L'invasion mongole des principautés russes, qui précède l'invasion mongole de l'Europe, est une expédition militaire organisée par l'Empire mongol durant le . Elle entraîne la destruction de nombreuses cités, dont Riazan, Kolomna, Moscou, Vladimir et Kiev. Elle s'explique par le soutien puis le refuge qu'ont offert les princes russes aux Coumans (aussi appelés Kipchak), qui refusaient la soumissions aux Mongols, alors que ces derniers voulaient unifier sous leur contrôle tous les peuples nomades de la steppe.

Cette invasion est marquée par la bataille de la Kalka, qui a lieu au mois de . Elle oppose une avant-garde de la cavalerie de l'Empire mongol, commandée par Djebé et Subötaï, à une coalition rassemblant les princes Rus' de Galicie-Volhynie, de Kiev, de Tchernikov et de Smolensk, qui ont été appelés au secours par le khan des Coumans. Les Mongols se retirent après leur victoire et reviennent à partir de 1237 sous les ordres de Batu Khan, qui lance la véritable conquête des territoires de la Rus'. Cette conquête s’achève en 1241, à la suite de la mort d'Ögedei Khan qui oblige Batu à rentrer en Mongolie pour participer à la succession du défunt et à l'élection du nouveau Khan. Malgré cela, toutes les principautés de la Rus' sont forcées de se soumettre aux Mongols et de subir une vassalisation théorique de la Horde d'or, jusqu'en 1480.

Cette invasion est facilitée par le début de l'éclatement de la Rus' de Kiev au et a des répercussions sur l'histoire de l’Europe de l'Est qui sont encore visibles aujourd'hui. C'est depuis cette période que les Slaves orientaux sont divisés entre trois nations, qui correspondent à l'heure actuelle à la Russie, la Biélorussie et à l'UkraineBoris Rybakov, Киевская Русь и русские княжества XII-XIII вв. (Kievan Rus' and Russian Princedoms in 12th and 13th Centuries), Moscow: Nauka, 1993. . et c'est grâce à la destruction totale de la Rus' que la grande-principauté de Moscou a pu prendre son essor.

Campagne de l'Ouest

Contexte Alors que la Rus' de Kiev se fragmente lentement en une multitude de principautés depuis la mort d'Iaroslav le Sage, elle doit faire face à l’irruption inattendue d’un puissant ennemi venant des régions lointaines de l’Extrême-Orient. Un chroniqueur de la Rus' témoin de l'invasion résume ainsi ce que l'on sait alors de ces mystérieux agresseurs :

Dans les steppes occupées par les Coumans, l'Empire mongol exécute une vaste campagne visant à traquer les Merkits en fuite depuis l'Asie Centrale. Cette première campagne occidentale, menée par Djotchi avec l'appui de Subötaï, s'enfonce vers l'ouest à la tête de 50.000 hommes et assujetissent les populations de la région de la Volga et de l'Oural. Durant l'hiver 1220-1221, une armée remonte depuis l'Iran à la suite de l'invasion mongole de l'Empire khwarezmien et commence l'invasion mongole en Géorgie. Les survivants Coumans remontent vers les terres slaves au nord et chez les Seldjoukides au sud. Bataille de Kalka Les princes de la Rus' entendent parler pour la première fois des guerriers mongols par le peuple nomade des Coumans venu se réfugier. Jusque-là, les relations avec ceux-ci étaient pacifiques, et des alliances avaient pu exister avec eux. Sans pouvoir centralisé, Köten, l'un des chefs locaux, demande l'aide des russes pour faire face aux mongols. Avec le démembrement de la Rus' de Kiev en cours, les querelles entre les différentes principautés provoquent deux camps : les princes des terres du sud et les princes des terres du Nord. Mstislav III Boris de Kiev décide de se ranger aux côtés des Coumans et reçoit le soutien des princes de Tchernigov, de Smolensk et de Volhynie. À l'inverse, les princes du nord, comme le kniaz de Vladimir-Souzdal, refuse de rejoindre cette alliance, bien qu'un contingenté mené par un neveu y est finalement envoyé tardivement.

En mai 1223, 80.000 hommes (dont 15.000 bien équipés) russes et coumans se rejoignent. Les Mongols avaient quant à eux envoyé des délégation dans le but d'exiger la soumission des différents kniaz russes, mais ceux-ci exécutent les émissaires. Cet acte justifie la déclaration de guerre selon le code de loi mongol. À la mi-mai, un détachement russe franchit le Dniepr afin d'attaquer un avant-poste mongol. Le commandement, peut-être Djebé lui-même, est capturé et exécuté. La bataille décisive se produit le 31 mai 1223 lors de la bataille de la rivière Kalka au nord de la Mer d'Azov. Les russes subissent de très lourdes pertes dont de nombreux officiers et princes. La mort du kniaz de Kiev renforce davantage le démembrement de la Rus' de Kiev et l'autonomie des principautés russes épargnées.

Même si cette défaite laisse les principautés de la Rus' de Kiev à la merci des envahisseurs, les forces mongoles se retirent et disparaissent pendant treize ans. Les princes coumans, refusant la soumission, se réfugient chez leurs alliés russes. C'est ce fait, en plus de leur soutien en 1223, qui fait des Russes les ennemis potentiels des Mongols, même s'ils ne le savent pas encore. Pendant ce temps, les princes de la Rus' de Kiev recommencent à se quereller et à se combattre comme si de rien n'était, jusqu'à ce qu’ils soient surpris par une nouvelle force d’invasion, beaucoup plus redoutable que l'avant-garde qui les a vaincus à Kalka. Dans l’Histoire secrète des Mongols, il n'existe qu'un seul passage faisant référence à cette bataille :

Fin de la campagne de l'ouest Après cette bataille, les troupes mongoles bifurquent vers le nord-est afin de soumettre tout d'abord les bulgares de la Volga. Ceux-ci parviennent toutefois à anticiper la bataille et établissent une stratégie de défense parvenant à mettre en échec les mongols. En effet, l'échec russe et couman avait démontré l'efficacité des Mongols à employer des armes de siège sur les champs de bataille. Les engagements directs sont dès lors éviter afin de favoriser une tactique de harcèlement ne permettant pas à la cavalerie mongole de se déployer. Subotei, à la tête d'une armée épuisée, décide d'abandonner cette opération. À l'automne 1223, la campagne de l'Ouest ayant pour objectif de conquérir et soumettre les Coumans s'achève et les armées retournent en Mongolie.

