Les nouvelles techniques de sélection des plantes, appelées aussi nouvelles techniques de sélection végétale, nouvelles techniques d'amélioration des plantes ou nouvelles techniques génomiques (NTG); en anglais : (NBT) ou » ou (NGT)., ou encore nouveaux OGM, sont les techniques d'édition génomique employées dans le domaine de la sélection végétale pour développer de nouvelles variétés cultivées (cultivars) de plantes dites « nouvelles plantes génétiquement modifiées », modifient le génome sans nécessairement introduire d'ADN étranger. Un jugement de la Cour de justice de l'Union européenne précise que les organismes issus des nouvelles techniques de mutagénèse doivent être soumis à la directive 2001/18 et doivent par conséquent être considérés comme des OGM dans l'Union européenne.
Historique Au début des années 2010, nombre de ces techniques sont rassemblées, pour la première fois, sous l'appellation « NBT » par un rapport (2011) du Centre commun de recherche de l'Union européenne.. Individuellement, elles peuvent cependant être anciennes, comme la pratique de la greffe, ou récentes, comme CRISPR-Cas9 mise au point en 2012.
Au milieu des années 2010, les NBT sont présentées comme plus précises que les techniques de transgénèse classique, et produisant des organismes visuellement similaires à des produits qui auraient été obtenus après un long travail de sélection conventionnelle. Elles permettent un ciblage moléculaire (), à un coût financier moindre..
Le , Le Conseil européen adopte de nouvelles règles pour stimuler la durabilité et la compétitivité des systèmes alimentaires de l'UE.
Cadre, contentieux juridiques et jurisprudence Union européenne La Cour de justice de l'Union européenne dans un jugement rendu sur le statut réglementaire des variétés issues des biotechnologies végétales établit que les organismes issus des nouvelles techniques de mutagénèse doivent respecter la directive 2001/18 et donc être considérés comme des OGM, et donc soumis aux mêmes mesures de précaution, d'évaluation des incidences et de traçabilité prévues par cette directive.... à une exception près selon un arrêt rendu le , par la CJUE, relatif à l'une des NBT : la mutagenèse aléatoire in vitro, qui permet d'induire des mutations sans introduire de gènes étrangers. Cet arrêt est un revirement par rapport à une jurisprudence antérieure (dont celle de 2018) : il déclare que les organismes ainsi obtenus peuvent être exclus du champ d'application de la directive européenne sur les OGM, et pourraient donc ne pas être soumis aux mêmes obligations d'étiquetage et de traçabilité que les OGM dits transgéniques. Seule la mutagenèse aléatoire in vitro est concernée.
Le , après des mois de débat, l'Union européenne, fixe un nouveau cadre provisoire, qui autorise certaines nouvelles techniques génomiques (NGT), soumises à la validation formelle du Parlement et du Conseil, en distinguant deux catégories : les NGT de catégorie 1 (obtenues par un nombre limité de mutations sans ajout d’ADN étranger), qui seront traitées de manière allégée et considérées comme équivalentes aux variétés classiques ; les NGT de catégorie 2, qui resteront soumises au cadre strict des OGM. Les NGT conférant une résistance aux herbicides ou une production de molécules insecticides restent interdites pour des raisons de soutenabilité. Ce compromis intègre les demandes de l'agroindustrie (organisations agricoles et semencières), qui évoquait la compétitivité et l'adaptation climatique de l'agriculture, tout en suscitant l'opposition d’ONG et de la filière bio qui déplorent l'absence de traçabilité et d’étiquetage des produits finis et un risque accru de concentration des brevets, alors que le Parlement (en ) demandait l'étiquetage et l'absence de brevets (l’étiquetage sera limité aux sacs de semences, privant le consommateur final d'information, et les brevets ne seront pas interdits). Ce texte doit encore être ratifié pour entrer en vigueur. Il soulève de nombreuses oppositions, en particulier de certains syndicats agricoles, du fait des enjeux de propriété intellectuelleGabriel Grésillon, « Nouveaux OGM » : la grande volte-face de l'Europe, Les Échos, 11 décembre 2025..
Le , les autorités belges ont accordé une autorisation d’urgence de cent vingt jours au Calantha pour lutter contre le doryphore de la pomme de terre (alors que la filière connait une grave surproduction). Deux ONG déposent aussitôt un recours en annulation contre cette autorisation.
Hors de l'Union européenne Hors de l'Union européenne, des États ont réglementé le développement des nouvelles techniques de sélection des plantes.
Le Département de l'Agriculture des États-Unis n'a pas souhaité réglementer les plantes créées grâce aux NBT, tant que celles-ci auraient pu être obtenues par les méthodes de sélection classiques, sauf pour les variétés de plantes sécrétant des pesticides, ou tolérantes à des pesticides« Secretary Perdue Issues USDA Statement on Plant Breeding Innovation », U.S. Department of Agriculture, 28 mars 2018..
Au Canada, la législation se focalise sur le caractère « nouveau » d'un trait, indépendamment de la manière dont une variété en a été dotée, que ce soit par sélection traditionnelle ou par d'autres méthodes, parmi lesquelles les NBT..
Au Brésil, l'autorisation des variétés NBT se base, depuis , sur une évaluation au cas par cas centrée sur les caractéristiques de la plante et la présence ou non d'ADN d'une autre espèce. De plus, la Commission technique nationale de biosécurité prend en compte l'éventualité que la variété ait pu être autorisée dans un autre pays.
