, dit « le Bien-Aimé » et parfois, de manière posthume depuis le , « le Fou » ou « le Fol »Françoise Autrand, Claude Gauvard, Jean-Marie Moeglin, Saint-Denis et la royauté : études offertes à Bernard Guénée, , Publications de la Sorbonne, 1999, 13., né à Paris le et mort dans la même ville le , est roi de France de 1380 jusqu'à sa mort. Fils du roi et de la reine Jeanne de Bourbon, il est le quatrième roi de la branche de Valois de la dynastie capétienne.
Il monte sur le trône à l'âge de douze ans, alors que son père laisse derrière lui une situation militaire favorable, marquée par la reconquête de la plupart des possessions anglaises en France. D'abord placé sous la régence de ses oncles, les ducs de Bourgogne, d'Anjou, de Berry et de Bourbon, il décide en 1388, âgé de , de s'émanciper.
En 1392, alors qu'il conduit une expédition militaire contre le duché de Bretagne, le roi est victime d'une première crise de démence, au cours de laquelle il attaque ses hommes en la forêt du Mans. Quelques mois plus tard, à la suite du Bal des ardents où il manque de mourir brûlé, Charles est de nouveau placé sous la régence de ses oncles, le duc Jean de Berry et surtout le duc de Bourgogne Philippe le Hardi.
Dès lors, et jusqu'à sa mort, le roi alterne périodes de folie et de lucidité. Le pouvoir est détenu par ses influents oncles mais aussi par son épouse, la reine Isabeau de Bavière. Son frère cadet, Louis d'Orléans, aspire également à la régence et voit croître son influence. L'inimitié entre ce dernier et Jean sans Peur, successeur de Philippe le Hardi, plonge le royaume dans une guerre civile au cours de laquelle le roi se retrouve successivement contrôlé par l'un ou l'autre des deux partis.
En 1420, après de nouveaux succès anglais et l'assassinat du duc de Bourgogne, alors que les Bourguignons règnent en maître à Paris et s'allient aux Anglais, signe avec ces derniers le traité de Troyes, par lequel il déshérite son fils, le futur , et marie sa fille au roi d'Angleterre , qui devient son successeur.
Sa mort, en 1422 à l'âge de , quelques mois après le roi d'Angleterre , ravive la guerre de Cent Ans.
Naissance et famille Charles est né à Paris le dans la résidence royale de l'hôtel Saint-Pol. Il est l'aîné des fils du roi de France et de son épouse, la reine consort Jeanne de Bourbon, né après trois filles, prédécédées. En tant qu'héritier du trône de France, Charles fut titré automatiquement Dauphin de France.
Avènement et régence
vignette|gauche| en costume de sacre.BnF, département des manuscrits, ms. Français 2705, C. Il succède à son père et est sacré roi de France le , dans la cathédrale de Reims. Pendant la minorité du jeune roi, ses oncles Jean de Berry et assurent la régence du royaume avec Jehan Pastoret en tant qu'avocat royal et président du Parlement de Paris. Le , dans la cathédrale Notre-Dame d'Amiens, Charles est marié à Isabeau de Bavière, âgée d'une quinzaine d'années, fille d’, duc de Bavière-Ingolstadt, et de Thadea Visconti.
Premières révoltes vignette|Donation de l’hôtel de Nesle par à son frère Louis, duc de Touraine et comte de Valois, le ou le (Archives nationales ; voir transcription sur Wikisource).
Sa minorité est troublée par les querelles des ducs d'Anjou, de Bourgogne, de Berry et de Bourbon, ses oncles, qui se disputent le pouvoir et s'enrichissent sur le dos de la population accablée par le rétablissement d'anciens impôts en janvier 1382. Au mois de février suivant, la ville de Rouen se révolte, les troubles atteignent Paris ; le , des révoltés, connus sous le nom de Maillotins, pillent la capitale et tuent les collecteurs d'impôts avec des maillets de fer. Une répression terrible va s'abattre sur les émeutiers dont les meneurs sont décapités ou pendus sans autre forme de procès.
Le , prend part à la bataille de Roosebecke, où bat les Flamands révoltés.
