Angelo Hesnard, né le à Pontivy (Morbihan) et mort à Rochefort (Charente-Maritime) le , est un médecin militaire de la Marine, psychiatre et psychanalyste français. Avec Emmanuel Régis (1855-1918), il a traduit et diffusé en France en 1913 les écrits de Freud, et a publié en 1914 le premier ouvrage français sur la psychanalyse. Il a fait partie du premier groupe de psychanalystes qui fondèrent, le , la Société psychanalytique de Paris.

Biographie

Angelo Louis Marie Hesnard, dit Angelo Hesnard, est né le à Pontivy (Morbihan) et mort à Rochefort (Charente-Maritime) le . Ses parents, d'origine picarde, sont Angélo Théodose Hesnard, employé des Ponts et Chaussées, issu d'une famille de notaires, et Lélia Célénis Rosalie Blancon. Il se marie le à Rochefort avec Henriette Aline Vimont. Son frère ainé (1876-1896) est décédé à l'âge de d'une pneumonie. Son second frère Oswald Hesnard (1877-1936), agrégé d'allemand (1903), est interprète du service d'état major, traducteur d'Aristide Briand, chef du bureau d'études sociales à l'Ambassade de France à Berlin, puis recteur de l'académie de Dijon.

Formation Angelo Hesnard fait ses études au Lycée Joseph Loth de Pontivy. En 1905, il est admis 4° au concours d'entrée de l'École du service de santé des armées de Bordeaux, dite « Santé Navale », dont le maintien à Bordeaux a été obtenu par le Doyen de la Faculté Mixte de Médecine et Pharmacie Albert Pitres (1848-1928). Les enseignants de la Faculté de Médecine de Bordeaux participent à la formation médicale des élèves de Santé Navale. Angelo Hesnard, alors externe des hôpitaux, est l'élève d'Albert Pitres, lui-même élève et collaborateur de Jean-Martin Charcot, titulaire de la chaire de clinique interne et fondateur de l'école de neuropsychiatrie bordelaise. Hesnard suit à la faculté de médecine et à l'hôpital Saint-André les enseignements du neuropsychiatre Emmanuel Régis, futur titulaire (en 1913) de la chaire de clinique des maladies mentales à Bordeaux, première chaire provinciale dédiée à la psychiatrie. Régis, considéré comme le fondateur de la psychiatrie légale et militaire française, a une influence déterminante pour la suite de la carrière d'Angelo Hesnard. En juillet 1908, Angelo Hesnard sort de Santé Navale, avec le prix de la 4° année de la faculté.

gauche|vignette|353x353px|Thèse d'Hesnard pour le doctorat en médecine (Bordeaux, 1909).

En 1909, Angelo Hesnard soutient sa thèse Les troubles de la personnalité dans les états d’asthénie psychique dirigée par Régis, à qui il la dédicace en ces termes : . Le lien filial entre Régis et Hesnard est également manifeste dans la dédicace rédigée par Régis en 1909 sur le Précis de Psychiatrie : . Angelo Hesnard rend un hommage posthume à son maitre en 1956 dans un numéro spécial de la revue L'Information psychiatrique consacré à Emmanuel Régis, où il mentionne que .

Après sa formation à Bordeaux, le rang de sortie de Santé Navale permet à Hesnard de choisir la Marine, et d'intégrer l'école d'application du service de la santé de la Marine à Toulon. En 1909, il obtient le diplôme de , et est promu médecin de .

Carrière de médecin militaire Angelo Hesnard exerce initialement en neuropsychiatrie à l'hôpital Saint-Mandrier de Toulon. Il poursuit sa collaboration avec Emmanuel Régis sur la thématique de la psychiatrie militaire, et publie en 1910 un article de référence sur le sujet, abordant notamment les questions de l'identification et de la prise en charge des pathologies neuropsychiatriques dans la Marine.

