Le domaine du Buc, situé sur les communes de Marssac-sur-Tarn et de Florentin, est un domaine familial caractéristique du département français du Tarn.
Situé à une douzaine de kilomètres d'Albi, il se singularise par les grands arbres de son vaste parc paysager, ainsi que par ses bâtiments aux allures « fin de siècle ».
Le Buc représente un bel exemple de domaine tels que pouvaient en concevoir, à la fin du , les notables du pays. Aménagé sur des bases beaucoup plus anciennes, le Buc avec son château 1900, ses communs et son pigeonnier décoré, représente un ensemble homogène, où tout était prévu pour que le propriétaire et sa famille puisse vivre avec aisance, voire luxe, dans une autarcie presque complète.
Historique
Origine C'est en 1886 que la propriété entre dans la famille Dussap, à l'occasion d'une vente aux enchères. Béatrix Dussap, veuve d'un propriétaire de Florentin, en fait alors l'acquisition. Elle s'installe au Buc peu après en 1889, après le mariage de sa fille unique Germaine, avec Jean Boé. Elle laisse ainsi à sa fille et à son gendre, l'usage de la maison ancestrale des Dussap, à Florentin.
À ce moment-là, le Buc doit être un genre de bastide, dans le style du pays, comportant une maison de maître autour de laquelle s'appuient différents bâtiments d'exploitation.
Construction du château En , Béatrix Dussap meurt, âgée de 48 ans, laissant à sa fille et à son gendre, Germaine et Jean Boé, le Domaine du Buc, soit une vingtaine d'hectares. Or ce dernier jouxte les métairies que les Dussap possèdent depuis plusieurs générations sur la commune de Florentin.
Jean Boé est issu d'une vieille famille de la bourgeoisie de Montauban, dont les parents vivaient maintenant au château de Toulonjac, près de Villefranche-de-Rouergue. En épousant Germaine Dussap, fille unique de Béatrix, Jean Boé a fait une bonne affaire. Il peut quitter son poste, modeste, de receveur de l'enregistrement à Cadalen, pour vivre en propriétaire. Et cinq ans plus tard, il se retrouve à la tête d'un domaine de près de 150 hectares avec quatre métairies, autour de la vieille bâtisse du Buc.
À partir de ce moment-là, les choses vont aller très vite. Dès 1894, Jean Boé fait travailler un architecte d'Albi, M. Tessonière à un véritable projet de restauration du château du Buc, en fait une véritable transformation avec construction d'une tour octogonale et d'un second étage, adjonction de grandes terrasses et implantation d'une toiture à forte pente en ardoise, le tout dans le plus pur style « chalet » à la mode en cette fin de siècle. Les constructions comprennent aussi des communs, un grand pigeonnier, et des serres. gauche|vignette|245x245px|Le château au début du En même temps, Jean Boé fait préparer un projet d'aménagement d'un parc, par un architecte paysagiste d'Albi, couvrant 7 à 8 hectares et inséré au milieu des prés et des terres exploitées. C'est ce projet qui sera mis en œuvre, et à la fin de l'année 1894, la famille Boé emménage enfin dans le château du Buc remis à neuf. Le temps des splendeurs commence alors au Buc, avec chevaux, voitures, bals et des visites incessantes.
Le XXe siècle Mais cette époque durera peu, dix ans peut être, après quoi Jean Boé tombe gravement malade. Ses trois filles et sa femme l'entourent du mieux qu'elles peuvent, puis il meurt en 1910 à cinquante ans, ayant mangé l'essentiel des liquidités qu'il avait obtenues par son mariage. alt=Henriette Boé, épouse Dirat|vignette|Henriette Boé, épouse Dirat Les terres néanmoins, ne sont pas entamées. Mais il faut faire le partage, on se restreint, et c'est Henriette, la plus jeune des trois sœurs, qui hérite du Buc et de la Métairie Haute, voisine. Henriette seule des trois sœurs à être encore célibataire, vit au Buc avec sa mère. Celle-ci meurt en 1926, à cinquante huit ans, et Henriette épouse peu après un avocat de Castres, André Dirat.