Gouvernement des oncles
La régence des oncles vignette|Les oncles font couronner rapidement de manière à prendre le pouvoir au détriment des conseillers de .Jean Fouquet, Les Grandes Chroniques de France, vers 1455-1460.
La politique des apanages a été imaginée comme une décentralisation pour améliorer la gestion des provinces éloignées de la capitale. Ces dernières sont possédées par des familles proches du roi et reviennent à la couronne en l'absence d'héritier mâle, ce qui évite d'en perdre le contrôle après un mariage. Les princes reçoivent leurs finances des impôts permanents récoltés par le roi, ce qui permet à celui-ci de les garder théoriquement sous contrôle. C'est dans cet esprit qu'en 1374 fixe la majorité des rois à quatorze ans, afin que son fils prenne le pouvoir et que l'équilibre ne se rompe. Prévoyant la possibilité que son fils ne soit pas assez âgé pour gouverner, il met en place un système pour que ses frères ne puissent accaparer le pouvoir. La reine a la garde des enfants royaux, mais elle n'a pas le gouvernement du royaume. L'aîné, le duc d'Anjou, a le gouvernement, mais pas les finances. La plus grande partie des revenus royaux est affectée aux enfants et donc à la reine. Tout mariage des enfants ne peut se faire qu'après accord d'un conseil de tutelle comprenant les frères de , son cousin et la reine. Ce conseil est assisté par des fidèles conseillers de .
Mais, à sa mort en 1380, son fils est mineur. La reine est décédée avant . Théoriquement, la régence aurait dû échoir à Louis d'Anjou et la garde des enfants à Philippe de Bourgogne. Louis se montre gourmand et, usurpant ses prérogatives, détourne le trésor royal par la force. Ses frères et cousins le poussent à faire reconnaître la majorité du roi dès le .. est sacré le : la régence n'aura duré que deux mois. Le est mis sur pied un système collégial de gouvernement. Les oncles ont la direction du Conseil pour lequel ils choisissent ensemble douze membres. Les oncles du roi évincent les conseillers de et se partagent la régence, donc les recettes fiscales, jusqu'en 1388. Dès lors, leurs principautés deviennent indépendantes de fait.. Louis, de par son degré d'aînesse, a la présidence, Philippe le Hardi est occupé par les affaires de Flandre, Jean de Berry doit gérer son immense apanage qui représente le tiers du Royaume. Louis d'Anjou garde donc les mains libres ; cependant Philippe, qui conserve la garde des enfants, a une carte à jouer importante : il peut inspirer au roi la politique à mener.
Révoltes contre les mesures fiscales vignette|gauche|Blanc dit Guénar du règne de . vignette|droite|Écu d'or à la couronne du règne de . vignette|gauche|Gros dit « florette » sous le Bien-Aimé.
La situation n'est pas facile pour les oncles du roi. Juste avant sa mort, pris de remords, avait décidé d'abolir les fouages en pays de langue d'oïl. Le peuple comprend la nécessité des impôts quand ceux-ci sont au départ justifiés par l'état de guerre en vertu d'une négociation avec les états généraux. Or, les Anglais, repoussés du royaume de France par et en proie à de graves troubles internes, ne sont pas en état de continuer le conflit. L'impôt n'a plus lieu d'être et le roi et ses oncles doivent réunir les états généraux le . La teneur exacte des débats n'est pas connue, mais, le , le conseil du roi mené par Louis d'Anjou doit publier une ordonnance abolissant tous les impôts créés depuis le Bel.. Les exactions sur les fermiers et les Juifs se multiplient, malgré une ordonnance royale et l'action de la prévôté de Paris.. Cependant, aucune paix n'a été signée avec l'Angleterre et le conseil argumente que, pour prévenir une éventuelle chevauchée anglaise, il faut que le pays verse une aide. Le pays rechigne à l'accepter et les états sont de nouveau réunis en . Ils consentent à une aide pour la guerre pendant un an à dater du , moyennant quoi de nombreuses chartes et privilèges de villes sont confirmés.. L'importance de cette aide est laissée à l'appréciation des villes et les entrées fiscales sont très en deçà du train de vie de l'État et des principautés des oncles. Les choses s'aggravent en 1382, quand Louis d'Anjou comprend les difficultés qu'il y a à gérer les affaires de France et voit l'occasion d'être roi en Italie après son adoption par aux abois. Il fait financer son expédition dans le royaume de Naples par la couronne ( sur les aides et en faisant fondre la vaisselle royale).. Le roi et son conseil n'ont d'autre issue que de rétablir l'impôt sans l'aval des états. L'ordonnance rétablit les impôts indirects le .. La levée des aides se fait sur les marchés, ce qui est propice à déclencher des émeutes par effet d'entraînement.
