Le sanctuaire de la Sainte-Baume, également connu sous le nom de grotte de Sainte-Marie-Madeleine, est un sanctuaire érigé autour de la grotte éponyme du massif de la Sainte-Baume, commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume, dans le Var, grotte qui aurait servi d'ermitage à sainte Marie Madeleine après qu'elle eut évangélisé la Provence.
Dès le , la grotte est transformée en sanctuaire chrétien et des moines s'installent à proximité pour accueillir les pèlerins, la grotte étant transformée en lieu de culte. Le sanctuaire se développe au cours des siècles, surtout à partir du , sous l'impulsion des comtes de Provence, et avec l'installation des dominicains. Haut lieu de la chrétienté occidentale, la grotte reçoit la visite de nombreux papes et rois.
Le sanctuaire et ses bâtiments sont pillés lors des guerres de Religion, et totalement détruits lors de la Révolution française. Le sanctuaire est progressivement reconstruit au , particulièrement sous l'impulsion du père Henri Lacordaire qui restaure le couvent dominicain et installe une nouvelle hostellerie en plaine, pour permettre l'accueil des pèlerins. Jusque-là concentré autour de la grotte, le sanctuaire s’étend, à partir du milieu du , sur une large superficie du fait de la construction de cette hostellerie en plaine.
Au cours du , les aménagements du sanctuaire se poursuivent. En 1913, la chapelle des Parisiens et trois oratoires (qui ont survécu aux destructions) sont classés aux Monuments historiques. Au , les chapelles et les oratoires font l'objet de nouvelles restaurations.
Depuis les années 2000, huit frères dominicains sont installés à demeure dans le sanctuaire pour assurer l'accueil des visiteurs à l'hostellerie, et l'animation spirituelle des lieux de culte. Aujourd'hui, le sanctuaire est un important site touristique et économique du département, avec l'accueil de et visiteurs par an.
Historique Antiquité chrétienne thumb|Statue de . Selon la tradition, Marie Madeleine serait arrivée à la Sainte-Baume en 47 et y serait restée 30 ans avant d'aller mourir dans la vallée, près de saint Maximin, un ermite venu comme elle de Terre Sainte, qui a donné son nom à la ville.. Toujours selon la traditionCette est portée par des écrits beaucoup trop tardifs pour pouvoir être confirmés par des historiens. Ce récit, est source d'une importante iconographie, et de ., lorsqu'elle vivait dans la grotte, Marie-Madeleine, était portée par des anges, sept fois par jour, jusqu'au sommet des falaises pour y prier. C'est en ce lieu qu'a été construite la chapelle du Saint-Pilon...
Fondation du sanctuaire Vers 415, saint Jean Cassien, fonde un premier couvent à Marseille : l'abbaye Saint-Victor. Le moine installe ensuite un prieuré dans cette grotte et y vient lui-même régulièrement...
Les moines de l'abbaye de Saint-Victor continuent de desservir la grotte jusqu'au , accueillant les pèlerins qui viennent y prier. La grotte de Sainte-Marie-Madeleine devient un lieu de pèlerinage chrétien réputé. En 816, le pape , puis, en 878, le pape s'y rendent.
thumb|Gravure représentant le sanctuaire et Marie-Madeleine portée par les anges - La Chronique de Nuremberg (1493). En 1070, un monastère de moines bénédictinsCes religieux viennent toujours de l'abbaye Saint-Victor, mais ils s'installent à demeure et de façon indépendante. est fondé à l'entrée de la grotte pour y accueillir les pèlerins qui s'y rendent de plus en plus nombreux, et y assurer les offices. Le pèlerinage se développe, et attire des personnes notables comme Saint Louis, roi de France, (le , à son retour de croisade) qui vient en pèlerinage dans ce sanctuaire.Le roy s'en vint par la contree de Provence jusques a une cité que en appele Ays en Provence, la ou l'en disoit que le cors a la Magdeleinne gisoit ; et fumes en une voute de roche moult haut, la ou l'on disoit que la Magdeleinne avoit esté en hermitage .XVII. ans. [Le roi s'en vint par le comté de Provence jusqu'à une cité que l'on appelle Aix-en-Provence, où l'on disait que reposait le corps de la Madeleine ; et nous fûmes dans une grotte de rocher, très haut, où l'on disait que la Madeleine avait été en ermitage dix-sept ans.]., ou un gentilhomme italien, venu en 1117 spécialement pour demander à la Sainte sa propre guérison. , le pèlerin finance la construction d'une chartreuse et y entre lui-même comme moine.. En 1248, le franciscain Salimbene de Adam vient lui aussi en pèlerinage, et laisse un récit écrit de son passage..
