La bataille de Mossoul a lieu du au , lors de la seconde guerre civile irakienne, pour la reconquête de Mossoul, la seconde ville d'Irak. Elle oppose les forces gouvernementales irakiennes, les peshmergas du gouvernement régional du Kurdistan, les milices chiites des Hachd al-Chaabi, quelques milices sunnites et chrétiennes et les forces de la coalition, aux djihadistes de l'État islamique qui depuis la bataille de juin 2014.

L'offensive est lancée le par le sud et par l'est, depuis des positions situées à une vingtaine ou une trentaine de kilomètres de Mossoul. Les premiers combats ont lieu dans les villages et les petites villes environnantes, notamment Bachiqa, Bartella, Bakhdida qui sont reconquises en octobre et novembre. L'armée irakienne prend pied à l'intérieur de Mossoul le . Les milices chiites des Hachd al-Chaabi attaquent pour leur part à l'ouest et achèvent l'encerclement de la ville le . Le , tous les quartiers à l'est du fleuve Tigre sont reconquis. Les forces irakiennes s'attaquent à la partie ouest de la ville le et fin mai, les dernières forces djihadistes se retrouvent acculées dans la vieille ville. La « libération » complète de Mossoul est annoncée par le gouvernement irakien le , mais des affrontements se poursuivent dans d'ultimes poches de résistances pendant au moins une dizaine de jours.

Forces en présence vignette|gauche|upright=1.2|Des soldats de l'armée irakienne au sud de Mossoul, .

Les forces anti-EI mobilisent environ autour de Mossoul., face aux troupes de l'État islamique, estimées entre . Selon l'armée américaine, à djihadistes sont présents à l'intérieur de la ville, dont environ combattants étrangers gardés en réserve, et sont déployés dans les campagnes environnantes.. Selon le ministère français de la Défense, 250 Français sont présents à Mossoul dans les rangs de l'EI.. Cependant dans la province de Ninive, la grande majorité des chefs et des soldats de l'État islamique sont des Irakiens originaires de la région où ils combattent. Les combattants étrangers sont généralement parmi les plus motivés, prêts à combattre jusqu'à la mort, au contraire d'une partie des combattants locaux qui ne s'étaient rallié à l'EI que pour toucher un salaireMichael Georgy, .. Le commandement est décentralisé, chaque quartier est géré par un émir.. Pendant plusieurs mois les djihadistes ont préparé leur défense en dissimulant des mines et des IED, en perçant des tunnels et en creusant des tranchées remplies de carburant prêtes à être enflammées. Beaucoup de snipers de l'EI sont déployés dans la ville. Au cours des combats urbains, les véhicules piégés kamikazes (VBIED) — parfois blindés — sont utilisés massivement par l'État islamique... L'armée utilise alors des bulldozers en grand nombre, afin d'élever des talus de terre ou d'empiler des carcasses de véhicules en guise de remparts. À cette période, les djihadistes testent également des armes artisanales, comme des drones piégés ou des drones « bombardiers », utilisés pour larguer des bombes.., que les forces irakiennes ne parviendront à neutraliser qu'au bout de plusieurs mois grâce à des brouilleurs ou des armes antidrones fournis par la coalition.. Cependant dans les quartiers est l'EI utilise moins de mines et d'IED qu'il n'en avait employé à Ramadi et Falloujah. De plus, les forces de l'EI ne sont pas totalement encerclées et conservent des accès de ravitaillement par le sud-ouest...

gauche|vignette|upright=1.2|Instructeur italien avec des Peshmergas près d'Erbil, le .

