La conférence de Spa du est la dernière conférence importante entre les principaux responsables politiques et militaires du Entre 1871 et 1945, le nom officiel de l'État allemand est ., alors engagé dans la Première Guerre mondiale. Tenue dans les dernières semaines du conflit, elle est destinée à tirer les conclusions politiques et militaires de la défection bulgare.

En effet, après les échecs rencontrés par les puissances centrales en Italie et sur le front de l'Ouest, les responsables du ne peuvent qu'acter l'impasse stratégique dans laquelle ils se trouvent depuis le mois d'. Les succès alliés face aux Bulgares, suivis du retrait de la Bulgarie et de la rapide remontée alliée vers le Danube, obligent les responsables des puissances centrales, essentiellement allemands, à tirer les leçons de leurs échecs. Cependant, maintenus dans l'ignorance de la réalité de la situation militaire, les membres du gouvernement du demeurent dans un premier temps incrédules face aux déclarations des militaires. Au cours du mois de , ces derniers pressent le gouvernement d'entamer des pourparlers en vue d'une suspension du conflit. La conférence constitue l'occasion de l'annonce de ce souhait de changement de politique.

La conférence réunit à Spa, alors siège de l' (OHL, Commandement suprême de l'armée), les principaux chefs militaires du , le chancelier et son vice-chancelier autour du Kaiser Guillaume II. Tous s'accordent sur la nécessité de demander un armistice pour limiter les exigences des Alliés, ainsi que sur des réformes politiques à mettre en œuvre pour démocratiser le , qui devait alors se transformer en monarchie parlementaire.

Contexte La défection bulgare thumb|La manœuvre d'Uskub éventre le front bulgare, oblige la Bulgarie à demander l'armistice et permet une reconquête rapide de la Serbie, menaçant rapidement les frontières austro-hongroises et sectionnant les lignes de communication entre le et son allié ottoman.|alt=Carte représentant des manœuvres militaires lors de la campagne de Serbie

À la suite de la défaite de Doiran, le front de Macédoine, tenu principalement par les Bulgares, s'écroule face aux unités franco-serbes engagées dans une rapide remontée vers le Nord à travers le royaume de Belgrade, offensive que les puissances centrales ne sont alors plus en mesure d'entraver efficacement.

Rapidement, l'efficacité de l'exploitation alliée de la percée obtenue le oblige la Bulgarie, épuisée par trois années de guerre, à demander l'armistice, dès le , par l'envoi d'une délégation pour en négocier les clauses. Les négociations de l'armistice entre le royaume de Sofia, exsangue, et les Alliés aboutissent rapidement, entre le , incitant Ludendorff à ordonner des mesures énergiques, cependant toutes vouées à l'échec.

Face à cette situation dans les Balkans, le haut-commandement allemand tente ainsi de mettre en place des contre-mesures destinées, sinon à maintenir la Bulgarie dans le conflit, du moins à stopper la remontée des troupes franco-serbes vers le Danube : certains préconisent des opérations de troupes austro-allemandes en Bulgarie, Ludendorff propose de contrôler étroitement le roi Ferdinand, voire de l'enlever, afin de forcer le monarque à maintenir son pays dans l'alliance allemande.

La situation politique et militaire des puissances centrales

thumb|gauche|Stephan Burián von Rajecz, alors ministre des affaires étrangères de la double monarchie, tente de faire sortir son pays du conflit.|alt=Photographie ancienne du ministre des affaires étrangères austro-hongrois en 1918

Depuis le mois d’, les puissances centrales multiplient les initiatives afin de sortir du conflit.

Cependant, face à la défaite qui se profile, certains responsables politiques du semblent aveugles à la situation du pays. Ainsi, au début du mois de , Guillaume II, influencé par son chef de cabinet, Friedrich Wilhelm von Berg, un conservateur extrémiste, donne à ses interlocuteurs l'image d'un chef d'État globalement mal informé de la réalité de la situation du et de ses alliés.

De plus, depuis des mois, les diplomates austro-hongrois tentent de mener une diplomatie parallèle, jusqu'alors sans autre résultat tangible que de renforcer les liens entre la double monarchie et le , assujettissant l'Autriche-Hongrie au Lors de la conférence de Spa du mois de mai précédent, les responsables allemands avaient imposé à l'empereur Charles une alliance politique, une convention militaire et un traité de commerce, plaçant officiellement les deux alliés sur un pied d'égalité. De fait, l'Autriche-Hongrie épuisée par près de quatre années de guerre doit accepter la tutelle allemande. ; cependant, les responsables austro-hongrois parviennent, entre le printemps et l'été, à limiter les conséquences économiques de cette sujétion. Ainsi, les Allemands tentent de convaincre ces responsables de participer à une initiative commune durant les premiers jours du mois de : le , en dépit des multiples pressions allemandes, Stephan Burian, alors ministre austro-hongrois des affaires étrangères, publie une note proposant l'ouverture, dans un pays neutre, de négociations de paix entre la double monarchie et les Alliés . Face à cette proposition, les Alliés, parfaitement informés de la gravité de la situation intérieure de l'Autriche-Hongrie, écartent sans discussion la proposition austro-hongroise. Cette démoralisation des responsables de la double monarchie trouve également son pendant dans le . En effet, la population apparaît nerveuse, et l'armée impériale allemande est alors minée par les désertions et les manifestations d'insubordination. Cette armée, épuisée et minée par les désertions, est refoulée sous les coups de boutoir de plus en plus marqués des Alliés sur ses positions de départ de sa dernière offensive, lancée au mois de mars ; parallèlement, pour amplifier les succès des mois d’août et de , les chefs militaires alliés planifient alors une offensive destinée à priver les Allemands de toute possibilité d'action sur le front.