En avril 1910, Angelo Hesnard est affecté sur le croiseur cuirassé Amiral Charner pour le Moyen-Orient. Il étudie au cours de ses voyages les troubles psychotiques liés au paludisme, sur lesquels il présente un rapport lors du congrès des médecins aliénistes et neurologistes de France et des pays de langue française en 1912. Ses compétences en neuropsychiatrie sont très appréciées par le capitaine du vaisseau Théophile Albert Allaire qui le note comme . vignette|Hôpital de la Marine à Rochefort (Charente-Maritime) Après avoir été débarqué de lAmiral Charner en , il revient à Bordeaux en tant qu'assistant de clinique d'Emmanuel Régis, avant de rejoindre en l'hôpital maritime de Rochefort (Charente-Maritime) où il crée le service de neuropsychiatrie . Il est alors neuropsychiatre de la Marine et expert auprès des tribunaux maritimes. Hesnard poursuit ses études sur les troubles psychotiques, et présente en 1913 un rapport sur la démence précoce au des médecins aliénistes et neurologistes de langue française. Il y détaille notamment les travaux d'Eugen Bleuler sur la schizophrénie.

Pendant la guerre de 1914-1918, Hesnard est promu médecin de et exerce sur les navires hôpitaux Vinh-Long et Ceylan. Il revient à l'hôpital de Rochefort en 1915, où il créé le service de physiothérapie pour les blessés de guerre. Sur les conseils du Jean-Alban Bergonié (1857-1925) de la faculté de médecine de Bordeaux, précurseur dans le traitement du cancer par radiothérapie, il implémente ce traitement à l'hôpital de Rochefort. En 1917, à la demande du Antoine Porot, il devient médecin chef du service de neurologie de Sidi-Abdallah et du centre neurologique de Bizerte, siège de l’état-major serbe en Tunisie, où il prend en charge les blessés du front de Salonique. Son dévouement lors de l'épidémie de grippe espagnole est mentionné dans l'éloge funèbre lors de ses funérailles. Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1919 puis promu officier en 1928. Avec Antoine Porot, il poursuit les travaux initiés avec Régis sur la psychiatrie de guerre et les traumatismes psychiques, ainsi que sur l'évaluation de l'aptitude mentale au service et la simulation. Ses recherches sur les troubles psychiatriques consécutifs aux catastrophes navales sont récompensés en 1919 par le prix de Médecine navale. Hesnard s'inscrit dans la théorie raciale du primitivisme soutenue par Antoine Porot, fondateur de l'École psychiatrique d'Alger. Lors du Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de France et des Pays de Langue Française à Alger en 1938, on relève par exemple (p 183) ces commentaires d'Hesnard illustrant son adhésion au modèle de la psychiatrie coloniale :« on ne peut manquer d'être frappé de l'extraordinaire impulsivité des Sénégalais transplantés, qui, normalement plastiques à la discipline militaire, candidement dévoués et enfantinement attachés au chef ou au médecin, sont capables, à la moindre imprégnation infectieuse ou à la plus faible réaction anxieuse de transplantation, d'actes soudains et brutaux d'homicide à l'égard des blancs qui les soignent ». gauche|vignette|295x295px|École de santé navale à Bordeaux.

Après la guerre, Hesnard revient à Rochefort. De 1919 à 1924, il est assistant de clinique en neuropsychiatrie à la faculté de Médecine de Bordeaux, dans le service du Jean Abadie. Il se forme auprès des Henri Verger (1873-1930) et Jean-René Cruchet (1875-1959). En 1920, il est nommé professeur de physiologie, hygiène et médecine légale à l'École de santé navale de Bordeaux. Il s'implique dans la promotion d'actions préventives et de santé publique, avec l'organisation de l'éducation physique des élèves de l'école, et son engagement dans la Ligue d'hygiène mentale fondée par Edouard Toulouse. Il développe des collaborations avec le Henri Claude (1869-1945) de l'hôpital Sainte-Anne à Paris.