L'armée irakienne, la police irakienne, les peshmergas du gouvernement régional du Kurdistan, les milices chiites des Hachd al-Chaabi et des milices sunnites participent à la bataille. Les forces anti-EI prennent position à l'est et au sud de Mossoul. À la pointe de l'offensive figurent les unités d'élite du contre-terrorisme ; l'« Iraqi Special Operations Force » (ISOF), branche de l'« Iraqi Counter Terrorism Force » (ICTF).. Ces forces spéciales, surnommées la « division d'or », engagent dans la bataille à , divisés en trois brigade et 13 bataillons, qui prennent position le à Tel Aswad, à l'est de Mossoul, aux côtés des Kurdes...... À Khazir, à de l'est de la ville, les peshmergas engagent les et , qui sont soutenues par la division d'or et un bataillon de la d'infanterie. L'armée irakienne engage quatre divisions. .. À Gwer, à au sud-est, l'armée irakienne déploie la blindée, commandée par le général Qassem Jassem Nazal et forte de avec des chars M1 Abrams et T-72.. Enfin à Qayyarah, à au sud, sont positionnés deux bataillons de la d’infanterie, un détachement de la division d'or, un bataillon blindé de la , des unités de la et des forces de la police fédérale.. La division est presque exclusivement constituée de militaires chiites, en revanche la division est mixte et comporte des chiites, des sunnites et des Kurdes.. Initialement, les forces gouvernementales irakiennes engagent et les peshmergas .. Au total environ , dont de l'armée irakienne et peshmergas sont mobilisés dans les opérations autour de Mossoul.. Cependant seulement d'entre-eux seront engagés à l'intérieur de la ville.. D'autres groupes kurdes participent aux combats, comme le PAK, venu d'Iran.. Ces troupes sont également épaulées par les milices assyriennes des Unités de protection de la plaine de Ninive (NPU), des (NPF) et de Dwekh Nawsha.. Les forces irakiennes disposent également de l'aide de quatre réseaux de résistance présents à l'intérieur de la ville et chargés d'effectuer des missions de renseignement et des assassinats ciblés : la Saraya Rimah — un groupe de commandés par Omar Fadil al-Alaf et intégrés à la milice Al-Hafhd al-Ashaari al-Sonni — Al-Nujaba, Fasil Al-Nabi Younès et Ahrar Ninawa..

vignette|gauche|upright=1.2|Réunion des états-majors irakien et américain à Qayyarah, le .

Les officiers irakiens à la tête des opérations sont le major-général Najim Abdullah al-Jibouri, chef des opérations dans la province de Ninive..., le lieutenant-général , à la tête des unités d'élite du contre-terrorisme (ICTF) au sein des services du contre-terrorisme (CTS), chef adjoint des opérations à Mossoul.., le lieutenant-général , également commandant dans les CTS et le général Farès Abbas, à la tête de la police fédérale irakienne, branche paramilitaire de la police irakienne... Du côté des peshmergas, affiliés principalement au PDK et à l'UPK, se trouvent le général , chef de l'état-major, commandant du secteur militaire de Khazir, le général Didawan Khoshid Tofiq, commandant des forces sur le front de Khazir., le général Aziz Weysi, à la tête des zaravani, les unités d'élite des peshmergas, Sihad Barzani, le frère du président du Kurdistan irakien, commandant sur le front de Khazir et le général de brigade , à la tête de la force « Panthère noire »..

L'armée turque déploie également à aux côtés des peshmergas et des milices sunnites, ainsi que des avions au côté de la coalition.. Depuis , les Turcs entraînent dans le camp de Bachiqa, au nord-est de Mossoul, les Hachd al-Watani — aussi appelée la « Garde de Ninive » — un groupe arabe sunnite fort de à commandés par Athil al-Noujaïfi, l'ancien gouverneur de Mossoul.. Cette milice est déployée au nord de Mossoul.. Au total, sunnites auraient été mobilisés pour les combats. Cependant l'intervention turque en Irak s'est faite avec l'accord du gouvernement régional du Kurdistan, mais contre l'avis de Bagdad, qui demande à plusieurs reprises à Ankara de retirer ses troupes. Mais Erdoğan refuse, il met en avant ses « droits historiques » sur Mossoul, ancienne ville de l'Empire ottoman, se pose en défenseur des sunnites et s'oppose à une participation dans la bataille des milices chiites et des groupes liés au PKK..... Le , le Premier ministre irakien Haïder al-Abadi déclare qu'il refuse la proposition faite par la Turquie de participer à la bataille..

