thumb|right|"Point de vue du Gras par une fenêtre" de Joseph Nicéphore Niépce, première photo connue de paysage (1826).

La photographie de paysage est un genre photographique dans lequel la représentation d’un espace naturel urbain ou rural, habité ou non, constitue le motif essentiel. Le premier à s’y intéresser est Hermann Krone (1827-1916) avec ses photos de la Suisse saxonne; suit au siècle suivant Ansel Adams (1902-1984) connu principalement pour ses photos de l’Ouest des États-Unis. Ce genre photographique se développe rapidement à partir de la décennie 1970 se subdivisant en diverses sous-catégories selon les objectifs poursuivis par les photographes ou ceux qui les emploient : documentaire, commercial, artistique, environnemental, touristique. Réservée dans ses débuts aux photographes professionnels en raison du cout et du volume de l’équipement nécessaire, elle gagne en popularité avec l’avènement des caméras pouvant être tenues à la main et des rouleaux de films remplaçant les plaques de verre. L’avènement de la photographie numérique la met à la portée de chacun et sert maintenant non seulement à rêver à des destinations souvent inatteignables, mais aussi à conserver le souvenir des endroits visités.

Définition

La photographie de paysage est une catégorie très englobante puisque, si elle s’appuie essentiellement sur la prédominance de la nature dans une photographie et peut consister uniquement en la représentation de paysages et de leurs formes, de cours d’eau, d’évènements atmosphériques ou de lumière naturelle, de plantes ou d’animaux, peuvent aussi s’y ajouter des éléments humains, voire les conséquences de l’activité humaine sur la nature.

Historique

thumb|left|"Monolithe, une des faces du dôme" Photographie de Ansel Adams (1927).

Les pionniers de la photographie de paysage furent sans doute Hermann KronePhotographe allemand (1827-1916) célèbre pour ses photographies de la Suisse saxonne. au et Ansel AdamsPhotographe américain (1902-1984) connu principalement pour ses photographies en noir et blanc de la Sierra Nevada et du parc national de Yosemite. au qui firent de la nature non altérée par l’homme le point central de leur œuvre photographique. Leur but était de donner une image aussi « réaliste » que possible d’une nature vierge et non altérée par l’homme.

Les premiers photographes de paysage tentaient ainsi de communiquer l’esprit et l’atmosphère d’un lieu, afin que l’observateur se sente partie de la scène comme s’il y était physiquement présent. Depuis, la photographie de paysage s’est diversifiée et a pris différentes directions. Une influence déterminante dans cette transformation fut celle de l’exposition New Topographics des années 1970. Tenue en 1975 à la George Eastman House de Rochester elle constitua un tournant dans la représentation des paysages urbains contemporains. Huit jeunes photographes américains y étaient représentés, Robert Adams, Lewis Baltz, Joe Deal, Frank Gohlke, Nicholas Nixon, John Schott, Stephen Shore, et Henry Wessel Jr, ainsi que deux photographes allemands, Bernd et Hilla Becher. À la différence de leurs prédécesseurs, ces photographes se détournaient du cadre naturel pour rejoindre le mouvement sociologique et documentaire, présentant une image non édulcorée de paysages industriels et urbains tout en illustrant les effets de la croissance rapide des villes américaines.

Dix ans plus tard, Lewis Baltz et Frank Gohlke, deux des photographes ayant participé à cette exposition feront partie de la Mission photographique de la DATAR. Conçu au départ comme un projet d’une année en 1983 et visant à « photographier la France » dans une perspective documentaire, le projet prit de l’ampleur et ce sont finalement vingt-huit photographes, français et étrangers, qui parcourront la France pour constituer un fonds de dont les planches contacts regroupent quelque prises de vues.

La photographie de paysage rejoignait ainsi la photographie documentaire, mais en mettant l’accent sur l’esthétique et la beauté des lieux photographiés. Ainsi les photographes canadiens Hans-Ludwig Blohm (1927-2021) et Richard Harrington (1911 - 2005) sont principalement connus pour leurs photographies du Grand Nord canadien et de l’Alaska où ils documentèrent le mode de vie des Inuits. Mais alors que ceux-ci montrent par leurs images l’adaptation du mode de vie de l’homme à une nature grandiose mais difficile, la photographe autrichienne Margherita Spiluttini (1947-2023) s’intéressant particulièrement à l’architecture se concentre à la même époque en Europe sur les paysages alpins d’Autriche et de Suisse. Ses photographies incorporent des images de ponts, de tunnels, de stations thermiques, de réservoirs et de mines, donnant à voir les conséquences de l’intervention de l’homme sur son habitat naturel.

Grâce à ces images évocatrices, la photographie de paysage devint au un puissant moteur d’une industrie touristique en pleine expansion. Des pays comme l’Écosse, le Canada, l’Islande la Nouvelle-Zélande ou les pays de la région alpine en Europe comptent sur ce genre photographique pour promouvoir la beauté de leurs sites, offrant même des cours de photographie ou des circuits touristiques consacrés à la photographie de paysageVoir par exemple : Lorraine Monk, Gail Vanstone et Hans Blohm. Canada with love = Canada avec amour. Toronto, McClelland and Stewart, 1982, .