En 1925, Hesnard est nommé professeur à l'école d'application des médecins de Marine à Toulon, puis devient médecin major chef du service médical du croiseur cuirassé Jules Michelet, qui appareille pour Saïgon. Son séjour à Saïgon lui donne l'occasion de fumer de nouveau de l'opium, après une expérience initiale en 1914. Il revient à Brest sur le croiseur cuirassé Jules Ferry. Il est de nouveau affecté à Toulon, où il prend les fonctions de chef du service de neuropsychiatrie, tout d'abord au service de santé Saint-Mandrier, puis à l'hôpital Sainte-Anne. A partir de 1929, il dirige le laboratoire de psychotechnique du centre d'étude de la Marine de Toulon, dont l'objectif est d'optimiser la sélection du personnel de la marine. Hesnard définit la psychotechnique comme une « branche de la physiologie ou plutôt de la psychologie expérimentale, qui recherche la détermination des aptitudes mentales et spécialement psychomotrices de l’homme, en vue de les utiliser suivant des données rationnelles ». Hesnard, membre de l'Association d'études sexologiques fondée par Edouard Toulouse, devient une importante figure de la sexologie française avec la publication d'un Traité de sexologie normale et pathologique en 1933.

vignette|321x321px|Hôpital Sainte-Anne à Toulon.

Sa hiérarchie militaire lui reproche régulièrement d'être « un peu trop orienté vers sa spécialité » au détriment de ses missions militaires, et note qu'il . Il est néanmoins nommé en 1934 médecin-chef de l'hôpital Sainte-Anne de Toulon et sous-directeur des écoles de médecine navale, puis secrétaire du Conseil supérieur de la santé en 1938.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Hesnard est affecté à Alger, puis, après sa promotion au grade de médecin-général de la Marine, au service de santé de la maritime à Bizerte. Il reste sous les ordres du régime de Vichy, sous l'autorité du Directeur Central du Service des Armées. Lors du siège de Bizerte par l'armée nazie après le débarquement allié en dans le cadre de l', Hesnard organise les secours pour les blessés, l'évacuation de l'hôpital militaire après sa destruction par les bombardements, et doit faire face à des épidémies de fièvre typhoïde et de typhus . Inscrit sur la liste allemande des français à expulser, il se cache dans une ferme isolée jusqu'à la capitulation germano-italienne. À la libération, les « emmurés » de Bizerte sont considérés comme des collaborateurs. Hesnard est accusé d'avoir influencé en faveur de l'armée allemande l'amiral Edmond Derrien, commandant en chef du camp retranché autonome de Bizerte. Hesnard fait brièvement l'objet d'une mesure d’interdiction de résidence dans les principaux ports, qui ne sera pas appliquée. Aucune suite ne sera donnée à sa demande de comparution devant une commission d'épuration. En Hesnard est cité comme témoin à la défense lors du procès de l'amiral Edmond Derrien The Montreal Gazette, , ..

En juin 1943, Hesnard est nommé à Casablanca au titre d'inspecteur général du service de santé de la Marine. Une décision de mise en congé d'armistice lui ait imposée en octobre 1943, avant sa mise à la retraite en mai 1944, officiellement fondée par les autorités militaire sur le critère de limite d'âge. Hesnard termine sa carrière militaire avec le grade de médecin général. Il s'installe en libéral à Casablanca, devient un membre actif du parti socialiste

Hesnard retourne à Toulon en 1945, où il poursuit dans sa villa Port-Hesnard son activité de psychiatre libéral et psychanalyste jusqu'en 1963. A la fin de sa vie, il quitte Toulon pour Nantes, et décède à l'hôpital de la Marine de Rochefort où il choisit d'être hospitalisé après y avoir exercé de nombreuses années.

Contribution à l'introduction de la psychanalyse en France Angelo Hesnard est chargé en 1912 de lire et traduire les textes de Freud par le Emmanuel Régis, très ouvert vis-à-vis des nouveaux courants théoriques internationaux, ce qui l'a incité à s'intéresser à l'approche psychanalytique freudienne dès la fin du , alors qu'elles étaient encore peu connues en France. En 1912, Hesnard écrit à Freud pour s'excuser du manque d'intérêt de la psychiatrie française pour ses travaux, et l'informer qu'il s'apprête à rédiger des articles en français sur ce sujet. Freud commente cette annonce dans une lettre à Karl Abraham : . gauche|vignette|444x444px|Emmanuel Régis et son équipe médicale à l'hôpital Saint André (Bordeaux, 1910-1911)