Le Buc devient alors une résidence d'été, puis est transformé en maisons d'hôtes de charme soigneusement conservée dans son aspect originel. Les aléas de l'entretien des bâtiments et le vieillissement des plantations ont eu finalement peu d'impact sur la « lisibilité » du Domaine où l'on peut aisément retrouver les traces de vie, les ambitions et les préoccupations d'une grande bourgeoisie terrienne, qui se pique de mener grand train, à l'image d'aristocrates d'avant la Révolution.
Architecture du château
Les évolutions successives alt=Chateau du Buc|vignette|Le château du Buc|224x224px En jetant un rapide coup d'œil sur le château, on pourrait croire que celui-ci a été construit d'un seul jet, en même temps que le parc, à la fin du . En fait, il n'en est rien.
Les parties les plus anciennes datent probablement du , et le bâtiment a été l'objet de maintes et maintes modifications, au point qu'il est difficile d'imaginer les aspects extérieurs successifs qu'il a pu avoir.
Trois documents nous permettent d'approcher les différentes étapes de la construction : Le compoix de Marssac de 1686 (Archives Départementales E2629), qui répertorie, par propriétaire, l'ensemble des bâtiments de la commune, leur destination, leur surface au sol, afin d'établir l’impôt. Le Buc, déjà un vaste ensemble, n'est pas un bien noble à Marssac, à l'exception des biens ecclésiastiques ; Le cadastre Napoléon, datant de 1808 (Mairie de Marssac). Outre le dessin et la destination des parcelles de terres, ce document comporte un relevé assez détaillé des surfaces au sol des bâtiments. Le Buc, à l'époque, est très différent de ce que nous connaîtrons plus tard. En revanche, les constructions semblent assez proches de celles décrites dans le Compoix de 1686; Le projet de restauration du château du Buc de 1894. Ce document assez précis, donne, niveau par niveau, les parties nouvellement construites. On découvre que tout le rez-de-chaussée et la moitié du n'ont pratiquement pas été modifiés.
Le Compoix de 1686 L'inventaire du Compoix de 1686 nous permet d'imaginer les différentes constructions qui s'adossent les unes aux autres. Le total de la surface construite s'élève à près de . or la surface bâtie actuellement depuis 1894, pour le château uniquement, s'élève à . Il y a donc eu depuis plutôt des démolitions que des ajouts, ce qui confirme la présence de nombreuses ouvertures murées dans les murs extérieurs actuels, ainsi que l'existence de deux caves dont l'une est effondrée, et qui ne sont pas situées sous les constructions actuelles.
Il faut souligner que dans le Compoix, une habitation est généralement désignée sous les termes de casals (chaumière), hostal (maison), maison (maison importante). On peut donc penser que le terme grande maison décrit une construction d'importance, en remarquant qu'elle dispose néanmoins d'une faible surface au sol (). Il s'agirait alors d'un genre d'ancienne bastide, qui correspond à la partie la plus ancienne du château actuel : deux pièces construites avec des voûtes en briques sur croisée d'ogives, et qui comptaient alors deux fenêtres à meneaux, à chanfrein, encore visibles aujourd'hui. Ces deux pièces datant probablement du ; ont une surface au sol de , ce qui permet de confirmer ces hypothèses.
D'autre part, on note que le sieur Antoine Teyssier est l'un des plus gros propriétaires de Marssac, où il possède près d'une dizaine de maisons et de nombreuses terres, et que la famille Teyssier est importante à Marssac. On trouve aussi, parmi les propriétaires, , ainsi que . Les Teyssier sont probablement propriétaires du domaine du Buc depuis longtemps, et ils le conserveront encore pendant plus de deux siècles. En effet, c'est en 1886, après une vente aux enchères, que Beatrix Dussap achètera le Buc, aux . Cette personne est la sœur du fameux colonel Louis-Casimir Teyssier, dont une avenue d'Albi porte le nom, et qui s'était rendu célèbre en défendant la place forte de Bitche, en Alsace pendant la guerre de 1870. Le colonel apparaît d'ailleurs dans l'acte de vente du Buc, en tant que tuteur des enfants mineurs de Dame Antoinette Cassan.
