Le fluopyram, ou fluopyrame, est un fongicide, une sous-classe de pesticides utilisé en agriculture contre diverses affections fongiques telles que l'oïdium, la tavelure du pommier, et les affections à Botrytis cinerea, Alternaria, Sclerotinia et Monilinia. Il fait partie de la famille des pesticides dits inhibiteurs de la succinate déshydrogénase (SDHI) qui inhibent la fonction respiratoire des mitochondries chez presque tous les êtres vivants (bien qu'avec des différences de sensibilité et de possibles phénomènes de résistance) ., ce qui les rend non spécifiques (non sélectif) ; de ce fait, il sont aussi vendus comme nématicides.. Se montrant très stable (persistant) dans le sol, il pose des problèmes écotoxicologiques. Ses résidus présents sur certains aliments et produits agricoles se montrent aussi très stables, et notamment résistants aux traitements thermiques (pasteurisation, ébullition ou stérilisation). Les produits de dégradation de ces résidus incluent deux métabolites problématiques : TFA acide trifluoroacétique

Histoire C'est un pesticide relativement jeune, initialement enregistrée comme tel aux États-Unis en 2012 par l'EPA (Environmental Protection Agency).

Son développement (par Bayer) remonte à la fin des années 2000, avec des soumissions de dossiers dès 2008 en Chine et dans le cadre de procédures d'examen conjoint de l'OCDE. En Europe : ce produit a été approuvé par le Règlement d'exécution (UE) 802/2013, avec une date d'entrée en vigueur effective au (autorisation prévue pour dix ans, prorogée à plusieurs reprises, notamment par le règlement 2024/324 et valide jusqu'au ). En France, mis sur le marché (sous les noms Luna Privilège ou Raxil Star) concomitamment à l'approbation européenne avec de premières homologations pour des spécialités commerciales, délivrées par l'Anses dès le début de l'année 2014.

Principe d'activité Ce fongicide, de la famille des pesticides SDHI, est un inhibiteur de la respiration cellulaire qui agit en bloquant la succinate déshydrogénase (complexe de la chaîne respiratoire).

Toxicité, écotoxicité Peu d'études récentes ont été produites sur cette molécule. Elle est à ce jour considérée comme peu toxique pour l'homme (faiblement irritant pour la peau et l'œil) mais les expériences sur l'animal le laboratoire désignent le foie comme organe cible principal (hypertrophie hépatique, modifications enzymatiques, lésions histologiques chez le rat et la souris à doses répétées) et d'autres effets, plus systémiques ont été observés pour les doses élevées (modification du poids corporel et de paramètres hématologiques et biochimiques à doses plus élevées).

Devenir dans les sols Le fluopyram a une forte stabilité hydrolytique : selon la FAO, il persiste, inchangé, dans des solutions tampons stériles aux pH 4, 7 et 9, même après stockage prolongé à température élevée ; seuls des produits de dégradation mineurs apparaissant à des niveaux très faibleshttps://www.fao.org/fileadmin/templates/agphome/documents/Pests_Pesticides/JMPR/Report10/Fluopyram.pdf.

Sous irradiation lumineuse artificielle, la molécule subit une photodégradation en solution, mais qui reste modérée : les résidus ne diminuant que d'environ un tiers en 15 jours, avec formation d'un métabolite lactame majoritaire, et de plusieurs produits mineurs ; les constantes cinétiques indiquant des demi‑vies de l'ordre de trois à quatre semaines.

Dans le sol, les études utilisant du fluopyram radio marqué montrent une grande stabilité de la molécule en conditions d'irradiation, sans production notable de volatils ni de métabolites organiques détectables, la minéralisation en dioxyde de carbone restant marginale et l'accumulation de résidus non extractibles demeurant faible.

