Benoît d'Aniane, né vers 750 et mort le , est un aristocrate d'origine wisigothe de l'époque carolingienne, dont l'œuvre de réforme du monachisme est essentielle dans l'essor de l'ordre des Bénédictins en Europe, ce qui lui vaut le surnom de . Outre cette activité d'unification monastique, Benoît lutta contre l'adoptianisme, propagea la liturgie romano-franque et contribua à la diffusion de la nouvelle écriture dite minuscule caroline. Conseiller très influent du fils de Charlemagne, Louis le Pieux, quand celui-ci était roi d'Aquitaine, puis quand il devint empereur, il est l'un des principaux acteurs de la renaissance carolingienne. Il est commémoré le selon le Martyrologe romain..

Biographie Origine et débuts vignette|redresse=1.1|Saint Benoît de Nursie tenant le livre de la « règle » et saint Benoît d'Aniane tenant le modèle du monastère d'Aniane (Bas-relief du , église de Saint-Guilhem-le-Désert).

Né en Septimanie vers 750, celui que nous appelons Benoît d'Aniane était le fils du comte de Maguelone (en Gothie alias Septimanie, à 10 km au sud-ouest de Montpellier) ; une tradition tardive (année 1652) et sans autorité donne à son père le nom d'Aigulfus, que ne confirme aucun témoignage ancienVoir Kettemann (2000), , n. 2, avec références.. Le comte goth Ansemond est documenté à l'époque de la naissance de Benoît. Indéniablement d'origine wisigothique, l'enfant porta d'abord le nom de Witiza, attesté par la Chronique de MoissacÉdition G. H. Pertz, dans Monumenta Germaniae Historica, Scriptores, 1 (1826), .. Son éducation se fit à la cour du roi franc Pépin le BrefDevic & Vaissète, Histoire générale, I (1872), VI, LXXXVI, ., où il eut pour compagnons Adalhard et Wala, neveux du roi. Il devint l'échanson de la reine, Bertrade de Laon (dite Berthe au Grand Pied)Iid., ibid.. Il resta à la cour de Charlemagne après la mort de Pépin.

En 773, il participa à l'expédition contre les Lombards en Italie. Il paraissait alors destiné à une brillante carrière militaire.

Vie monastique En 774 ou 775, à la suite d'un événement dramatique (il avait failli mourir près de Pavie en voulant sauver son frère de la noyade), Witiza devint moine à l'abbaye de Saint-Seine, située à 27 km au nord-ouest de DijonNotre seule source sur ces deux points est la Vita Benedicti d'Ardon-Smaragde, chap. 2, 6.. C'est peut-être à cette occasion qu'il renonça à son nom gothique pour devenir, en religion, "le Béni" ou frère "Benoît" (Benedictus).

À l'abbaye de Saint-Seine, il fit preuve d'un ascétisme rigoureux et étudia les nombreuses règles en usage, outre celle de saint Benoît de Nursie : règle de saint Pacôme, règle de saint Basile et règle de saint Colomban.

Il devint le cellérier du monastèreArdon-Smaragde, Vita Benedicti, 2, 9. Saint Césaire d'Arles avait lui aussi commencé sa carrière monastique par la fonction de cellérier à Lérins : Cyprien de Toulon et alii, Vita Caesarii (BHL 1508), I, 6. Vers 780, sa communauté le choisit comme abbé, mais il s'enfuit vers son pays natal et s'établit dans la région de MontpellierArdon-Smaragde, Vita Benedicti, 3, 10. Voir Jean Marilier, Histoire de l'Église en Bourgogne, Dijon, Les Éditions du Bien public, 1991, p. 47..

