Thomas FitzJames FitzGerald, né en 1426 et exécuté par décapitation le , comte de Desmond, surnommé « Thomas de Drogheda »Lundy, Daryl. "Thomas FitzJames FitzGerald, 7th Earl of Desmond", thepeerage.com, mais aussi connu comme le « Grand Comte », est le fils de James FitzGerald, comte de Desmond, et de Mary de Burgh. Il est Lord Deputy d'Irlande au nom de Georges Plantagenêt, duc de Clarence, de 1463 jusqu'à sa mort, et fonde en 1464 le Collège de Youghal.

En 1462, Desmond est également victorieux dans la bataille de Piltown, qui oppose les FitzGerald de Desmond contre les Butlers d'Ormond. Piltown est la seule bataille de la guerre des Deux-Roses à avoir eu lieu en Irlande. Par la suite, accusé par ses ennemis politiques de trahison lors du Parlement d'Irlande tenu à Drogheda en 1468, Thomas FitzGerald est condamné à mort et exécuté, une décision qui se révèle alors grandement impopulaire en Irlande.

Plusieurs historiens modernes saluent Desmond comme un homme attrayant et savant. D'ailleurs, il est considéré comme « un magnat de la Renaissance avec une teinte irlandaise »Ross, Charles Edward IV Eyre and Methuen 1974 .. D'après l'historienne Eleanor Hull, Desmond, en jeune et sage seigneur, instruit du latin, de l'anglais et des anciens écrits en gaélique, a réuni une grande intelligence politique. Reconnu comme cultivé et tempéré, il a gouverné l'Irlande avec patriotismeAlfred Webb. "Thomas Desmond", A Compendium of Irish Biography, M.H. Gill & Son, Dublin, 1878.

Biographie Enfance en Angleterre vignette|gauche|224x224px|Le manoir de Shere, dans le Surrey, où Thomas réside pendant son enfance. Thomas FitzJames FitzGerald, né en 1426, est le fils aîné de James FitzGerald, comte de Desmond, et de Mary de Burgh. Il a un frère et deux sœurs : Gerald FitzGerald, baron de Decies qui se marie avec Margaret Burke, fille de Clanricarde ; Joan Fitzgerald, mariée à Thomas FitzGerald, comte de Kildare ; Honora FitzGerald, mariée à Thomas FitzMaurice, baron de Kerry. Trois ans plus tard, le , à la cathédrale de la Sainte-Trinité de Waterford, Thomas FitzGerald et Anne Butler, la plus jeune fille de James Butler, comte d'Ormond, se fiancent alors qu'ils ont à peine trois ans. Le contrat de mariageBond de mariage, contracté pour Thomas Fitzgerald et Anne Butler par leurs pères respectifs. est signé entre les comtes d'Ormond et de Desmond. Ormond s'engage à donner à sa fille et à son futur gendre la baronnie d'Inchecoyne et la ville de Youghal, à l'exception des loyers de l'Église. Dans le cas où Thomas viendrait à mourir prématurément, le comte de Desmond fournirait un autre fils à Anne Butler et, si Anne mourrait la première, le comte d'Ormond fournirait une autre fille afin de demeurer allié avec Desmond. En gage de sa fidélité, le comte de Desmond envoie vers 1431 son fils, alors âgé d'environ cinq ans, à la résidence campagnarde d'Ormond située à Shere, dans le Surrey. Le comte d'Ormond devient alors le tuteur de Thomas.

vignette|267x267px|Le collège de Sainte-Marie, à Youghal. En Angleterre, le jeune garçon y est éduqué selon les usages anglais. Il est fort possible que Thomas ait vécu en la compagnie de la nouvelle comtesse d'Ormond, Élisabeth FitzGerald, veuve de John Grey, baron Grey de Codnor. Élisabeth épouse le comte d'Ormond entre 1430 et 1435, au moment où le jeune Thomas vient séjourner chez les Butler. Hélas, sa jeune fiancée Anne Butler décède le , et son enterrement se déroule peu après à Shere. Malgré ce revers de fortune pour son tuteur, Thomas FitzGerald demeure sûrement en Angleterre jusqu'à sa majorité et revient vraisemblablement en Irlande à la fin des années 1440. Son séjour en Angleterre laisse à Thomas FitzGerald un goût prononcé pour l'enseignement, qu'il cherche à promouvoir en Irlande. Après 1462, le comte de Desmond s'efforce de créer une université à Drogheda ; celle de Trinity College à Dublin ne sera pas fondée avant 1592, sous le règne d'. Lors de son séjour en Angleterre, il a peut-être pu visiter l'Université d'Oxford et en rencontrer le doyen pour discuter de la procédure pour aboutir à son projet. Il semblerait que les plans et l'emplacement du site où il espérait voir son université s'ouvrir un jour aient été inspirés d'Oxford. Le , Thomas FitzGerald fonde par ailleurs le Collège de Notre-Dame de Youghal dans le but de former des séminaristes. L'institution est servie par un directeur et un personnel, composé de huit boursiers et huit choristes.

