Marthe Ekemeyong Moumié, née le à Ebom Essawo (Efoulan), en pays boulou, et morte assassinée à son domicile à Ebolowa, au Cameroun, le , à l'âge de 77 ans, est une écrivaine et militante camerounaise. Elle est l'épouse de l'homme politique camerounais Félix-Roland Moumié.
Biographie Enfance Marthe Ekemeyong est née le à Ebom Essawo, au Cameroun, en pays boulou. Ekemeyong signifie : . Elle fait le cours élémentaire première année à Bibia avec Pierre Semengue.
Parcours
Rencontre avec Félix Moumié Elle rencontre Félix Moumié, jeune médecin sorti de l'École normale William-Ponty de Dakar, à Lolodorf, et l'épouse le . De cette union naissent deux filles : Annie Jecky Berthe et Hélène Jeanne.
Membre de l'UPC Elle est également membre de l'Union des populations du Cameroun (UPC), à laquelle elle adhère le même jour que son mari. Elle est dirigeante de l'Union démocratique des femmes camerounaises (UDEFEC), qu'elle cofonde en 1952 avec Marie-Irène Ngapeth Biyong, Gertuge Omog et Emma Mbem. Elle subit les tribulations des militants de l'UPC à partir de 1955, jusqu'à la dissolution de celle-ci par le gouvernement français.
Exil et assassinat de son mari Le couple Moumié s'installe en Guinée, où il trouve refuge. Marthe Moumié échappe elle-même à plusieurs tentatives d'assassinat.
Dans sa lutte, Marthe Moumié bénéficie du soutien de chefs d'État tels que Nasser, Kwame Nkrumah, Ahmed Ben Bella, Sékou Touré, Hô Chi Minh et Mao Zedong.
En 1960, en Suisse, Félix Moumié entre en contact avec des diplomates de la république populaire de Chine, achète des armes et fait imprimer des brochures. Il mène alors un train de vie dispendieux, révélé par les archives, et accorde sa confiance sans grande méfiance. L'espion du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, William Bechtel, est envoyé à Genève pour assassiner Félix Moumié, sur ordre du Premier ministre français Michel Debré, conseillé par Jacques Foccart. Empoisonné au cours d'un repas au restaurant avec Bechtel, Moumié meurt le à l'hôpital cantonal de Genève, au terme d'une longue agonie de deux semaines. L'autopsie du corps, ordonnée par la justice helvétique, révèle du thallium dans le sang de la victime. Les autorités françaises et camerounaises font circuler les hypothèses d'un règlement de comptes interne à l'UPC ou d'un assassinat par les Russes.
vignette|297x297px|gauche|De gauche à droite, au premier plan : Ossendé Afana, Abel Kingué, Ruben Um Nyobè, Félix-Roland Moumié et Ernest Ouandié.
Après l'assassinat de Moumié Après l'assassinat de son mari en 1960 à Genève, Marthe Moumié tente de reconstruire sa vie. Peu après la mort de Félix Moumié, elle se rend en Suisse pour récupérer le corps de son conjoint. Elle l'enterre en Guinée.
Elle rencontre un militant nationaliste équatoguinéen, Athanasio Ndong, qui lutte contre les colons espagnols dans son pays. Athanasio est à son tour assassiné en 1969 alors qu'il est à la tête d'un parti politique en Guinée. Elle est arrêtée, battue et torturée. Elle demande à être exilée en Guinée-Conakry, où repose le corps de son premier mari, mais les autorités équatoguinéennes la renvoient au Cameroun, où elle est à nouveau emprisonnée à la Brigade mixte mobile et maltraitée.
Marthe Moumié est libérée le , après cinq ans de prison.
Famille Le , Marthe Ekemeyong épouse Félix Moumié. Ils ont deux filles : Annie Jecky Berthe Moumié, née à Bibia (Lolodorf) le et décédée le , 18 mois après sa naissance, apparemment à la suite d'un accès palustre, et Hélène Jeanne Moumié, dite Mekoué, née début à Enongal. Elle épouse en secondes noces Athanasio Ndong, qui est lui aussi assassiné.
Le , elle vient se recueillir sur la tombe de Félix Moumié au cimetière de Conakry et constate que le cercueil et la dépouille ont été enlevés.
Assassinat Le , après une vie de privations qui commence au Cameroun et s'achève au Cameroun, en passant par le Soudan, la Chine, la Guinée-Conakry et la Guinée équatoriale, elle est retrouvée morte, étranglée, à son domicile à Ebolowa, au Cameroun, à l'âge de 77 ans. Retrouvé, l'auteur du crime avoue un mobile financier.
Œuvres À 75 ans, Marthe Moumié publie le livre-témoignage Victime du colonialisme français : Mon mari Félix Moumié. L'ouvrage est préfacé par Ahmed Ben Bella, premier président de l'Algérie. Marthe Moumié y raconte comment, après la mort de son mari, elle a été torturée dans les geôles de la Guinée équatoriale voisine, puis du Cameroun, son pays, pendant plus de cinq ans. Elle témoigne dans le film Mort à Genève / L'Assassinat de Félix Moumié (Frank Garbely, 2005, 52 min, Suisse), un documentaire qui retrace les derniers jours de son défunt mari jusqu'à son empoisonnement au thallium par les services secrets français, selon plusieurs sources. Dans Victime du colonialisme français, elle raconte comment elle a été torturée en Guinée équatoriale puis au Cameroun pendant près de cinq ans. Elle avait entrepris de créer une Fondation Félix Roland Moumié.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
, bande dessinée sur Marthe Moumié publiée dans la revue française La Déferlante, mai 2025.
Articles connexes Félix-Roland Moumié Ruben Um Nyobè Ernest Ouandié Osendé Afana Union des populations du Cameroun Émilie Ngo-Toum
Liens externes
Site de la Fondation Moumié Documentaire sur l'assassinat de Félix Moumié
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