Concernant le métabolisme aérobie du fluopyram dans divers sols européens, les études ont montré ou confirmé une dégradation lente de la substance active (demi‑vies cinétiques de premier ordre comprises entre environ six et onze mois, et formation de métabolites en faibles proportions, principalement le dérivé hydroxylé 7‑OH (5%), le BZM, le PCA, le TCA et le métabolite méthyl‑sulfoxyde, apparaissant à des niveaux inférieurs à quelques pourcents du résidu total pour la plupart, sauf le l'acide trifluoroacétique ou TCA pour lequel 14,5% de l'équivalent de la molécule-mère sont retrouvés dans le sol selon Bayer (2021) BAYER (2021) Document MCP – Section 9: Fate and behaviour in the environment ; Summary of the fate and behaviour in the environment Fluopyram SC 500 (500 g/L) ; voir tableau du bas de la page 6/57 ; daté du 25 mars 2021 ; PDF, 57 pages |url= https://www.bayer.com/sites/default/files/M-765556-01-2.PDF.

Seul le métabolite 7‑OH se dégrade assez vite, avec des demi‑vies de l'ordre d'une à deux semaines). Dans deux sols américains étudiés sur un an, la dégradation du composé parent était encore plus lente, les demi‑vies dépassant parfois plusieurs centaines de jours (sans accumulation notable de métabolites intermédiaires, la minéralisation se limitant essentiellement à la production de dioxyde de carbone). Le schéma métabolique supposé postule une hydroxylation initiale, suivie d'une rupture de la molécule conduisant aux métabolites BZM et PCA, ce dernier évoluant vers le dérivé méthyl‑sulfoxyde. Ces produits de transformation seraient ensuite convertis en métabolites secondaires ou directement minéralisés, ou encore incorporé sous forme de résidus non extractibles dans la matrice du sol, traduisant une dégradation majoritairement microbienne et une forte persistance du composé parent dans les conditions aérobies étudiées.Les études de dissipation du fluopyram en conditions réelles montrent une disparition lente (et très variable selon le type de sol), avec une perte d'environ la moitié de la substance appliquée en quelques semaines à plusieurs mois, suivie d'une décroissance nettement plus progressive laissant encore quelques pourcents du résidu initial après deux ans, les temps nécessaires pour atteindre 90 % de dissipation dépassant fréquemment un à trois ans (avec donc une bioaccumulation possible si le produit est utilisé chaque année ou tous les deux ans : des essais d'application répétée faits en Europe montrent en effet une accumulation interannuelle notable, avec des concentrations résiduelles augmentant d'une saison à l'autre, signe d'une dégradation insuffisamment rapide pour éviter l'empilement des apports successifs. Les études américaines ont confirmé cette forte persistance dans le sol, et un comportement biphasique caractérisé par une phase initiale de dissipation plus rapide puis une phase lente conduisant à des demi‑vies allant de quelques semaines à plus d'un an, et des fractions résiduelles encore substantielles après près de deux ans.

Métabolites : dans le sol, ce sont principalement : 7‑OH, BZM et PCA qui n'apparaissent qu'à de faibles niveaux et uniquement dans les horizons superficiels (plus oxygénés et plus exposés à la lumière et au lessivage), disparaissant généralement en moins d'un mois pour BZM et PCA, tandis que 7‑OH peut persister ponctuellement à très faible concentration.

Selon la FAO, toutes les études disponibles attestent un comportement environnemental dominé par la persistance du fluopyram, une faible dégradation abiotique et une transformation limitée (en conditions de laboratoire comme in situ en champs), ce qui en fait un produit écotoxicologiquement problématique pour la microfaune (lombrics notamment) et la microflore fongique du sol.