Développement et âge d'or du sanctuaire En 1279, fait réaliser des fouilles dans l'église de Saint-Maximin et retrouve des reliques attribuées à Marie-Madeleine. Le , il obtient du pape une bulle pontificale, qui confie au jeune ordre des dominicainsLes bénédictins, d'après leur règle étaient peu aptes à accueillir des pèlerins car ils cherchaient à vivre dans le silence, le travail et la prière. L'ordre des dominicains avait lui une vocation à la prédication et donc naturellement à l'accueil et l'enseignement des pèlerins. De plus, saint Dominique avait choisi Marie-Madeleine comme . la charge des lieux saints : la basilique de Saint-Maximin (qu'il fait construire) et le sanctuaire construit autour de la grotte de la Sainte-Baume. Les bénédictins se retirent de la grotte et cèdent la place aux dominicains.
Tout au long des , papes, rois et princes vont se rendre en pèlerinage dans la grotte, l'une des plus célèbres de la chrétienté. Ainsi en 1332, vont se retrouver le même jour, dans ce sanctuaire, , roi de France, , Hugues de Chypre, et Jean de Luxembourg, roi de Bohème pour se recueillir dans la grotte.
En 1337, Humbert II de Viennois accompagné de Pétrarque se rendent en pèlerinage à la Sainte-Baume... L'auteur rédige plusieurs écrits sur la sainteDont le de Pétrarque..
thumb|La porte offerte par , aujourd'hui exposée dans l'hostellerie du sanctuaire. En 1440, un incendie touche la grotte et détruit des bâtiments adjacents (monastère et hostellerie). En 1456 , roi de France dote richement la grotte et dessine le plan de la coupoleCette coupole ne sera jamais terminée du fait de la mauvaise qualité de la roche. La trace de ces travaux est toujours visible au plafond de la grotte. qu’il offre pour l’autel. Et, le , accompagné par sa mère Louise de Savoie et son épouse Claude de France vient rendre grâce à son retour de Marignan. Il accorde des fonds pour la restauration de la grotte, fait édifier le Ce portail, installé à l'origine dans la grotte, a été endommagé lors de la Révolution et démonté en 1822 lors de la restauration de la grotte. Il a été réinstallé et exposé dans un musée avant d'être stocké, jusqu'en 1994 où il est redécouvert. Il est alors restauré et installé dans l'hostellerie de la Sainte-Baume. Ce portail est classé aux Monuments Historiques., et construit trois chambres royales à la grotte. En 1516, Jean Ferrier, archevêque d’Arles fait ériger sept oratoires sur le chemin des Rois.
En 1533, revient à l’occasion du mariage de son deuxième fils, Henri d’Orléans, avec Catherine de Médicis à Marseille. Elle reviendra le avec roi de France (), son frère le futur , et Henri de Navarre (, futur roi Henri IV).
s’y rend lors de son tour de France royal en 1564 afin de satisfaire les catholiques, . Lors des guerres de Religion, en 1586 et 1592, la grotte est pillée. À la suite du premier pillage, un pont-levis est érigé pour la protéger. Cet ouvrage défensif n'empêchera pas un second pillage en 1592.
Esprit Blanc fait construire en 1630 la chapelle dite (ou ) à proximité de la grotte. En 1649, de Marinis offre la statue de la Sainte Vierge, œuvre du sculpteur génois OrsolinoCette statue est toujours visible dans la grotte.
