Antoine Destutt de Tracy, né le à Paris, et mort dans la même ville le , est un militaire, politologue et philosophe français, fondateur de la Société des idéologues.

Biographie Issu de la famille noble originaire d'Écosse, de Stutt, établie en France au début du Généalogie de la maison de Stutt, marquis de Solminiac, comtes d’Assay, marquis de Tracy, d’après les éléments recueillis par le marquis de La Guère, 1885 , pour sa biographie voir ., il est le fils de Claude-Louis-Charles Destutt, marquis de Tracy, militaire de carrière mort, en 1766, des suites de blessures reçues à la bataille de Minden. Éduqué, dès lors, par sa mère, celle-ci s’est installée à Paris afin de lui procurer un gouverneur avec qui il a fait des études classiques soignées. Il a ensuite intégré l’école d’artillerie de l’université de Strasbourg, où il s’est perfectionné en équitation, escrime, natation, tir.. Il a même inventé une contredanse qui porte son nom, « la Tracy »..

Après avoir achevé son éducation, il est entré chez les mousquetaires de la maison du roi, et a été pourvu d’une compagnie dans le régiment Dauphin-cavalerie. Il est devenu colonel en second du régiment royal-cavalerie, en 1776, à l’âge de vingt-deux ans, la même année il est initié en franc-maçonnerie, dans la loge La Candeur, du Grand Orient de France, .. Passionné par les idées nouvelles, il est allé rendre visite, à Ferney, à Voltaire, qui lui a fait bon accueil.

Devenu en 1776, à la mort de son grand-père, comte de Tracy en Nivernais, seigneur de Paray-le-Frésil en Bourbonnais, et possesseur d’une fortune considérable, il s’est marié, peu de temps après, avec Émilie-Louise de Durfort-Civrac, proche parente du duc de Penthièvre, qui lui a donné le commandement du régiment de son nom, au sein duquel il créa la loge maçonnique , dont il fut le vénérable maître, ..

Député à la Constituante Âgé de trente-cinq ans au début de la Révolution, il a pris une part active aux opérations des états particuliers du Bourbonnais, en . Nommé, le , par la noblesse de cette province réunie à Moulins, l’un de ses trois députés aux États généraux, il a été l’un des premiers de son ordre à se rallier, le , au Tiers état, après le serment du Jeu de paume., et à aller siéger à la Constituante, aux côtés du duc de La Rochefoucauld et de Lafayette, son ami pendant cinquante ans. Dans la nuit du 4 août, il a été parmi les premiers à se démettre volontairement de ses privilèges et de ses titres.

Le remplacement de l’Assemblée constituante par la Législative en Les membres de la Constituante n’avaient pas le droit de se présenter aux élections à la Législative., l’ayant rendu à la vie privée, il aurait voulu combattre à la tête du régiment de Penthièvre, dont il était colonel en 1789, mais le ministre de la Guerre Narbonne, son condisciple à l’université de Strasbourg, l’a nommé, malgré lui, maréchal-de-camp, le , et mis à ses ordres toute la cavalerie de l'Armée du Nord, que commandait le général Lafayette. Après la journée du 10 août 1792, qui consacre la chute de la monarchie constitutionnelle, il refuse de suivre en exil Lafayette, qui lui accorde un congé illimité à la faveur duquel il regagne Paris.

