La table Claudienne est une plaque de bronze portant l'inscription d'un discours prononcé par l'empereur Claude, en 48, devant le Sénat romain. De cette table, on conserve aujourd'hui deux fragments importants, correspondant à la partie inférieure, retrouvés à Lyon, dans le quartier de la Croix-Rousse, en 1528.

L'utilisation du pluriel - les tables Claudiennes - est courante, mais fausseIl existe ainsi, à Lyon, près du lieu de la découverte, une rue des Tables-Claudiennes., car il n'existe qu'une seule table Claudienne, composée de deux fragments d'une seule et même table : en témoigne la traduction publiée par Philippe Fabia en 1929 sous le titre La table Claudienne de LyonLe compte-rendu de lecture publié par la revue Les Études rhodaniennes en 1930 commence de la façon suivante : « On entend dire parfois encore, voire dans des assemblées fort savantes, que l'empereur Claude donna le droit de cité romaine aux habitants de Lyon ou transforma cette ville de municipe en colonie. Autant d'assertions inexactes [...] ; autant d'interprétations fausses du célèbre monument épigraphique aujourd'hui conservé au Musée de Lyon, et que nombre de non-spécialistes ou d'observateurs trop pressés - quorum fui - ont jusqu'à ce livre appelé les Tables Claudiennes, comme s'il y en avait plusieurs. »André Allix, Les Études rhodaniennes, vol. 6, , 1930, ..

Dans son discours, Claude se prononçait pour l'entrée au Sénat romain des notables romanisés de la Gaule chevelue, laquelle se heurtait ou bien à des réticences d'ordre culturel et politique, ou bien à un obstacle juridique si la citoyenneté qu'ils avaient acquise était bien incomplète, dépourvue du ius honorum, comme on le croit souvent. Des chercheurs comme Ronald SymeRecension pour la BMCR de l'ouvrage de Ronald Syme (The Provincial at Rome and Rome and the Balkans 80BC-AD14, Exeter, University of Exeter Press, 1999) par J. F. Drinkwater, de l'Université de Nottingham. doutent néanmoins de l'existence même du ius honorum : pour eux, l'éviction des Gaulois n'était pas de droit, mais simplement de fait. Claude répondait à une requête du Conseil des Trois Gaules, lui demandant d'ouvrir les magistratures et le Sénat romains aux notables de la Gaule chevelue. Les Gaulois obtinrent satisfaction : les Éduens d'abord, puis tous les peuples de la Gaule chevelue.

Gravée à Lugdunum et exposée dans le Sanctuaire fédéral des Trois Gaules, la table Claudienne rappelait la générosité de Claude et témoignait de la reconnaissance des notables de la Gaule chevelue. Ses deux fragments sont aujourd'hui conservés au Musée gallo-romain de Lyon.

Histoire vignette|La rue des Tables-Claudiennes, près du lieu de la découverte, à Lyon. vignette|Réplique de la table Claudienne exposée dans la cour du musée de l'imprimerie de Lyon. Le sanctuaire est abandonné après la chute de l'Empire romain. Ce n'est qu'au que la frénésie immobilière pousse les habitants à s'approvisionner en pierres de taille, briques, bronzes et marbres (utilisés pour la fabrication de la chaux) sur ce qui s'appelle alors la « coste-Saint-Sébastien » (actuels coteaux de la Croix-Rousse). L'archéologue lyonnais Amable Audin explique que la plaque aurait pu alors être fendue en deux dans la moitié supérieure pour être emmenée à la fonteAmable Audin, « Lyon, miroir de Rome dans les Gaules », Résurrection du Passé, Fayard, 1965, .. À ce jour, la densité du bâti à l'emplacement où la plaque a été découverte empêche toute fouille. C'est à cette période que l'emplacement est désigné par le toponyme Périer.