Le , , accompagné de sa mère Anne d’Autriche et de Mazarin, se rendent au sanctuaire. Il est le dernier roi de France à se rendre sur ce lieu de pèlerinageAprès cette visite, le roi et sa mère poursuivent leur pèlerinage sur les lieux saints de Provence et se rendent à l'église Notre-Dame-de-Grâces de Cotignac..
Révolution, destructions et reconstruction thumb|Statues des Saintes Femmes au tombeau, présentes dans la grotte et décapitées lors de la révolution. La Révolution française et l'Empire entraînent la destruction du site. En 1789, l’Assemblée Nationale ordonne la liquidation des maisons religieusesLes religieux sont expulsés des couvents, et tous les biens de l'Église sont saisis et vendus par l’État à des particuliers. : la grotte est complètement pillée, les statues des rois et Saintes femmes, décapitéesCertaines statues sont exposées à côté du calvaire, près de la grotte.. En 1791, le marquis d’Albertas rachète les biens des dominicains qui avaient été vendus comme biens nationaux. En 1793, l’intérieur de la grotte et la grande hôtellerie attenante sont détruitsAujourd'hui, on voit encore les traces dans la falaise des anciennes constructions.. De plus, pour écraser le mouvement contre-révolutionnaire du midi, Barras et Fréron décident de la destruction totale de la Sainte-BaumeDans leur esprit, il s'agissait de des monarchistes en détruisant un élément religieux symbolique important. : elle n’est plus . La grotte est débaptisée pour porter le nom de . Lucien Bonaparte, mari de Christine Boyer, fille de l’aubergiste de Saint-Maximin, sauve la basilique et la forêt de la Sainte-Baume des révolutionnaires. En 1814, le maréchal Brune détruit la grotte et ce qui venait d’y être reconstruit.
En 1822, Chevalier, préfet du Var, y restaure le culte catholique. En 1824, une communauté de trappistes s’établit sur le plateau, en face de l’actuelle hôtellerie puis laisse la place en 1833 à des capucins qui restent deux années.
En 1848, le père Henri-Dominique Lacordaire, célèbre prédicateur et restaurateur de l’ordre dominicain en France (en 1840), se rend à la grotte et décide sa restauration. En 1859 il rachète le couvent de Saint-Maximin pour y réinstaller les frères prêcheurs ; avec l’aide de qu'il a fondée, il réinstalle le , les frères dans la grotte ; il fait construire l’hôtellerie dans la plaineJusqu'à la Révolution, l'hostellerie était installée à côté de la grotte. pour l'accueil des pèlerins.
thumb|La montée à la grotte, après la restauration du couvent dominicain, et du sanctuaire. Le , pour célébrer la translation des reliques de sainte Marie-Madeleine dans la basilique de Saint-Maximin (reliques installées dans un nouveau reliquaire), un grand pèlerinage est organisé dans le sanctuaire jusqu'à la grotte, en présence de plusieurs évêques et archevêques, d'une foule nombreuse venant de toute la France, et de journalistes venus de Paris pour relater l'événement..
En 1865, le frère dominicain Jean-Joseph Lataste fonde la congrégation des dominicaines de Béthanie qui accueille des femmes sorties de prison (Madeleines converties). Il érige une communauté près de l’église de Plan-d’Aups en 1884.. En 1886, un reliquaire (œuvre de l’orfèvre lyonnais Armand Caillat) est offert par Ferdinand de Terris (évêque de Fréjus-Toulon). Placé dans la grotte, il contient une partie de tibia et une mèche de cheveux de la sainte pénitente..
Période moderne À la suite des lois de séparation des Églises et de l’État, la grotte devient propriété de la commune de Plan d’Aups en 1910. Parmi les pèlerins célèbres qui se rendent au sanctuaire au début du , se trouve Charles de Foucauld qui s'y rend à plusieurs reprises (1900, 1901 et 1913)..
thumb|Sculpture de la Pietà devant la grotte. En 1913, les services des Monuments historiques font classer plusieurs constructions du sanctuaire comme la chapelle des Parisiens et les oratoires du chemin des rois..