La troménie de Locronan désigne deux cérémonies religieuses consistant en une troménie (procession circulaire) et ayant lieu à intervalles réguliers à Locronan, dans le département du Finistère en France, autour de l'oratoire et de l'église Saint-Ronan. Ce pèlerinage revendique une tradition plus que millénaire, il serait né au ou au plus tard au début du , à l'instigation des comtes de Cornouaille désireux d'entretenir le culte du saint breton..

La « Grande Troménie » fait environ douze kilomètres de long et parcourt les limites d'un ancien espace sacral entourant le monastère et jouissant d'immunités, devenu un minihi (du breton Tro minihi, devenu « Troménie »). Cette Grande Troménie a lieu tous les six ans, entre le et le de juillet.

La « petite Troménie » se déroule annuellement, lors des cinq années séparant deux grandes troménies, sur un parcours plus court, le de juillet. vignette|Carte du parcours de la Troménie de Locronan datant de 1923 (par l'abbé Ronan Guéguen)

Grande Troménie Bien que le rituel contemporain de la Troménie soit éminemment catholique, son circuit aurait des racines celtiques, si l'on suit l'hypothèse du chercheur Donatien Laurent ; d’ailleurs le bois du Névet conserve la trace toponymique d'un nemeton, espace sacré dans lequel les druides officiaient.

Celui-ci affirme que le site de Locronan est un véritable « sanctuaire naturel », le parcours de la Grande Troménie (en gros un carré) illustrant « les douze mois de l'année celtique que découpent les douze stations sur le chemin de la Troménie », la première station, située à l'ouest du bourg de Locronan, consacrée à Saint-Eutrope, illustrant en fait le qui est l'entrée dans la saison sombre, le Samain du calendrier celtique ; la quatrième station, située près d'une fontaine dans la vallée du Styvell, à l'endroit le plus bas du parcours, représenterait le , point médian du semestre hivernal celtique et, dédiée aujourd'hui à Sainte Anne (c'est la station la plus proche de Sainte-Anne-la-Palud), elle était par le passé dédiée à Notre-Dame de Bonne-NouvelleDésormais, c'est la cinquième station qui est dédiée à Notre-Dame de Bonne-Nouvelle ; elle aurait évincé saint Laurent, qui est honoré désormais par une simple hutte située à proximité de la cinquième station., héritière catholicisée de la déesse celte Brigit ; la , située dans l'angle nord-est du carré que constitue le parcours, près du hameau de Leustec, est dédiée à Saint Jean l'Évangéliste et évoquerait le de l'année celtique, le moment symbolique où, dans ce calendrier, on passe de la saison sombre à la saison claire ; la , dédiée à saint Ronan, et située à l'endroit le plus haut du parcours à Plas ar C'horn (la « place de la corne »), représenterait le , le milieu de la saison claire, date à laquelle les Irlandais fêtent Lugnasad (« l'assemblée de Lug ») et escaladent en procession le Croagh Patrick (dans cette hypothèse, saint Ronan serait donc un avatar du dieu Lug), dieu suprême du panthéon celtique, « solaire » et « lumineux » et ..

Donatien Laurent montre aussi les correspondances entre les alignements des mégalithes (certains ont disparu de nos jours) et l'emplacement des stations de la Troménie, avec l'existence d'un « centre astronomique » situé en plein milieu du carré que forme le parcours de la Troménie, près du hameau du Menec et montre des analogies, citant Georges Dumézil, avec des rituels de l'Inde védique et même avec le rituel de la fondation de Rome (un attelage de bœufs qui ouvre des sillons de quatre côtés) qui ne sont pas sans rappeler l'attelage de bœufs qui conduisait le corps de saint Ronan selon la Vita Romani et prouverait que ce rituel de la Grande Troménie aurait même des racines indo-européennes.

Le « lit de saint Ronan » ou « chaise de saint Ronan » ou « bateau de Saint Ronan » ou « jument de pierre » est un rocher naturel ou un menhir couché de 13 mètres de pourtour situé sur le flanc de la montagne de Locronan et auquel est attaché un certain nombre de légendes concernant le saint : il aurait servi d'embarcation à saint Ronan lors de sa venue d'Irlande (bateau de pierre), il combattrait la stérilité en permettant aux femmes se couchant dessus d'enfanter (jument de pierre) ou encore le saint aurait eu l'habitude de s'y asseoir pour contempler la Baie de Douarnenez. Ce rocher est intégré au parcours de la Grande Troménie de Locronan.. thumb|La « jument de pierre » (ou « chaise de saint Ronan ») au début du (carte postale). La « jument de pierre », dite aussi « chaise de Ronan », serait le reste d'un phallus géant associé à un culte de la fécondité qui aurait dominé Locronan à l'époque néolithique et cassé en trois morceaux dont deux auraient disparu, débités. Les Celtes, puis les Chrétiens auraient conservé ce culte. Jules Barbot en 1901 écrit : « Au commencement du , les femmes stériles se frottaient sur deux rochers de Locronan. (…). Il y a peu d'années, les jeunes épousées venaient se frotter le ventre à la « jument de pierre » (…) ; les femmes stériles se couchaient sur elle pendant trois nuits consécutives, avec l'espoir de devenir mères ».. Cette croyance ne concernait pas que les classes populaires ; Jacques Cambry raconte :Encore récemment, des femmes s'asseyaient sur la « chaise de Ronan » et en faisaient le tour pour s'assurer d'une maternité, alors attribuée à l'intercession de saint Ronan..

