Le lamidat de Banyo est une chefferie traditionnelle située dans la commune de Banyo, dans le département du Mayo-Banyo une localité de la région de l'Adamaoua du Cameroun. Ce lamidat est le siège final d'un vaste mouvement de conquête, en Afrique subsaharienne, déclenché au par le sultan Foulbé Othman Dan Fodio. Cette période marque aussi le début des conflits entre les éleveurs eux-mêmes, et entre les éleveurs et les agriculteurs du Nord Cameroun. Ces conflits prendront fin avec l'arrivée des européens en Afrique centrale durant l'époque coloniale.
Grands dignitaires du lamidat de Banyo
Les grands dignitaires du lamidat de Banyo peuvent être classifiés en deux grandes catégories dont les premiers portèrent le titre de Ardo. C’est le cas de : Ardo Yadji ; Ardo Hama djam ; Ardo Djabboule ; Ardo Hama Dicko ; Ardo Boulo ; Ardo Bah Oumarou (1810-1815) ; Ardo Oussamatou (1815-1823) ; Ardo Zahimou 1823 (3mois).
La seconde catégorie est celle des dignitaires portant le titre de Lamido. Parmi ces derniers figurent : Ardo Hamma Gabdo, fils de Ardo Oussamatou, qui règne avec succès de 1823-1875. Il est le fondateur du lamidat de Banyo. Après avoir passé sur le trône, il meurt à Kontcha-Banyo-Gaschaka ; Modibbo Oussoumanou, fils de Ardo Hama Gabdo, régne pendant , de 1875 à 1893. Par la suite, le trône de ce lamidat sera occupé par cinq de ses enfants ; Hamadjam Yamba, fille de Mobbido Oussamanou, qui régne pendant l'année 1893 ; Ardo Oumarou, son frère, qui la tue de ses propres mains et régne de 1893 à 1902. Martyrs de l'histoire de ce lamidat, il est arraché à la vie par après de règne ; Dewa Ibrahima, son frère, qui règne pendant entre 1902 et 1903 ; Mohaman Gabdo, autre fils de Modibbo Oussoumanou, qui règne pendant ente 1903 et 1904 ; Modibbo Yahya, qui dans cette et règne entre 1904 et 1911, avant d’être par l'administration coloniale après de règne ; Mohaman Dicko, fils de Ardo Oumarou, qui est investi par l’administration coloniale en 1911 et règne jusqu’en 1913. Il mourra ; Aboubakar, fils de Modibbo Oussoumanou, qui régne de 1913 à 1917. Il mourra après de règne ; Modibbo Yahya, qui est rappelé au trône entre 1917 et 1934. Il mourra ; Bobbowa Adamou, qui régne durant 8 ans, de 1934 à 1942. Son règne est connu pour une époque de paix et de tranquillité. Il mourut à Banyo ; Iyawa Adamou, qui règne de 1942 à 1966. Il devient le premier lamido parlementaire en 1947. À sa mort en 1966, il est député à l'Assemblée représentative du Cameroun ; Aboubakar Garba, qui régne à partir 1966 et jusqu’à sa mort en 1978, à la suite d'ennuis de santé ; Djidjiwa Djoubeirou, son frère, règne de 1978 à 1988 et meurt à Banyo après de règne ; Mouhaman Soudi Yaya, parlementaire, occupe le trône de 1988 à 1997 ; Mohaman Gabdo Yaya, qui arrive au trône le . Dernier d'une lignée des fils du lamido Yahya, il fut maire de 2007 à 2013 dans la commune de Banyo et Sénateur de l'Adamaoua de 2013 jusqu'à nos jours.
Géographie Localisation et climat
Le lamidat se trouve dans la région de l'Adamaoua, à une altitude moyenne de , une région composée principalement de granites et de migmatites. Le climat de Banyo est de type tropical avec une pluviométrie annuelle de . Le mois le plus sec est celui de janvier avec de précipitation et le mois le pluvieux est celui de septembre avec . La température moyenne annuelle est de , cependant, le mois de février est le plus chaud de l'année, avec une température moyenne de , tandis que le mois d'août est le plus froid, avec une température de . Le lamidat s'étend sur une superficie d'environ .