Sa mère, sa femme, ses trois enfants ayant rejoint AuteuilDans une propriété située au niveau de l'actuel 4 rue Corot. Cf. Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Les Éditions de minuit, septième édition, 1963, (« A-K »), « Rue Corot », ., il est allé s’y installer avec eux, dans cette retraite, y retrouvant Nicolas de Condorcet, et d’autres amis chers. Il se lie avec Pierre Jean Georges Cabanis qui habite chez Catherine Helvétius.. Revenu à la vie civile, il s’est consacré à l’étude, étudiant d’abord Georges-Louis Leclerc de Buffon, qui ne le convainc pas, et passe de l’histoire naturelle à la chimie avec Antoine Lavoisier et Antoine-François Fourcroy, qui convenaient mieux à son esprit rigoureux, et chez lesquels il a puisé sa méthode d’analyse. Il est ensuite passé à l’étude de John Locke et de Étienne Bonnot de Condillac, qui ont été ses inspirateurs directs de l’« idéologie », nom qu'il devait donner à la philosophie réduite à l’étude des idées de l’esprit humain, refusant le terme de « psychologie », renvoyant trop explicitement à la notion d'âme.. Ce système philosophique vise avant tout à bâtir des connaissances, à fonder la formation sur le rationnel.

Incarcération à l’Abbaye et aux Carmes Pendant la Terreur, le , au matin, après une visite domiciliaire d'un détachement de l'armée révolutionnaire commandé par le général Charles-Philippe Ronsin, qui ne découvre que des notes de philosophie et de science, il est arrêté comme suspect et conduit à Paris et enfermé pendant six semaines au réfectoire de la prison de l'Abbaye, avec trois cents prisonniers. Il y a fait, néanmoins, la connaissance du haut fonctionnaire Jean-Baptiste-Moïse Jollivet, futur fondateur du système hypothécaire, alors calculé sur le cadastre de la France. Transféré à la prison des Carmes, enfermé dans la même cellule que Jollivet, le travail les a aidés à supporter la captivité : après avoir lu tout Condillac, qui l'a mené à Locke, il est parti de la philosophie sensualiste pour conclure que tout s'accomplit à la suite des impressions produites sur les sens. La sensation est, dès lors, la source unique de toutes les fonctions de l'entendement, le principe de toutes les facultés, qui ne sont que des sensations transformées.

Tracy a pris conscience dans toute sa cohérence de la théorie qui devait servir de base à tous ses futurs écrits, le 5 thermidor, soit six jours avant le 11 thermidor, fixé pour son procès. À la chute de Robespierre, le 9 Thermidor, il a pu recouvrer la liberté et retourner à Auteuil, en , après onze mois d’incarcération, et y achever le système qu’il avait ébauché dans sa cellule des Carmes. La sensation y constitue l'élément unique de l'intelligence, la perception, la mémoire, le jugement, la volonté, n’étant autre chose que sentir des objets, sentir des souvenirs, sentir des rapports, sentir des désirs. Sa morale, quant à elle, dérive de la volonté, la liberté n’étant que le pouvoir de réaliser ses désirs, la vertu que la sagesse de les mesurer à ses moyens, le bonheur résulterait de l’usage de la liberté réglé par les discernements de la vertu.

L’idéologue vignette|upright=0.80|Page de titre de la Première partie des Élémens d’idéologie. Ayant exposé sa doctrine à Cabanis, celui-ci l’a fait entrer, comme membre libre, à la section de l’analyse des idées, dans la classe des sciences morales et politiques de l’Institut national fondé en 1795 par la Convention.. C’est au cours de la lecture de sept mémoires sur l’analyse de l’entendement humain, qu’il y a donnée, que le terme d’« idéologie », a été prononcé, pour la première fois.. L’un d’entre eux, les Mémoires sur la faculté de penser, lu le , définit rigoureusement le mot « idéologie », signifiant « science des idées ».. Il a répondu à la question « Quels sont les moyens de fonder la morale chez un peuple ? » mise au concours par la classe des sciences morales et politiques de l'Institut, en l'an V, avec Quels sont les moyens de fonder la morale chez un peuple, qui a fait l'objet de trois livraisons dans le Mercure de France en date des 10, 20 et .. Ces mémoires, imprimés dans le recueil de l’Académie, ont eu un très grand retentissement. C’est la seconde forme que Tracy a donnée à ses pensées, écrites d’abord dans des lettres confidentielles restées entre les mains de sa famille, et qui devaient recevoir un peu plus tard, dans des traités spéciaux, le caractère définitif de la théorie.