Il mena alors une vie d'ermite et fonda avec des disciples et son ami Guillaume de Gellone, en 782, sur les bords de l'Hérault, une abbaye : celle d'Aniane, située à à l'ouest de MontpellierArdon-Smaragde, Vita Benedicti, 3, 10 et 42, 58.. Pour cet établissement — dont l'archéologie a retrouvé les vestiges en 2013L'abbaye carolingienne de Saint-Sauveur d'Aniane, sans doute remaniée à l'époque romane, fut détruite en 1562 par les Huguenots, et remplacée par des constructions nouvelles dans les années 1630. Ses traces viennent d'être identifiées à l'issue des fouilles archéologiques exécutées de 2011 à 2013 sous la direction de Laurent Schneider (CNRS). Voir par ex. François Savatier, sur le site Pour la science, « L'abbaye disparue d'Aniane a été retrouvée » https://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actu-l-abbaye-disparue-d-aniane-a-ete-retrouvee-32490.php —, Benoît choisit comme modèle le cénobitisme.

L'essor de la règle bénédictine

Aniane acquit, grâce à son abbé, une notoriété et un prestige considérables. S'étant rendu à Ratisbonne auprès de Charlemagne (printemps 792), Benoît obtint de l'empereur des lettres d'immunité et la reconnaissance de la liberté d'élection de l'abbéArdon-Smaragde, Vita Benedicti, 18, 27. Le problème est que le texte de la lettre d'immunité, tel qu'il figure dans la Vita, est manifestement interpolé : Élisabeth Magnou-Nortier, La société laïque et l'Église dans la province ecclésiastique de Narbonne de la fin du . Toulouse, 1974, .. Le développement du monastère fut toutefois freiné par la rigueur exigée. Benoît se tourna alors vers la règle de saint Benoît de Nursie, qu'il voulut faire appliquer dans un sens strict : il modifia et compléta cette règle à l'aide de celle de Colomban, et rédigea la « concorde des règles », s'appuyant sur ses commentaires de la règle de saint BenoîtSource ancienne : Ardon-Smaragde, Vita Benedicti, 38, 53.. Le monastère compta bientôt plus de trois cents moinesArdon-Smaragde, Vita Benedicti, 22, 34., qui essaimèrent dans tout l'Empire pour répandre la règle bénédictine, réformer les anciennes abbayes et en fonder de nouvellesWinandt (1947), p. ???.

En 792, l'abbaye devint royale. Le rayonnement que ce nouveau statut lui conférait fut utilisé par Benoît pour propager le monachisme bénédictin en Aquitaine. Le Languedoc, l'Auvergne, la Bourgogne s'y adaptèrent. La nouvelle règle intéressait fortement Louis le Pieux, qui souhaitait réaliser l'unité religieuse de l'Empire pour constituer un cadre à son territoire. Il appela l'abbé d'Aniane à Inden, près d'Aix-la-Chapelle. Là, Benoît prépara à sa demande deux synodes traitant de la réforme du monachisme, lesquels eurent lieu le premier en août-septembre 816, le second en juillet 817, tous deux à Aix-la-Chapelle : ils imposèrent la règle de saint Benoît et la libre élection de l'abbéArdon-Smaragde, Vita Benedicti, 36, 50. Voir R. Grégoire (1985), .. Des missi monastici désignés pour chaque monastère devaient veiller à l'exécution des décisionsArdon-Smaragde, Vita Benedicti, 36, 50.. Benoît voulait, tout comme Louis le Pieux, intégrer l'abbaye dans les institutions de l'Empire. L'abbé devint ainsi un véritable chef de communauté.

Soutenu par l'empereur et secondé par Alcuin, abbé de Saint-Martin de Tours, et par Théodulf d'Orléans, évêque d'Orléans, Benoît fit appliquer avec beaucoup d'intelligence la règle bénédictine dans plus de vingt monastères en Aquitaine, dont principalement Gellone, Saint-Savin et MassayLa Vita Benedicti d'Ardon (42, 58) énumère, pour sa part, douze monastères auxquels Benoît fit adopter la Regula Benedicti : Aniane, Gellone, Caseneuve, Île Barbe, Menat, Saint-Savin, Saint-Maximin, Massay, Cormery, Celleneuve au pays toulousain, Marmoutier en Alsace et Inda.. Le sud de la Loire profita également, peu à peu, de cette réforme.

