de Navarre, aussi connu sous le nom de de Champagne ou de Thibaut le Chansonnier, né le à Troyes et mort le à Pampelune, est comte de Champagne de 1201 à 1253 et roi de Navarre de 1234 à 1253. Fils posthume de , il hérite du comté de Champagne, mais c'est sa mère, Blanche de Navarre, qui exerce la régence pendant sa minorité, de 1201 à 1222. En 1223, il rejoint une ligue de barons opposés au jeune et à la régente sa mère Blanche de Castille, avant de se réconcilier avec celle-ci l'année suivante. À la mort de son oncle sans héritier direct en 1234, il est élu roi de Navarre. Chef de la croisade des barons, il est également l'un des plus grands trouvères de son temps.

Biographie

Origine et jeunesse vignette|Le royaume de France en 1180. Thibaut naît le . Il est le fils posthume du comte , mort subitement le à la veille de son départ pour la quatrième croisade, et de Blanche de Navarre, fille du roi et de Sancha de Castille. Son parrain est Philippe Auguste, roi de France qui l'éduque à la cour. Il fait partie de la suite du roi de France et est présent lors de la bataille de Bouvines en .

Entre 1216 et 1221, il doit défendre son comté contre les revendications du seigneur Érard de Brienne. L'intervention de Philippe Auguste, du duc et de l'empereur , met fin à cette guerre de succession. Thibaut conserve les comtés de Champagne et de Brie, et s'acquitte envers Érard d'une indemnité.

Comte de Champagne La régence de Blanche de Navarre s'achève le . Thibaut est fait chevalier quelques jours plus tôt de la main du roi Philippe Auguste à Étampes. En , il participe aux campagnes de contre les Anglais, et notamment au siège de La Rochelle. L'année suivante, il reçoit la mission de conduire au concile de Bourges le comte . En , alors qu'il participe à la croisade des albigeois, il abandonne le roi lors du siège d'Avignon, une fois effectués les quarante jours de service requis, au grand mécontentement du roi. Deux ans plus tard, Thibaut joue le rôle de médiateur dans l'élaboration du projet de traité de Paris, qui met fin à la croisade des Albigeois.

Après la mort de en , Thibaut rassemble autour de lui une ligue des grands barons opposés au jeune et à la régente sa mère Blanche de Castille. Thibaut abandonne néanmoins la ligue dès l'année suivante et se réconcilie avec Blanche. Ses anciens alliés, indignés de cette défection, s'attaquent alors directement à Thibaut, le plus puissant soutien de la régenteJacques Le Goff, Saint Louis, Gallimard, 1996, p. 120-121.. Des rumeurs injurieuses sont propagées, accusant Blanche d'être la maîtresse de Thibaut. Les coalisés se jettent sur le comté de Champagne qu'ils ravagent et ils ne déposent les armes que sous la menace de l'armée royale. La paix est finalement signée en et les barons rebelles abandonnent leurs revendications. En 1233, ses ennemis trouvent néanmoins un nouveau moyen d'importuner Thibaut en faisant venir Alix de Champagne-Jérusalem, une prétendante au comté de Champagne. À la fin de l'année 1234, elle renonce au comté moyennant la somme de quarante mille livres tournois et un domaine de deux mille livres tournois de revenus. Pour payer l'indemnité, les représentants de Thibaut sont contraints de vendre au roi la mouvance de quatre fiefs : les comtés de Blois, de Chartres et de Sancerre, et la vicomté de Châteaudun.

Roi de Navarre À la mort de son oncle le roi sans héritier direct en , les Navarrais ne tiennent aucun compte de la volonté du roi, qui a désigné comme son successeur. Une délégation navarraise, composée de l'évêque de Pampelune et de plusieurs autres seigneurs, gagne la Champagne afin d'inviter Thibaut à venir prendre la couronne de son oncle. Thibaut répond aussitôt à cet appel et est couronné roi de Navarre le à PampeluneBéatrice Leroy, « Le royaume de Navarre aux », Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, vol. 30, 1999, p. 155-164. .. Thibaut jure fidélité aux fueros du royaume, fournissant ainsi à la couronne de Navarre une dynastie bien installée de puissants vassaux dans le nord du royaume de France María Raquel García Arancón, « », Diccionario Biográfico Español..