Au début de 1798, le général Caffarelli du Falga lui a proposé, au nom de Napoléon, de faire partie, avec son grade de maréchal-de-camp, de l’expédition d’Égypte. Après deux jours de réflexion, il a refusé de reprendre la carrière des armes. Élu membre et secrétaire du comité de l’instruction publique, il a participé à la réorganisation de l’enseignement national en France et publié, à cette occasion, des Observations sur le système actuel d'instruction publique, en 1800..

Après le coup d'État du 18 Brumaire, auquel ses amis de la Société d'Auteuil, dont l’abbé Sieyès était alors l’animateur, avaient considérablement contribué, il a été nommé l’un des trente premiers sénateurs.. Chef des « idéologues » méprisés par , qui en a tout de même fait un comte d'Empire, le , il a soutenu avec fermeté ses opinions au sein du Sénat conservateur.

En 1801, il a publié, son célèbre traité d’Idéologie qui contenait sa doctrine sur les caractères, le nombre, les opérations des facultés de l’entendement, la nature des idées, la puissance des habitudes, la valeur et l’action des signes. Un an après, le , sa fille Émilie a épousé le fils du général Lafayette.. Toujours établi à Auteuil, c’était l’un des membres les plus assidus et les plus remarqués de la société d’Auteuil, qui s’est illustrée par son opposition philosophique au pouvoir de Napoléon. Courroucé par l’indépendance intellectuelle de cette petite association, ce dernier, après avoir dédaigneusement traité ses derniers opposants d’« idéologues », a supprimé, en 1803, la classe des sciences morales et politiques dont presque tous faisaient partie., sans pour autant empêcher la société d’Auteuil de subsister et de continuer à penser librement. Rayé de l’Institut, mais membre inamovible du Sénat, Tracy a poursuivi le cours de ses travaux tout en continuant de voter selon ses idées.

En 1803, l’application de sa doctrine à l’expression des idées et à leur déduction, a donné lieu à une Grammaire générale et sa Logique (1805), dans lesquels il a montré la théorie philosophique du langage et développé les règles du raisonnement. Dans son Traité de la volonté, qui est en même temps un traité d’économie politique, il apprécie la valeur du travail, la théorie des monnaies, la nature et l’influence de l’impôt, et il expose rigoureusement toutes les vérités fondamentales de la science de la richesse. Ces livres, publiés coup sur coup, ont augmenté la réputation déjà avancée de leur auteur.

Opposition à l'esclavage Il s'engage contre le rétablissement de l'esclavage par Napoléon Bonaparte après son coup d'État de 1799, quand "La démence coloniale sous Napoléon", par Yves Benot en 1992, aux Editions La Découverte, compte-rendu de lecture par l'historien Marcel Dorigny dans la revue scientifique des Annales historiques de la Révolution française en 1993 du nouveau régime , à une opinion publique souvent hostile, selon les rapports de police, via de nombreux articles de presse, brochures et gros ouvrages souhaitant rejeter l'apport des Lumières, les « races » humaines, des « êtres supérieurs » à « civiliser » les autres hommes, selon les analyses détaillées des publications de l'époque réunies par l'historien Yves Benot dans un livre de 1992"La démence coloniale sous Napoléon", par Yves Benot en 1992, aux Editions La Découverte. Au même moment se manifeste la persistance de « pôles de résistance » à la censure, émanant d'anti-esclavagistes, pas seulement les plus connus comme l'abbé Henri Grégoire mais aussi d'autres libéraux plus modérés incluant aussi Amaury Duval, Pierre-Louis Ginguené, Jean-Baptiste Say, Joseph-Marie de Gérando et Dominique Dufour de Pradt.

Le Commentaire sur l'Esprit des lois de Montesquieu vignette|redresse=0.8|Commentaire sur l'Esprit des lois de Montesquieu.