En 818, en passant par Priziac (Morbihan) au cours d'une campagne militaire contre le rebelle Morvan, Louis le Pieux saisit cette occasion pour faire adopter la règle bénédictine par les moines de l'abbaye de Landévennec, placée jusqu'alors sous la règle de saint ColombanLe fait, certain, n'est connu qu'à travers la seconde Vie de saint Guénolé (BHL 8957), rédigée vers 880 par l'abbé Gurdisten et insérée dans le Cartulaire de Landévennec (milieu du ) avec le diplôme de Louis le Pieux rédigé à cette occasion en faveur de l'abbaye bretonne. Voir Chiara Garavaglia & Yves Morice, « Clôture et ouverture : Landévennec et l'ouverture de la Bretagne au domaine culturel carolingien », dans Louis Lemoine & Bernard Merdrignac (éd.), Corona Monastica : moines bretons de Landévennec, Histoire et mémoire celtiques, Mélanges offerts au père Marc Simon, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2004, , spéc. et n. 10..

Les changements apportés se répandirent très vite en Saxe et en Italie dès 820-830. La vie bénédictine allait s'imposer graduellement en Europe. Plus tard, elle se constituerait en grands ordres et congrégations, dont un des plus célèbres est l'ordre de Cluny. Toutefois, à partir de cette règle unique se formèrent des traditions propres à chaque abbaye.

Devenu empereur, Louis le Pieux s'empressa d'installer son conseiller et ami Benoît dans un monastère qu'il venait de fonder à son intention à Inden ou Inda (aujourd'hui abbaye de Kornelimünster), non loin du palais impérial (à une dizaine de kilomètres d'Aix-la-Chapelle), pour le mettre à la tête de tous les moines de son empireArdon-Smaragde, Vita Benedicti, 35, 47. Voir Devic & Vaissète, I, livre IX, chap. LXXVII, : "Louis appelle auprès de lui Benoît, abbé d'Aniane et confirme les privilèges des églises de la Province.".

Après l'Aquitaine et la Gothie, ce fut au tour de la Francie de bénéficier de la "règle du salut". En 817, Louis le Pieux réunit à Aix-la-Chapelle tous les abbés de l'Empire pour faire accepter le capitulare monasticum préparé par BenoîtTexte édité par Josef Semmler, dans Corpus Consuetudinum Monasticarum, tome 1. Siegburg, 1963, .. Le but de cette constitution était de réglementer et surtout d'unifier les différents styles de vie monastique autour de la règle de saint Benoît, à l'exception des autres. Saint Augustin et Benoît de Nursie étaient à cette époque les meilleures références pour vivre une vie religieuse à la fois exigeante et raisonnable.

L'empereur, qui adhérait entièrement à ce projet de purification, en proclama l'application dans tout l'Empire.

La politique culturelle mise en place par Charlemagne déboucha ainsi sur une brillante renaissance artistique, intellectuelle et spirituelle dans beaucoup de monastères, devenus des lieux privilégiés de transmission de la culture.

Benoît d'Aniane et l'adoptianisme Benoît d'Aniane se distingua aussi dans la lutte contre l'adoptianisme, considéré comme une hérésie par l'Église. Propagée par Élipand, archevêque de Tolède, et Félix, évêque d'Urgell, cette doctrine considère le Christ comme Dieu par nature mais comme homme par adoption de Dieu en tant que filsPour une révision radicale de la question, voir Cavadini (1993).. Comme Élipand se trouvait sur un territoire appartenant aux Maures, il ne fut guère inquiété ; en revanche, Félix d'Urgell se vit contraint de se rétracter en 792 par la condamnation du synode de Ratisbonne. Le synode de Francfort, en 794, condamna l'adoptianisme. On ne sait si Benoît d'Aniane y assista, mais il est certain qu'il fut aidé dans son combat par ses deux amis Alcuin et Nimfridius (abbé de Lagrasse jusqu'en 800 puis archevêque de Narbonne jusqu'en 828). En 799, Charlemagne assigna à Benoît, accompagné de Nimfridius et de Leidrade, évêque de Lyon, la mission d'extirper l'adoptianisme de la Marche d'EspagneDevic & Vaissète, vol. I, livre IX, chap. XXXVII, p. 904-905 : " Zèle de Benoit d'Aniane contre l'hérésie de Félix d'Urgell"..

Le conseiller de Louis le Pieux