Thibaut gouverne avec l'aide de nobles venus de Champagne qui reçoivent des charges importantes. Il réduit l'importance des fiefs non héréditaires, les tenencias, comme divisions territoriales et crée quatre grands districts confiés à des merinos, à qui il attribue des fonctions fiscales et relevant de l'ordre public. Il établit ses lois par écrit, élaborant un cartulaire où elles figurent toutes, et il commence la compilation des traditions juridiques de la monarchie navarraise connue sous le nom de Fuero General.

Il forge une alliance avec , roi de Castille, afin de se prémunir contre les prétentions du roi d'Aragon. Pour cimenter cette alliance, il négocie le mariage de sa fille Blanche avec Alphonse, le futur . Par ce traité, offre à Thibaut les terres de Guipuscoa à titre viager, mais pas celles d'Alava comme Thibaut l'aurait voulu. Ainsi le royaume de Navarre aurait eu un accès naturel à la mer Cantabrique. Ce traité, qui n'est pas appliqué, aurait entraîné l'incorporation de la Navarre à la Castille.

En , Thibaut est de retour en Champagne. Il se prépare à récupérer par la force les comtés de Blois, Chartres et Sancerre, désormais fiefs mouvants de la couronne de France. Il trouve un soutien en la personne du roi d'Angleterre, , avec lequel il signe un traité, et promet sa fille Blanche au duc Jean de Bretagne. Une ligue se forme progressivement autour du roi de Navarre, avec le duc de Bretagne, le comte , Hugues de Saint-Pol, , , Thomas de Vervins, et plusieurs barons champenois. Thibaut de Navarre convoque ses alliés à un rassemblement en armes, à Meaux, le . En riposte, convoque ses vassaux et fait rassembler l'armée royale à Saint-Germain-en-Laye le . Thibaut renonce à son entreprise et envoie une ambassade au roi pour lui demander la paix. La reine Blanche et le pape s'interposent comme médiateurs. Une bulle pontificale du invite les évêques de Paris et de Langres et l'abbé de Clairvaux à dissuader le roi de France d'attaquer le comte de Champagne. Un traité de paix est rapidement signé : Thibaut renonce définitivement aux fiefs aliénés en 1234 et est contraint de payer une indemnité. À titre de pénitence, le roi de Navarre est également obligé de passer plusieurs années hors du royaume de France, en Navarre ou en Terre sainte. Il gagne ainsi la Navarre où il demeure pendant deux ans.

Croisade de 1239 En 1238, Thibaut répond favorablement à l'appel à la croisade lancé par le pape . Cependant, lorsque le pontife demande à Thibaut de se détourner vers la Grèce pour soutenir le prétendant au trône de Constantinople, , le roi de Navarre refuseAlain Demurger, Croisades et croisés au Moyen Âge, Flammarion, coll. « Champs histoire », 2006, p. 155.. Dans une de ses chansons, Thibaut apporte d'ailleurs son soutien à l'empereur , excommunié l'année suivante par . Le pape appuie toutefois l'entreprise de Thibaut, en lui confiant les sommes payées pour rachat de vœux par les croisés et en plaçant son royaume sous la protection du Saint-Siège.

En 1239, il dirige la croisade des barons en Terre sainte. En effet, Thibaut est le seul parmi les nobles croisés à détenir le titre de roi ; en l'absence de légat pontifical, il est désigné par les barons pour être leur commandant en chef. Il confie l'administration de la Champagne à Jean de Thourotte et embarque avec les autres croisés à Marseille en . La plupart de ses anciens ennemis l'accompagnent, entre autres le duc Pierre de Bretagne, le comte Henri de Bar et le duc Hugues de Bourgogne. Après avoir embarqué son armée à Marseille et à Aigues-Mortes, Thibaut débarque à Saint-Jean-d'Acre le . En novembre, son expédition prend la direction de l'Égypte, avec pour objectif les villes d'Ascalon et de Gaza.

