La finale du championnat d'Europe 1976 oppose la Tchécoslovaquie à l'Allemagne de l'Ouest le à Belgrade dans le stade de l'Étoile rouge et est arbitrée par l'Italien Sergio Gonella.
En demi-finales du tournoi à quatre organisé en Yougoslavie, la Tchécoslovaquie et l'Allemagne sont contraintes de disputer la prolongation pour battre respectivement les Pays-Bas (3-1) et la Yougoslavie (4-2).
En finale, la Tchécoslovaquie ouvre le score rapidement puis double la mise avant la demi-heure de jeu. L’Allemagne de l’Ouest réagit directement en réduisant le score seulement quelques minutes après le second but tchécoslovaque. Durant le reste du match, les Allemands poussent et parviennent finalement à égaliser à la dernière minute. En prolongation, aucune équipe ne marque. Exceptionnellement et selon un accord avant le match, une séance de tirs au but se déroule, offrant à la Tchécoslovaquie un titre de champion d'Europe (5-3). Le « penalty » tchécoslovaque victorieux, lobé au centre du filet, est marqué par Antonín Panenka, dont le nom est désormais synonyme d'un geste technique particulier.
Dans un contexte de tension croissante entre le bloc de l'Ouest et le bloc de l'Est, la confrontation entre l’Allemagne de l’Ouest et la Tchécoslovaquie marque l’histoire du football en mettant fin à la règle de la finale à rejouer en cas de match nul.
Contexte
Contexte géopolitique
La finale prend place durant un contexte de tensions géopolitiques qui s'étend sur le domaine du sport. Le rideau de fer sépare l'Europe de l'Ouest sous influence américaine à l'Europe de l'Est sous domination soviétique.. Si la Tchécoslovaquie a été envahie en 1968 à la suite du printemps de Prague par le pacte de Varsovie et est sous totale domination communiste, l'Allemagne de l'Ouest est le symbole du libéralisme américain. Deux idéologies s'affrontent ainsi indirectement durant ce match. De plus, le sport est au service de la propagande et une victoire à l'Euro est un signe de puissance ; les derniers vainqueurs de la compétition sont du bloc de l'Ouest et l'Union soviétique aimerait voir un pays sous son influence l'emporter..
Contexte sportif
La phase finale, comprenant demi-finales, petite finale et grande finale, a lieu en Yougoslavie, pays hôte, entre le 16 et le . La veille de la finale, le match pour la troisième place est remporté par les Pays-Bas..
La RFA aborde cette finale en tant que championne d'Europe et du monde en titre, grâce à des victoires en finale contre l'Union soviétique (Euro 1972) et les Pays-Bas (mondial 1974). C'est alors la sélection nationale la plus forte de l'époque. La Tchécoslovaquie, au contraire, n'avait pas réussi à franchir la phase de groupes éliminatoire de l'Euro en 1972, terminant en tête à égalité de points avec la Roumanie mais éliminée à la différence de buts.. De même, le pays ne s'était pas qualifié pour la phase finale de la Coupe du monde de 1974, devancé par l'Écosse dans le groupe 8 des éliminatoires..
Les deux sélections se sont affrontés sept fois auparavant, dont deux fois en Coupe du monde, en 1934 (victoire tchécoslovaque en demi-finale) et en 1958 (match nul).. La dynamique semble plus avantageuse pour l'Allemagne de l'Ouest qui reste sur deux victoires finales lors des deux derniers grands tournois internationaux.. Néanmoins, la Tchécoslovaquie reste invaincue face à l'Allemagne en compétition officielle..
Avant-match Parcours des finalistes Les deux finalistes ont dû s'employer durant 120 minutes en demi-finale pour venir à bout de leur adversaire, dans des conditions difficiles. En termes de récupération, les Tchécoslovaques partent cependant avec un petit avantage car ils ont joué un jour plus tôt que les Allemands.
