thumb|Galeazzo Ciano (au centre) et Benito Mussolini (à droite).

Gian Galeazzo Ciano , comte de Cortellazzo et de Buccari (né à Livourne le et mort à Vérone le ), est un homme politique italien, gendre de Benito Mussolini et personnalité majeure du régime fasciste.

Issu d’une riche famille d’armateurs de Livourne., il adhère très jeune au mouvement fasciste et participe en 1922 à la marche sur Rome. Ayant de très bonnes relations avec la famille de Savoie (et en particulier avec l'héritier du trône, Umberto de Savoie, le futur Humbert II d'Italie), il reçoit le Collare della Santissima Annunziata, la plus haute décoration du royaume, qui lui confère la dignité de « cousin du roi » par droit.

Ciano, éloigné du radicalisme fasciste, est, à ses débuts dans l'exercice de ses fonctions, un jeune homme cynique dont l'essentiel des occupations consiste à fréquenter les salons de la bonne société romaine.

Il commence une carrière fulgurante dans l'élite du régime grâce à la confiance de Mussolini envers son père, l'amiral Costanzo Ciano. Il bénéficie également de son mariage avec la fille aînée de Mussolini, Edda. En , dans un contexte de crise politique en Italie, il vote pour l'ordre du jour Grandi, demandant que tous les pouvoirs soient remis au roi et à l'armée, ce qui entraîne l'arrestation de Mussolini. Il est condamné à mort au procès de Vérone, et fusillé le .

Biographie

Jeunesse Galeazzo Ciano est le fils de Costanzo Ciano, héros de la Première Guerre mondiale et proche de Mussolini.

Galeazzo Ciano partage sa jeunesse entre les plaisirs de la vie mondaine, la littérature et le journalisme puis entre, en 1925, dans la carrière diplomatique à laquelle le destinaient son éducation et ses origines aristocratiques..

Jeune diplomate, après une licence en droit il est nommé à Rio de Janeiro, puis au consulat de Pékin, à Shanghai de 1930 à 1935, à Buenos Aires et finalement au Vatican. Il épouse le la fille aînée du Duce, Edda Mussolini, au cours d'une cérémonie religieuse à laquelle sont présents près de quatre mille convives.

Son destin est alors plus que jamais lié au régime fasciste, perçu par Joseph Goebbels dans son journal comme la plus grande erreur de Mussolini..

Entrée dans la vie politique italienne

Nommé chef du bureau de presse du Duce en 1933, il est élevé au rang de sous-secrétaire (). En 1934, il entre au gouvernement où il occupe le poste de confiance de ministre de la Presse et de la Propagande jusqu'en 1936, le contrôle des esprits et des consciences ayant été considéré par le régime fasciste comme une tâche prioritaire.. Cette promotion lui donne le droit de siéger au Grand Conseil fasciste.

Dès cette époque, Ciano apparaît pourtant comme le favori incontesté, le « vice-Duce » soucieux avant tout d’assurer la succession en contrôlant les ministres et en plaçant sa clientèle aux postes de commande.

Ciano était également aviateur, et lorsque la guerre d’Éthiopie éclata, il quitta son ministère pour s’engager comme pilote de bombardier, commandant, avec son ami Pavolini, une division aérienne surnommée l'Escadron Désespoir () de quatre bombardiers, ce qui lui valut de retourner en Italie le avec deux décorations militaires, les . De retour de la campagne d’Éthiopie, il est nommé ministre des Affaires étrangères par Mussolini, en , à l'âge de trente-trois ans, poste qu'il occupera jusqu'en 1943. Convaincu de l'irrémédiable déclin des démocraties (remilitarisation de la Rhénanie en sans que les démocraties réagissent autrement que par des déclarations verbales) et soucieux d'assurer son prestige personnel, le gendre du Duce allait fortement pousser au rapprochement avec l'Allemagne.. Pendant son passage au ministère des Affaires étrangères. Il tient un journal, , qui en 1945 fut vendu par sa veuve à une maison d'édition suisse qui le publia en 1946.

Sa nomination fut mal accueillie par l’ensemble de la classe politique, tant à l’étranger qu'en Italie où les vieux hiérarques considéraient avec méfiance ce jeune homme intrigant dont le ralliement tardif au fascisme éveillait des soupçons. Ciano est un homme nouveau de la politique italienne par sa jeunesse, il est élevé au rang de numéro deux du régime, mais cela correspondait bien moins au profil du croyant qu'à celui du cynique, qui devait tout à sa condition familiale : fils d'un des hiérarques les plus contestés pour son affairisme, et surtout gendre de MussoliniDizionario biografico degli italiani.. Modéré par caractère et par formation, il fut du parti philo-allemand car c'est là l'orientation que Mussolini entendait donner au régime. Son obéissance n'allait pas tant au Duce du fascisme qu'au chef de clan.. Au moment où il monte les échelons du pouvoir, il n’est pas choqué par l'hégémonie du parti sur tous les secteurs de la vie nationale. Il place cela en position secondaire, puisqu'on trouve dans son journal : « nous verrons en temps voulu »..

En 1942-1943, Ciano se sentait responsable du rapprochement de l'Italie avec l'Allemagne, ce qu'il regrettait amèrement, et il s'opposa à plusieurs reprises à Mussolini. Le , Ciano découvre la motion Grandi, prônant la fin des pouvoirs militaires de Mussolini. Le , au palais de Venise, dix-neuf membres du Grand Conseil du fascisme signent la motion Grandi, y compris Ciano qui n’a pas voulu se dérober à ses responsabilités..

