Les champignons hallucinogènes, champis, champignons magiques, ou encore magic mushrooms, sont des champignons possédant des propriétés hallucinogènes et enthéogènes dues à diverses molécules en fonction de leur espèce. Leur mode d'administration majoritaire est la voie orale (ingestion), une petite minorité se fumant..

Plus de fongiques sont répertoriées comme hallucinogènes, dont les plus importantes sont des Psilocybes, l'Amanite tue-mouche et le Claviceps purpurea. Consommés depuis des millénaires, notamment en lien avec des pratiques chamaniques et religieuses, leur popularité s'est accrue dans les années 1960, conduisant un nombre croissant d'États à réguler leur production et leur consommation.

Des études menées par l'université Johns-Hopkins ont montré que certains alcaloïdes issus des champignons hallucinogènes permettaient de réduire durablement l'anxiété et la dépression induites par des maladies graves telles que les cancers. D'autre part, des entreprises sont actuellement en train de développer des produits pharmaceutiques innovants basés sur la psilocybine afin de traiter certains problèmes mentaux.

vignette|Une poignée de Psilocybe semilanceata.

Une typologie équivoque

En plus des difficultés d'identification communes à tous les champignons, le recensement des espèces hallucinogènes comprend des obstacles spécifiques. Leur liste est susceptible d'être plus ou moins fournie selon les syndromes pris en compte, comme les polypores contenant de l'hordénine, de la N-méthyltyramine ou de la tyramine, qui provoquent des effets neurotropes légers. En outre, l'âge et l'environnement d'un même sporophore modifie la composition chimique et les capacités synthétiques d'un même champignon. La variation chimique sur lesquelles reposent les propriétés psychoactives continue après leur dessication, ce qui complique encore l'inventaire.

G. Guzman, J. Allen et J. Gartz répertorient 216 champignons hallucinogènes, qu'ils classent en quatre groupes : l'ergot du seigle qui secrète notamment de l'acide lysergique, les espèces à psilocybine et autres dérivés indoliques, celles qui renferment de l'acide iboténique comme l'Amanite panthère et enfin des champignons utilisés dans des rites sacrés mais pour lesquels aucune étude chimique sérieuse n'a été produite.

Sans compter l'ergot de seigle, Roger Heim regroupe les champignons hallucinogènes en trois groupes selon leur action psychotrope : les psychotoniques, dont les effets aphrodisiaques ou excitants s'accompagnent parfois d'hallucinations; les psychodysleptiques, suscitant des souvenirs et parfois des actes de violences; les psycholeptiques, autrement dit « oniriques ». Cette dernière catégorie, dans laquelle R. Heim inclut deux genres de Lycoperdon à titre d'hypothèse, est cependant invalidée, les expériences menées par Gastón Guzmán assurant leur caractère comestible et non narcotiqueJ.K. Misra, S.K. Deshmukh (editors), Fungi from differents environnments, Enfield: Science Publishers, 2009, , Lire en ligne.

Chimie moléculaire et biosynthèse

Les principes actifs les plus courants des champignons hallucinogènes sont deux dérivés indoliques, la psilocybine et la psilocyine. Ils sont présents dans les espèces de trois genres, les psilocybes, les strophaires et les panéoles. En 1958, Albert Hofmann et son équipe ont isolé ces deux alcaloïdes et ont établi leur structure moléculaire. D'après J. Gartz, la psilocybine provient de la phosphorylation de la baeocystine, elle-même issue de la tryptamine, tandis que la psilocine naît de la déphosphorylation de la psilocybine. Les teneurs en psilocine / psilocybine dans Psilocybe cubensis étaient de l'ordre de 0,14 à 0,42% / 0,37 à 1,30% dans le champignon entier (0,17 à 0,78% / 0,44 à 1,35% dans la tige), respectivement.

Le muscimole et l'acide iboténique sont les substances actives et toxiques des champignons dits psychotoniques ou délirogènes, comme l'Amanite tue-mouches (Amanita muscaria).