Cadastre Napoléon et acte de vente
La description des bâtiments composant le Domaine du Buc, lors de la vente aux enchères de 1886, reprend d'ailleurs fidèlement les numéros de parcelles figurant dans le cadastre Napoléon (1808). Les grandes transformations n'ont donc probablement eu lieu qu'après.
La maison de maître, à laquelle s'adosse un sol de maison (probablement des bâtiments d'exploitation, peut-être à moitié en ruine ) atteint une surface de . On peut donc en conclure qu’une partie des bâtiments seront démolis (ainsi d'ailleurs que le sol de maison ) pour aboutir à la base de construction du château actuel ().
Le château actuel
Extérieur alt=Plan de la façade|vignette|Plan de la façade|232x232pxÀ partir de ce moment-là, les travaux sont mieux connus. On dispose du projet de l'architecte M. Tessonnières, qui donne une vue extérieure du nouveau château, ainsi que toute la distribution intérieure (rez-de-chaussée, premier étage, deuxième étage) avec les parties à construire indiquées en rouge.
Là aussi, entre le projet et ce qui sera réalisé, on note quelques différences, d'importance secondaire (vue extérieure, façade nord) : La tour, et surtout sa toiture sont beaucoup plus hautes sur le projet, dépassant largement le faîte de la toiture du château ; Les cinq fenêtres du premier étage sont au même niveau, y compris la fenêtre de l'escalier central ; Les frises de la toiture, balcons et autres décorations en bois sont d'un dessin plus élaboré et prennent plus d'importance dans la réalité que sur le projet.
En ce qui concerne le rez-de-chaussée , les modifications sont minimes. On note : L'emprise de base de la tour dans la souillarde ; Quelques modifications d'ouvertures intérieures ; Un projet de bow-window à l'anglaise, pour la pièce du billard. Ce projet ne sera pas réalisé, mais les meneaux seront quand même démontés, pour installer des fenêtres de dimension standard. Les meneaux sont toujours visibles à l'extérieur, où ils servent de linteau à la nouvelle fenêtre.
Intérieur Entre le billard et la salle à manger, on installe une porte d'inspiration gothique, en vitraux de couleurs montés au plomb et dont chaque battant porte les armoiries de certaines familles illustres, dont descendent, Germaine Dussap d'un côté, Jean Boé de l'autre. Ces deux pièces du billard et de la salle à manger représentent donc la partie plus ancienne de la maison dont il était question plus haut.
Le reste du rez-de-chaussée comporte : une cage d'escalier centrale, avec un vaste escalier en marbre blanc, monté en porte-à-faux et qui existait avant 1894 deux grandes pièces, la cuisine et le salon, couvertes de plafond à la française, et qui remontent au moins au puis de chaque côté, supportant les terrasses (probablement créées en 1894), des pièces en briques voûtées en berceau, qui datent également au moins du et qui sont probablement des restes des bâtiments d'exploitation (métairie, etc.), décrits dans le compoix de 1684.
L'axe de la voûte située sous la petite terrasse (ouest) est parallèle à la longueur (c'est sous cette voûte que sont installées la salle de bain et l'office équipés d'eau courante). En revanche, les axes de voûtes des trois pièces de l'orangerie, du fumoir et de la laverie, supportant la grande terrasse, sont parallèles les uns aux autres.
En termes de décor intérieur, il faut signaler deux grandes cheminées, l'une au billard, l'autre dans la salle à manger. Celle de la salle à manger porte les armoiries de la famille de Ribes dont descendait Jean Boé. Une porte Renaissance, provenant de l'Équisse de Florentin et installée dans les années 1894, donne un accès direct au fumoir depuis la façade est.
Le Parc
Le projet de parc alt=Projet de Parc du Domaine du Buc - 1894 - auteur inconnu|vignette|Projet de Parc du Domaine du Buc - 1894 - auteur inconnu.|240x240px