Le château de Montgeard, également appelé hôtel Durand, est un ancien hôtel particulier situé au cœur du village de Montgeard (Haute-Garonne), au n°39 rue de la Bastide. Il a été construit par les Durand, famille locale enrichie par le commerce du pastel, entre le XVe siècle et le XVIe siècle, puis modifié à plusieurs reprises, jusqu'à être partiellement détruit au milieu du XIXe siècle.

Il ne doit pas être confondu avec le château de Roquefoulet, également sur la commune de Montgeard mais construit bien plus tard, sous la Restauration.

Moins connu que l’église du village et d’une compréhension plus difficile du fait de sa construction chaotique et peu documentée, le château de Montgeard n’en est pas moins un bel exemple de résidence urbaine de la période de transition entre le gothique finissant et la Première Renaissance française

Le château de Montgeard est inscrit sur la liste des Monuments Historiques (1992) et une partie de sa décoration intérieure est classée (1995).

Histoire

Les Durand de Montgeard Entre le et le , les Durand sont une famille assez bien documentée du Lauragais occidental, implantée notamment à Trébons-sur-la-Grasse, Gardouch, Montgeard, Monestrol… La branche montgeardine est surtout connue pour son ascension exceptionnelle, grâce au commerce du pastel, passant en l’espace d’un demi-siècle de simples propriétaires terriens à seigneur local et même capitoul.

Le premier Durand de Montgeard connu par les sources est Pierre Durand le vieux, qui teste en 1484 ; il est le père de Bernard Durand, mécène important de l’église du village. Ce dernier obtient dès 1515 l’autorisation de l’archevêque de Toulouse de construire une chapelle privée dans l’ancienne église du village. Cette chapelle existe toujours et abrite au moins deux caveaux familiauxSur l’une des dalles funéraires, on peut d’ailleurs lire l’inscription : « Aquesta es la Sépultura de Senhe Bernat Dura et dels siens lo qual es fondador de la present capella de Sant Miquel a el donada por Monsenhor de Tholoza Mil cinc cens et quinze ». Martin-Barthélemy Carrière, « Monographie de l’église de Montgeard », Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, Tome XI, Années 1874 à 1879, Toulouse, 1880, p. 231; les dalles funéraires sont gravées du sceau familial, un écu frappé de l’initiale D et surmonté d’une croix archiépiscopale.

Avec Bernard et ses fils, les Durand acquièrent un prestige important, grâce à leur générosité sur le chantier de construction de la nouvelle église de Montgeard (1522/1524-1536, puis 1546-1561) l’une des plus belles et richement ornées du Lauragais. Cela se traduit par l’omniprésence du nom de la famille, tant dans les sources écrites qu’épigraphiques. Ainsi, Jacques, l’aîné des fils de Bernard Durand, nous est connu par un don exceptionnel de 50 000 briques pour bâtir le clocher de l’égliseAinsi que le rappelle l’inscription gravée sous le porche de l’église, sur le côté droit en entrant : « L’an 1535 E lo 8 De Juillet deceda sire Jacmes Durad Fil Sr Bernard Le quel Dona 50 Miliers Tieule Po Fonder Le Pnt au quel Dieu Face Merce 1546 Fut Pousee ». Rivals et Soutou p. 8.. Jean, le cadet, assure la maîtrise d’ouvrage de la fin du chantier, en particulier le suivi de la construction du clocher. Avec Guillaume, le benjamin, le renom de la famille franchit un nouveau cap, puisqu’il devient le premier seigneur de MontgeardGuillaume est aussi connu pour sa générosité envers l’hôpital de Montgeard, comme le souligne le compte-rendu d’une visite épiscopale de 1596 : « noble Guilhaume Durand greffier de présentation quand vivait a légué 200 livres au dit hospital pour bastir une chambre aux hommes et une autre aux femmes ». Visite épiscopale de l’église de Montgeard du 04/10/1596, Archives Départementales de la Haute Garonne, cote 1 G 570..