L'affluence était telle lors des Grandes Troménies qu'elle provoquait souvent des désordres comme le prouve ce témoignage du chef de la brigade de Châteaulin en date du : « Le sieur recteur de Locronan (…) désiroit que deux de mes cavaliers eussent précédé les reliques assez près des bannières (…) afin d'y empêcher le tumulte et le désordre qui s'étoit rencontrées dans les autres Troménies passées (…) et les empescher d'être foulés, ainsi que les reliques d'estre renversées, rapport à la grande affluence qui s'y trouve.. » vignette|Troménie : reposoir avec statue en l'honneur des trépassés (vers 1903) Gustave Geffroy a décrit la Troménie en 1903 : thumb|Procession de la Grande Troménie de Locronan au début du (revue La Vie illustrée du ). La revue Le mois littéraire et pittoresque publie en juillet 1905 un long article décrivant la Grande Troménie :Lors de la Grande Troménie de 1911, qui dure une semaine, l'affluence est estimée à le premier dimanche, à le second dimanche..

La Grande Troménie de 1929 est décrite dans deux articles publiés par le journal L'Ouest-Éclair.. et celle de 1935 est présentée dans un article publié par le journal La Dépêche de Brest et de l'Ouest du ..

La Grande Troménie la plus récente s'est déroulée du 13 au , les trois précédentes ont eu lieu en , .. et 2019, tandis que la prochaine aura lieu en 2031.

Lors des deux dimanches de la Grande Troménie, le départ de la grande procession est donné à 14 heures et celle-ci se conclut au retour, environ six heures plus tard, par une cérémonie religieuse dans l'église. Sur un parcours de , les pèlerins suivent un cortège formé par les bannières des communes environnantes portées tout au long du trajet par les habitants revêtant pour l'occasion le costume traditionnel breton, le tout ponctué de cantiques, de courtes prières et de la lecture d'un évangile à chacune des douze stations.

Itinéraire et stations de la Grande Troménie vignette|Parcours de la Grande Troménie 2019. L'itinéraire, qui part de la chapelle du Pénity, suit autant que possible la trace des anciens sentiers censés avoir été empruntés par saint Ronan lui-même. Il passe par des routes, chemins et sentiers existants mais traverse aussi bois, prairies et champs cultivés, avec l'accord des propriétaires, ce qui en fait un circuit éphémère uniquement accessible pendant les huit jours de la Grande Troménie. La « voie sacrée » comprend 12 stations et 44 reposoirs fleuris constitués de huttes de branchages recouvertes de draps blancs et abritant des statues venant de Locronan et des paroisses voisines, veillées par un fabricien muni d'une cloche pour signaler sa présence. L'itinéraire passe également par la « jument de pierre » ou « chaise de saint Ronan », qui est située peu après la dernière station. thumb|Troménie de Locronan : une chapelle de piété, dédiée à saint Laurent, lors de la Grande Troménie de 2019.

Stations Première station : saint Eutrope Deuxième station : Le Père éternel (statue de l'Ecce homo) Troisième station : saint Germain d'Auxerre Quatrième station : sainte Anne la Palud Cinquième station : Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (une chapelle lui est dédiée à Locronan) Sixième station : saint Milliau Septième station : saint Jean l'évangéliste Huitième station : saint Guénolé Neuvième station : saint Ouen Dixième station : saint Ronan à Plas ar c'horn (le « lieu de la corne », qui commémore l'endroit où la corne du bœuf de saint Ronan se brisa) où se trouve la chapelle Ar Sonj (le Songe), au sommet de la montagne de Locronan. C'est la station la plus importante de la Troménie. Onzième station : saint Théleau Douzième station : saint Maurice Yves Hascoët, dans sa thèse consacrée aux Troménies bretonnes, a longuement décrit chaque station de la Grande Troménie..

Petite Troménie Son itinéraire est beaucoup plus court, sa longueur faisant à peine la moitié du parcours de la Grande Troménie, et emprunte des routes existantes. Il mène directement à Plas ar c'horn (la station de saint Ronan), puis suit sur le chemin du retour un tronçon commun avec la Grande Troménie avant de bifurquer vers le bourg de Locronan. La petite Troménie se déroule tous les ans le deuxième dimanche de juillet (par exemple le )., lorsqu'il n'y a pas de Grande Troménie.

Voici une description de la petite Troménie de 2010 :

Notes et références

Bibliographie .

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