vignette|Une crémation hindoue à Bali.

La crémation est une technique funéraire visant à brûler et le corps d'un être humain mort. Le terme s'est substitué à partir de la fin du à celui d'« incinération », désignant de nos jours majoritairement un procédé industriel réservé aux objets, même s'il reste employé dans le langage courant.

À l'instar de la plupart des techniques funéraires, y compris l'inhumation en pleine terre, la crémation vise à l'élimination des chairs qui constituent le risque principal de contagiosité. À l'issue du processus restent des ossements calcinés qui ont la valeur symbolique, matérielle et parfois légale (en France) de représenter la personne défunte. La crémation a dans certains cas une dimension sacrée Douglas J. Davies, « The Sacred Crematorium », Mortality, vol. 1, 1996, p.83-94 (résumé). et les cendres peuvent ensuite faire l'objet d'un rituel, comme être conservées dans une urne ou dispersées dans un lieu, par exemple un jardin du souvenir, parfois symbolique comme l'océan pour des marins.

La crémation a été institutionnalisée en Asie par le bouddhisme et l'hindouisme, étant avec l'enterrement l'une des techniques les plus communément utilisées par les groupes humains. L'embaumement ou la thanatopraxie sont aujourd'hui de plus en plus utilisés en Occident, et peuvent éventuellement précéder une crémation.

Étymologie Dans le Trésor de la langue française informatisé, la crémation est définie comme l'action de « crémer » (du latin , « brûler »), autrement dit « de brûler un cadavre ».. Les dictionnaires indiquent également comme variante le verbe « cramer » (de l'ancien provençal cramar, « brûler », lui-même dérivé du latin), mais il paraît impossible d'utiliser ce mot de nos jours en raison de sa connotation populaire, voire péjorative..

Le verbe « crémer » existe dans la langue française depuis le . et « crémation » depuis le , mais ils sont peu usités jusqu'au , les termes « incinérer » et « incinération » (issus du substantif latin , qui veut dire « cendre ») leur étant préférés dans le langage courant.. Une distinction commence toutefois à s'opérer dans la société moderne où l'incinération est peu à peu rattachée à la destruction des déchets dans des incinérateurs.. Le terme « incinération » reste toutefois encore utilisé couramment pour désigner la crémation., de même que son adjectif « incinéré » s'agissant d'une personne.

Le verbe « crématiser » (et son adjectif « crématisé ») existe également mais reste considéré comme « rare »., voire absent de certains dictionnaires de référenceAcadémie française, Larousse, Trésor de la langue française..

Crématoriums Depuis quelques décennies en Occident et dans les pays occidentalisés, la crémation se réalise dans un crématorium. Le corps est placé dans un cercueil et celui-ci dans un four crématoire chauffé à ou plus. C'est la chaleur, plus que les flammes, qui réduit en cendres le cercueil et le corps. La crémation dure environ une heure et demie..

En Israël, l'usage des crématoriums est mal considéré, car la religion juive interdit la crémation qui peut en outre rappeler les fours des camps d'extermination utilisés lors de la Shoah..

Position des différentes traditions et religions Religions indo-européennes L'ensemble des peuples indo-européens anciens, à l'exception de l'Iran mazdéen, a pratiqué la crémation conjointement avec l'inhumation. La motivation initiale de la crémation semble être d'empêcher le retour de l'âme du mort dans le corps Paul T. Barber, Cremation, Journal of Indo-European Studies, Volume 18, 1990, pp. 379-388.. Par ce moyen, ce qu'il y a de divin chez l'homme est emporté par le feu vers le ciel et peut s'unir aux êtres célestes tandis que l'élément terrestre reste ici-bas demeurant dans les restes des os. Elle est basée sur la conception que c'est le feu qui a conféré aux dieux l'immortalité. Le feu immortalise également les victimes des sacrifices. Mais cette immortalité est limitée au monde divin. L'homme ne peut espérer s'en approcher qu'après sa mort, par la « voie des dieux », l'héroïsation, ou plus tard comme pour les empereurs romains et les rois hittites, par la divinisationJean Haudry, Le feu dans la tradition indo-européenne, Archè, Milan, 2016 , p.157-160..

Pour l'Inde védique, la crémation ne détruit pas le corps, mais le « cuit » et le prépare ainsi à rejoindre les PèresRig-Véda, 10, 16, 1-2.. C'est la raison pour laquelle l'ascète déjà cuit par l'ascèse est inhumé. Il en est de même à Rome pour celui qui a été foudroyé. Pline l'Ancien précise ainsi que, selon la religion, un tel homme doit être enterréPline, Histoire naturelle, 2,55 (145), trad. Schmitt, La Pléiade.Jean Haudry, 2016, p. 160..

Judaïsme Traditionnellement, la crémation est interdite par le judaïsme. Les juifs refusent le procédé de la crémation. Un crématorium dont le lieu était tenu secret a néanmoins existé en Israël entre 2005 et 2007 mais il n'a pas servi car un incendie volontaire par des ultra-orthodoxes l'a rendu définitivement hors service.

Les versets 12 et 13 du chapitre 31 du Premier Livre de Samuel. sont l'unique référence dans l'Ancien Testament sur une crémation volontaire décidée par l'homme mais elle pose un problème aux exégètes et aux historiens de la religion, le verbe hébraïque pouvant aussi bien se traduire par « incinérer » que par « embaumer »..