En effet, le , Guillaume Durand achète à Catherine de Médicis, comtesse du Lauragais, les droits seigneuriaux sur le village de Montgeard : « baylie, leude, notarie, greffe, four bannier, sceau des consuls, juridiction haute, moyenne et basse, avec tous ses revenus et préeminences », le tout pour la somme de trois mille livres. Par la suite, ce même personnage, devient Greffier aux présentations du Parlement de Toulouse et même capitoul en 1559. Il d'agit là d'une stratégie classique d'ascension sociale à la Renaissance où une famille de propriétaire terriens enrichie par la spéculation devient seigneuriale.

Dans le parc du château voisin de Roquefoulet, une pierre sculptée ornée des armes de la famille Durand porte l’inscription latine : « Guillaume, fils de Bernard Durand, seigneur de Montgeard, fit construire [ce château], l’an 1555, aux calendes de décembre »Cette pierre aurait été achetée par le marquis de Champreux pour décorer le parc de sa villa de Roquefoulet dans les années 1840. Claude Rivals et André Soutou, Montgeard en Lauragais, Toulouse, 1974, chez les auteurs, p. 27.. Cependant, les parties les plus anciennes de l’hôtel Durand remontent au XVe siècle. Cette inscription ne marque donc probablement pas la pose d’une première pierre, mais plutôt l’achèvement du chantier et l'affirmation ostentatoire du nouveau statut seigneurial acquis par les Durand, alors que l’église du village entrait dans sa dernière phase de constructionSylvain Dublois, « Visites et promenades à Montgeard », L’Auta : que bufo un cop cado més : Organe de la société des Toulousains de Toulouse et amis du vieux Toulouse, Septembre 1987, n°258, Toulouse, p. 217-222..Outre leur hôtel particulier de Montgeard, les Durand, grands bâtisseurs, ont également construit dans les environs le château de Fajac-la-RelenqueCommune de Marquein., un "château du pastel" qui permettait de contrôler leur production depuis le centre de leur immense domaine. La famille Durand est aussi responsable de la construction du pigeonnier du FortSitué à quelques centaines de mètres de l’entrée du village de Montgeard vers le Sud-Est, sur l’emprise de la commune voisine de Monestrol., probablement pour affirmer localement son statut de seigneur haut justicier. A la fin du XVIe siècle, les Durand possédaient aussi deux moulins à l'entrée du village de Montgeard.

Par la suite, le château de Montgeard reste dans la famille Durand jusqu’au XIXe siècle, avant qu’elle ne le vende et quitte le village.

De "maison" à hôtel L’histoire du château de Montgeard est complexe, du fait du manque relatif de sources et de sa destruction partielle au milieu du XIXe siècle.

Bien qu’aucune source ne l’atteste, la recherche récente reconnaît qu’une maison à un étage, appartenant aux Durand, occupait initialement le site avant d’être intégrée au château plus tardif : cette « maison » constitue le noyau sud du château actuel. Il s’agissait probablement d’une architecture médiévale simple, avec des ouvertures réduites. Des vestiges de cette première maison sont visibles à l’extérieur :

Linteaux monolithiques en accolade (façade méridionale) Ligne des anciennes toitures et d’une cheminée (pignon Ouest)

Sans qu’on puisse isoler une nouvelle phase de construction avant le milieu du XVIe siècle, la première maison a peut-être été en partie transformée avant la grande phase de travaux conduite par Guillaume Durand.gauche|vignette|313x313px|L'orangerie du château après sa restauration de 2024-2025Probablement érigée au milieu de la décennie 1550, la nouvelle construction de messire Guillaume est dotée de caves voûtées et de grandes salles, dont une voûtée qui faisait certainement office de chapelle. De nombreux éléments décoratifs témoignent de cette phase de travaux qui se caractérise par sa richesse et son homogénéité stylistique : plafonds à la française, cheminées monumentales, baies à meneaux et traverses, etc.