L'Argentine a adapté sa législation pour être en accord avec le protocole de Carthagène en privilégiant une approche au cas par cas. Dans l'éventualité où il n'y a pas d'ADN provenant d'une autre espèce ou d'ADN recombinant dans la plante finale, les autorités argentines considèrent que les plantes issues font l'objet de la même réglementation que les variétés traditionnelles..
Techniques Liste de « nouvelles techniques de sélection des plantes » (NBT) Selon Lusser (2012), selon Vanuxem (2018) et selon les travaux du Centre commun de recherche européen et du Haut Conseil des biotechnologies françaisNote sur les « nouvelles techniques » du comité scientifique du HCB , site du HCB, 19 janvier 2016., l'appellation recouvre une dizaine de techniques utilisant divers « outils Omics » (génomique, transcriptomique, protéomique, métabolomique...) et biotechnologiques (phénotypage haut-débit notamment) : cisgénèse et intragénèse ; greffage (avec un greffon ou un porte-greffe transgénique) ; agroinfiltration ; modulation de l'expression des gènes par RdDM (interférence par ARN, méthylation de l'ADN assistée par ARN) ; sélection inverse (reverse genetics), ou dans sa version biotechnologique « approche TILLING » (Tilling signifiant Targeting Induced Local Lesions in Genomes), une méthode partant directement du génotype (ici, la mutation souhaitée) pour induire et sélectionner un phénotype d'intérêt. Autrement dit, il s'agit d'identifier et sélectionner des individus porteurs de mutations génétiques spécifiques (ou de caractéristiques souhaitées), contrairement à la sélection traditionnelle qui, elle, observe les phénotypes pour choisir et reproduire ou dupliquer les meilleurs individus. La sélection inverse n'est pas nouvelle (elle a été utilisée dans les années 1920, par les frères Heck, directeurs de zoos en Allemagne, pour "reconstituer" un animal physiquement proche des derniers aurochs disparus en Pologne en 1627) mais les sélectionneurs disposent maintenant d'outils génomiques leur permettant d'analyser directement le génome (des plantes principalement) pour y repérer les mutations ou les gènes d'intérêt (qui peuvent eux-mêmes être ceux obtenus par des technologies telles que CRISPR-Cas9). Avec ces outils, la sélection inverse réduit le délai nécessaire pour obtenir une nouvelle espèce (on parle aussi de nouveaux OGM) ou une variété nouvelle, stable, tout en augmentant la précision des modifications génétiques. Concrètement : une population mutée est générée (via un agent mutagenèse, chimique ou autre) ; puis un criblage permet d'identifier chez ces individus mutants ceux qui auraient un ou plusieurs gènes d'intérêt. Une fois ces mutations identifiées, on peut ensuite observer leur impact phénotypique. Avec le Tilling, l'identification moléculaire précède la caractérisation fonctionnelle.. mutagénèse dirigée par oligonucléotides ; nucléases dirigées SDN (Site Directed Nuclease pour les anglophones) : méganucléases ; ZFN (nucléase à doigt de zinc) ; Nucléase effectrice de type activateur de transcription ou TALEN (pour Transcription activator-like effector nuclease) ; CRISPR-Cas9 ; biologie de synthèse, incluant la « génomique de synthèse » et l'édition de gènes.
Certaines de ces techniques (comme la sélection inverse) ne sont pas spécifiques au domaine végétal, ou ne sont pas réellement nouvelles (comme la greffe, par exemple). En outre, ces différentes techniques sont susceptibles d'être utilisées simultanément ou en complément d'autres techniques comme la sélection génomique. Ainsi, la capacité dAgrobacterium à introduire de nouveaux gènes dans une plante (c'est-à-dire l'agroinfiltration) est utilisée comme vecteur pour l'introduction des nucléases issues de différentes techniques (ZFN, TALEN ou CRISPR-Cas9)...
Objectifs Les NBT permettent d'« améliorer » des plantes de manière plus précise et plus rapide qu'avec les méthodes traditionnelles, en induisant plusieurs types d'effetsP. Mollier, « ABC des nouvelles biotechnologies de modifications ciblées du génome », site de l'INRA, le 15 juin 2015. : l'inactivation d'un gène, la modification d'un gène, l'insertion d'un gène.
Intérêts Les nouvelles techniques de sélection des plantes se distinguent par leur capacité à cibler et modifier le génome des plantes, et d'obtenir rapidement des variétés stables, à la différence des méthodes classiques de sélection végétaleP. Rogowsky, Promesses et limites des nouveaux outils de sélection végétale (NBT), présentation lors des rencontres « Agriculture & Innovation 2025 » au salon international de l'agriculture, le 3 mars 2016. qui procèdent par croisements et qui prennent plusieurs années supplémentaires. Par rapport aux OGM (organismes génétiquement modifiés), les plantes obtenues par les techniques NBT sont réputées se caractériser par l'absence d'ADN étranger. De même, avec l'utilisation des NBT « rien ne permet de différencier une modification naturelle d'une modification volontaire », estime Léon Otten, chercheur à l'Institut de biologie moléculaire des plantes du CNRS. Ainsi, une plante à fleurs sur 20 serait naturellement modifiée par des agrobactéries, qui y insèrent une partie de leurs gènes. Parmi les espèces végétales concernées par ces insertions horizontales de gènes extérieurs, on compte le théier, le houblon, la patate douce, le tabac ou la banane.
L'utilisation des NBT vise à permettre : une action limitée aux gènes d'intérêt ; l'absence de recours à de l'ADN étranger ; l'édition multiple d'un gène ; l'édition simultanée de plusieurs gènes ; l'élargissement maîtrisé de la base génétique d'une espèce ; le développement de tout trait d'intérêt agronomique ou écologique ; la domestication accélérée d'une espèce.
Risques