comme avec, comme critères de scientificité, l'expérimentation et la reproduction en laboratoire. Ce dernier avait exigé qu'Anne Dambricourt Malassé apporte la démonstration scientifique des régulations génétiques dites « concertées » par les généticiens et déduites de la stabilité de la trajectoire évolutive du redressement de la base du crâne. Elle montre alors le manque de discernement éthique dans une telle application du matérialisme qui se traduirait par des manipulations génétiques sur des embryons humains congelés.
Seconde polémique