thumb|upright=1.2|Cristaux de sucre raffiné (macro-photographie).

Les effets du sucre sur la santé, et notamment ceux des sucres ajoutés et des boissons sucrées, font l'objet d'un consensus grandissant dans la communauté scientifique. En effet, une forte majorité des études n'entrant pas en conflit d'intérêts avec l'industrie agroalimentaire montrent par exemple une corrélation entre la forte consommation de sucre (et de sodas sucrés en particulier) et une prise de poids, le risque de goutte et de problèmes cardiovasculaires. La consommation excessive de sucre est en outre directement reliée à plusieurs problèmes métaboliques et effets négatifs sur la santé, favorisant notamment certaines carences nutritionnelles et l'apparition de caries dentaires.

En 2015, des chercheurs américains ont montré que l'industrie sucrière américaine connaissait les effets néfastes du sucre sur la santé bucco-dentaire dès les années 1950, et comment elle a malgré tout promu et soutenu dans les années 1960 et 1970 des programmes scientifiques destinés à éviter toute réduction de la consommation de sucre, et enfin comment elle a influencé (avec succès) les politiques de santé publiques et du commerce du sucre.

Depuis la fin des années 1980, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) reconduit régulièrement ses recommandations visant à faire baisser la consommation de sucre, notamment dans le monde occidental. Au niveau mondial, l'apport en sucres libres varie selon l'âge, la situation et le pays. En Europe, celui-ci varie, chez l’adulte, de 7-8 % de la ration énergétique totale en Hongrie et en Norvège à 16-17 % en Espagne et au Royaume-Uni. En 2015, l'OMS conseille de ramener sa consommation de sucres dits « libres » (les sucres ajoutés, ainsi que ceux présents naturellement dans le miel, les sirops et les jus de fruits) à moins de 10 % de l'apport calorique quotidien, voire moins de 5 % si possible.

Historique Création de la et « » En 1943, l'industrie sucrière américaine fonde la (SRF, en français la « Fondation pour la recherche sur le sucre »), en réaction aux recommandations du gouvernement américain de bannir le sucre de sa consommation.

En parait un article d'une équipe de chercheurs de l'université de Californie à San Francisco analysant les liens entre l'industrie sucrière et le (NIDR, en français « institut national pour la recherche dentaire », renommé en 1998 le , NIDCR, en français « institut national pour la recherche dentaire et craniofaciale ») entre 1966 en 1971, période dans laquelle le NIDR projetait de lancer le (NCP), dont l'objectif était d'éradiquer le problème des caries dentaires en dix ans non pas en limitant la consommation de sucre mais en se concentrant plutôt sur la question du fluor, de la virulence des bactéries buccales et de l'ajout d'additifs dans les produits alimentaires afin de réduire les effets néfastes du sucre. Le , qui dura dix ans, ne parvint pas à réduire le fléau des caries dentaires.

En , le des États-Unis Lyndon B. Johnson demande aux (NIH, en français « instituts nationaux de santé ») de lui remettre ses priorités et objectifs de recherches en ce qui concerne la maladie et le handicap, et en juin de la même année, Seymour Kreshover, le directeur du NIDR, suggère au Président Johnson un programme de recherche sur dix ans pour éradiquer le problème des caries dentaires : réduire la virulence des bactéries lorsqu'elles sont exposées au sucre, la distribution du fluorure et la modification de l'alimentation.

Publication de En 1972, le physiologiste britannique John Yudkin publie (Pur, blanc et mortel), un ouvrage dans lequel il démontre le lien entre le sucre et les maladies cardiovasculaires. Il rencontre alors une forte résistance de la part de l'industrie sucrière qui obtient l'annulation de plusieurs conférences suspectées de promouvoir des études accusant le sucre, et le classement du livre en catégorie « fiction ». Selon lui, l'idée selon laquelle la matière grasse est la principale responsable des maladies cardiovasculaires, défendue notamment par le biologiste américain Ancel Keys, a influencé les choix politiques et les imaginaires, et l'intérêt de la communauté scientifique pour l'hypothèse qu'il s'agirait plutôt du sucre a diminué.

Alors que l'obésité devient l'un des principaux problèmes de santé publique en Occident, l'hypothèse du sucre revient au devant de la scène. Le livre de Yudkin est réédité par Penguin Books en 2012 et préfacé par l'endocrinologue Robert Lustig.

Recommandations des autorités de santé En 1989, un groupe consultatif d'experts de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur les directives nutritionnelles publie pour la première fois une recommandation dans laquelle il conseille de ramener sa consommation de sucres libres à moins de 10 % de l'apport calorique quotidien..

En 2002, cette recommandation est développée : un comité mixte de l'OMS et de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) recommande de limiter les sucres « libres » ou ajoutés, plus précisément les à 10 % de l'apport calorique total. La (WSRO, une organisation de commerce réunissant plus de 30 membres dans le monde ayant des intérêts économiques dans l'industrie sucrière dont Coca-Cola qui a pris le contrôle de l' en 1978) obtient que cette recommandation ne soit pas intégrée à la politique de l'OMS et que la recommandation quantitative soit remplacée par une recommandation non spécifique.

En 2015, l'OMS réitère la recommandation formulée dès 1989 de ramener sa consommation de sucres libres à moins de 10 % de l'apport calorique quotidien, et recommande d'aller au-delà si possible, en les ramenant à 5 %. Ce chiffre a été avancé sur la base de trois études au niveau national qui ont pu montrer, dans le cadre de la fin de la Seconde Guerre mondiale, une baisse du nombre de caries chez une population étant passée de 15 kg par personne et par an avant la guerre à 0,2 kg en 1946. La a de nouveau fait savoir son intention de s'opposer fortement à ces directives, a suggéré de s'intéresser plutôt à la régulation des dentifrices au fluor.

