Alexis Thomas, né le au Puy (Haute-Loire) et mort le à Eaubonne (Val-d'Oise), a été un dirigeant d'une association d'anciens combattants, l'Union nationale des combattants (UNC), et un éphémère député français de la , en 1958.

Biographie Ancien combattant de la Première Guerre mondiale Alexis Thomas est issu d'une famille paysanne de Saint-Préjet-Armandon, en Haute-Loire.

En 1915, il est aspirant à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr. Il est affecté en septembre de cette année au régiment d'infanterie, est promu sous-lieutenant en . Blessé en dans la Meuse par un éclat d'obus, et blessé par balle en juillet de la même année, dans la Somme, il est invalide à 65 %, à la main droite notamment (photographie de Thomas). Le pourcentage est porté à 100 % en 1937. Il reçoit la croix de guerre ainsi que la croix de chevalier de la Légion d'honneur à titre militaire, en 1919. Il est lieutenant de réserve en 1923, puis capitaine en 1935Dossier de la Légion d'honneur d'Alexis Thomas.

Diplômé de l'École spéciale des travaux publics, il est ingénieur aux Ets De Wendel à Rosselange et à Moyeuvre-Grande, en MoselleHenri Temerson, Biographies des principales personnalités françaises décédées au cours de l'année, Hachette, 1964, . Il fonde et préside une association d'anciens combattants à Rosselange en 1919 , fonde et préside le groupement des mutilés de la vallée de l'Orne, devient en 1930 le président du « groupe de Lorraine » (de Moselle en fait) de l'Union nationale des combattantsL’Auvergnat de Paris, 8 mars 1958. Ce groupe a été fondé par l'avocat René Castin, ancien bâtonnier, décédé le . Le groupe lorrain revendique en 1934, répartis en 120 sections : Jean-François Colas, op. cit., vol. II, (UNC), la deuxième plus importante fédération d'anciens combattants de l'entre-deux-guerres en France. Il est vice-président, puis président en , de l'Union départementale des associations d'anciens combattants et victimes de guerre de la Moselle, constituée en 1934Président en 1934 : abbé Pioche, président de l'AGMG, vice-présidents : Thomas (UNC), Me Mallet (UNC et DRAC), Bolich (Engagés volontaires), Chappel (Combattants d'Orient). Secrétaire général : Jules Cocheteux (président du Poilu de France, conseiller municipal). Secrétaire général adjoint : Paul Durand (Malgré-Nous). Il accède au conseil d'administration de l'UNC en 1932L’Auvergnat de Paris, 8 mars 1958, est élu assesseur à son bureau en 1934, à l'occasion du congrès national de Metz, qu'il a organisé, puis vice-président à partir de 1935. Ce qui lui permet d'être promu officier de la Légion d'honneur l'année suivante, au titre du ministère des pensions. Membre du bureau de la Confédération nationale des anciens combattants, , il est élu en 1938 au conseil supérieur de l'Office des mutilés, anciens combattants et pupilles de la nation .

Engagement politique anticommuniste C'est en 1936 que débuteEn 1932, il a participé cependant à plusieurs réunions électorales lors des législatives, non selon lui en tant que président de l'UNC mais en tant que simple citoyen. Le groupe mosellan ne recommanda ni ne soutint aucune candidature, et Thomas a refusé de se présenter afin de ne créer aucune division. Il a néanmoins combattu la candidature d'Emile Béron, et appelé à voter pour son adversaire : Jean-François Colas, op. cit., vol. II, son engagement politique, contre le communisme. Il se présente aux législatives contre le communiste dissident Émile Béron, dans la circonscription de Thionville-Ouest, sans succès Jean-François Colas, op. cit., vol. III, Annexe IV, Les élections législatives en Lorraine dans les années 1930 : résultats : pour Béron au second tour, contre pour Thomas, qui a cependant eu plus de voix au premier tour () que l'URD Joseph Paté () et qu'un candidat franciste (875). Lors de l'assemblée générale de l'UNC d'Hayange, il présente en le programme d' de l'UNC et demande le . Il présente ensuite sa candidature devant des délégués des anciens combattants de la circonscription. Elle est dirigée, devant la gravité de la situation intérieure et extérieure, contre les partis politiques et le député sortant. L'UNC de Moselle n'hésite pas alors à quitter le terrain de la simple action civique et à faire de la politique, contre (allusion au Front populaire) et pour , même si Thomas se proclame indépendant et apolitiqueJean-François Colas, op. cit., vol. III, , .

Il partage l'anticommunisme des dirigeants parisiens de l'UNC, Jean Goy et Georges Lebecq, qui souhaitent dès le mois de la formation d'un rassemblement national anti-révolutionnaire. Après les décrets de dissolution des ligues en juin par le nouveau gouvernement du Front populaire, ils estiment qu'il leur appartient de prendre la relèvePhilippe Machefer, L'union des droites, le PSF et le Front de la liberté, 1936-1937, Revue d'histoire moderne et contemporaine, janvier-mars 1970René Rémond, Pierre Renouvin, (dir.), Léon Blum chef de gouvernement 1936-1937, PFNSP, 1981, . Thomas participe comme orateur au meeting organisé par l'UNC à Paris, salle Wagram, le , aux côtés de Jean Goy qui appelle au rassemblement pour barrer la route au communisme et souhaite rompre avec la neutralité qui était la ligne de l'UNC. Il y déclare : , . Au congrès départemental du groupe mosellan de l'UNC quelques jours auparavant, une motion de lutte contre le communisme avait été adoptée. Justifiée par la gravité des événements intérieurs et extérieurs, elle demandait une , au lendemain des grèves de 1936, et de lutter contre . Thomas, fin , appelait déjà en Vendée au . Ce rassemblement, que Goy baptise le , s'adresse à tous les groupements et partis anticommunistes. Il va végéter et s'avérer être un échec.

