Le traité de Berlin du est un accord signé au terme de plusieurs mois de négociations entre les représentants bolcheviks et les puissances centrales, principalement représentées par les Allemands. Ce traité complète et précise les clauses politiques et économiques du traité de Brest-Litovsk, laissées de côté lors des négociations de l'hiver 1917-1918. Ces dernières ont eu pour objectif de mettre un terme à la guerre entre les puissances centrales et la Russie et de préciser l'ampleur des pertes territoriales de la Russie, mais ont laissé en suspens la question des indemnités de guerre dues au impérialEntre 1871 et 1945, le nom officiel de l’État allemand est , simplifié en par la suite. et à ses alliés. De même, la nature des nouvelles relations économiques entre les puissances centrales et la Russie n'a pas fait l'objet d'échanges approfondis à Brest-Litovsk. En conséquence, conformément aux dispositions du traité de paix signé au début de l'année 1918, des négociations doivent permettre de régler les futures relations économiques entre les puissances centrales et la Russie bolchevique, et déboucher sur la conclusion d'un accord entre le et ses alliés, d'une part, et la Russie, de l'autre. Cependant, en raison de l'évolution rapide du conflit durant les mois de , les dispositions contenues dans le texte de ce traité ne sont jamais entrées en application. Cet accord a néanmoins jeté les bases du traité de Rapallo entre le et la Russie bolchevique, entré en vigueur à partir de 1922.

Contexte Le pouvoir bolchevik à l'été 1918 Après la prise du pouvoir par les bolcheviks en , les nouveaux dirigeants russes prennent les rênes du gouvernement russe, pour stopper le processus de désagrégation du pouvoir. La conclusion de la paix avec les puissances centrales a de plus considérablement affaibli ce nouveau pouvoir.

Divisés sur la politique étrangère, les dirigeants bolcheviks doivent aussi affronter leurs opposants, y compris leurs anciens alliés, les socialistes-révolutionnaires de gauche, partisans, comme l'ensemble des opposants au pouvoir bolchevik, de la poursuite de la guerre. Face aux bolcheviks minoritaires sur cette question, les socialistes-révolutionnaires multiplient les actions terroristes, commettant de nombreux attentats durant le printemps et l'été 1918, à la fois contre les dirigeants bolcheviquesPar exemple, Lénine est blessé lors d'une tentative d'assassinat le . et contre leurs alliés allemands. Ainsi, le , ils assassinent le comte Wilhelm von Mirbach, ambassadeur allemand auprès du gouvernement russe.

Les relations germano-russes en 1918

En dépit de la conclusion de la paix de Brest-Litovsk, les Allemands anticipent un renversement rapide du régime issu de la révolution d'Octobre. Il apparaît rapidement aux Allemands comme aux Russes que le traité de février a laissé un certain nombre d'incertitudes dans les relations entre les deux pays. Enfin, les clauses du traité de Brest-Litovsk prévoient l'ouverture de nouvelles négociations pour parvenir à un accord sur la nature des liens économiques futurs entre les deux pays.

En conséquence, dès le printemps 1918, les relations diplomatiques sont officiellement rétablies entre les puissances centrales et le Conseil des commissaires du peuple, des ambassadeurs étant échangés entre Moscou et Berlin. Cependant, dans le contexte de la vague terroriste menée par les socialistes-révolutionnaires, anciens alliés du parti bolchevik, les principaux dirigeants allemands se divisent sur la question de maintenir les relations avec le gouvernement russe : Guillaume II, Erich Ludendorff et Karl Helfferich, nouvel ambassadeur à Moscou, se montrent partisans du renversement du gouvernement bolchevik, par divers moyensHelfferich souhaite utiliser un appel à l'aide du conseil des commissaires du peuple pour occuper Moscou et renverser son pouvoir, Ludendorff est partisan d'une action militaire immédiate, alors que Guillaume II subit la pression des Baltes de son entourage..

Enfin, durant l'été 1918, alors que la situation du régime bolchevique semble critique, les négociateurs bolcheviques, Adolf Joffé et Léonid Krassine, ancien représentant de Siemens dans l'empire russe, parviennent à convaincre les principaux responsables de la politique économique du en guerre, en premier lieu Gustav Stresemann, de la solidité du régime qui les a mandatés. Stresemann soutenant le projet de renouer des relations économiques avec le régime de Lénine, le se rapproche des bolcheviks pour éviter, ou au moins retarder, la reconstitution d'un front de l'Est, tandis que l'armée impériale allemande multiplie les opérations de soutien à l'Armée rouge, là où les armées des puissances centrales sont en mesure d'intervenir. À la suite des assassinats, durant l'été 1918, de l'ambassadeur du à Moscou et du commandant des troupes allemandes en Ukraine, le gouvernement du hésite cependant quant à la politique à suivre, une partie du cabinet impérial appelant de ses vœux la mise en place d'un gouvernement conservateur favorable aux puissances centrales.

Objectifs allemands en Russie Les puissances centrales ayant imposé à la république de Russie une paix sanctionnant un important repli territorial russe, le aspire à renouer des relations commerciales avec le nouveau pouvoir en place à Moscou.