Les sources mongoles tendent à ériger cette campagne comme étant une succession de victoires afin de valoriser les personnages qui l'ont dirigée. Cependant, l'analyse fine des autres sources démontrent au contraire une campagne particulièrement difficile de trois ans qui est marquée par de fortes résistances locales et de lourdes pertes. Les redditions obtenues sont de court terme puisqu'aucun ennemi vaincu n'accepte de payer le tribut les années qui suivent le départ des armées mongoles. Le commerce, les activités et les organisations reprirent dès 1224 dans les territoires envahis par les mongols, sans être soumis à l'empire mongol.

Seconde campagne mongole

Après l'intronisation d'Ögedeï, un chef local couman, , parvient à fédérer une nouvelle armée composée d'Alains, de Russes, de Bulgares, de Bachkirs ainsi que d'autres peuples hostiles aux mongols. Une nouvelle vaste campagne est ordonnée après le qurultay de 1235 avec Subötaï, Möngke et Batu à sa tête. Les troupes mongoles traversent la Volga en 1236 et, après avoir réprimés les coumans, se dirigent vers les principautés russes. L'expérience de Subotai, lors de la précédente campagne, est mobilisée pour diriger les troupes de choc contre le khanat bulgare de la Volga. Il dispose d'une plus grande armée que précédemment et parvient à avancer sur plusieurs villes bulgares, dont la capitale. Les populations cherchent refuges dans les villages russes et ceux qui se soumettent doivent rapidement travailler pour le compte des mongols.

De son côté, Batu concentre les opérations de l'armée sud et se lancent à l'attaque des principautés russes. En , il envoie des émissaires à la cour de Iouri II de Vladimir pour lui demander sa soumission. Un mois plus tard, les Mongols assiègent Riazan. Après six jours de combats sanglants, la ville est totalement anéantie. Alarmé par les nouvelles, Iouri II envoie ses fils pour combattre les envahisseurs mais ils sont vaincus en février à Kolomna. Après avoir incendié Kolomna et Moscou, les Mongols assiègent Vladimir le . Trois jours plus tard, la capitale de la Principauté de Vladimir-Souzdal est prise, incendiée et rasée jusqu'aux fondations. La famille royale périt dans l'incendie, tandis que Iouri II part vers le nord. Après avoir traversé la Volga, il rassemble une nouvelle armée, qui est totalement anéantie par les Mongols le , lors de la .

Batu divise ensuite son armée en unités plus petites, qui pillent quatorze villes située dans l'actuelle Russie : Rostov, Ouglitch, Iaroslavl, Kostroma, Kachine, Ksnyatin, Gorodets, Galich, Pereslavl-Zalesski, Iouriev-Polsky, Dmitrov, Volokolamsk, Tver et Torjok. Des engins de siège chinois sont utilisés par les Mongols de Tolui pour détruire les murs des villes russes(the University of Michigan)C'est durant cette invasion que prend place la légende de la cité engloutie de Kitej, miraculeusement submergée dans un lac avec tous ses habitants pour échapper aux mongols. La cité la plus difficile à prendre est la petite ville de Kozelsk, dont le jeune prince Vasily, fils de Titus et les habitants résistent aux Mongols pendant sept semaines et en tuent . Les seules villes importantes qui échappent à la destruction sont Novgorod et Pskov. En effet, alors que les Mongols marchent sur Novgorod, ils font demi-tour de manière inattendue pour se rendre à un endroit nommé Ignach Cross, dont l'emplacement exact est inconnu. Ces destructions à grande échelle provoquent un afflux de réfugiés quittant le sud de la Russie pour se rendre principalement dans le nord-est du pays, dans des régions boisées dont les sols sont pauvres et situées entre la haute Volga et l'Oka.

Mi-1238, Batu dévaste la Crimée et a pacifie la Mordovie ; puis, au cours de l'hiver 1239, il pille les villes de Tchernihiv et Pereiaslav. Après plusieurs jours de siège, les troupes mongoles prennent d'assaut Kiev en . Malgré la résistance de Danylo de Halych, Batu réussit à prendre deux de ses principales villes, Halytch et Volodymyr-Volynskyi. Les Mongols sont résolus à , là où ils ne peuvent pas aller plus loin et, peu de temps après, envahissent la Hongrie et la Pologne pour continuer vers l'ouest.

Les historiens estiment que 50.000 guerriers participent à cette seconde campagne du côté mongol tandis que l'ensemble des principautés russes comptent un million d'habitants et une force de 100.000 guerriers. Afin de remporter les batailles, les Mongols se sont appuyés sur la reproduction d'une même tactique visant à cibler les petits villages périphériques pour contribuer à leur propre approvisionnement et réduire celui des ennemis. La résistance russe reste très importante et certaines villes résistent plusieurs années. Enfin, la complexité du terrain force les mongols à changer de cible à la fin de leur campagne et se diriger vers la Pologne à partir de 1241.

Le règne des « Tatar »