Les milices des Hachd al-Chaabi, pour la plupart armées, financées et conseillées par l'Iran., prennent également position sur la ligne de front à Qayyarah, à au sud de Mossoul., avec notamment l'Organisation Badr., les Brigades de la paix, Asaïb Ahl al-Haq, les Kataeb Hezbollah, le Harakat Hezbollah al-Nujaba., les Brigades de l'imam Ali., Saraya al-Khorasani, Saraya Ansar al-Aqeeda, le Liwa al-Tafuf., Saraya al-Djihad et le Liwa Ali al-Akbar.. Leur commandant opérationnel dans la région est Abou Mountadhar Al-Hosseini.. et elles sont épaulées par des conseillers militaires iraniens du Corps des Gardiens de la révolution islamique. Le gouvernement irakien ne tient cependant pas à ce que ces forces, responsables d'exactions contre le sunnites, entrent dans Mossoul ; elles ont pour objectif de faire mouvement vers la ville de Tall Afar, située à l'ouest..

En soutenant respectivement des milices sunnites et chiites, la Turquie et l'Iran s'affrontent indirectement pour imposer leur influence dans la région...

gauche|vignette|upright=1.2|Le général Stephen J. Townsend et des soldats américains de la aéroportée à Qayyarah, le .

Du côté de la coalition, sont déployés au sol dans le nord de l'Irak, dont .., issus notamment de la aéroportée. La coalition établit son quartier-général dans la base de Qayyarah, vingt kilomètres à l'ouest de la ville.., sous le commandement du lieutenant-général Stephen J. Townsend.. Un millier de soldats de la coalition occupent cette base, en plus de de la irakienne. Les États-Unis disposent de lance-roquettes M142 HIMARS et d'hélicoptères Apache.. L'armée française a quant à elle déployé en septembre cinq CAESAR et dans la base de Qayyarah.... Environ 500 conseillers militaires, pour la plupart Américains, épaulent également les forces irakiennes. Des forces spéciales, notamment américaines., françaises, canadiennes., allemandes. et . participent également à la bataille. Mais l'essentiel des appuis feu de la coalition est fourni par ses forces aériennes qui engagent en permanence plusieurs dizaines d'avions au-dessus de Mossoul..

Peuplée d'1,5 million d'habitants au moment de la bataille, contre au début du conflit, Mossoul est la plus grande ville tenue par l'État islamique.. Elle est considérée comme sa « capitale économique ».. La cité a connu plusieurs soulèvements pendant , mais ils ont été à chaque fois réprimés par les djihadistes. Avant la bataille, par crainte des espions, les hommes de l'EI renforcent leur surveillance sur la population.. Ils interdisent les téléphones portables et les paraboles... Au cours des trois jours qui précèdent le début de l'offensive, découverts en possession de téléphones portables sont exécutés.. Mais les civils hésitent à quitter la ville., ils redoutent également des exactions de la part de l'armée irakienne, des peshmergas et surtout des milices chiites... Les djihadistes conservent aussi le soutien d'une partie de la population. Selon le chercheur Pierre-Jean Luizard, de toutes les villes conquises par l'État islamique, Mossoul est celle où ses combattants ont été accueillis le plus favorablement par les habitants.. Mais après trois années d'occupation djihadiste, bon nombre d'habitants qui avaient initialement bien accueillis l'État islamique se sont désormais détournés de lui à cause de ses exactions et de ses interdictions. Dans le semaines qui précèdent la bataille, les hommes de l'EI interdisent aux civils de quitter la ville et exécutent quelques intermédiaires pour avoir délivré de faux laissez-passer à des Moussouliotes, souvent contre de l'argent. Au cours de la bataille, les civils vont aussi être largement utilisés par les djihadistes comme boucliers humains...