Végétation La végétation du plateau est la forêt sèche, serpentée par des et des cours d'eau. La déforestation continue de cette forêt par les habitants, à des fins de subsistance (feux de brousse, piétinement des troupeaux), a eu pour effet de remplacer progressivement la forêt par la savane. En 1969; seulement 2 % de la surface totale du plateau sont cultivables.
Histoire Le lamidat de Banyo est issu d'un vaste mouvement de conquête déclenché par le sultan Othman Dan Fodio au . Selon la tradition orale, son origine se situe entre 1820 et 1825 et son fondateur est Hamagabdo. Celui-ci annexe les peuples de cultivateurs animistes : les Voutés et les Wawas (au Nord), les Kondjas et les Mambilas (au sud), pour installer la première capitale à Kontcha (Kondja) dans la plaine Koutine. Une fois Hamagabdo atteint par le poids de l'âge, son fils Hamassoumou perpétue son œuvre de conquête en envahissant la plaine de Tikar et le plateau de Mambila. Les mouvements de conquête sont initiés en 1830 depuis la région de Sokoto au Nigeria et prennent fin vers 1840 avec la création du lamidat de Banyo. Ces conquêtes s'étendent jusqu'aux limites de la région de l'Ouest du Cameroun en territoire bamiléké, et celle du Littoral, aux abords de la Sanaga maritime. Des peuples conquis, seuls les Wawas se soumettent sans combattre. Les autres tribus opposent une résistance farouche. Les chefferies boutées sont conquises progressivement et réduites en esclavage. Les Mambilas et les Kondjas se réfugient dans la plaine de Tikar, où les Foulbés ne les poursuivent pas, se contentant d'y effectuer des sanglantes razzias. Ces incessantes razzias entrainent leur soumission et un versement annuel d'un tribut d'esclaves . Les conquêtes prennent fin en 1902 avec la colonisation du Cameroun par les Allemands. Ceux-ci interdisent la vente d'esclaves. Les Français, quant à eux, aux razzias en 1925. Les Allemands, après la soumission du lamido, scindent le lamidat de Banyo en deux zones géographiques en rattachant le plateau de Mambila au Nigeria.
Population
Période du Les longues conquêtes à travers de vastes territoires favorisèrent un brassage ethnique conséquent. Le recensement de 1954 fait état de différentes, pour se réclamant strictement Foulbé. En 1969, le village compte une population de pour une surface de totale de . Le système d'asservissement mis en place par les Foulbés ne reconnaît, parmi l'ensemble des habitants, que deux catégories de personnes : les libres et les non-libres. Cette dernière catégorie est essentiellement composée de non-musulmans, qui sont soit captifs soit maccubes (serfs). Cette distinction stricte est propre au droit Malike, qui est la référence juridique des Foulbés . Durant la période des conquêtes, la coutume peul de l'Adamaoua n'admet pas de distinction entre les populations animistes et les esclaves importés.
Les serfs Les serfs sont les membres de communautés rurales asservies. Le groupement des serfs est appelé les maccubes (matchoubé). Parmi les serfs, ceux qui sont issus des communautés isolées et les serfs détribalisés s’appellent les Tokkal (Tokke au pluriel). Parmi les privilèges que possèdent les serfs comparativement aux esclaves, ils peuvent choisir les noms de leurs enfants.
Les esclaves Les esclaves sont les individus extraits de la communauté des serfs pour être mis à disposition de personnes libres ou non-libres ou de dignitaires ; on leur préfère plutôt l’appellation de serviteurs. Les concubines des serviteurs appartiennent à leur maître ; si leur progéniture est de leur maître et pas de leur concubin, l’enfant nait libre. Il est interdit aux serviteurs de posséder et leur mariage nécessite l'accord préalable de leur maître. Néanmoins, une recommandation tacite relève de ne pas vendre les serviteurs adultes nés dans l'habitation de leur maître ou d'un dignitaire (maccube saare) . La nomenclature des serviteurs est restée l'apanage des maîtres jusqu'aux années 1930.