La thèse de la conspiration fut publiée par Mussolini après sa libération, le . Elle est lourde de conséquences et fonde la légitimité de l’instruction de Vérone qui aboutira à la culpabilité des 19 signataires de l’ordre du jour Grandi, considérés comme traîtres et conspirateurs, dont Galeazzo Ciano..

Acteur du rapprochement italo-allemand Avant la guerre, lors de l’isolement diplomatique de l'Italie consécutif à la guerre d’Éthiopie et au Front populaire en France (Ciano a financé et apporté des fonds généreux pour le rachat du quotidien La Liberté par le Parti populaire français, fin 1935), le gendre du Duce pousse l'Italie à intervenir dans la guerre d'Espagne afin de s'assurer les bases d'une expansion future en Méditerranée. Malgré les réticences de Mussolini, il reçoit les émissaires du général Franco et obtient finalement l’accord du Duce pour l’envoi de quelques avions destinés à protéger le débarquement franquiste en Espagne, cela en dépit du pacte de non-intervention signé par le Duce à la demande de la France et de l’Angleterre.

Très vite, cette aide s’accrut en un soutien massif au camp franquiste, créant pour l’Italie un nouveau facteur de convergence avec l’Allemagne dont la participation en Espagne était plus limitée. Ciano travaille également à s'allier avec l'Allemagne pour constituer un axe Rome-Berlin.. L’adhésion, le , au « pacte anti-komintern » et le retrait définitif de l'Italie de la SDN furent, parmi d’autres, les premières manifestations du changement d’orientation de la politique italienne. Une solidarité de fait s'établit entre les deux États totalitaires, concrétisée en par le voyage de Ciano à Berlin. À cette occasion, il signa avec Von Neurath un pacte « d’entente cordiale » qui, tout en jetant les bases de l’axe Rome-Berlin, constatait la concordance des points de vue respectifs des deux pays sur la plupart des problèmes européens. Durant l’année 1937, Ciano partagea et même alimenta la ferveur philo-nazie qui avait déjà touché Mussolini lors de sa visite officielle en Allemagne. Il multiplia les contacts avec les dirigeants allemands et écrivit dans son journal que « devant la débilité franco-britannique, le moment était venu de jouer gros jeu ».. La décision d’envahir l’Albanie en , en réplique à l’annexion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne, lui fut dictée par le souci de rétablir l’équilibre de l’alliance en faveur de l’Italie.

Certains pensent par ailleurs que Ciano a des responsabilités dans l’exécution des Juifs allemands.. Dans son journal, il récuse cette idée le : « Les juifs me couvrent d’injures anonymes, m’accusant d’avoir promis à Hitler leur persécution. Faux. Les Allemands ne nous ont jamais parlé de ce sujet ».

Lorsque Hitler décide le d'occuper l'Autriche, on assiste à une levée de boucliers en Italie. Des voix s'élèvent pour protester contre ce coup de force, dont le roi et certains dirigeants fascistes. Mussolini convainc le Conseil de voter un ordre du jour approuvant l'Anschluss, mais en parallèle il le désapprouve en signant avec les Britanniques les « accords de Pâques », se rapprochant ainsi des démocraties. Hitler se rend en Italie pour proposer une alliance militaire en bonne et due forme afin d'éviter un revirement italien. Mais Ciano avait compris que l'amitié encombrante du Führer avait toutes les chances d'entraîner l'Italie dans une guerre à laquelle elle n'était pas prête, ce qui la réduirait à un rôle de satellite vis-à-vis du Reich.

Malgré la conférence quadripartite de Munich, fin , Mussolini entend tirer parti de la faiblesse des démocraties. Le , Ciano est accueilli à la Chambre italienne aux cris de « Tunisie, Djibouti, Corse ! », manifestation à laquelle la presse s'associe le lendemain, ajoutant à ces revendications Nice et la Savoie. Le , Ciano déclare que les accords signés en par son beau-père et Laval sont « historiquement dépassés » ..

Durcissement de la politique étrangère

Il signe le Pacte d'Acier le . Le but supposé des Italiens était de ne pas laisser Hitler déclarer la guerre sans l'accord de son allié italien. Objectif déçu.

Dans cette affaire, Ciano, pressé par le Duce, a fait preuve d'une incroyable légèreté en laissant aux Allemands le soin de préparer seuls le traité.. Or, ce pacte a un caractère nettement offensif puisque l'article 3 prévoit l'entrée en guerre de l'autre partie si la première se trouve en situation de guerre. Après la signature, Ciano écrivit : « Le pacte d’Acier est fondé sur deux engagements réciproques : consultation et assistance. Dans mon esprit, la consultation, qui doit nécessairement précéder l’assistance, devrait permettre de freiner Hitler sur la route de la guerre. Pour conserver du crédit auprès du Führer, il faut de temps en temps, hurler avec les loups… Mais c’est étrange, j’ai l’impression que les loups vont nous dévorer, ils ne nous consulteront pas et nous entraîneront dans la guerre… Ce pacte d’Acier risque fort de devenir un pacte de sang ». Mussolini savait que l'Italie n'était pas prête à se battre mais croyait avoir du temps, Ribbentrop l'ayant assuré que la guerre n'éclaterait pas avant 1942.

Distanciation vis-à-vis du régime fasciste