Note : dans les résultats ci-dessous, le score du finaliste est toujours donné en premier. Le score de l'équipe évoluant à domicile est précédé d'un astérisque. AdversaireRésultat (groupe 1)Groupes éliminatoiresAdversaireRésultat (groupe 8)0 – *3Match 12 – *2*4 – 0Match 21 – *0*5 – 0Match 31 – *1*2 – 1Match 4*1 – 11 – *1Match 5*1 – 03 – *0Match 6*8 – 0 |style="background:#c1e0ff"| |colspan=4 valign=top style="font-size:90%"|
'|} |- style="background:#c1e0ff" |Adversaire |colspan=3|Résultat | |Adversaire |colspan=3|Résultat |- |align=left| |colspan=3|*2 – 0 (aller)2 – *2 (retour) |style="background:#c1e0ff"|Quarts de finale |align=left| |colspan=3|1 – *1 (aller)*2 – 0 (retour) |- |align=left| |colspan=3|3 – 1 |style="background:#c1e0ff"|Demi-finales |align=left| |colspan=3|4 – *2
Contexte du match Müller conserve sa place dans l'équipe d'Allemagne de l'Ouest en tant que titulaire, remplaçant Danner. Ján Švehlík entre en jeu pour la Tchécoslovaquie, car Pollák est suspendu pour la finale après avoir été expulsé lors de la demi-finale. Il s'agit de la huitième rencontre entre les deux équipes, chacune en ayant remporté trois. Le match le plus récent est un amical en remporté par l'Allemagne 3–0..
Bien que la Tchécoslovaquie soit considérée comme outsider., .
La finale est notamment diffusée en direct au Royaume-Uni sur le réseau ITV, ce qui n'est pas le cas en France où aucun match de la phase finale n'est retransmishttps://depot101.com/sujet/programme-tv-du-dimanche-20-juin-1976. Les médias français se désintéressent en effet de l'évènement car l'équipe de France a été éliminée en phase préliminaire dès l'automne précédent, sans oublier qu'un mois plus tôt les feux des projecteurs s'étaient portés sur l'AS Saint-Étienne et sa finale de Coupe d'Europe des Clubs Champions à Glasgow contre le Bayern de Munich.
La finale a lieu le dimanche en soirée au stade de l'Étoile rouge, devant spectateurs, et est arbitrée par l'Italien Sergio Gonella. qui deux ans plus tard arbitrera la finale de la Coupe du monde en Argentine. Ce match est l'occasion pour Beckenbauer de signer sa centième cape avec la sélection allemande...
20 juin 1976, l'impossible séance de tirs au but devenue possible
La tenue d'une séance de tirs au but ce jour-là n'était normalement pas possible. En effet, en cas d'égalité après prolongation, le règlement prévoyait que le match soit rejoué quarante-huit heures plus tard, soit le mardi . Et c'est seulement à l'issue de ce deuxième match que les tirs au but pouvaient éventuellement avoir lieu. La règle de la finale à rejouer dans les grandes compétitions de football était d'ailleurs la norme à l'époque. Ainsi, la finale du championnat d'Europe des nations 1968 avait été rejouée, tout comme la finale de la Coupe d'Europe des clubs champions en 1974.
Mais la perspective d'enchaîner trois matchs en cinq jours pour un total d'au moins cinq heures et demie de jeu n'enchantait guère Helmut Schön, l'entraîneur de la Mannschaft, voyant ses joueurs émoussés par une longue saison et déjà entamés par une éprouvante demi-finale allée jusqu'au bout de la prolongation. La rumeur dit aussi que certains joueurs et avaient hâte d'en finir avec la compétition. Ainsi, quelques heures avant le coup d'envoi, le président de la Fédération allemande de football (DFB) Hermann Neuberger soumet la proposition à l'UEFA, après concertation avec son homologue tchécoslovaque (dont l'équipe avait également disputé la prolongation en demi-finale), de ne pas rejouer la finale en cas d'égalité après prolongation, mais de passer directement aux tirs au but. L'UEFA accepte, les trois parties tombent donc d'accord : le match ne serait pas rejoué et la séance de tirs au but aurait éventuellement lieu le soir même...