Thomas se fait le promoteur du rassemblement voulu par l'UNC, et sillonne la France en 1936-37 pour convaincre les sections locales de l'UNC et dénoncer les dangers du communisme . Il évoque aussi l'isolement de la France, dénonce le pacte franco-soviétique, et parle de l'Allemagne, qu'il prétend connaître après un séjour de plusieurs semaines dans ce pays, et qui l'a visiblement ébloui : . Il fait d'ailleurs allusion aux rencontres que le Comité France-Allemagne a permis: . Il faut en conclure que . Une de ses conférences début 1937 semble moins positive à l'égard de l'Allemagne : . C'est qu'il est membre du Comité France-Allemagne , comme d'autres dirigeants de l'UNC. Goy est l'un des secrétaires généraux du CFA. Pourtant, en 1935, Thomas affirmait qu'il ne fallait .

En Moselle, les résolutions des sections de l'UNC et de la Relève (les jeunesses de l'UNC) restent cependant vagues et hésitantes à l'été 1936, alors que le Parti social français (PSF) vient de se former et que des hommes politiques lancent le Front lorrain, qui entend rassembler les nationaux contre le communisme. Le , les dirigeants mosellans de l'UNC décident de lancer une série de conférences et de créer le . Alexis Thomas adresse des directives à tous les présidents de section du département pour les convaincre de constituer des groupes locaux du Rassemblement français. Mais il a été assez peu suivi, à l'exception de quelques sections : Moyeuvre-Grande, Morhange, Woippy, Stiring-Wendel. En , les dirigeants de l'UNC de Moselle se réunissent à Metz afin de mettre au point ce Rassemblement français tant attendu. Mais des délégués font part de leurs réticences. Thomas propose que la question du Rassemblement français soit déconnectée de l'UNC de Moselle et que chaque membre et chaque section soient libres d'y adhérer. Mais là-encore, des réticences se font jour ; la section messine refusant par exemple d'y adhérer considérant que la , et de nombreux adhérents refusent toujours de . Thomas continue quant à lui de fustiger le et . Il assiste à une réunion du Parti républicain national et social à Metz en pour écouter Pierre Taittinger et Jean-Louis Tixier-VignancourJean-François Colas, op. cit., T. I, , T. II, . En 1938, il se présente, encore sans succès, à une élection cantonale, dans le canton de Moyeuvre-Grande, contre un communiste . En novembre, après la crise de Munich, il appelle à la formation d'un gouvernement .

Seconde Guerre mondiale Alexis Thomas est mobilisé en , au d'infanterie de forteresse. Il est blessé par l'éclat d'une bombe en , et démobilisé en août. Sous l'Occupation, il est délégué à Vichy du Comité d'organisation de l'industrie cinématographique puis le représentant général en zone non-occupée de ce comité d'organisation, , , sous les ordres notamment de Robert Buron. Il est décoré de la francisque par le régime de Vichy ().

Président de l'UNC Promu commandeur de la Légion d'honneur en 1946, vice-président de l'Union nationale des combattants depuis 1935, il succède en à Alfred de Pontalba à la présidence de cette fédération lors de son congrès, à FontainebleauLe Figaro, 31 mai 1954, L'Aisne nouvelle, 8 juin 1954. Il fait alors partie des dirigeants d'associations d'anciens combattants qui mènent des discussions avec des Allemands dirigeants d'associations semblables, dans le contexte des débats sur la Communauté européenne de défense (CED)« Vers une fédération d'anciens combattants européens ? », Combat, 29 juillet 1953. Ces discussions ont commencé en 1952, en lien avec l'Union européenne des fédéralistes (UEF) d'Henri Frenay. Grâce à ce dernier, l'UNC a adhéré à l'UEF, qui préconise une défense européenne dirigée contre l'URSS communiste, dans le contexte de la guerre froideRobert Belot, Henri Frenay, de la Résistance à l'Europe, Paris, Le Seuil, 2003 (Lire en ligne). Alexis Thomas siège en 1954 au conseil national du Mouvement fédéraliste français La Fédération, proeuropéen et lié à l'UEFL'Est républicain, juillet 1954, du moins jusqu'en 1956. Les discussions avec les Allemands débouchent en 1955 sur la création de la Fédération européenne des anciens combattants (FEDAC), à laquelle l'UNC et des associations allemandes adhèrent. Thomas a participé à sa créationAlexander Hobbe, « The Europeanization of Honour: Wehrmacht Veterans and European Integration in the 1950s », Journal of Modern European History, 2024, vol. 22, n° 3.