vignette|Un chronographe-bracelet du .

Le chronographe est un instrument de mesure du temps entre deux événements. Dans l’acception moderne du terme, un chronographe est une montre équipée d’au moins une aiguille indépendante que l’on peut démarrer, stopper et remettre à zéro, en vue de mesurer un intervalle de temps..

Dans le langage commun, on utilise souvent et abusivement le terme chronomètre pour désigner un chronographe. Le chronomètre est un label de qualité, basé sur la norme ISO 3159, obtenu par un instrument horaire auprès d'un organe certifié, par exemple le COSC. Une montre chronographe peut également obtenir le label de chronomètre, dans ce cas on peut parler d'un chronomètre-chronographe.

Le nom chronographe est dérivé du grec ancien , khrónos « temps » et gráphō « écrire ».

Lorsque l’heure est absente, on parle de « compteur ».

Le plus souvent, le chronographe est actionné par des poussoirs permettant d'enclencher le comptage (départ ou Start), de l'arrêter (arrêt ou Stop) et de réinitialiser (remise à zéro ou Reset).

Dans la terminologie horlogère, c’est une complication, c'est-à-dire une fonction additionnelle ajoutée à une montre, au même titre que la date, les phases de la lune ou la sonnerie.

Historique vignette|231x231px| « Compteur de Tierces » de Louis Moinet, 1816. vignette|Un chronographe de poche Electa du . vignette|Détail du mécanisme d'un chronographe Junghans J88.

Les premières montres capables d'indiquer la durée d'une observation furent les montres à secondes indépendantes ou à secondes mortes. On attribue leur invention à l'horloger genevois Jean Moïse Pouzait en 1776. Sur ces montres qui « battent la seconde » on peut arrêter et faire repartir l'aiguille des secondes, mais il n'y a pas de remise à zéro. En 1788, l’horloger belge Hubert Sarton (1748-1828) a présenté à la société d’émulation de Liège une « montre chronométrographique » qui pourrait être précurseur du chronographe moderne. John Arnold père (1736-1799) et Louis Moinet (1768-1853), ont fabriqué des compteurs capables d'indiquer le 1/60 de seconde. Louis Moinet a appelé son compteur, fabriqué vers 1816, « compteur de tierces ». C'est un instrument remarquable puisque l'aiguille centrale, qui fait un tour en une seconde, peut être démarrée, arrêtée et remise à zéro.

Le mot « chronographeLe mot chronographe existait déjà mais avait d’autres significations telles qu’un recueil de dates historiques, ou encore une date cachée dans les lettres d’une phrase. » a été utilisé plus tard pour la première fois en horlogerie par Nicolas-Mathieu Rieussec (1781-1866), horloger installé à Paris, qui a créé, et fait breveter en 1821, un système de mesure des temps courts, à l’aide d’un cadran tournant surmonté d’une aiguille fixe munie d'un petit réservoir d'encre. La trace de l’encre laissée sur le cadran permettait de déterminer le laps de temps que l’on souhaitait mesurer.

Louis-Frédéric Perrelet (1781-1854), conçut en 1827 une montre avec deux aiguilles des secondes : l’une des aiguilles pouvait être arrêtée à volonté, et par un deuxième appui sur le poussoir elle reprenait la place qu’elle aurait eue si elle ne s’était pas arrêtée.. C'est l'ancêtre des systèmes à rattrapante modernes.

Vers 1836, Joseph Thaddeus Winnerl (1799-1886) a inventé le cœur de chronographe, une came en forme de cœur permettant facilement la remise à zéro de l'aiguille des secondes..

Enfin en 1861 Henri-Ferréol Piguet, qui travaillait pour la maison Nicole & Capt à Londres, a réalisé le premier chronographe moderne, montre dotée d'une aiguille supplémentaire commandée par un poussoir unique permettant le départ, l'arrêt et la remise à zéro...

Le mécanisme de chronographe est ajouté à un mouvement de montre. Il peut alors être sous le cadran, donc invisible lorsque l'on regarde le mouvement, ou ajouté sur les ponts, on dit alors « en vue ».

