vignette|Différentes activités des femmes au Moyen Âge, en Europe.

L’histoire des femmes est une branche de l'histoire consacrée à l'étude des femmes en tant que groupe social, apparue dans les années 1970 et étroitement liée aux luttes féministes"Partant, [le féminin] a constitué, en premier lieu, un domaine d'étude où les femmes ont enquêté sur les racines historiques et les dynamiques sociales de leur oppression", BONESIO, Luisa, La femme et la féminité comme objet de recherche, Encyclopaedia Universalis, Paris, 1990. En effet, de nombreux auteurs constatent l'absence d'« historicité » des études sur les femmesMonique David-Ménard indique dans l'article Femme de l'Encyclopaedia Universalis, que les études sur les femmes semblent "remarquablement anhistoriques".Dans Une chambre à soi, Virginia Woolf remarque quant à elle que de nombreux hommes écrivent des traités sur les femmes (ou sur « la » femme), sans pour autant posséder une autre autorité (scientifique, historique) que celle d'être des hommes., et analysent cette lacune comme un processus volontaire de déshistoricisation, comme si la condition féminine ne dépendait que d'invariants réels et historiques. L'histoire des femmes devrait donc s'appuyer sur ce que le sociologue et philosophe français Pierre Bourdieu (1930-2002) appelle une « reconstitution de l'histoire du travail historique de déshistoricisation ».

L'historiographie de l’histoire des femmes est, quant à elle, l’étude de la place de la femme dans l'histoire en tant que discipline . Les femmes y sont étudiées dans leur rapport aux hommes, à la famille, à la société, ainsi que l’évolution de ces rapports.

Dans la perspective féministe, jusqu'au milieu du , les sociétés occidentales accordent un traitement favorisant les hommes et assujettissantBONESIO, Luisa, Op. cit. les femmes, tant au point de vue du droit que des usages et coutumes. En effet, les traditions accordent une importance particulière au rôle social de femme au foyer, qui doit se consacrer aux tâches ménagères, à la reproduction et à l'éducation des enfants, même si ce rôle de femme au foyer n'exclut pas l'exercice d'une profession, notamment depuis la révolution industrielle au . La dévalorisation implicite de ce rôle de « femme traditionnelle » est récente, liée au poids grandissant pris par la sphère économique dans le monde.

L'idée de l'égalité des sexes ne s'impose ainsi que récemment, mais les femmes ont su bien avant tenter de s'affranchir des contraintes et différences qui leur sont imposées. On ne saurait cependant parler d'une évolution continue de la condition féminine vers l'émancipation, car son histoire est ponctuée par d'importants retours en arrière, y compris lors des périodes révolutionnaires. Ainsi, la Réforme protestante (création du Protestantisme, qui débute au , en Europe, et est aussi suivi d'une Réforme catholique), dans le domaine religieux, mais aussi la Révolution française (à partir de 1789) et les socialismes, malgré leurs prétentions émancipatrices, tenteront souvent de les renvoyer au foyer. C'est ce décalage qui explique selon la sociologue française Andrée Michel (1920-2022) la naissance du féminisme.