Les Tchécoslovaques accueillent favorablement cette modification exceptionnelle de dernière minute car, n'étant pas favoris, une possible séance de tirs au but dès le premier soir pourrait en effet leur donner des chances supplémentaires.. D'autant que, la règle étant déjà applicable en demi-finale, l'équipe tchécoslovaque s'était préparée à cette éventualité pendant l'entraînement avant le tournoi, Panenka s'exerçant même depuis plusieurs mois avec une nouvelle façon de tirer les pénaltys aussi surprenante qu'efficace.. Les joueurs allemands ne sont en revanche pas spécialement préparés, ils sont même pris de cours en apprenant la nouvelle dans le vestiaire avant le coup d'envoi de la finale..
Déroulement du match
Première mi-temps alt=Photo de Nehoda, Masopust et Viktor en 1974|vignette|De gauche à droite, Zdeněk Nehoda, Josef Masopust et Ivo Viktor en décembre 1974, trois figures de la sélection tchécoslovaque. Deux d'entre eux joueront la finale. La Tchécoslovaquie ouvre le score à la huitième minute grâce à Švehlík : Masný lui passe le ballon à l'entrée de la surface de réparation et son tir est repoussé par Maier. Le ballon revient à Nehoda, qui le transmet devant le but, Ondruš le manque, mais Švehlík le reprend et marque. Il est ensuite frappé au visage par un coup de coude de Schwarzenbeck et doit recevoir des soins, mais le joueur allemand n'écope d'aucun carton. Dans la suite du match, Müller passe ensuite à Viktor sur l'aile droite, mais Maier sort pour contrer l'occasion de but. Le gardien tchécoslovaque repousse ensuite une frappe puissante de Bonhof, puis détourne au-dessus de la barre une frappe enroulée de Hölzenbein. À la moitié de la première mi-temps, Schwarzenbeck commet une faute sur Koloman Gögh ; Masný tire le coup franc qui est dégagé par Beckenbauer jusqu'à Dobiaš, lequel marque d'une demi-volée qui trompe Maier et porte le score à 2–0. En moins de quatre minutes, l'Allemagne réduit l'écart : sur un centre de Bonhof, Müller inscrit son quatrième but international d'une reprise de volée qui termine dans le but tchécoslovaque.
Seconde mi-temps et prolongation Pendant la pause, le sélectionneur allemand Helmut Schön effectue son premier changement en remplaçant Wimmer par Flohe. En début de seconde période, le nouvel entrant perd le ballon et permet à Švehlík de tenter sa chance, mais sa frappe passe à côté du but allemand. Müller tire ensuite, mais Viktor bloque le ballon et récupère le rebond devant Beer. À la minute, un tir de Hoeneß est dévié par un défenseur, puis la reprise de Beer est arrêtée par Viktor, avant que Hoeneß ne touche le poteau. Schwarzenbeck dégage ensuite un tir d'Ondruš sur sa ligne de but, puis Viktor réalise des arrêts face à Bonhof et Beckenbauer. Une tête de Nehoda heurte le poteau du but allemand, avant que Viktor ne détourne au-dessus de sa barre un coup franc dévié de Bonhof. À environ dix minutes de la fin du temps réglementaire, les deux équipes procèdent à des remplacements : Ladislav Jurkemik entre en jeu pour la Tchécoslovaquie à la place de Švehlík, tandis que l'Allemagne remplace Beer par Hans Bongartz. Dans la dernière minute du temps réglementaire, l'Allemagne obtient un corner, que Hölzenbein reprend de la tête au premier poteau pour tromper Viktor. Cette égalisation sur le fil envoie les deux équipes une nouvelle fois en prolongation.. alt=Photo de Maier en 1967|vignette|Sepp Maier (au milieu), portier allemand qui encaisse le penalty final de Panenka. Viktor réalise des arrêts face à Flohe et Müller, mais aucun but n'est inscrit durant les supplémentaires, le score final est de deux buts partout. À la fin du match, conformément à ce qui a été décidé le jour même, les joueurs restent sur le terrain pour effectuer la première séance de tirs au but dans l'histoire des grands tournois internationaux de football.
Séance de tirs au but