Développement du chronographe à la fin du À partir des années 1860, la fabrication du chronographe va s'étendre rapidement, principalement en Suisse..

C'est d'abord dans la Vallée de Joux et à Genève que sont produits des pièces de grande qualité, souvent en or. Le plus souvent les mouvements sont produits dans la Vallée de Joux par des ateliers spécialisés comme ceux de Louis-Elisée Piguet. au Brassus, Meylan-Truan & Fils au Sentier, ou la société LeCoultre & qui, entre 1870 et 1900 a créé pas moins de 128 calibres chronographe.

Les montres complètes sont commercialisées par les grandes maisons de Genève comme Golay Fils & Stahl, Benjamin Haas Jeune & , etc. Certaines de ces maisons sont toujours actives de nos jours, comme Audemars, Piguet & , Patek Philippe & ou Vacheron & Constantin.

Très vite la fabrication de chronographes va gagner les régions de Neuchâtel et de Berne. C'est là que va débuter l'industrialisation du chronographe à partir des années 1880. La fabrication en série permettant une forte réduction des coûts, le chronographe va devenir un instrument courant pour ses applications industrielles et sportives. Les entreprises pionnières sont Longines à St-Imier (création en 1862), Guinand Frères aux Brenets (création en 1865), Henchoz Frères au Locle, Stauffer/Nicolet à La Chaux-de-Fonds (création en 1830), Breitling à La Chaux-de-Fonds (création en 1884), Jules-Frédéric Jeanneret. et sa descendance à St-imier (création en 1866) ou encore Édouard Heuer à Bienne (création en 1860).

La fabrication de chronographes est attestée également en Grande-Bretagne et en Allemagne, mais c'est surtout aux États-Unis que cette production atteindra des proportions non négligeables. L'American Waltham Watch Co. en a produit dès 1874, sur la base des brevets du Suisse Henri-Alfred Lugrin, de même que la Trenton Watch Co. vers 1891. La fabrication de chronographes de poche bon marché, à 1 ou 7 rubis, se poursuivra au chez la New England Watch Co, la New York Standard Watch Co., la Sterling Watch Co., et la New York Chronograph Watch Co. Enfin, Hamilton produira de remarquables chronographes de poche pendant la Seconde Guerre mondiale.

Chronométrage aux épreuves olympiques Lors des Jeux olympiques d'été de 1932, à Los Angeles, Omega devient le premier chronométreur officiel de l'évènement en fournissant 30 chronographes issus des ateliers Lemania.. Ils permettent de mesurer les résultats aux dixièmes de seconde près. Aux Jeux de 1948, à Londres, est introduite la caméra photo finish ; la machine commence donc à avoir une précision supérieure à l'œil humain. Aux Jeux de 1952, à Helsinki, on utilise le quartz et l'électronique, alors que les résultats sont enregistrés au centième de seconde. Lors des Jeux de 1960, à Rome, c'est la dernière fois qu'un résultat final est jugé par un œil humain. Aux Jeux de 1964, à Tokyo, les résultats sont affichés sur un panneau en temps réel, à destination du public. Aux Jeux de 1968, à Mexico, le chronométrage est stoppé par la main du nageur sur un panneau de contact ; les juges sur le bord du bassin disparaissentRomain Clergeat, « Pas de chrono, pas de JO », Paris Match, semaine du 4 au 10 août 2016, page 96..

Le chronographe dans la montre mécanique

Dans la gamme des chronographes mécaniques simples, on distingue les chronographes à un poussoir des chronographes à deux poussoirs..

Le poussoir du chronographe à un poussoir permet de démarrer (start), puis d'arrêter (stop) et enfin de remettre à zéro (reset) les aiguilles du chronographe.

Le premier poussoir du chronographe à deux poussoirs sert à démarrer (start) et arrêter (stop) le comptage, alors que le deuxième poussoir permet d'effectuer la remise à zéro (reset) des aiguilles. Il est ainsi possible, à l'aide du premier poussoir, de redémarrer le chronométrage sans avoir fait au préalable une remise à zéro.