Symptômes Les conséquences somatiques, sensorielles, psychiques et émotionnelles

Les effets des champignons hallucinogènes dépendent de leur composition moléculaire et des substances psychoactives qu'ils engendrent. Les effets cliniques de la psilocybine se manifestent environ trente minutes après l'ingestion, durent généralement moins de quatre heures et disparaissent dans la journée.

Les syndromes consécutifs à la consommation de l'Amanite panthère et de l'Amanite tue-mouche, ainsi que d'espèce proches contenant également de l'acide iboténique et de la muscimole, sont similaires : délire atropinique, troubles de la conscience et de l'humeur, problèmes digestifs et, rarement, accès de salivation et de sueurs importantes L'acide iboténique agit comme l'acide glutamique, neurotransmetteur responsable de l'excitation du système nerveux central. La structure du muscimole, semblable à un neurotransmetteur inhibiteur, endort et entraîne parfois le coma.

L'ergot de seigle entraîne des maux gastriques, des convulsions, une modification de la tension artérielle, une lésion des membres et des brûlures internes.

Les propriétés hallucinogènes

Les propriétés hallucinogènes que partagent ces champignons se ressemblent dans leur manifestation mais varient dans leur intensité et dans leur durée. Les Psilocybes provoquent des hallucinations visuelles souvent très précises ainsi que des hallucinations auditives, tactiles et somesthésique à des doses plus fortes. L'ergot de seigle contient de l'acide lysergique, dont l'un des dérivés est le LSD. L'isomère dextrogyre du LSD est l'un des hallucinogènes les plus puissants connus à l'heure actuelle, aux répercussions souvent imprévisibles. Le trip, d'une durée de huit à douze heures, s'accompagne de visions kaléidoscopiques, d'une confusion des sens, d'une perception altérée du temps et de l'espace ou encore d'une émotivité exacerbée.

Toxicologie D'un point de vue strictement médical, l'ingestion de champignons dits hallucinogènes dans un but récréatif est considérée comme une intoxication volontaire. En effet, pour certains champignons, la dose hallucinogène peut s'avérer toxique.

La consommation de champignons hallucinogènes n'entraîne pas de dépendance physique ou de phénomène d'addiction. En revanche, une tolérance aux effets psychédéliques de la psilocybine se développe rapidement, pour disparaître tout aussi rapidement et ne s'accompagne pas de symptômes de sevrage et rarement de dépendance psychologiqueAlbert Hoffmann, Teonanácatl and Ololiuqui, two ancient magic drugs of Mexico, sur . van Amsterdam J, Opperhuizen A, van den Brink W. « . 2011;59(3):423–429. Nutt DJ, King LA, Phillips LD. Independent Scientific Committee on Drugs. « » Lancet 2010;376(9752):1558-65. .

Il faut compter environ deux semaines avant que cette tolérance retombe complètement; des calculatrices en ligne permettent d'adapter le dosage en fonction du nombre de jours après la dernière expérience hallucinogène.

Champignons à psilocybine

Par abus de langage, le terme de « champignon à psilocybine » recouvre plusieurs formes bien distinctes : le carpophore (état de fructification) ou le sclérote (état de dormance). Le sclérote des psilocybe est également appelé « truffe », bien qu'il n'appartienne pas au genre Tuber, ni aux autres taxons habituellement qualifiés de truffes.

Du fait de leur puissant caractère hallucinogène, les champignons à psilocybine peuvent très rarement causer des accidents psychiatriques graves et durables, parfois dès la première prise. On parle alors de syndrome post-hallucinatoire persistant, à savoir angoisses, phobies, état confusionnel, dépression, voire bouffées délirantes aiguës.

Les effets cardiovasculaires étant nuls et ceux du surdosage uniquement des effets psychiques passagers, les interventions médicales invasives telles les lavages d'estomac sont superflues, sauf si l'on soupçonne l'ingestion concomitante de champignons vraiment toxiques.