En 1524, Roland Gribaud, marchand drapier et hôtelier, fait construire une maison sur un terrain de la Croix-Rousse. Sa propriété comprend un carré de vigne nommé la Vinagère, situé au nord de l'actuelle rue Burdeau entre l'axe de l'église Saint-Polycarpe et la montée Saint-Sébastien, qu'il fait arracher en novembre 1528 : les deux fragments de bronze sont alors découverts. Claude de Bellièvre, amateur d'art antique et collectionneur, est informé de cette découverte et la fait acquérir par la ville, en mars 1529, pour cinquante-huit écus soleil (ou écus d'or) soit presque le double du prix du métal. Il fait également promettre à Gribaud de l'informer s'il découvrait d'autres fragments et il s'engage à les réserver à la ville.

Placée dans l'hôtel de ville alors situé rue de la Fromagerie (jouxtant l'église Saint-Nizier), la table est déplacée entre 1605 et 1657 à l'Hôtel de la Couronne, rue de la Poulaillerie (aujourd'hui Musée de l'imprimerie). Entre 1657 et 1814, elle est installée dans le nouvel hôtel de ville situé place des Terreaux, dans un décor sculpté de Martin Hendrecy. Pour le bimillénaire de la fondation de la cité, célébré en 1958, la table est présentée au Musée des beaux-arts où elle avait été installée depuis le Premier Empire, avant de rejoindre le dépôt provisoire qui précède la construction du Musée gallo-romain de Fourvière en 1974 où elle est désormais exposéeFrançois Bérard, « Claude empereur né à Lyon », article paru dans Rencontres en Gaule romaine, 2005, Infolio éditions, .. Il est également possible d'en voir une copie moulée dans la cour d'honneur du Musée de l'Imprimerie (Lyon).

Un monument épigraphique Appelé aussi « Table de Lyon », ce document épigraphique est référencé dans le Corpus Inscriptionum Latinarum sous la cote : C.I.L 13, 1668..

Poids et dimensions La table est une plaque de bronze pesant , coulée à platNotice du musée gallo-romain de Fourvière, de de large, de de haut pour ce qui subsiste, épaisse de . Le texte est gravé en deux colonnes, une sur chaque fragment, d’une quarantaine de lignes (39 lignes à gauche, 40 à droite, la première étant très mutilée). Il manque les premières lignes du titre et du début du texte, et le haut de la seconde colonne. Les bords latéraux portent des échancrures, où se plaçaient des griffes de scellement.

La plaque mesurait à son origine environ de hauteur et devait comporter soixante-dix lignes environAmable Audin, Lyon, miroir de Rome dans les Gaules, Résurrection du Passé, Fayard, 1965, .. On estime son poids total d’origine à , et la notice du musée suppose que cette plaque se serait brisée sous son propre poids lors de sa fixation initiale.

La découpe horizontale forme une ligne continue en feston au sommet des deux fragments placés côte à côte, elle pourrait donc être intervenue avant la découpe verticale, qui est irrégulière et qui mord sur les caractères de la colonne gauche.

Écriture vignette|Détail du dernier paragraphe de la colonne de droite.Ligne 10 IN QVA SI QVIS HOC avec des points séparateurs.Ligne 11 CVERVNT DIVOM IVL avec une lettre I montante dans DIVOM.|alt= Les lettres mesurent de hauteurAnne-Catherine Le Mer, Claire Chomer, Carte archéologique de la Gaule, Lyon 69/2, à 306. à l’exception de certains I , dont la barre de sommet dépasse de quelques millimètres, dans des mots brefs comme QVIS, FINES, VOBIS. Cette graphie dite lettres montantes n'est pas exceptionnelle, elle commence à se diffuser pour les inscriptions latines à partir du , et devient de plus en plus courante au fil des sièclesMireille Cébeillac-Gervasoni, Maria Letizia Caldelli, Fausto Zevi, Épigraphie latine, Armand Colin, 2006, , .. Les lettres ont été inscrites avec régularité grâce à la technique de la fonte à la cire perdue, retouchée ensuite par gravureDécouverte du Laboratoire de Tribologie et Dynamique des Systèmes (LTDS) de l'École Centrale de Lyon. Technique décrite dans la Bande-dessinée de vulgarisation scientifique « Sophie et les secrets de la table Claudienne » (partenariat Centrale Lyon, LTDS, École Émile Cohl et Musée gallo-romain de Lyon)., la marge gauche de chaque colonne s’aligne à la verticale, avec un léger retrait à gauche pour marquer les débuts de paragraphe, tandis que la marge droite est moins régulière, malgré des coupures de mots avec report à la ligne suivante. Selon un usage fréquent dans les inscriptions latines, le texte est rédigé en capitales, sans espaces entre les mots, séparés par un point marqué au poinçon triangulaire, à mi-hauteur de la ligne, après la dernière lettre du mot, sauf s’il s’agit d’une lettre arrondie comme O, C, D, qui entourent le point.