C’est sans doute à cette époque qu’est construite la « forte tour » d’escalier de quelques 20 mètres de hauteur, avec une vis en pierre de 220 marchesUn « Plan de la ville et faubourgs de Montgeard », dressé en 1788, porte pour la parcelle 61 la mention : « Mgr Durand de Nogarède, grande maison avec une forte tour ». Archives Départementale, cote PG 897, 1788., ainsi que les couverts donnant sur la rue des Arcades.

Au XVIIe et XVIIIe siècles, plusieurs campagnes de modernisation intérieure permettent une mise au goût classique du château, mais sans démolition massive : percement de nouvelles ouvertures, création ou agrandissement de passages, cloisonnements partiels et reconfiguration de certains volumes intérieurs, doublage des cheminées Renaissance, etc.

Au XVIIIe siècle, une orangerie est construite dans le prolongement du noyau Sud du château, tandis que les volumes intérieurs et leurs décors continuent d’être modifiés pour gagner en confort : cloisonnements dans les chambres, création de placards, d’alcôves, décoration en stuc des cheminées, etc.vignette|Dans le village voisin de Nailloux, deux baies réutilisées en façade d'une maison du XIXème siècle proviennent du château de MontgeardAu XIXe siècle, le château est marqué par deux faits marquants : la réalisation de l’emblématique peinture murale de la Tentation de saint Antoine, au début du siècleSouvent placée au XVIIe siècle, comme son modèle gravé par Jacques Callot, la datation de cette peinture sur plâtre a récemment été corrigée et ramenée au « début du XIXe siècle »., et surtout, la vente et division du château entre les années 1840 et le début du XXe siècle.

En effet, en 1842, monsieur Honoré Durand, maire de Montgeard, vend le château de ses ancêtres à neuf familles du village pour 18 000 francs or. Pendant 10 ans (jusqu’en 1851), l’hôtel Durand est partiellement démoli et dépouillé de ses dépendances et parties hautes. En comparant une vue actuelle du château à vol d’oiseau avec un plan cadastral de 1833, on constate la disparation de presque la moitié du châteauL’un des anciens propriétaires du château au XXe siècle indique cependant que « le château n’a perdu réellement que deux pièces » et que celles « restantes [bien que] très abîmées » sont « reconstituables ». Sylvain Dublois, « Visites et promenades à Montgeard », L’Auta : que bufo un cop cado més : Organe de la société des Toulousains de Toulouse et amis du vieux Toulouse, Septembre 1987, n°258, Toulouse, p. 217-222. :

la galerie de couverts qui longeait au Nord la rue des Arcades jusqu’au croisement avec la rue de la Bastide est réduite des 2/3 (seules trois arcades subsistent), la grande tour d’escalier située dans l’angle Nord-Ouest de la cour est rasée et avec elle une bonne partie de l’élévation du 2e et du 3e étage, toujours sur le côté Nord, sur le côté Sud, les probables dépendances ou locaux commerciaux accolés à l’aile Est sont détruits, même si une partie des murs est conservée pour servir de clôture. vignette|Vue du château côté cour, avant la première campagne de restauration des années 1970-1980.|gauche A l’intérieur, outre la tour d’escalier disparue, cette période de destructions entraîne de nombreux cloisonnements, la dépose de planchers, la perte de nombreux éléments décoratifs, la modification et la destruction de cheminées, la création d’un nouvel escalier, d’entresols…

Certains éléments dispersés de décor du château ont cependant été retrouvés. Outre la pierre de Roquefoulet déjà mentionnée, le plus notable est un couple de fenêtres à meneaux inséré au premier étage d’une façade de maison du XIXe siècle, dans la commune voisine de Nailloux. Au cœur même du village Montgeard, on trouve aussi de belles poutres sculptées en arcs en accolade insérées sur la façade d’une maison du XIXe siècle située face à la mairie.

Après ces destructions, le corps central du château est reconverti en presbytère. On y crée également un café et une épicerie. Depuis les années 1970, au fil des rachats successifs, le château est patiemment redécouvert et restauré par ses propriétaires dans un état proche de ses dispositions d’origine.