Affranchissement Du fait de l'interdiction des conquêtes et de l'esclavage par les Allemands et les Français, le statut des esclaves finit par évoluer et les groupements asservis se désagrègent. Ce phénomène s'est accentué par la recherche de nouveaux pâturages pour les troupeaux de bœufs, l'assimilation aux coutumes des conquérants et l'invasion des maladies vénériennes. Une des conséquences indirectes est le fort recul des populations animistes.
Période du En 1969, le peuplement du lamidat comporte trois groupes distincts: Un groupement de cultivateurs animistes composé des Wawa () au Nord-Est du lamidat et les Kondja () ; Les bergers Foulbés disséminés en petits groupes autour des rivières et différents points d'eau ; Les cultivateurs détribalisés donc certains demeurent au service de leurs maitres Foulbés, ou effectuent des taches moyennant rétribution. Un recensement de 1966 fait état de disséminés dans tout le territoire à l'exception des trois centres de marchés du bétail que sont Sombolabo, Mba, et Mbanti-Djoum-Baré dont la population totale est de .
Administration et politique
Administration vignette|Femme peul Durant la période des conquêtes, les communautés asservies sont rattachées au lamido par l'intermédiaire des dignitaires serviteurs ou des chefs de groupements. L'organisation du village était une organisation décentralisée, chaque habitant dépend individuellement d'un Tokkal issu de l'entourage du lamido. La division en secteurs territoriaux débute après la colonisation en 1954, et se poursuit jusqu'en 1960, le lamidat est alors divisé en 149 secteurs territoriaux placé chacun sous le commandement d'un chef responsable (le Djauro). Ces regroupement favorisent une amélioration progressive des conditions de vie et la mise sur pied d'une administration beaucoup plus efficace. Cependant, certains obstacles demeurent du fait de la différence du mode de vie des animistes à celle des musulmans, notamment en ce qui concerne le statut de la femme.
Politique À la tête du lamidat, on trouve un « Lamido », chef spirituel et suprême. L’entourage de ce dernier était divisé en trois catégories dont la première était celle des nobles , la deuxième, celle des ministres assurant chacun une fonction bien définie, et la dernière, celle des notables ayant chacun une tâche précise. Le lamidat de Banyo, , comptait dans sa cour selon Mohaman Gabdo Yaya dans le Lamidat de banyo épreuves d’hier et défis d’aujourd’hui et aussi selon E. Mohamadou dans Archives du Lamidats de banyo. Pour tout dire, la ville de Banyo, qui était un petit empire sous la domination du royaume de Kontcha, a pu délimiter ses frontières grâce à la conquête des territoires menée par Ardo Haman Gabdo dit Haman Dandi, qui obtiendra une victoire sur le lamidat de Kontcha afin de rendre à Banyo son autonomie en 1830 (date qui est reconnue comme celle de sa fondation).
Économie En 1969, l'agriculture est peu pratiquée dans le lamidat de Banyo. Du fait des risques liés aux maladies, de l'altitude et de l'insalubrité (paludisme, trypanosomiase bovine), les éleveurs ne s'établissent pas au-dessous de , sauf en saison sèche où la rareté de l'eau les contraint à la transhumance. L'élevage bovin occupe une place prioritaire auprès des populations foulbées. En effet, cette activité est considérée comme seule activité digne d'un homme libre, et constitue un moyen sur de s'enrichir. En 1969, l'on dénombrait environ.
Annexes Bibliographie Jean Hurault, Histoire du lamidat peul de Banyo (Cameroun), Paris, Maisonneuve et Larose, 1975, 44 p., 2 cartes.
Jean Hurault; Antagonisme de l'agriculture et de l'élevage sur les hauts plateaux de l'Adamaoua. (Cameroun). Le lamidat de Banyo, 1964; 22-71 p. Mohaman Gabdo Yahya, Le lamidat de Banyo : épreuves d'hier et défis d'aujourd'hui, Afrédit, Yaoundé, 2009, 251 p. Bobbowa Adamou Yaya, la ville de Banyo entre réformisme et traditionalisme, Vol 1, Articles connexes
Banyo Tibati Culture du Cameroun Chefferie traditionnelle au Cameroun Ousman Dan Fodio
Liens externes
Notes et références
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