Préhistoire

vignette|Vénus de Kostienki, statuette du Paléolithique supérieur appartenant à la culture du Gravettien. Retrouvée en Russie en 1983. L'étude de la préhistoire a débuté vers les années 1860, en Europe de l'Ouest ; les archéologues sont alors en majorité des hommes, issus d'une société ayant des préjugés sexistes marqués, patriarcale et fortement puritaine. Leurs regards sur leurs découvertes et leurs interprétations, empreints de cette culture ont été repris par la suite et ont influencé les interprétations sur nombre de découvertes ultérieures. La représentation des humains préhistoriques évoque souvent un patriarcat au sein duquel les femmes sont malmenées. Par ailleurs, dans les premières décennies de cette discipline, nombre de scientifiques ont cherché à établir des mesures et classer les êtres humains selon des catégories hiérarchisées (selon une « race », selon le sexe…). Enfin, une partie des interprétations des archéologues concernant les sociétés préhistoriques de chasseurs-cueilleurs a été basée sur des recherches anthropologiques sur des sociétés de chasseurs-cueilleurs de leur époque, alors que rien n'indique qu'il n'y aurait eu aucun changement dans les sociétés durant une période de 10 000 ans. Dans les années 1950, quelques préhistoriennes proposent d'autres interprétations et dans les années 1970 naît l'archéologie du genre. Dans les années 1980, l'utilisation de l'ADN — lorsqu'il peut être trouvé malgré le grand âge des restes — permet de connaître le sexe d'une personne à partir d'un élément de squelette. Toutefois, la préhistorienne et archéologue du genre française Marylène Patou-Mathis souligne en 2021 qu'il n'y a pas de preuve trouvée qui permettrait d'affirmer ou infirmer qu'il y ait eu une forme de sexisme au cours de la préhistoire. Ainsi, si pendant des décennies, la présence d'armes dans la tombe d'un squelette était vue comme indiquant qu'il était masculin, des recherches, aidées par des techniques nouvelles, ont permis de relativiser ce schéma de pensée : certains squelettes enterrés avec des armes appartenaient en réalité à des femmes. Il en est allé de même pour l'interprétation du sexe de certains squelettes : les plus robustes étaient désignés comme masculins, alors que de nouvelles recherches ont montré que certains ont été ceux de femmes. C'est le cas de l'homme de Menton, découvert en 1872, réétudié et renommé en 2016 la Dame du Cavillon. De plus, la préhistoire couvre un temps long et différents lieux géographiques, et concerne donc des sociétés préhistoriques qui ont aussi été culturellement différentes les unes des autres. Marylène Patou-Mathis indique qu'au Paléolithique, les indices tendent à montrer qu'il y a une relative égalité entre femmes et hommes, mais, au cours du Néolithique, cela change. Les premières modifications dans les sociétés semblent être d'abord une hiérarchisation socio-économique entre personnes riches et personnes pauvres, ce que semblent indiquer les tombes. La période voit la naissance de l'agriculture, ce qui engendre d'importants changements dans la vision du monde et la société. Marylène Patou-Mathys souligne cependant qu', en rapprochant deux sociétés, celle considérée dans la préhistoire et la nôtre, très dissemblables, ce qui serait un biais méthodologique. Elle explique aussi que les relations entre les personnes ont pu être très différentes de ce que nous connaissons, et que la notion de genre (même si le terme est anachronique) a pu être autre que binaire comme nous la connaissons dans la société occidentale moderne. L'historienne dénonce par ailleurs le fait que les interprétations aient pu être biaisées par une vision européocentriste. En 2020, le paléoanthropologue français Pascal Picq indique lui aussi que les disciplines liées à l'histoire et l'évolution des êtres humains ont globalement peu considéré les femmes au sein de celles-ci.

Au début du , en 2018, une tombe de chasseuse préhistorique est trouvée au Pérou : elle est datée de auparavant (ou de avant notre ère) et semble témoigner de la grande importance accordée à la personne enterrée là. À la suite de cette découverte, l'anthropologue américain Randall Haas et des confrères ont réexaminé 27 tombes découvertes en Amérique de chasseurs enterrés avec des armes : il y en a 11 qui sont des tombes de femmes. Selon ce chercheur, il y a , les femmes ont peut-être composé entre un tiers et la moitié des effectifs de chasseurs de gros gibier sur les terres américaines. Cependant, quel que soit le sexe biologique de la personne inhumée, la présence d'armes auprès d'elle n'indique pas forcément que c'étaient les siennes.