Alors que la plupart des photographes de paysage traditionnels cherchaient à présenter une image aussi « réaliste » ou « exacte » de ce qu’ils voient, certains photographes contemporains comme le fino-hongrois Miklos Gaál (1974 - ) prennent certaines libertés avec la réalité. Ce dernier, par exemple, jouant avec la longueur focale et la profondeur de champ réussit à modifier la distance séparant l’objectif du sujet et à donner à des scènes de vie quotidienne la dimension de mondes miniaturisés. On peut y voir un retour aux idées circulant à la fin du et au début du ainsi qu’à une tentative de libérer la photographie des contraintes imposées par une exacte reproduction de la réalité. Si la nature continue à jouer le principal rôle dans la composition de la photo, le photographe réussit souvent à souligner l’opposition entre l’homme et son environnement. Ce que résumait le photographe Michael Light de la façon suivante : .

Les sous-catégories

thumb|right|Fous de Bassan de l’Helgoland à leur nid. Photo appartenant à la fois au sous-genre « milieu naturel » et « environnement ».

Si la photographie de paysage rejoint par certains aspects d’autres genres photographiques (photographie documentaire, photojournalisme, photographie d’architecture, etc.), celle-ci peut elle-même se subdiviser en plusieurs sous-catégories non nécessairement exclusives.

Photographie des milieux naturels :

Cette sous-catégorie englobe elle-même un grand nombre de champs d’activité. Elle se caractérise par le fait que la photographie est prise à l’extérieur et a pour sujet des éléments de la nature, tels les paysages, la faune et la flore que ce soit à leur taille réelle ou en gros-plans (macrophotographie). Peuvent s’y ajouter des phénomènes atmosphériques comme des nuages, des éclairs, de la pluie, des aurores boréales ou des tempêtes. L’objectif du photographe peut être documentaire, scientifique ou artistique.

Plusieurs revues spécialisées y sont consacrées : National Geographic Magazine, National Wildlife Magazine ou le Outdoor Photographer. Parmi les photographes les mieux connus qui ont pratiqué ce genre on peut citer Ansel Adams, Eliot Porter, Frans Lanting, Galen Rowell, et Art Wolfe.

Photographie environnementale :

La photographie environnementale se sert de photos de paysages, de plantes ou d’animaux pour éveiller chez l’observateur le désir d’en protéger l’existence, spécialement face aux dangers auxquels la nature est confrontée. Le photographe Joel Sartore explique ainsi la différence entre photographie des milieux naturels et photographie environnementale : « La photographie de milieux naturels montre un papillon sur une jolie fleur; la photo environnementale montrera le même papillon et la même fleur mais avec, en arrière-plan, un bulldozer qui les menaceCité par Natasha Little dans « What makes a good conservation photograph » Blogue de la Société royale de biologie en date du 13 avril 2016.. La photographie environnementale illustre ainsi les conséquences de l’activité humaine sur l’environnement. Nombre d’articles parus dans les magazines mentionnés ci-haut s’y rattachent. Parmi les photographes les plus engagés dans cette sous-catégorie mentionnons les prédécesseurs Carleton Watkins (1829–1916) et William Henry Jackson (1843–1942) aux États-Unis, Ansel Adams, William Anders et sa célèbre photo de la terre photographiée de la lune, et plus près de nous Cristina Mittermeier fondatrice de la International League of Conservation Photographers (ILCP), Richard Harrington (Canada), Peter Dombrovskis (Australie), Xi Zhinong (Chine) et Carlton Ward (États-Unis).

Photographie de voyage :

La photographie de voyage peut avoir de nombreux objectifs : documentaire, ethnographique, touristiques, etc. Son but premier est de permettre à l’observateur de découvrir de nouveaux paysages, de nouveaux peuples et de nouvelles civilisations.

Ses origines remontent aux années 1830–1860 alors que des photographes comme George Bridges (1788–1863), Solomon Nunes Cavalho (1815–1897), Maxime du Camp (1822–1894), parcourent l’Europe pour photographier lieux, personnes et monuments qu’ils présenteront à leur retour lors de conférences devant différents auditoires. Elle est à la fois didactique et récréative. Son expansion et sa commercialisation date de la fin du alors que se développent le tourisme, l’exploration coloniale et l’utilisation de l’image dans l’édition de livres. Avec le tournant du siècle, les développements technologiques et sociaux transformèrent la photographie de voyage en la mettant à la portée d’un nombre toujours croissant de personnes. L’introduction de la caméra à main par la firme Kodak en 1888, l’arrivée des rouleaux de films se substituant aux anciennes plaques de verre, des émulsions plus rapides et des couleurs plus réalistes permettent alors aux voyageurs toujours plus nombreux de rapporter des souvenirs de leurs voyages. De nos jours, l’avènement de la photo numérique et du téléphone à caméra incorporée devait rendre la photographie touristique à la portée de tous de telle sorte que si les photographes professionnels continuent à produire livres et tirages de haute qualité, le nombre croissant de photographes amateurs a transformé la photographie de voyage. Plutôt que de faire rêver à des paysages exotiques souvent inatteignables, elle est devenue un outil de conservation de souvenirs de voyage réellement effectués et souvent téléchargés sur des sites spécialisésVoir par exemple.

Photographie d’architecture :

thumb|left|Photographie d’architecture : Maison de l’opéra, Copenhague, 2018

Cette sous-catégorie se caractérise par l’attention portée à la représentation d’édifices ou de structures architecturales qui sont esthétiquement plaisantes tout en demeurant une représentation fidèle du modèle. En fonction de cette définition, la photo « Point de vue du Gras par une fenêtre » de Nicéphore Niépce en 1826 représentant des édifices peut appartenir à cette sous-catégorie. À la même période, en Angleterre, William Henry Fox Talbot en plus d’inventer divers procédés photographiques, les met en application dans ses photographies architecturales, comme sa célèbre « Fenêtre à carreaux de Lacock Abbey » prise en 1835.