Étude sur le processus de fabrication En 2008, la Table claudienne a fait l'objet d'examens techniques, menés en collaboration avec le laboratoire de tribologie de l’École centrale de Lyon, l’École des arts et métiers, et du maître artisan François Allier Fondeur d’artEn vidéo, une étude technique menée en 2008.. Un documentaire présentant leurs résultats a été présenté au Musée gallo-romain de Fourvière lors de la Semaine de la science en octobre 2010.

Des moulages en silicone sont réalisés pour repérer d'infimes défauts de l'ordre du micromètre pour déceler d'éventuelles traces d'outil. Un échantillon prélevé sur une partie non visible de la table a été analyséMétro Lyon du 23 septembre 2008, .. Sa composition est de 86 % de cuivre, 8 % d'étain, 4 % de plomb. L'alliage obtenu est un bronze jaune et brillant, la table présentait donc un aspect doré et éclatant qu'on ne perçoit plus avec la patine actuelle. Cet alliage est très dur et donc particulièrement difficile à graver directement. L'absence de la moindre bavure et la grande régularité des lettres amènent les chercheurs à exclure une gravure directe, et à proposer comme méthode de fabrication la technique dite de la cire perdue. Le texte aurait été gravé dans une grande plaque de cire, matériau tendre et permettant les reprises en cas de défaut local. Du plâtre coulé par-dessus aurait formé un moule avec les lettres en relief, utilisé après élimination de la cire pour la coulée du bronze. La production d’une plaquette portant une inscription de quelques mots en caractères latins a permis de produire un résultat similaire à la table Claudienne, et a validé la proposition d’une fabrication à la cire perdue. La comparaison du profil des sillons des lettres montre une forme en V nette pour les tracés de la table et de petites irrégularités dans le creux des lettres de la plaquette d'essai. Le moulage à la cire perdue aurait donc été suivi d'une étape de finition, avec une retouche des tracés au burin.

Historiographie Contexte historique

Claude mène durant son règne une politique d’ouverture aux provinciaux, en continuité avec l’attitude de ses prédécesseurs. Leur entrée au Sénat vaudrait à Claude de nouveaux appuis dans une assemblée qui ne lui a pas toujours été acquise. Des provinciaux ont déjà été admis au sénat romain et aux plus hautes magistratures, mais il s’agissait de cas individuels et ponctuels. Cette fois, de nombreux notables gaulois postulent pour cette promotion, mais ce ne sont plus des descendants de colons romains installés en territoire conquis, mais des Gallo-romains issus de tribus gauloises, dont la famille a obtenu la citoyenneté romaine parfois depuis plusieurs générations et dont la richesse remplit largement les critères de cens définis par Auguste..

La censure qu’exerce Claude en 47-48 lui permet de renouveler les effectifs du Sénat, néanmoins les sénateurs en place sont hostiles à cette arrivée massive de Gaulois qui risquent d’accaparer les magistratures, comme en témoignent les critiques ultérieures de Sénèque contre la politique de Claude : Sénèque, Apocolocynthose, 3. Claude cherche à maintenir des relations apaisées avec le Sénat, il prononce donc un discours devant l’assemblée des sénateurs pour les convaincre d’admettre en leur sein ces nouveaux venus.