Selon des études féministes, inspirées par les travaux de Marija Gimbutas, les sociétés de la préhistoire auraient connu des formes de pouvoir matriarcal, fondées sur le culte de la « Grande Déesse ». Ce sont les femmes qui auraient ainsi soi-disant inventé l'agriculture. Pourtant, elles auraient pâti de la seconde révolution néolithique, à l'origine de la sédentarisation, mais aussi de la guerre livrée à la nature et aux autres peuples. Surtout, les envahisseurs indo-européens auraient porté un coup fatal au matriarcat. La philosophe, historienne des sciences et paléontologue française Claudine Cohen (1951-) remarque cependant que le culte de la mère peut exister dans des sociétés misogynes, et que rien ne permet vraiment de dire . L'anthropologue Françoise Héritier (1933-2017) a travaillé sur ce point. En 2021, Marylène Patou-Mathis explique qu'il y a peu de chances qu'il y ait eu un matriarcat au sein des sociétés paléolithiques, mais qu'il n'y a pas d'indices permettant d'affirmer qu'il y ait eu un système patriarcal ; elle émet toutefois l'hypothèse d'une possible matrilinéarité dans certaines sociétés du Paléolithique.

Antiquité

Égypte

vignette|Les trois musiciennes, Tombe de Nakht, Thèbes, Égypte antique. thumb|Aline, portrait funéraire du Fayoum.

On n'a que peu d'informations sur la vie quotidienne des femmes et de leur statut dans l'Égypte ancienne. Comme dans toutes les civilisations antiques, il y eut quelques souveraines ou régentes qui parvinrent à régner, telles Nitocris ou Hatchepsout. Certaines semblent avoir joué un certain rôle politique à côté du pharaon, comme Néfertiti, qui disparait de la scène assez mystérieusement. La vie de la Grande épouse royale, telle celle de Néfertari ou Isisnofret, épouses de Ramsès , est assez bien connue, mais leur rôle politique était limité à la représentation. En général, leur fonction se limitait à assurer une descendance et à gérer les activités du Harem Royal. Les mariages étaient arrangés le plus souvent par le père de l'épouse et le prétendant. Le pharaon a un harem, et peut épouser sœurs et filles ; toutefois, l'homme égyptien est monogame et ces pratiques incestueuses ne lui sont pas autorisées. Les femmes étaient strictement astreintes à la monogamie, l'adultère étant sévèrement réprouvé. Seul le rôle de mère était valorisé, et l'exercice de toute profession constituait une forme de déchéance sociale, à l'exception de fonctions religieuses ou honorifiques. Tous les textes de référence d'époque en notre possession sont rédigés par des hommes. En effet, les femmes sont exclues de l'apprentissage systématique de l'écriture, et donc de toutes les pratiques administratives (gestion, législation, vie politique). Ces textes accordent le droit au divorce, y compris sur demande de l'épouse, et en cas de divorce ou veuvage, la femme reçoit une aide sociale. En cas de répudiation, il est même prévu qu'on lui verse une pension, mais toutes ces mesures laissent aussi entrevoir combien toute femme, en Égypte ancienne, demeure strictement dépendante des hommes, ne pouvant de toute façon pas avoir d'autonomie professionnelle et financière sans être renvoyée à la marge. Les cas de pharaons femmes sont rares. Seulement 6 sur d'Histoire, et la majorité d'entre elles sont à cette place dans des contextes de crises de succession. La plus célèbre d'entre elles, Hatchepsout, se fit même représenter en homme !

Perse

thumb|Une mosaïque de l’ère Sassanide déterrée à Bishapur. Certaines mosaïques représentaient des femmes dévêtues. Celle-ci est conservée au Louvre.

Il est un fait indiscutable qu’à Persépolis, où la pierre conserve l’Histoire de la Perse antique, que les femmes sont absentes. Une grande partie de Persépolis et plus particulièrement les intérieurs ayant été détruits par Alexandre le Grand et par le temps, certains chercheurs pensent qu’il est possible que certaines de ces parties aient pu représenter des femmes. Cependant, il y a de nombreux autres exemples de pierres ayant préservé la figure de femmes de la Perse antique.