Le judaïsme orthodoxe s'est toujours opposé, à cette pratique et à son usage. Pour la loi juive, la crémation est prohibée car elle constitue un « avilissement » pour le défunt. Même en l'absence de toute vie, le corps humain conserve sa dignité pour avoir abrité une âme. Une deuxième raison est avancée pour l'interdire. La croyance en la résurrection des morts se trouve mise en cause par la crémation du fait que l'on n'accorde plus aucun égard envers le corps.. « Rien n'empêche le Saint béni de réunir toutes les parties disséminées d'un corps ou de destiner à la résurrection tous les martyrs qui ont péri par le feu. Il n'en demeure pas moins que tout ce qui est dit dans la loi est destiné à conforter la croyance en la résurrection des morts, c'est pourquoi on ne doit pas porter atteinte à la dépouille ».Traité Baba batra 154b

Christianisme Le verset de la Genèse (3, 19) : « Homme, souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » (en latin, « Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris »), peut laisser supposer que l'homme doit être inhumé, la poussière étant assimilée à la glaise à partir de laquelle a été façonné Adam, mais la poussière peut aussi bien être interprétée comme de la poussière « de terre » ou de la poussière « de feu » (c.à.d. les cendres)Annick Barrau, , p. 54..

Les Israélites de l'Ancien Testament ne brûlent pas leurs morts, la crémation étant uniquement un acte de justice divine : punition individuelle comme dans le Lévitique (20, 14) : « Si un homme prend pour femmes la fille et la mère, c'est un crime : on les brûlera au feu, lui et elles, afin que ce crime n'existe pas au milieu de vous » ; punition collective comme dans la Genèse (1, 24) : « Alors l'Éternel fit pleuvoir du ciel sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu, de par l'Éternel »..

L'inhumation des corps s'impose progressivement dès le début du christianisme, s'appuyant sur les principaux personnages du Nouveau Testament qui ont une sépulture afin de conserver l'intégrité du corps en attente du Jugement dernierAnnick Barrau, , .. Néanmoins, crémation et inhumation cohabitent encore pendant les premiers siècles du christianisme, les empereurs romains privilégiant la crémation.. La crémation s'oppose ainsi au dogme de la résurrection des corps et est condamnée par l'Église jusqu'au , le décret du 19 mai 1886 de la Congrégation suprême du Saint-Office refusant les funérailles religieuses à celui qui demande la crémation mais ce décret s'attaque plus aux sociétés crématistes qu'au rite même de la crémation et s'impose alors que plusieurs prêtres ont choisi spectaculairement la crémation pour leurs propres funérailles, tel Savi Scarpone à Rome ou Giovanni Sartorio à MilanMémoire et actualité. Alors que se développent les enterrements civils dans l'Occident chrétien, ce décret s'inscrit dans le prolongement de Humanum genus, encyclique du pape Léon XIII donnée le qui condamne le relativisme philosophique de la franc-maçonnerie favorable à l'incinérationAnnick Barrau, , p. 55..

L'Église catholique romaine tolère la crémation depuis le décret De cadaverum crematione du et la publication du Saint-Office « » parue le , mais la déconseille : ce décret précise que « l'incinération du corps ne touche pas à l'âme et n'empêche pas la toute-puissance de Dieu de rétablir le corps, de même elle ne contient pas en soi une négation objective de ces dogmes », aussi l'Église « n'est pas opposée et ne s'oppose pas à l'incinération » mais « a toujours voulu encourager la pieuse et constante coutume d'ensevelir les corps des fidèles », concluant que « l'esprit de l'Église est étranger à la crémation »..

L'Instruction « Pour ressusciter avec le Christ » () du , précise que « les cendres du défunt doivent être conservées dans un lieu sacré, à savoir le cimetière » et « l'église recommande avec insistance que les corps des défunts soient ensevelis dans un cimetière », (notion de corps qu'il faut rapprocher de la Loi française du qui donne aux cendres le statut de corps) mais n'interdit pas « la dispersion des cendres dans la nature » selon l'Art. L.2223-18-2 de cette même loi, « les cendres sont en leur totalité […] dispersées en pleine nature, sauf sur les voies publiques. » La logique des funérailles chrétiennes repose sur trois principes : le corps, l'imitation du Christ et le deuil.

L'Église catholique romaine, si elle ne refuse pas la crémation, demande qu'elle soit précédée par la célébration des funérailles, avec le cercueil, à l'église..

Cette vision n'est pas valable pour les catholiques traditionalistes, à l'image de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X qui considère l'acte de crémation comme « gravement peccamineux, comparable au péché public, à l'apostasie, à l'excommunication et au suicide ».

Les protestants ne voient aucune objection de caractère biblique contre la crémation, exception faite de certains qui y voient une forme d'insoumission au processus naturel de putréfaction.

L'Église orthodoxe condamne la crémation volontaire pour plusieurs raisons : la crémation est étrangère à la tradition de l'Église ; l'insistance sur l'enterrement est fondée sur le respect du corps humain comme œuvre de Dieu, à quoi s'oppose la violence de la crémation et le traitement subi par le corps. ; certaines motivations de la crémation, comme le mépris du corps, la volonté d'effacer la mémoire du défunt, la destruction totale d'une personne, sont considérées comme incompatibles avec la foi chrétienne.

L'Église de Grèce a publié en 2006 un texte qui déclare que « l'Église ne s'oppose pas et n'a pas le droit de s'opposer à la crémation des défunts appartenant à d'autres religions ou d'autres confessions chrétiennes. Pour les fidèles orthodoxes, cependant, elle recommande, selon la longue tradition ecclésiale, l'ensevelissement comme seule voie de décomposition du corps humain décédé ». Un fidèle orthodoxe voulant subir la crémation ne peut pas recevoir d'obsèques religieuses, à moins que la crémation soit faite contre sa volonté« Une fin de vie paisible, sans douleur et sans honte - Un éclairage orthodoxe sur les questions éthiques liées à la fin de la vie », Jean-Claude Larchet, éditions du CERF, 2010, ..

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