Vainqueur de la bataille de Piltown et Lord Deputy d'Irlande

Avec l'avènement du roi Édouard IV sur le trône d'Angleterre à la suite de la victoire de la Maison d'York à la bataille de Towton le , les FitzGerald deviennent l'une des familles les plus influentes d'Irlande. Au cours du règne d'Édouard, puis de celui de son frère Richard III, les comtes de Desmond et de Kildare se partagent le pouvoir presque sans interruption. Le , James Butler, comte d'Ormond, est décapité à Newcastle à la suite de la défaite des Lancastre à Towton. Édouard proscrit Butler dans un premier temps et confisque donc ses terres. Afin de revendiquer les domaines de son défunt frère, John Butler et son neveu, Edmund MacRichard Butler de Paulstown, voguent jusqu'à Waterford, le . Sur place, ils capturent Gerald FitzGerald, baron de Decies et frère de Desmond, puis l'emprisonnent. Apprenant la nouvelle, Thomas de Desmond rallie ses hommes et chevauche jusqu'à la vallée de Suir. Les armées de Desmond et de Butler s'affrontent dans une sanglante bataille à l'emplacement de l'actuel village de Piltown, puis se déplacent en direction sud, à Tybroughney, pour s'achever dans un bain de sang à Ardclone. Les Butler sont défaits. Le nombre de tués s'élève à plus de 400 victimes. Le folklore local prétend que la bataille a été si violente qu'une rivière rouge sang a parcouru la vallée, d'où les noms de Pill River ou de Piltown (Baile an Phuill en irlandais, « ville du sang »). Edmund Butler est fait prisonnier par Desmond. Il obtient sa libération contre la rançon d'un inestimable livre : le Psautier de Cashel, une copie d'une œuvre de Cormac mac Cuilennáin, roi-évêque de Cashel, qui contient des généalogies, le Calendrier d'Aengus et le Glossaire de Cormac, premier dictionnaire comparatif écrit en Europe. Quant à John Butler, il tente durant plusieurs années de recouvrir son héritage, bien que ses châteaux soient capturés par les FitzGerald.

gauche|vignette|168x168px|La rose blanche de la Maison d'York. Le père de Thomas, James FitzGerald, avait été le parrain de Georges Plantagenêt, futur duc de Clarence, troisième fils de Richard Plantagenêt, duc d'York, et frère d'Édouard IV. Lorsque le duc d'York et son deuxième fils Edmond, duc de Rutland, s'étaient réfugiés en en Irlande après leur déroute à Ludford Bridge, le comte de Desmond avait aidé et secouru Richard. Lorsque James FitzGerald meurt en 1462, son fils et successeur, à son tour, jouit de la faveur royale. Il reçoit des récompenses pour sa fidélité et son service au père du roi. Le , Édouard IV accorde pour la vie au comte de Desmond, pour son bon service au roi et le père du roi, l'office de gardien de Connaught et toutes les autres seigneuries appartenant au comté de March en Irlande, pour un revenu annuel de 100 marcs sur les revenus du comté de Meath. Le , par la suite, Desmond se voit confirmer sa nomination en tant que Lord Deputy d'Irlande pour succéder à William Sherwood, évêque de Meath. Durant son office, Desmond s'emploie à une intense activité ; il construit des châteaux pour défendre les garnisons du Pale et les passes du comté d'Offaly. Dans un grand esprit de nationalisme, il travaille ardemment à l'unification entre les Anglo-Irlandais et les Irlandais natifs afin d'harmoniser l'Irlande et susciter l'esprit national irlandais. D'ailleurs, pour parvenir à ses fins, il restreint les ordres contre la traite avec les Irlandais, malgré les interdictions adoptées dans le Parlement irlandais ; il applique une justice impartiale et manifeste de l'humanité à tous, sans distinction.