De même, il peut exister un « retour d'acide » (aussi appelé flash back ou remontée) qui peut replacer quelques minutes l'usager dans l'état engendré par la consommation de champignons hallucinogènes sans en consommer, et ce, plusieurs mois après la dernière prise.

Un effet psychotrope apparaît dès de psilocybine même si les doses courantes varient de à . L'étude de 2006 en Angleterre par R. R. Griffiths, W. A. Richards, U. McCann et R. Jesse a quant à elle utilisé / pour occasionner un profond voyage, qualifié d'expérience mystique. Les Psilocybe cubensis séchés contiennent environ entre 0,20, et 0,25% de psilocybine.

On estime que les effets peuvent être ressentis à partir d'environ un gramme de Psilocybe cubensis séchés, entre deux et trois grammes par personne.

Amanites Les accidents mortels enregistrés à la suite de la consommation d'Amanite phalloïde (également connue sous le nom d'oronge verte), ne se retrouvent pas avec l'Amanite tue-mouches hallucinogène. Le principe actif de ce champignon n'est pas la psilocybine mais le mucimole.

Mais il existe d'autres risques dus aux effets psychiques induits par la substance (risque de crise d'angoisse) et surtout aux comportements parfois déraisonnables des usagers.

Historique De la préhistoire à l'époque moderne L'utilisation de champignons hallucinogènes est très ancienne. L'ethnomycologue la fait remonter au Néolithique. Il interprète plusieurs idéogrammes et figures dansantes des peintures rupestres découvertes sur le site de Tassili n'Ajjer au Sahara et datant de 7 à 9000 comme des représentations de champignons hallucinogènes.

L'usage des champignons hallucinogènes est attesté dans plusieurs civilisations méso-américaines, notamment par des vestiges comme des bols à images votives et des fresques.Certaines représentations mayas datent de 500 , notamment les vestiges archéologiques des sites des hauts plateaux guatémaltèques et dans le sud-est du Mexique représentant des effigies dont la tige est ornée d'une tête humaine ou animale surmontée d'une couronne en forme d'ombrelle.

Plusieurs dieux peuvent leur être assimilés, le dieu Piltzintecuhtli qui est un dieu mexicain des plantes hallucinogènes dont les champignons divins, le dieu aztèque Xochipilli qui est le dieu du .

On sait que des champignons hallucinogènes furent distribués aux fêtes du couronnement de Moctezuma II en 1502.

Après la victoire d'Hernán Cortés sur les Aztèques en 1521, les Européens commencent à essayer d'interdire l'usage d'intoxiquants non alcoolisés, dont les champignons sacrés, et ainsi l'usage de teonanácatl (« chair des dieux ») est devenu clandestin.

L'un des premiers textes européens à y faire référence et à en décrire l'usage rituel est le Codex de Florence (Historia general de las cosas de la Nueva España), écrit par le clerc espagnol Bernardino de Sahagún entre 1547 et 1569. Il mentionne l'usage des teonanácatl dans les cérémonies religieuses des Aztèques..

Redécouverte contemporaine

En 1938, Richard Evans Schultes et Reko ramènent plusieurs spécimens au musée de Harvard.En 1953, Robert Gordon Wasson entreprend sa première expédition dans la région mazatèque au Mexique et en 1955 il découvre le premier les effets psychoactifs du Psilocybe mexicana. En compagnie du photographe Allan Richardson, il assiste à une cérémonie chamanique menée par Maria Sabina. Le récit de cette expérience dans un article intitulé Seeking the Magic Mushroom contribue à populariser cet hallucinogène dans le monde occidental et en particulier dans le futur milieu hippie. En 1958, à la suite de cette découverte, la psilocybine est isolée par Albert Hofmann.

Dans les années 1960, le mycologue français Roger Heim (1900-1979) du Muséum national d'histoire naturelle et de l'Académie des sciences, était le principal spécialiste mondial de l'ethnomycologie des espèces hallucinogènes comme les Psilocybe et Stropharia dont il testait les effets sur lui-mêmeBiographie de Roger Heim, par F. Audoui.