Polluant de l'eau Selon la FAO, les données disponibles indiquaient que le meptyldinocap appliqué en traitement foliaire sur cultures permanentes présente une dissipation lente mais essentiellement confinée aux couches superficielles du sol, sans nécessité d'études approfondies de métabolisme ou de lessivage en raison de l'absence de cultures en rotation dans les usages concernés, d'une mobilité verticale très faible et d'une quasi-absence de lixiviation. Cependant des données récentes montrent que la molécule peut aussi contaminer certains captages d'eaux potable (eaux souterraines)

Début 2026, l'ONG Génération future alerte en effet sur les dépassements de norme dans l'eau potable en région Hauts-de-France, où 83 000 personnes et 46 communes reçoivent de la part de 17 unités de distribution de l'eau potable (UDI) une eau potable dont la teneur en fluopyram ne respecte pas en permanence les limites de qualité (0,1 µg/L) ; teneur dépassée d'un facteur 4 à 5 fois et de plus de 10 fois la limite de qualité réglementaire dans deux communes. Selon l'Agence régionale de santé (ARS) interrogée par l'AFP, l'une de ces UDI n'alimente en fait pas le circuit de distribution d'eau du robinet, faisant que « 30 communes » seraient concernées plutôt que 46..

polluant de produits agricoles ou viti-vinicoles

À titre d'exemple : des essais encadrés faits en Chine sur des concombres issus de l'agriculture non-bio, respectant les pratiques phytosanitaires homologuées prévoyant jusqu'à trois applications foliaires de fluopyram à 0,075 kg/ha avec un intervalle de 7 à 10 jours et un délai avant récolte de deux jours, ont montré des résidus sont présents sur le concombre mis en vente (de 0,05 à 0,19 mg/kg) inférieure à la recommandation d'une limite maximale de résidus de 0,5 mg/kg). Les études sur cultures de rotation ont montré que d'autres résidus, sans le sol, peuvent contaminer les racines, céréales et légumes-feuilles cultivés après le concombre, en raison d'une accumulation du produit dans le sol lors d'applications répétées ; et les investigations sur le devenir de ces résidus lors des traitements thermiques (simulant pasteurisation, ébullition ou stérilisation) montrent une grande stabilité du fluopyram. D'autres études reproduisant les pratiques domestiques ou industrielles de lavage, épluchage, cuisson et transformation confirment que la molécule persiste largement quelques que soient les procédés considérés. Dans la filière vini-vititicole on observe une forte réduction de la molécule dans le jus de raisin (non expliquée) alors que la diminution est moindre dans le vin. Et inversement, les procédés de déshydratation et de pressurage concentrent la substance ( la quantité de résidus triple dans le raisin sec et dans le marc de raisin frais (issus de la viticulture intensive). Les résidus dans les boissons ou produits liquides restent néanmoins faibles, avec un STMR‑P de 0,012 mg/kg dans le jus et de 0,1 mg/kg dans le vin. Ils sont par contre important dans les "déchets" issus de la filière vinicole qui peuvent faire l'objet d'une valorisation (par exemple en huile de pépin de raisin ou en alimentation animale).

Dans l'alimentation animale Quelques études ont porté sur sa présence dans l'alimentation animale. Elles ont montré qu'une administration expérimentale prolongée de fluopyram aux poules ou vaches laitières entraîne un passage "faible à modéré" de la molécule mère ou de ses produits de dégradation dans les oeufs, le lait et les tissus animaux, avec une accumulation dose-dépendante.

Les limites maximales de résidus sont de 0,1 mg/kg pour la viande de mammifères terrestres, 0,7 mg/kg pour les abats comestibles, 0,1 mg/kg pour la graisse et 0,07 mg/kg pour le lait.

dans le lait, la molécule-mère est généralement peu détectable (0,037 mg/kg en moyenne, sauf lorsque présente à dose élevée dans l'alimentation bovine) mais le gras du lait concentre davantage les résidus qui sont lipo-solubles (crème fraiche, beurre). Le métabolite BZM (benzamide) est dominant dans le lait et des métabolites oléfiniques sont faiblement présents (uniquement aux doses les plus élevées de contamination) ; dans la viande, le métabolite BZM domine aussi. Dans le muscle (viande rouge), les résidus de fluopyram sont à bas niveaux, mais le BZM peut atteindre des concentrations plus élevées ;