vignette|droite|upright=1.00|alt=alternative textuelle|Révolte des Maillotins à Paris. En quelques jours, des révoltes éclatent partout en pays d'oïl, à commencer par la Normandie. La révolte de la Harelle à Rouen débute le . Le même jour, Caen se soulève, puis Falaise, Orléans, Reims, Amiens, Laon… La révolte des Maillotins éclate à Paris le .. Les émeutiers armés de maillets de plomb s'en prennent aux fermiers généraux et quadrillent la ville. Le duc Philippe de Bourgogne mène les négociations au nom du Conseil du roi. Il accepte la remise en liberté de quatre bourgeois emprisonnés, mais les émeutiers libèrent aussi tous les autres prisonniers de droit commun ou politiques.. Les bourgeois parisiens, inquiets de ce que les Maillotins pourraient se retourner contre eux, se décident à négocier. Le mouvement commence d'ailleurs à s'essouffler car Hugues Aubriot, libéré par les émeutiers, a refusé de prendre leur tête.. On négocie l'abandon de l'impôt et une amnistie, mais, pour faire bonne figure, le roi décide de faire exécuter quarante Maillotins que ses hommes ont saisis, la ville devant implorer le pardon royal. Cependant, à la septième exécution, la rue fait pression et les derniers Maillotins sont libérés : en prend ombrage. Le lien de confiance est rompu entre les villes et le roi et ce sont les rebelles normands qui en font les frais les premiers. Philippe le Hardi organise un cérémonial appliqué une première fois à Rouen mais amené à se renouveler dans toutes les villes qui se sont rebellées. Il s'agit de réaffirmer l'autorité royale par l'entrée en grande pompe de dans une ville soumise : les meneurs sont décapités, leurs têtes exposées, les vantaux de la porte de la ville par laquelle entre le jeune roi sont abattus.… Rouen voit sa commune confisquée et ses attributions remises à un bailli. Mais, malgré ces actes de contritions, les villes continuent à rechigner à verser l'impôt.
Bataille de Roosebeke
upright=1.5|vignette|La bataille de Roosebeke(Chroniques de Froissart, milieu du ).
Dans ce contexte de révolte antifiscale généralisée, la Flandre pose un problème aigu : Louis de Male, comte de Flandre, est en butte à la révolte des tisserands gantois (révolte des Chaperons blancs) depuis 1379.
Vaincu à Bruges le par les Gantois emmenés par Philippe van Artevelde, Louis de Male doit se réfugier à Lille. Il fait alors appel à son gendre Philippe le Hardi qui, en qualité d'héritier présomptif des domaines du comte et donc de la Flandre, a tout intérêt à remettre de l'ordre dans la province. Avec l'aide de son frère Jean de Berry, il convainc facilement son neveu , qui a et rêve d'exploits militaires, de la nécessité d'une expédition en Flandre.. Les états de Bourgogne lui accordent la levée d'un subside de et la ville de Dijon lui donne un millier d'hommesP. Bérigal, L'Illustre Jacquemart de Dijon, Dijon, 1832, . D'après Bertrand Schnerb (), il s'agirait de .. Les liens économiques qui lient les Gantois aux Anglais, qui produisent la laine utilisée par les drapiers flamands, amènent van Artevelde à tenter de faire jouer l'alliance anglaise nouée par son père au début de la guerre de Cent Ans.. Mais le royaume d'Angleterre, en proie à de graves troubles intérieurs, ne lui apporte qu'un soutien symbolique.