La conclusion de la paix avec le pouvoir issu de la révolution d'Octobre a non seulement permis la réalisation des buts de guerre allemands en Europe orientale, mais a aussi autorisé le à mener une politique active en Russie et dans les régions voisines, en dépit des incertitudes qui pèsent alors sur le devenir du régime bolchevique. Certains responsables allemands aspirent, alors que les puissances centrales ont été victorieuses sur le front de l'Est, à voir le mener une politique active dans la nouvelle Russie. Ainsi, Paul von Hintze, secrétaire d'ÉtatDans le Reich, le secrétaire d'État exerce les fonctions de ministre des Affaires étrangères. à partir du , souhaite la réalisation des buts de guerre de 1914, en s'appuyant sur les bolcheviks, seul parti politique opposé à la Triple-Entente.

De plus, dans un contexte marqué par la préparation de l'après-guerre, les dirigeants du , pariant sur le maintien d'un blocus allié après le conflit, tentent de mettre en place des relations commerciales avec le pouvoir russe. Les principaux représentants des milieux industriels se réunissent à plusieurs reprises durant le printemps 1918 pour fixer les objectifs recherchés par les négociateurs allemands, ainsi que le cadre légal propice à la réalisation de ces objectifs.

Par ailleurs, les Allemands préparent une intervention militaire en Russie ; bien que soutenant le régime bolchevique, afin d'en tirer parti au mieux des intérêts du , les diplomates allemands anticipent cependant sa chute, qui risquerait d'entraîner la Russie dans le chaos. Les militaires allemands préparent cette intervention, dont la restauration de l'ordre constituerait le principal moteur.

Parallèlement aux objectifs assignés par les membres du gouvernement et les militaires, les représentants de l'industrie lourde du exposent leurs revendications spécifiques après une réunion à Düsseldorf ; redoutant que le soit évincé des marchés mondiaux après le conflit, ils appellent à la mise en place d'un marché continental, peu développé économiquement et donc peu à même de trouver en son sein une concurrence aux produits manufacturés allemands. Ils suggèrent une politique volontariste de prêts importants à la Russie, destinés à financer les exportations allemandes dans le pays, ainsi que la mise en place d'un groupement économique chargé de coordonner les efforts allemands de prise de contrôle économique de la Russie et de l'Ukraine.

Clauses de l'accord L'accord germano-russe, fruit de trois mois de négociations, comprend des clauses politiques et des clauses économiques, garantissant à la fois la survie du régime bolchevique et la reprise des relations économiques entre la Russie et les puissances centrales. Ces clauses sont complétées par des notes secrètes fixant le détail des obligations réciproques des deux parties contractantes.

Négociations Confronté à une situation politique et économique catastrophique, le gouvernement de Lénine propose aux représentants des puissances centrales l'ouverture de négociations. Les représentants bolcheviques font alors miroiter une alliance entre le et la nouvelle Russie, la livraison d'armes et un accord commercial de grande ampleur.

Les négociations se tiennent à Berlin et s'ouvrent au milieu du mois de , en présence du secrétaire d'État aux Affaires étrangères du , Richard von Kühlmann, et sont closes par Paul von Hintze, son successeur. Le nouveau pouvoir russe y délègue Adolf Joffé et Leonid Krassine, militants bolcheviques chevronnés, pour défendre les intérêts du régime de Moscou.

Alors que l'armée impériale s'épuise de plus en plus dans de vaines offensives, les négociateurs allemands se montrent rapidement plus conciliants envers les demandes formulées par leurs homologues russes. Les Allemands proposent ainsi de ravitailler en céréales, en charbon, en fer et en pétrole la Russie, tandis que les liaisons ferroviaires entre les territoires caucasiens, occupés par les puissances centrales, et le Nord de la Russie sont promises à un rapide rétablissement. Il n'échappe cependant pas à Joffé, le principal négociateur russe, que la conclusion de l'accord sur les bases proposées par les Allemands renforcerait le contrôle économique du sur la Russie, déjà important avant la guerre.

Clauses politiques Ces clauses sont pour l'essentiel contenues dans les notes échangées entre les gouvernements allemand et soviétique.

Elles fixent définitivement les frontières russes selon le tracé décidé à Brest-Litovsk, obligeant la Russie à reconnaître l'indépendance de la Lituanie, du duché de Courlande et Sémigalle, aux confins de la Baltique, et de la Géorgie, alors totalement sous contrôle politique et économique allemand. En échange de cette reconnaissance, le s'engage à faire restituer Bakou à la Russie, contre la garantie de la livraison à l'économie allemande du tiers du pétrole produit dans cette région.

Enfin, ces clauses obligent le à remettre en cause le soutien apporté aux Armées blanches de Krasnov et d'Alekseïev.

Clauses économiques Le traité du pose les bases de la reprise des échanges économiques entre le et la nouvelle Russie, ménageant les intérêts économiques des deux parties.

Ainsi, l'article 8 du traité organise la liberté du transit des marchandises russes à travers la Livonie et la Courlande : les produits en provenance de la Russie ne sont pas taxés lors de leur passage sur les territoires baltes ; des zones franches sont mises en place dans les ports baltes et des tarifs ferroviaires préférentiels sont mis en place.

Les Allemands renoncent à l'indemnisation des participations allemandes dans les entreprises russes nationalisées par le décret du . Cependant, en dépit de cette renonciation, une indemnité de guerre de six milliards de roubles-or doit être versée au par le gouvernement russe, aussi bien en or qu'en marchandises.

Application et suites Ratifié par les parties contractantes le , il n'entre jamais en application en raison de la défaite du dans les mois suivants. L'armistice de Rethondes oblige en effet le défait à dénoncer l'ensemble des accords et traités signés par ses représentants avec la Roumanie, la Russie et les nouveaux États nés au début de l'année 1918, la Finlande, les États baltes et l'Ukraine.

Ratification