Ces recommandations s'inscrivent dans un « Plan d’action mondial [de l’OMS] pour la lutte contre les maladies non transmissibles 2013-2020 » établie par l'OMS et visant à arrêter l'augmentation du diabète et de l'obésité et à faire baisser le nombre de décès prématurés dus aux maladies non transmissibles de 25 % avant 2025.

En France, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail a présenté début 2017 ses recommandations pour actualiser les repères du Programme national nutrition santé (PNNS) : réduire la consommation de viande et de charcuterie, consommer plus de fibres, privilégier les matières grasses riches en oméga-3… Concernant les sucres, la limite recommandée est à 100 g / jour de sucres (c'est-à-dire saccharose, glucose, fructose, mais hors lactose) et à un verre par jour pour la consommation de boissons sucrées..

État de la recherche Revues systématiques En , quatre chercheurs de l'université de Navarre (Pampelune, Espagne), du (Nuthetal, Allemagne) et de l'Institut de santé Carlos III (Madrid, Espagne) effectuent une revue systématique de 17 revues systématiques (dont une est comptée deux fois car les analyses ont rapporté deux résultats différents, séparant les adultes des enfants/adolescents) sur l'implication des boissons sucrées dans la prise de poids. Onze d'entre elles avaient assuré ne pas avoir de conflits d'intérêts avec l'industrie ou n'avaient rien rapporté, et six d'entre elles en avaient rapporté de possibles. Parmi elles, quatre étaient financées par l'industrie agro-alimentaire mais trois ont rapporté qu'elle n'a pas joué de rôle ni dans la méthodologie ni dans l'interprétation des résultats.

Parmi les revues systématiques ayant rapporté ne pas avoir de conflit d'intérêts, dix sur douze (il y a douze conclusions pour onze études) ont conclu qu'il existait un lien direct entre la consommation de boissons sucrées et la prise de poids ou l'obésité. Cinq revues systématiques sur six ayant des conflits d'intérêts avec l'industrie ont au contraire conclu qu'il n'y avait pas de preuves suffisantes. Les revues ayant un conflit d'intérêts avec l'industrie agro-alimentaire avait cinq fois plus de chance de conclure à une absence de preuves que celles n'en ayant pas.

Dans une revue systématique publiée en 2013, Lisa Te Morenga et son équipe montrent que le sucre augmente la masse corporelle. Walter C. Willet et David S. Ludwig font remarquer dans le préface de l'article que le lien entre la consommation de sucre et une mauvaise santé est resté un sujet controversé dans les décennies précédentes du fait à la fois de la faiblesse des données disponibles et de la relation conflictuelle entre la communauté scientifique et l'industrie sucrière.

Facteur d'obésité et de coûts socio-économiques induits En 2001, une étude confirme que la consommation de boissons sucrés est associée à l'obésité chez les enfants. En 2012, parmi les enfants des États-Unis, 23,9 millions (ou 31,8 %) sont en surpoids, et parmi eux, 12,7 millions sont obèses. Dans ce pays, en 2012 environ 190 milliards de dollars étaient annuellement dépensés en réponse à des problèmes liés à l'obésité, soit 21 % de tous les coûts de soins aux États-Unis.

En 2013 Lisa Te Morenga et son équipe réalisent une revue systématique des études faites sur la relation entre sucre et masse corporelle. Ils y montrent que chez un adulte n'ayant pas de régime alimentaire particulier, une diminution de la consommation de sucre s'associe à une perte de poids, et son augmentation d'une hausse de poids de même envergure. Chez l'enfant les résultats de tests diffèrent mais parce que les demandes de moindre consommation de boissons et d'aliments sucrés n'ont pas été suivies correctement. Les personnes ayant consommé le plus de boissons sucrées étaient en moyenne 1,55 fois plus fréquemment en surpoids ou obèse que ceux en ayant le moins consommé.

Il est toutefois difficile de conclure quant à l’effet spécifique des sucres par rapport aux autres sources d’énergie. La prise de poids observée dans les études pourrait provenir d’un excès de calories, auquel les sucres et les boissons sucrées peuvent contribuerDietary sugars and body weight: systematic review and meta-analyses of randomised controlled trials and cohort studies Te Morenga, L., et al., 2013. British Medical Journal. 

Facteur de diabète vignette|upright=0.6|Le cercle bleu, symbole universel du diabète.

Une vaste étude épidémiologique européenne basée sur plus de (issus de la cohorte EPIC), publiée en 2013 dans la revue DiabetologiaPortail de la revue Diabetologia. a conclu qu'une canette de soda par jour suffit à accroître d’environ 20 % le risque de diabète de (non insulinodépendant), alors que les nectars et jus s'ils sont composés de 100 % de fruits, semblent n’avoir aucun effet. L'aggravation du risque ne concerne pas que les personnes obèses, il reste de 18 % après prise en compte de l’indice de masse corporelle (IMC).

D’après le rapport d’expertise 2016 de l’ANSES, les études ne montrent pas de diminution de la sensibilité à l’insuline ou d’apparition d’une intolérance au glucose liée à la consommation de sucres. « Seul un apport élevé en fructose, de l’ordre de 80 g/j entraîne une diminution de la sensibilité du foie à l’insuline (risque de diabète), sans augmentation de la glycémie à jeun [taux de glucose dans le sang] (déterminant le diabète) »..

vignette|droite|upright=0.8|Un manomètre électronique indiquant une hypertension artérielle.