L'union est imparfaite, et les barons se jalousent mutuellement. Au cours d'une halte à Jaffa, un commando dirigé par Pierre de Bretagne et Raoul de Soissons quitte le camp pendant la nuit pour surprendre un convoi de ravitaillement musulman. L'expédition est un succès et suscite naturellement l'envie des autres croisés. Désireux d'acquérir à leur tour une gloire personnelle, Hugues de Bourgogne et Henri de Bar, accompagnés des barons syriens Balian de Sidon, Gautier de Brienne et Eudes de Montbéliard, décident de partir à la tête d’une troupe de cinq cents chevaliers et de plus de mille fantassins pour surprendre un détachement de soldats égyptiens envoyés en garnison à Gaza. Ils passent délibérément outre les ordres de Thibaut, qui leur commande de rester à Jaffa avec le reste de l'armée. La chevauchée est un désastre : plus de mille hommes sont tués, dont le comte de Bar, et six cents sont emmenés prisonniers au Caire, dont le comte Amaury de Montfort et le seigneur Philippe de Nanteuil, un ami intime de Thibaut. Apprenant la nouvelle, Thibaut de Champagne retourne à Saint-Jean-d'Acre avec le reste de l’armée croisée.

Au cours de l'été 1240, Thibaut conclut une alliance défensive avec Ismaël, émir de Damas, en échange de la cession des forteresses de Beaufort et Safed. Une négociation parallèle menée par les Hospitaliers avec le sultan Ayyoub a pour résultat la cession d'Ascalon. Thibaut ne parvient cependant pas à obtenir la libération des prisonniers faits à Gaza. Après avoir effectué un pèlerinage à Jérusalem, il s'embarque pour l'Europe le ..

La légende veut qu'il ait rapporté de Damas « dans son heaume », le rosier dit « de Provins », de son nom latin rosa gallica officinalis (ce qui semble peu probable de par l'absence de sources écrites, et du fait que la variété était déjà cultivée par les Romains), il rapporta également un morceau de la Vraie Croix et la tradition veut qu'il en ait rapporté le cépage Chardonnay qui entre dans la composition du champagne.

Retour de croisade De retour de croisade, Thibaut vit tantôt en Navarre, tantôt en Champagne. Il accompagne le roi dans sa campagne contre les Anglais en Poitou et en Saintonge. Entre 1242 et 1244, il soutient les rébellions en Gascogne contre le roi d'Angleterre et affirme sa présence en Basse-Navarre « », Gran Enciclopedia de Navarra. . Il a d'importants différends avec l'évêque de Pampelune, Pedro Jimenez de Gazólaz, et refuse de répondre devant les tribunaux pontificaux. En 1248, il est contraint de se rendre à Rome en pèlerinage pénitentiel. Un concile provincial tenu en 1250 va jusqu'à l'excommunier, mais le pape lui accorde un privilège spécial selon lequel, sans mandat du Saint-Siège, personne ne peut excommunier le roi.

Il meurt à Pampelune le à l'âge de 52 ans, au retour d'un de ses voyages en Champagne, et est enterré dans la cathédrale de Pampelune.

« Le Chansonnier » vignette|Thibaut le Chansonnier. Thibaut est connu par le surnom de « Chansonnier » en raison de son talent de poète. Profitant de sa position sur le chemin de Saint-Jacques, la musique, quel que soit son genre, est florissante dans sa cour, reliée à la cour pontificale d'Avignon ainsi qu'à Paris.. Il perpétue la tradition de sa grand-mère Marie de France, comtesse de Champagne, qui a tenu avec son époux une cour brillante et lettrée et protégé de nombreux écrivains comme Chrétien de Troyes.

Au cours de sa vie, il compose de nombreuses chansons et poésies qu'il fait peindre sur les murs de ses palais de Troyes et de Provins. Il est l'auteur de 71 compositions lyriques variées (dont 37 chansons d'amour) dans lesquelles il fait montre d'une grande virtuosité technique et verbale (il apprécie jeux de mots, pointes, métaphores filées et allégories) ainsi que d'une certaine désinvolture ironique envers la matière courtoise. Thibaut de Champagne est le trouvère le plus célébré de son temps. Au siècle suivant, il est cité à trois reprises par Dante dans son ouvrage De l'éloquence en langue vulgaireDante, De vulgari eloquentia, , , 3 ; , , 4 ; , , 6..