vignette|440x440px|« Star in the East » de l’édition de 1854 de la Southern Harmony. Les shape notes ou notes à formes géométriques sont une écriture musicale destinée à faciliter le chant congrégationaliste et communautaire. Cette façon d’écrire la musique, apparue en 1801, devint un outil d’enseignement populaire dans les écoles de chant (singing schools) américaines. Des formes géométriques ajoutées sur les têtes des notes de musique écrite pour aider les chanteurs à trouver les tonalités dans les gammes majeure et mineure sans s’encombrer des informations plus complexes que l’on trouve sur la portée à l’armure.
Des shape notesNote de traduction : pour faciliter les choses, il semble préférable de conserver le terme d’origine « shape notes » ou « shapes » pour parler des « notes à formes géométriques ». En effet, ce terme est tellement présent dès lors qu’on s’intéresse à ces traditions qu’il vaut mieux pour les francophones le connaître en langue originale et savoir ce qu’il signifie et ce qu’il recouvre. Dans cette page les termes « shape », « shape note », « forme » ont le même sens et désignent la même chose. Par ailleurs, le terme « singing » a été préféré à sa traduction « réunion de chant », afin de garder la vitalité de l’expression idiomatique de départ. de différentes sortes ont été utilisées pendant plus de deux siècles dans différentes traditions musicales, principalement sacrées mais également séculières, originaires de Nouvelle Angleterre, utilisées au départ dans le Sud des États-Unis pendant très longtemps, et qui vit à présent une renaissance et un développement dans ses régions d’origine et également au-delà.
Les shape notes / notes à formes géométriques
L’idée du système à shape notes est que l’on peut apprendre les différentes parties d’une œuvre vocale plus rapidement et plus facilement si la musique est imprimée avec des formes correspondant aux syllabes du solfège par l’intermédiaire desquelles les notes de la gamme musicale sont chantées. Par exemple, dans la tradition à quatre shapes utilisée dans le Sacred Harp et partout ailleurs, les notes d’une gamme de Do majeur sont notées et chantéesLes syllabes utilisées proviennent au départ de la solmisation guidonienne de chevauchement d’hexacordes, dont aucun ne présente une gamme diatonique entière (un système également utilisé dans l’Angleterre élisabéthaine) : voir :en:Solfège#origin ou plus de détails en français ici et là). comme suit : centré|sans_cadre|600x600px Pour chanter avec ce système, un chanteur de shape notes doit développer de manière fluide une triple association mentale qui relie une note de la gamme, une forme et une syllabe. Cette association peut être utilisée pour aider à lire la musique. Lorsqu’un groupe de chanteurs de cette tradition interprète un chant pour la première fois, ils chantent normalement les syllabes (en les lisant d’après les shapes) pour affermir leur aisance sur les notes. Puis, ils chantent les mêmes notes sur les paroles du chant.
Les syllabes et les notes d’un système à shape notes sont relatives et non absolues ; Elles dépendent de la tonalité du morceau. La première note d’une tonalité majeure est toujours une note de Fa/triangle, suivie (en montant) par un Sol, La etc. La première note d’une tonalité mineure est toujours un La/carré, suivi par Mi, Fa, etc.
En majeur : un Fa/triangle représente toujours le et le d’une gamme majeure, un Sol/rond, toujours le et le , un La/carré, toujours un et , un Mi/losange, toujours un de gamme majeure. En mineur : un La/carré représente toujours le et le de la gamme mineure, un Mi/losange toujours un degré, un Fa/triangle, toujours un et un , un Sol/rond, toujours un et un degré…
Dire que les shape notes sont relatives signifie qu'on ne chante pas les notes (en valeurs absolues) mais les intervalles entre les shapes. Par exemple, entre un Fa ( majeur) et un Sol ( majeur), on chante donc toujours une quinte juste, etc. Les trois premières notes de n’importe quelle gamme majeure – Fa, Sol, La – ont toujours un ton d’écart entre elles. Les trois notes suivantes (de la quatrième à la sixième) ont également un ton d’écart entre elles, c'est pourquoi elles sont également appelées Fa, Sol, La. La septième, également séparée d'un ton du La qui la précède, est appelée Mi. Tous les Fa de la gamme majeure sont séparés par un demi-ton de la note qui les précède (soit l'intervalle La-Fa puis l'intervalle Mi-Fa). C'est ainsi qu’avec seulement quatre shape notes on peut rendre de façon correcte une gamme entière.
Système à quatre shapes et système à sept shapes Le système à sept shapes tel qu’il est utilisé dans le Sud des États-Unis par les Églises baptistes indépendantes dans un recueil moderne d’hymnes : centré|600x600px
Le système à sept shapes tel qu’il est utilisé dans un recueil de chants traditionnel (The Christian Harmony) : centré|600x600px
Le système présenté dans l’illustration ci-dessus (la gamme au début de la section Les shape notes / notes à formes géométriques) est un système à quatre shapes ; six notes de la gamme sont regroupées par paires auxquelles sont assignées des combinaisons syllabe/shape. La gamme ascendante qui utilise les syllabes fa, sol, la, fa, so, la, mi, fa est en fait une variation de l’hexacorde présenté par le moine Guido d’Arezzo au , qui au départ représentait une gamme à six notes en utilisant les syllabes ut, ré, mi, fa, sol, la. (Voir également Solmisation).
La variante du système original de Guido à quatre syllabes fut très utilisée dans l’Angleterre du , et entra aux États-Unis au Stephen A. Marini (dans son ouvrage de 2003 Sacred Song in America: Religion, Music, and Public Culture chez Urbana - University of Illinois Press) attribue de façon erronée l’invention des syllabes à Thomas Morley, qui décrivit un système à quatre syllabes dans son ouvrage Plain and Easie Introduction to Practicall Musicke (1597).. Peu après, les formes/shapes furent inventées pour représenter les syllabes. (voir ci-dessous).