Querelle avec l'évêque de Meath et défiance d'Édouard IV vignette|283x283px|Édouard IV d'Angleterre par un artiste inconnu, vers 1540. En 1461, le nouveau roi Édouard IV interdit l'application de la « » sur ses terres irlandaises : il s'agit d'un divertissement que les chefs irlandais peuvent exiger de leurs subordonnés. Dans son comté, Desmond réapplique pourtant ce droit, son père ayant cessé de l'appliquer lorsqu'il est devenu comte de Desmond. Après la nomination de Desmond en tant que Lord Deputy, l'évêque de Meath s'avère son ennemi le plus acharné. En effet, l'évêque exploite l'avantage du mécontentement de certains Anglais et mène une opposition contre le mandat de Desmond. Parmi ces opposants figure James Dokeray, marchand de Drogheda. En 1463, ce marchand va à Londres et accuse Desmond de violer le droit anglais en appliquant les coutumes traditionnelles irlandaises, les imposant aux sujets anglais à Meath, telle la « ». Il juge Desmond « conseillé, dirigé et gouverné par les grands traîtres et des rebelles du roi » ; lesdites accusations n'améliorent guère son image lorsque les O'Donnell, Mac William Burke et d'autres d'Irlandais, ainsi que des Anglais d'Irlande, se rendent à Dublin pour rencontrer Desmond et entrer dans une ligue d'amitié et de fidélité avec lui. En retour, l'année suivante, Desmond accuse l'évêque d'avoir fomenté l'assassinat de certains de ses serviteurs, comme les Annales du royaume d'Irlande le confirment : Pour préparer sa défense, le Parlement d'Irlande commande des lettres de recommandation en la faveur de Desmond et de son travail dans le Pale. Le tout est transmis au conseil du Roi, dont son chancelier George Neville et son trésorier Edmond Grey. Le comte de Desmond et l'évêque de Meath se rendent en Angleterre pour plaider leur affaire respective devant Édouard IV et ses conseillers. Après avoir entendu les différents points de vue de l'affaire, Édouard IV soutient Desmond. Il l'acquitte de toutes les accusations et allégations portées contre lui. D'ailleurs, Édouard renvoie le comte de Desmond avec maints cadeaux et son entière confiance et lui accorde aussi les honneurs de steward d'Ulster et de Connaught ainsi que l'octroi de quelques châteaux dans le Meath.

À l'époque où Desmond est à la cour anglaise, le puissant Richard Neville, comte de Warwick, propose au roi de se marier avec Bonne de Savoie, belle-sœur du roi de France Louis XI. Le roi Édouard avoue à Warwick en être le mari d'Élisabeth Woodville depuis plusieurs moisJohn Ashdown-Hill et Annette Carson sur leur article " L'exécution du comte de Desmond ", Richard III Society (2005), p .2.. Après la violente réaction de Warwick, le roi découvre avec mécontentement que son mariage ne sera pas aussi facilement accepté par ses barons qu'il l'avait imaginé. Édouard tient l'opinion de Desmond en haute estime. Dans un entretien privé, le roi demande à Desmond de s'exprimer au sujet de son mariage avec la reine Élisabeth. Le comte, non sans réticence, l'informe qu'en contractant mariage avec Élisabeth Woodville, veuve du lancastrien John Grey, le roi Édouard commet une mésalliance. La reine Élisabeth est de naissance trop basse pour un roi mais trop élevée pour être sa maîtresse. Desmond lui conseille de divorcer afin d'épouser une princesse de sang pour créer une alliance majeure avec un pays étranger. Immédiatement, Desmond retourne en Irlande en faveur du roi. Probablement quelques années plus tard, à la suite d'un revers militaire contre les O'Connor de Faly, Desmond et son beau-frère, Kildare, sont soupçonnés par le roi de promouvoir l'avis de Warwick. Desmond a alors des liens spécifiques avec les Neville grâce à la comtesse de Warwick Anne de Beauchamp, qui est sa petite cousine au deuxième degré. Cela constitue une bonne raison pour Édouard IV de retirer toute sa confiance à Desmond.

Dissension au pouvoir vignette|L'Irlande médiévale au .