L'affichage

thumb|Montre chronographe (Omega Speedmaster Ref. 145.012-67).

Le chronographe comporte une aiguille mise en mouvement par un poussoir situé sur la montre. En général, cette aiguille est au centre et fait un tour par minute. Elle est appelée trotteuseDictionnaire professionnel illustré de l'horlogerie, Berner.

Cette trotteuse ne tourne que lorsque le chronographe est enclenché. L'affichage de la seconde du mouvement de base, qui elle tourne tout le temps, se fait en général sur un petit cadran, en bas (à 6 h) ou à gauche (à 9 h). On l'appelle la petite seconde.

Le chronographe peut également être doté d'autres compteurs pour afficher, par exemple, des fractions de seconde, les minutes ou les heures chronométrées.

Sur le chronographe Omega Speedmaster ci-contre, les aiguilles sont placées de la manière suivante: au centre : la trotteuse (les secondes chronométrées), l'aiguille des heures et l'aiguille des minutes (affichage de l'heure du mouvement de base) à 3 h : le compteur 30 minutes (les minutes chronométrées) à 6 h : le compteur 12 heures (les heures chronométrées) à 9 h : la petite seconde (les secondes liées à l'affichage de l'heure)

La trotteuse peut être utilisée comme tachymètre : en mesurant le temps nécessaire pour faire , l'aiguille indique, sur la lunette, la vitesse moyenne durant ce kilomètre. Si le temps mesuré est de , l'aiguille indiquera .

D'autres échelles peuvent également être présentes comme l'échelle télémétrique, qui permet de mesurer la distance qui nous sépare d'un événement visible et audible, typiquement un éclair. Le décalage temporel entre image et son fournit la distance sur la base de la vitesse du son.

Les chronographes pulsométriques fournissent la fréquence cardiaque: le nombre de battements que l'utilisateur doit compter avant d'arrêter le chronographe est généralement indiqué sur le cadran de la montre. La durée, par exemple de 15 battements, permet de déterminer la fréquence en battements par minute.

thumb|Montre chronographe Zenith El Primero 21

La maison Zenith propose, en 1969 déjà, un chronographe équipé d'un oscillateur 5 Hz. Cette fréquence, plus élevée que celle des autres montres-chronographe (généralement 4 Hz), permet d'afficher le 1/10 de seconde lors du chronométrage.

D'autres types de chronographes s'utilisent comme compte à rebours. Les participants à des régates, par exemple, utilisent les intervalles de temps entre quatre signaux pour passer la ligne de départ au plus tôt. Les signaux de références sont les pavillons montés ou descendus, ils sont accompagnés de signaux sonores (coups de canon, klaxon, corne de brume). Les règles de course évoluent à chaque signal : les bateaux ont, par exemple, le droit de franchir à l'envers la ligne de départ pendant le premier intervalle de temps, mais sont pénalisés voire disqualifiés s'ils le font par la suite. Les règles sont variables selon les courses : par exemple, quatre signaux sont émis : , , avant le départ, puis au départ à proprement parler et à partir duquel les bateaux peuvent franchir la ligne de départ.

La montre Rolex Yacht Master II possède un compte à rebours réglable. Suivant la course, le temps entre premier et dernier signaux peut être, par exemple, de à la place de . L'aiguille affichant les minutes avant le départ peut être ajustée. Lorsque l'utilisateur presse sur le premier poussoir (à 2 h), la trotteuse commence à bouger, le compteur de minutes commence à décompter. À chaque signal sonore, une pression du deuxième poussoir permet de resynchroniser le compte à rebours à la minute la plus proche. En cas de report, l'utilisateur peut arrêter ou recommencer le compte à reboursMode d'emploi de la Yacht-Master II.

Fonctionnement Les phases et actions du chronographe à deux poussoirs

Le chronographe a en principe trois phases de fonctionnement qui sont : la position de départ le chronométrage l'affichage (du temps chronométré)

Ces trois phases sont déclenchées par trois actions : Départ (start) : Lorsqu'on presse le premier poussoir, la trotteuse se met à tourner et le chronométrage commence.