Du point de vue militaire, Ludendorff, sans illusion sur la situation de l'armée impériale, tente de parer au plus pressé, la reconstitution d'un front dans les Balkans. Ainsi, ce dernier a déjà dépêché sur place une armée, censée se concentrer dans la région de Niš ; cependant, se rendant compte de l'insuffisance de ces moyens, il envisage de déployer sur place les divisions occupant l'UkraineCette solution priverait cependant les puissances centrales de l'accès aux richesses agricoles de ce pays, alors occupé par le et la double monarchie.. Composée de sept unités allemandes et austro-hongroises et placée sous la responsabilité du maréchal austro-hongrois Hermann Kövess, installé à Niš, cette nouvelle armée reçoit la mission d'arrêter en Serbie centrale les troupes alliées dans leur remontée vers le Nord, sans succès. En effet, les unités qui composent cette armée constituent une force disparate et manquent de cohésion ; de plus, leur concentration dans la région de Niš est rapidement remise en cause par la rapidité de l'avance des unités alliés, engagées dans une vaste guerre de mouvement. Parallèlement à cette rapide remontée des troupes alliées dans la péninsule balkanique, depuis le , une vaste offensive alliée est lancée en France, coordonnée par Ferdinand Foch. Au fil des jours, les unités alliées repoussent les troupes allemandes sur toute la longueur du front, cette offensive ne pouvant plus être arrêtée par des unités placées en réserve, alors en nombre insuffisantLe , l'armée allemande ne dispose plus que de vingt-deux divisions placées dans la réserve générale..

Alors que la situation militaire se dégrade rapidement, l'armée subit des pertes en hommes et en matériel de plus en plus importantes : ainsi, pièces d'artillerie sont perdues, détruites, capturées ou irrémédiablement endommagées dans les deux mois précédant la conférence ; de plus, les tubes en activités sont usés et ne peuvent être utilisés à leur pleine capacité.

La dernière grande conférence de l'OHL Participants

thumb|De gauche à droite, Paul von Hindenburg, Guillaume II et Erich Ludendorff à Spa en 1918.|alt=Photographie ancienne de trois militaires travaillant sur une carte.

Alors qu'Erich Ludendorff, le principal militaire en poste à Spa, souffre de dépression nerveuseÀ son insu, un neurologue l'a examiné, à la demande de ses proches collaborateurs., le nouvel adjoint de ce dernier, Heye, ayant pris conscience de la gravité de la situation, presse le ministre de la guerre du , ainsi que le vice-chancelier Paul von Hintze, de se rendre au siège de l', le commandement suprême de l'armée allemande, à Spa.

Ainsi, le dimanche , à dix heures du matin, sont présents lors de cette conférence les militaires, Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff, le vice-chancelier Paul von Hintze ; ils doivent se présenter devant Guillaume II, rejoint par le chancelier, Georg von Hertling, en début d'après-midi.

Enjeux

Face à une situation militaire et politique tous les jours plus précaire, les participants à la conférence proposent une sortie du conflit pour éviter d'assumer la responsabilité de la défaite du et amadouer les représentants alliés, afin d'obtenir des conditions plus clémentes.

Dans cette perspective, ayant échoué à imposer à Guillaume II une offensive destinée à sauver l'honneur de l'armée, Ludendorff suggère de demander l'armistice afin d'éviter l'occupation du territoire du par les Alliés. Cependant, cette demande d'armistice doit être faite à la suite d'une victoire allemande, témoignant de la perte des réalités du général.

De plus, pour tenter d'adoucir les exigences alliées, les participants tentent d'amorcer, avant la cessation des hostilités, la démocratisation de l'Empire allemand, espérant négocier une paix plus favorable et sauvegarder les droits de la dynastie impériale.

Décisions thumb|gauche|Albert Ballin est un acteur des décisions prises le .|alt=Photographie ancienne d'un important homme d'affaires allemand

Cette conférence ne donne pas lieu à de véritables débats entre les principaux responsables du ; en effet, les responsables militaires demandent l'ouverture de négociations en vue d'une cessation des hostilités, appuyés par le vice-chancelier.

Le maintien des buts de guerre du en

Responsables de la gestion de la guerre, les participants à cette conférence esquissent une rénovation du programme des buts de guerre. Ils se prononcent en faveur d'ouverture de négociations garantissant au les bénéfices des traités signés avec la Russie, à Brest-Litovsk ou à Berlin, et avec la Roumanie à Bucarest.

L'empereur Guillaume soutient la proposition de camoufler derrière une propagande antibolchevique le maintien des buts de guerre dans l'Est de l'Europe : le s'affirmerait alors comme le protecteur des nouveaux États limitrophes de la Russie bolchevique. En septembre, le multiplie les accords avec la double monarchie au sujet de la Pologne, ainsi qu'avec les représentants de l'Ukraine, alors indépendante, tandis que, simultanément, les acteurs politiques, économiques et militaires du en guerre travaillent à plusieurs textes destinés à fixer les modalités de son retour dans le concert international, visant notamment à la levée des clauses discriminatoires en matière commerciale, en vigueur depuis le déclenchement du conflit.

Demande d'armistice

Le jour de la conférence, Hindenburg et Ludendorff, les dioscuresCes deux militaires, artisans de la conduite allemande de la guerre, sont parfois désignés sous ce terme., exigent de Hintze, alors chargé des affaires étrangères, l'ouverture rapide de négociations en vue de la conclusion d'un armistice : en effet, ils affirment à ce dernier que le se trouve dans l'impossibilité de poursuivre la guerre.