Les autres systèmes importants sont des systèmes à sept shapes, ce qui implique une forme et une syllabe différentes à chaque note de la gamme. William Walker aurait expliqué que « des parents ne nommeraient pas leurs sept enfants avec seulement quatre noms différents » (« parents wouldn’t name seven children with only four names »). Pour leurs syllabes, ces systèmes reprennent les noms des notes familiers à la plupart des gens (de culture anglo-saxonne) : « do, re, mi, fa, sol, la, ti, do ». Quelques livres (par exemple « The Good Old Songs », de C. H. Cayce) présentent la syllabisation à sept formes plus ancienne de « do, ré, mi, fa, so, la, si, do ». Dans le système à sept shapes mis au point par , les notes d’une gamme majeure sont notées et chantées comme suit : centré|sans_cadre|600x600px
Il existe d’autres systèmes à sept shapes .
Efficacité des shape notes L’efficacité réelle des shape notes pour faciliter l’apprentissage de la musique est discutée. Une étude contrôlée sur cette efficacité fut menée dans les années 1950 par George H. Kyme auprès d’une population composée de fourth et de fifth graders (équivalents des CM1 et CM2 en France) vivant en Californie. Kyme prit soin de composer son groupe témoin et le groupe sujet de son expérience de manière qu’ils soient les plus proches possibles au niveau de leurs capacités, de la qualité de l’enseignant, et de plusieurs autres facteurs. Il découvrit que les élèves qui avaient appris les shape notes apprenaient à déchiffrer à vue significativement mieux que ceux qui ne les avaient pas apprises. Il découvrit de plus que les élèves ayant appris avec les shape notes présentaient également bien plus de chances de poursuivre des activités musicales plus tard dans leur parcours scolaire .
Shape notes et modulation La plupart des styles musicaux utilisent la modulation, c’est-à-dire un changement de tonalité en cours de morceau. La modulation est problématique pour les systèmes à shape notes, car les shapes employées pour la tonalité de départ ne correspondent plus aux degrés de la nouvelle tonalité. La plupart des formes de musique à shape notes, par exemple le Sacred Harp, évitent généralement les modulations .
Origines et démarrage Voir également :
Comme il est mentionné ci-dessus, les syllabes des systèmes à shape notes précédèrent de beaucoup les shapes. La pratique de chanter la musique avec des syllabes représentant la tonalité remonte à peu près à mille ans en arrière avec l’approche de Guido d’Arezzo ; d’autres travaux anciens dans ce domaine ont abouti à la notation chiffrée de Jean Jacques Rousseau (), et le système tonic sol-fa de John Curwen ().
Parmi les précurseurs Voir également le rôle précurseur du Britannique John Playford, mieux explicité dans le livre The Makers of the Sacred Harp (David Warren Steel, 2010, p. 41). américains des shape notes, on trouve la du Bay Psalm Book (Boston), et An Introduction to the Singing of Psalm Tunes in a Plaine & Easy Method du Révérend . La du Bay Psalm Book fut imprimée avec les initiales des quatre syllabes correspondant aux notes sur la portée à la place des têtes des notes, et indiquaient le rythme par des éléments de ponctuation placés à la droite des lettres . vignette|Affidavit figurant sur le verso de la page de titre de certains exemplaires de The Easy Instructor, Part II(1803) de Little et Smith. Les shape notes elles-mêmes datent probablement de l’Amérique de la fin du . Elles apparaissent publiquement au début du , lorsque paraissent deux publications utilisant les têtes de notes à formes géométriques (shape notes) – The Easy Instructor, de William Little et William Smith en 1801, et The Musical Primer d’Andrew Law en 1803, destinés à être utilisés dans les écoles de chant. Little et Smith utilisaient le système à quatre shapes présenté ci-dessus. Le système de Law était assez différent : un carré était utilisé pour le fa et un triangle pour le la, mais le sol et le mi avaient les mêmes shapes que dans le système de Little et Smith. L’invention de Law était plus radicale que celle de Little et Smith car ce système n’utilisait pas les portées dans leur ensemble, gardant les shapes comme unique moyen d’exprimer la tonalité. Little et Smith ont suivi la notation musicale traditionnelle en plaçant les têtes des notes sur la portée, à la place des têtes rondes ordinaires. À la fin, ce fut le système de Little et Smith qui l’emporta, il n’y a pas de recueil de chant utilisant le système de Law en usage aujourd’hui.
Certains exemplaires de The Easy Instructor, Part II (1803) présentent une déclaration au verso de la page de titre, dans laquelle John Connelly (dont le nom est parfois épelé Conly, Connolly et Coloney) accorde la permission à Little et Smith de faire usage dans leurs publications des shape notes dont il revendique les droits Dick Hulan : Mon exemplaire de The Easy Instructor, Part II (1803) de William Smith attribue l’invention [des shape notes] à J. Conly de Philadelphie. » Et d’après David Warren Steel, dans John Wyeth and the Development of Southern Folk Hymnody : « Cette notation fut inventée par John Connelly, marchand à Philadelphie, qui a, le 10 mars 1798 cédé par écrit ses droits sur ce système à Little et Smith. ». Little et Smith n’ont pas cherché à obtenir les droits de l’invention pour eux-mêmes, mais ont déclaré à la place que ces notes avaient été inventées vers 1790 par John Connelly de Philadelphie, Pennsylvanie. Andrew Law prétendit être l’inventeur des shape notes.